Le sympathisant

Couverture du livre « Le sympathisant » de Viet Thanh Nguyen aux éditions Belfond

4.6

10 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Belfond
  • EAN : 9782714475657
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

Au Vietnam et en Californie, de 1975 à 1980 Avril 1975, Saïgon est en plein chaos. À l'abri d'une villa, entre deux whiskies, un général de l'armée du Sud Vietnam et son capitaine dressent la liste de ceux à qui ils vont délivrer le plus précieux des sésames : une place dans les derniers avions... Lire la suite

Au Vietnam et en Californie, de 1975 à 1980 Avril 1975, Saïgon est en plein chaos. À l'abri d'une villa, entre deux whiskies, un général de l'armée du Sud Vietnam et son capitaine dressent la liste de ceux à qui ils vont délivrer le plus précieux des sésames : une place dans les derniers avions qui décollent encore de la ville.
Mais ce que le général ignore, c'est que son capitaine est un agent double au service des communistes.

Arrivé en Californie, tandis que le général et ses compatriotes exilés tentent de recréer un petit bout de Vietnam sous le soleil de L.A., notre homme observe et rend des comptes dans des lettres codées à son meilleur ami resté au pays. Dans ce microcosme où chacun soupçonne l'autre, notre homme lutte pour ne pas dévoiler sa véritable identité, parfois au prix de décisions aux conséquences dramatiques. Et face à cette femme dont il pourrait bien être amoureux, sa loyauté vacille...

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Les derniers avis

  • 0.2

    Si vous pensiez avoir tout vu et tout lu sur la guerre du Vietnam, il va falloir réviser votre jugement. Et oui, ce que vous avez vu ou lu jusqu'alors, c'était surtout le point de vue des américains. Les vietnamiens, eux, se sont très peu exprimés sur ce conflit. Mais ça c'était avant...
    Avant que les Éditions Belfond ne publient le premier roman de Viet Thanh Nguyen, Le Sympathisant. Alors si l'envie de porter un autre regard sur la guerre du Vietnam vous titille, je ne peux que vous conseiller la lecture du roman de Viet Thanh Nguyen, vous ne le regreterez pas !

    Viet Thanh Nguyen est amérasien. Enfant, il a fui le Vietnam après la chute de Saïgon pour se réfugier aux Etats-Unis. Il a vécu la guerre, l'exil, le déracinement, les camps de réfugiés et le racisme. C'est justement parce qu'il a connu la guerre de l'intérieur et qu'il ne retrouvait pas son histoire dans les films ou les livres qui témoignaient de ce conflit, que Viet Thanh Nguyen a souhaité rétablir certaines vérités et imposé le point de vue des vietnamiens. C'est cette quête qui l'a conduit à écrire Le sympathisant.

    Le héros du sympathisant, dit le Capitaine, est lui eurasien. Il est né d'un père français et d'une mère vietnamienne. Tout comme Viet Thanh Nguyen, il est déchiré entre deux cultures. Nulle part, il n'est vraiment chez lui. Où qu'il aille, il est étranger. Alors lorsque le moment venu, il lui faut choisir, il se remémorera ce que sa mère lui disait "Tu n'es pas l'union de deux moitiés mais au contraire, tu as tout en double". Binational, il jouera de sa double culture. Il sera agent double. Envoyé comme espion aux Etats-Unis, il incarnera l'Occident et l'Orient, le capitaliste et communiste, l'humanité et l'inhumanité.

    Le sympathisant est un roman foisonnant, dense et complexe qui oscille entre confessions, témoignages et œuvre politique. A l'instar du narrateur, il est double, drôle et léger, cynique et caustique. Viet Thanh Nguyen voulait juste écrire un bon roman qui rende hommage au peuple vietnamien. Malgré quelques longueurs, il a plus que rempli son objectif puisqu'il offre à ce peuple meurtri, rien de moins que le Prix Pulitzer.

    https://the-fab-blog.blogspot.fr/2017/10/mon-avis-sur-le-sympathisant-de-viet_10.html

  • 0.2

    Tout d'abord, je remercie NetGalley et les éditions Belfond pour l'envoi de ce roman dont la 4ème de couv' m'avait titillée!

    Le sympathisant est un petit pavé dense, complexe et riche mais avant tout, c'est la confession d'un bâtard.
    Bâtard par sa naissance d'une mère sud-vietnamienne et d'un prêtre français. Il ne sera jamais accepté par les siens.
    Bâtard et déraciné de sa terre natale, réfugié aux États-Unis au moment de la débâcle américaine lors de la guerre du Vietnam, dans les années 70. Il ne sera jamais intégré sur sa terre d'accueil et restera orphelin de sa terre d'origine.
    Bâtard dans une existence louée à l'idéologie communiste du Vietcong alors que son quotidien est aux côtés des sud-vietnamiens et des américains. En choisissant l'espionnage, il renonce à sa propre essence.
    Bâtard, finalement, car il n'a même pas de nom dans ce roman...

    La plume de l'auteur est caustique, noire et n'épargne rien ni personne. Si le moteur de cette confession est un passage dramatique de l'Histoire, le conflit vietnamien, elle ne donne aucune leçon: l'ombre et la lumière forme un couple aux facettes changeantes et troubles.

    L'Histoire est trop souvent un ramassis de dates indigestes et de résumés stériles alors que l'humain en est le terreau trop souvent occulté.
    Avec Le sympathisant, c'est l'intimité d'un chaînon entre les ennemis d'une même terre, vietcongs et sud-vietnamiens, entre deux idéologies opposées, le communisme totalitaire et l'impérialisme américain.
    C'est l'intimité de l'enfant de ce couple qui se déchire sans issue.
    Si le choc est idéologique, l'auteur analyse finement et souvent avec humour le choc également culturel de l'Orient et de l'Occident. Quand le Sympathisant est nostalgique de sa terre et de ses spécificités sociales, il n'en reste pas moins admiratif de l'américan way of life.
    Paradoxe de l'espion qui bataille parfois pour préserver la "pureté" de ses convictions quand il épouse, dans les apparences, une cause opposée...

    Où se situe la vérité et les mensonges quand l'homme est déchiré entre ses deux frères de sang, Man et Bon. Man, agent communiste et Bon, bras armé du sud? Quand l'un est à ses côtés et l'autre, resté au pays? Quand la loyauté et l'amitié se disputent la morale?
    Quand l'homme vit et s'abreuve au sein capitaliste alors que ses convictions intimes sont inverses?
    Quand l'abandon par les alliés d'hier ne résiste pas à l'horreur des camps de rééducation des gagnants d'aujourd'hui?

    Ce roman va bien au-delà du choc des idéologies politiques véhiculé par la guerre du Vietnam, c'est une grande fresque humaine de la scène de théâtre hypocrite de la société: les personnages sont les masques interchangeables de chacun. Madame, l'Auteur, le Capitaine, le Général ne sont que les symboles de l'ambivalence identitaire de tout un chacun.
    En ne donnant pas de nom à son personnage, l'auteur nous renvoie, à des degrés moindres à nos propres contradictions, au combat entre notre nature profonde, nos convictions intimes et les concessions que nous sommes obligés de d'adopter dans la société dans laquelle nous évoluons. C'est la sphère intime qui s'entrechoque avec l'intérêt général et les girouettes gouvernantes.

    Je dois bien avouer que j'ai arrêté ma lecture par certains moments. Les récits à la première personne m'ennuie parfois par leurs longueurs, leur égotisme et leur redondance. Toutefois l'histoire est captivante et l'analyse du déracinement du personnage est passionnante. Elle est faite de mille petits riens et de blessures profondes. C'est le deuil de son statut et de ses repères, l'assassinat d'un passé, un échouage dans l'inconnu, une agression perpétuelle de ses racines et la difficulté à s'intégrer dans un monde qui n'est pas le sien. L'auteur alterne grandes réflexions quasi-philosophiques avec des anecdotes plus légères. Je pense que la scène du calamar restera inoubliable!

    Viet Thanh Nguyen évoque avec pudeur et retenue les Boat People, symbole de la répression communiste sur le peuple vietnamien, tout comme le racisme des américains envers les témoins vivants de leur défaite. Que ce soit la politique occidentale ou le communisme révolutionnaire, le sympathisant en dévoile les violences et manipulations, les mensonges et les libertés idéologiques. Les idées volent, s'envolent, endoctrinent, emprisonnent, trahissent et au final, les morts de chaque camp rougissent du même sang la terre qui les porte.

    Le sympathisant est un premier roman auréolé du Prix Pulitzer. Je suis totalement allergique aux bandeaux sur les bouquins et prix de toutes sortes. Mais pour le coup, pour sa trame historique, ses réflexions justes et dérangeantes sur l'âme humaine et ses critiques sociétales, je trouve que c'est une récompense justifiée et méritée pour une jeune plume puissante et profonde!

  • 0.2

    Nous sommes en présence d'un chef d'oeuvre, ni plus, ni moins. Le héros ? Un métis, au double visage, aux deux cultures, qui ne sait sur quelle rive du fleuve il convient de se reposer, est entraîné dans la chute de Saïgon. Désorienté. On retiendra l'incroyable histoire d'amitiés qui relie les trois protagonistes mais moi, ce qui m'a davantage marqué, ce sont toutes les pages consacrées aux interrogatoire et à cette pseudo confession. Rarement, en littérature, on avait été si loin dans la psychologie du torturé, et du torturant qui, dans le cas présent, se connaissent et se respectent. Peut-être "Où j'ai laissé mon âme" de Jérôme Ferrari aborde le sujet avec autant de profondeur et de maestria. Ue fois de plus, à la lecture d'un si beau roman étranger, on ne peut que regretter l'étroitesse du champ d'investigation de nos écrivains français contemporains qui oscillent, tantôt vers le nombrilisme, tantôt vers la biographie revisitée.

  • 0.2

    J'ai en mémoire le précédent roman récompensé par le Prix Pulitzer de littérature, donc, lorsqu'on m'a proposé de découvrir, en avant-première, le dernier lauréat, le sympathisant de Viet Thanh Nguyen, je ne pouvais pas refuser, ce célèbre prix américain étant synonyme de qualité.
    L'auteur, avec ce titre, se voit pour la première fois publié en France.
    Saïgon 1975, dans un chaos indescriptible et sous les bombardements les Américains tentent d'évacuer leurs représentants et leurs principaux alliés d'une guerre qui se termine par un échec.
    Le narrateur, Capitaine au service d'un général de l'armée du Sud Vietnam, fidèle parmi les fidèles, réussi à fuir et gagner les États-Unis, sa terre d'adoption.
    Cet homme, dont on ne saura jamais le nom, annonce la couleur.
    Je suis un bâtard.
    Chahuté dans son enfance parce que le fruit du péché entre une jeune fille vietnamienne et un prêtre français, il est aussi, il le reconnaît dès ses premières paroles, un agent double, bâtard là encore, puisque navigant dans les eaux sombres de l'espionnage, contre ses concitoyens réfugiés, dans un pays qui l'a accueilli, pour le compte d'une idéologie communiste qui n'est pas tendre même avec ceux qui se prétendent sympathisant. ..
    Viet Thanh Nguyen ne nous parle pas de l'Amérique terre d'accueil, la débâcle vietnamienne a traumatisé ce pays qui tournera vite le dos à ses vétérans vaincus.
    Il nous raconte, parfois avec humour, le parcours de ce soldat sans foi ni loi, prêt à tout pour sauver sa peau. Il nous raconte le Vietnam et sa population, victime d'un terrible conflit militaire puis victime de la répression et de l'endoctrinement mis en place par le nouveau régime et dont la seule échappatoire semble être la corruption et la fuite.
    Ces fameux Boat People dont se souviennent les gens de ma génération, terribles images qu'une actualité récente nous a remise en mémoire avec l'afflux de ces réfugiés fuyant les différentes guerres qui enflamment notre monde.
    Malgré quelques longueurs, j'ai découvert avec plaisir cette belle écriture et ce grand roman qui mérite à n'en pas douter les éloges qui lui sont faites.

  • 0.25

    Un grand merci aux éditions Belfond pour ce fascinant voyage que je n'aurais probablement jamais attaqué de moi-même. Au-delà de son intérêt documentaire, le roman n'est pas un prétexte à étalage historico-politique mais une véritable aventure littéraire, et offre une intense réflexion sur la vie elle-même, ce qui fait -ou devrait faire, la vie. L'amitié, l'amour? Le bonheur, ou sa poursuite, garantie par la constitution américaine et si chère à l'Occident? Et quel bonheur? Des notions plus grandes, la fameuse liberté, la fameuse indépendance? L'intégrité? Mais aucune de ces notions peut-elle être définie universellement? Car c'est bien cette interrogation sur le caractère irréconciliable de toute grande notion suivant le point de vue qui l'évoque - oriental ou occidental, vainqueur ou vaincu, communiste ou capitaliste - qui habite ce roman. Le tout habillé d'une plume à l'image de son narrateur, divisée, déchirée entre la poétique orientale et le cynisme occidental, entre l'intellect et l'affect, entre sincérité et artificialité narrative... Une véritable fresque humaine qui n'a pas volé son Pullitzer.

  • 0.25

    Dans ce récit bien singulier nous faisons connaissance avec un narrateur bien singulier qui dès les premières lignes ne cache pas qui il est: "Je suis un espion, une taupe, un agent secret , un homme au visage double." Et cet homme , dont on ne connait pas le nom, livre ici sans concession l'histoire de sa vie, sous forme de confessions . Son ton froid, clinique mais teinté d'humour permet au lecteur de pénétrer dans un période de l'histoire que je ne connaissais pas forcément: la fin de la guerre du Vietnam, qui débute par la chute de Saïgon en 1975. C'est précisement là que l'on retrouve notre héros, tentant de s'échapper de la ville en flammes avec l'aide des Américains. Mais une fois débarqué à Los Angeles et considéré comme un simple immigré, il va devoir reconstruire sa vie entouré de ces compatriotes exilés.

    Ce livre est très fort par son contexte historique bien sûr, mais surtout par sa psychologie très fine. L'écriture ciselé et la narration à la première personne donnent un récit passionnant, voire envoûtant qui accroche. Les faits sont là, fouillés et contés avec talent.

    C'est avec délectation, horreur parfois et compassion souvent que l'on découvre la passé de cet homme, ce qui l'a conduit à ses actions ,ses amis, sa famille, la femme qui l'aime. Qui pourra l'arrêter , ou l'influencer ? On plonge tête la première dans ce récit mêlant fresque historique, histoires d'espions, suspicions, meurtres et complots .

    Un excellent roman, magnifiquement écrit et qui mérite amplement son prix Pulitzer. A découvrir !

  • 0.25

    Avis de la page 50
    J'aime tout pour le moment dans ce livre. Le fait que ce soit l'agent-double qui parle, le style fluide et très agréable à lire, la période, les lieux, les personnages, le titre, la couleur de la couverture (si, si c'est important). Je me le suis gardé pour la fin et je le déguste...

    Chronique d'exploratrice
    J’ai adoré ce livre : un agent double raconte sa vie, ses doutes et sa culpabilité de la chute de Saigon à son exil à Los Angelès. La guerre du Vietnam, racontée de l’intérieur par un agent viet-cong, exilé aux Etats-Unis est une nouvelle façon de nous faire voir cette guerre dont on a beaucoup entendu parler. J’ai dû chercher des informations pour me faire ma propre opinion des faits. Ce roman est à la fois bien écrit et tellement vraisemblable que c’en est troublant : le personnage principal dont on ne sait pas le nom, est, du fait de ses origines, un personnage déchiré entre deux cultures, entre l’Occident et l’Orient. Le texte retranscrit parfaitement cette ambivalence difficile à vivre. Je me suis beaucoup attachée à ce personnage tellement humain. Le livre est parfaitement documenté, l’auteur étant lui-même Vietnamien ayant fui aux Etats-Unis : j’ai souvent senti beaucoup d’émotion au cours de cette « confession », beaucoup d’humour par moment et beaucoup d’amour pour le Viet Nam. Un très beau roman historique et contemporain , un livre magnifique!

  • 0.25

    Explorateurs de la rentrée littéraire 2017

    Ce roman est la confession d’un homme à un commandant non identifié. L’homme est gardé dans une cellule d’isolement et le commandant n’intervient jamais, sauf dans la dernière partie du récit. On apprend au bout d’un moment qu’il s’agit d’une confession écrite. Le narrateur, dont on ne saura jamais le nom, se définit comme une taupe, un espion. En effet, pendant 5 ans, il a été aide de camp infiltré auprès d’un général, chef de la police secrète à Saïgon alors qu’il soutient les révolutionnaires du Nord Vietnam.

    Le narrateur est un jeune homme célibataire né en 1945, qui subit ce qu’il considère comme une double peine car il est à la fois né hors mariage et né d’un père étranger. Il a souvent été traité de bâtard et de métis (Amérasien). A 14 ans, il s’est choisi lors d’un pacte de sang, deux frères de sang, Bon et Man, qui ont chacun pris des chemins politiques différents. Man est révolutionnaire et Bon n’a pour seul objectif que de tuer des communistes suite aux drames qu’il a vécus.

    Le récit de l’agent double commence en avril 75 quand il doit évacuer Saïgon lors de la chute (ou de la libération suivant le camp dans lequel on se trouve) de la ville et le départ des Américains. Le départ du Vietnam se déroule dans des conditions dramatiques, l’auteur retranscrit parfaitement l’atmosphère de panique et de pagaille le jour de la débâcle. Les évacués survivants se retrouvent réfugiés aux États-Unis, dispersés aux quatre coins du pays.

    Réfugié quant à lui à Los Angeles, l’agent double accepte également une mission de consultant technique sur un film tourné aux Philippines car il veut faire évoluer l’image des Asiatiques dans le cinéma.
    L’auteur glisse tout au long de son récit de multiples exemples qui définissent la psychologie et la culture orientales : la corruption qui sévit partout, le goût du complot, la pratique du marchandage, la perception des femmes par leur mari comme de charmants lotus, l’importance des poètes, la pratique des châtiments corporels à l’école et en famille… Il se pose comme ethnologue des Asiatiques mais aussi des Américains avec un regard plein de mordant sur le rêve américain, et relève les différentes façons qu’ont les Américains d’exprimer leur mépris culturel envers les Asiatiques. Il interroge la question de la culture au travers des propos de son amie japonaise rencontrée en Californie « Est-ce qu’on demandait à Kennedy s’il parlait le gaélique, s’il avait visité Dublin ? Alors pourquoi sommes-nous censés ne pas oublier notre culture ? Est-ce que ma culture n’est pas ici, puisque je suis née ici ?"
    Le narrateur est très sensible à la condescendance qu’il perçoit chez les Américains, il sent qu’ils lui renvoient son infériorité à cause de ses origines, sa sensibilité ethnique est touchée.

    L’auteur explore également de nombreux types de dualités dans ce récit sur un agent double, c’est une sorte de fil rouge de ce roman. Il s’agit de la double identité, du double langage, de l’ambivalence des sentiments car l’agent double éprouve de l’affection pour le général qu’il trahit. Le narrateur se définit comme un homme à deux cerveaux, qui a la capacité de voir n’importe quel problème des deux côtés « Rappelle-toi, tu n’es pas une moitié de quoi que ce soit, tu as tout en double ! » lui disait sa mère.

    Il n’est absolument pas difficile de s’y retrouver entre les différents personnages du récit car si le nom du narrateur n’est jamais donné, il en est de même pour la plupart des autres personnages qui sont nommés selon leurs caractéristiques physiques ou comportementales « le capitaine grisonnant », « le mitrailleur costaud », « le lieutenant insensible », « le gardien sans visage » ce qui nous évite de nous perdre parmi de multiples noms à consonances étrangères. Le récit est chronologique mais truffé de digressions toujours habilement introduites et jamais lassantes. Il nous parle d’identité, d’amitié, de trahison, de culpabilité, de nostalgie du pays et des difficultés de l’exil. « Pour un être humain, la plus grande souffrance est de perdre son pays. »

    J’ai trouvé que l’auteur nous faisait parfaitement rentrer dans la peau d’un agent double qui doit toujours porter un masque, qui doit toujours jouer un personnage et rester indéchiffrable. J’ai été captivée de suite par l’histoire, les personnages, le contexte historique et j’ai trouvé la dernière partie qui met en scène la rééducation par la torture absolument magistrale. J’ai trouvé le personnage principal très attachant, il m’a touchée dans son besoin d’être aimé, de vouloir parfois ôter son masque. J’ai été émue par les visions des fantômes qui le hantent.
    C’est un texte fort, engagé et réaliste. Même si j’ai, à certains moments, trouvé cette lecture assez exigeante, elle est restée passionnante du début à la fin. Ce roman, premier roman de Viet Thanh Nguyen, a reçu le prix Pulitzer 2016.



    Avis de la page 100

    Le récit est une confession écrite d’un homme à un commandant non identifié.
    Le narrateur se définit comme une taupe. En effet il a été un aide de camp infiltré auprès d’un général à Saigon. Son récit commence en avril 75 quand il doit évacuer Saigon lors de la chute (ou de la libération suivant le camp dans lequel on est) de la ville et le départ des américains.
    J’ai été captivée de suite par l’histoire, les personnages, le contexte historique. Je trouve l’écriture très fluide. J’y retourne vite !

  • 0.25

    #Explolecteurs 2017

    J’ai dévoré ce livre comme une ogresse ! Je ne dirai pas qu’il se boit comme du petit lait, je n’aime pas le lait et le lait n’est pas un aliment si intéressant que ça pour le corps. Pour continuer avec les images nourricières (et en finir avec les stéréotypes) ce roman est pour moi comme le petit épeautre : le « caviar des céréales ». En effet, il contient les huit acides aminés nécessaires à tout bon récit.

    • Une histoire qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page : elle commence à la chute de Saïgon en avril 1975, signant la fin de la Guerre du Vietnam et l’exil du narrateur aux Etats-Unis, ses aventures de taupe auprès d’un général pro-américain.
    • Des personnages hauts en couleur et certains fort drôles (deux fantômes très présents) et un personnage-narrateur, anti-héros qui nous ressemble assez pour qu’on puisse s’identifier à lui (notre part occidentale ou notre tendance à nous culpabiliser) mais qui, oriental, nous est aussi étranger, et révèle alors « l’autre » en nous. Issu d’une double culture, ce personnage principal a tout en double, comme sa mère a tenté de l’en persuader, puisqu’il est le fruit d’une liaison entre sa mère vietnamienne et un prêtre catholique français. Enfant, il subit l’ostracisme de ses camarades ou de sa propre famille et quand on le traite de « bâtard », sa violence se déchaîne.
    • Une belle construction du récit, justifiée par le procédé d’une confession écrite par le personnage prisonnier d’on ne sait qui, auquel il s’adresse par un « Commandant », ce qui nous met assez vite sur une piste… C’est donc un récit rétrospectif, sauf un ou deux chapitres à la fin, qui monte en puissance.
    • Un rythme soutenu de l’action, alternant magistralement suspense (avec quelques commentaires sur la nourriture vietnamienne/ américaine ou sur la propagande véhiculée par le cinéma hollywoodien par exemple) et rebondissements. Je ne me suis pas ennuyée une seule fois et l’ai lu très rapidement. Parions sur l’adaptation rapide de ce roman au cinéma.
    • Une langue (traduite de l’anglais) élégante et singulière notamment dans ses images… De son deux-pièces américain qui sent « la crasse de nombril » ou de la langue américaine : « Même si chaque pays se croyait supérieur à sa manière, en existait-il un seul qui avait forgé tant de mots en « super » dans la banque fédérale de son narcissisme... », on pourrait multiplier les exemples, d’autant plus justifiés que le narrateur a fait ses études aux Etats-Unis et parle en connaissance de cause.
    • Des registres variés qui en font parfois un récit satirique (pas seulement pour critiquer la culture américaine, mais aussi le communisme des Vietcongs), parfois tragique, quelquefois comique et fantastique, voire les deux à la fois (les fantômes de Sonny et l’adjudant glouton déridant l’atmosphère aux moments les plus critiques), bref un mélange très réussi. Le récit prend toujours le parti de l’ironie ou de l’humour pour distancier ce qu’il pourrait y avoir d’insupportable dans la réalité.
    • Des thèmes forts et universels : l’exil, la guerre, le mal et l’innocence, la culpabilité, etc. traités sur un fond historique contemporain mal connu ou dévoyé par des films comme « Apocalypse Now » par exemple. Une voix singulière, sensible et justifiée pour les porter.
    • Enfin, dernier acide animé, de ce roman roboratif : la sincérité du récit. Tout y est juste, rien n’y est artificiel ou forcé. Un récit porté par un auteur américain, qui enfant, a dû quitter Saïgon avec son frère et ses parents, et sait de quoi il parle.

    Bref, un roman qui tient au corps et à l’âme jusqu’au bout, très nutritif et à consommer sans modération. Je suis devenue une ogresse intelligente.


    Le rendez-vous de la page 100 Le Sympathisant de Viet Thanh Nguyen

    Cent premières pages très prometteuses ! Récit captivant !

    Il s’agit de la confession écrite d’un « homme au visage double » à plusieurs titres : « eurasien » ou « bâtard » (selon qui le désigne) né au Vietnam d’une mère vietnamienne et d’un prêtre catholique, espion communiste infiltré dans la famille d’un général pro-américain. On ne sait pas encore qui est ce mystérieux commandant auquel le narrateur s’adresse mais on sait qu’il écrit son histoire dans une cellule d’isolement, qu’il est prisonnier donc. L’histoire commence quelques jours avant la chute de Saïgon, en avril 1975 et se poursuit aux Etats-Unis.
    Résumé comme ça, on n’a rien dit de l’essentiel. Le narrateur parle de l’amitié, de double identité avec une langue belle, non dénuée d’humour et qui donne envie d’y retourner très vite…

  • 0.25

    « Je suis un espion, une taupe…un homme à l’esprit double…le mois dont je parle c’est le mois d’avril, le plus cruel de tous…un avril qui changea tout pour les habitants de notre petite partie du monde et rien pour la plupart des habitants du reste du monde ». Ces quelques lignes extraites de la première page plongent le lecteur dans le chaos de Saïgon à la fin avril 1975, quelques heures avant la prise de la ville par les communistes. L’introduction est magistrale, la suite est à l’avenant; de la constitution de la liste des 92 élus qui vont pouvoir s’échapper (« chaque nom que je rayais me faisait l’effet d’une condamnation à mort ») jusqu’à l’embarquement final, quatre ans plus tard, parmi les « boat people » en passant par Hollywood, Le Sympathisant nous entraine avec ses amis, sa famille, ses collègues militaires vietnamiens et américains, ses victimes et ses bourreaux à partager son parcours dans « cette expérience qu’ils appellent sans rire la Guerre Froide ».

    La scène (j’allais dire la séquence tellement il me semble que ce roman pourrait être un film) de l’attente à l’aéroport est ébouriffante: la piscine transformée en urinoir, l’entrain joyeux des prostituées au milieu de l’angoisse générale, l’entassement dans le C130 avant qu’il ne soit cloué au sol, les tirs amis pour punir les fuyards, l’envol enfin au milieu des missiles. Le procédé narratif utilisé (le narrateur contraint de confesser son histoire à son geôlier) permet de décrire une situation dramatique intense sans occulter le caractère ironique, impertinent et souvent drôle du Sympathisant en lien, je suppose, avec la formule consacrée qui prétend que l’humour est la politesse du désespoir :

    « Je gardais mon regard accroché au sien, tâche extrêmement difficile, étant donné la force gravitationnelle exercée par son décolleté…le décolleté séparait l’homme de la femme. Les hommes n’avaient pas l’équivalent sauf, peut-être, le seul type de décolleté dont se souciait vraiment la femme: l’ouverture d’un portefeuille bien garni »

    ou encore « Elle ressemblait à Rita Hayworth…avec dix ou quinze ans et kilos en plus « , ainsi que : « Bon ayant décidé de mourir montrait enfin quelques signes de vie ».

    Ce roman se lit comme un roman d’aventures, mais j’y ai trouvé également au-delà des évènements dramatiques magnifiquement décrits, toute une gamme de –sentiments humains : l’amour filial et maternel(« devant nos maigres portions nous nous regardions jusqu’à ce que son amour pour moi surpasse celui que j’avais pour elle…(et que) je mange sa part »), l’amitié (« nous nous étions choisis comme les trois mousquetaires »), la culpabilité, le racisme, la douleur, le sacrifice, la peur (« la puanteur de la défaite si forte qu’elle envahissait les climatiseurs »), la douleur de l’exil et celle du déclassement, la honte, la compassion ou le remords – et de personnages : le héros, le lâche, le profiteur, le tortionnaire, l’universitaire imbu de son savoir, le politicien qui « (comme) le requin, obligé de nager pour survivre, doit remuer constamment les lèvres », le GI de 19 ans découvrant que, « dans ce monde idyllique, il n’était plus Clark Kent mais Superman du moins eu égard à la gent féminine», le réalisateur de cinéma « affable et fanfaron…aussi fragile que les stars de cinéma mais beaucoup moins riche et glamour », le commissaire politique et « la créature la plus dangereuse de tous les temps : le Blanc en costume cravate » !

    Le temps de boire (enfin) du bon whisky en dissertant sur Un Américain bien tranquille (il me semble retrouver trace de l’intrigue du roman de Graham Greene dans ce qu’il advient de Sonny le journaliste) voici notre héros propulsé conseiller sur le tournage d’un film hollywoodien à gros budget sur la guerre du Vietnam. Profitons de l’analogie cinématographique pour décerner une mention spéciale, disons la palme d’or, à la façon dont il égratigne l’ami américain : « Ce napalm …lumière suprême de la civilisation occidentale puisque, selon les cours (de la CIA) il avait été inventé à Harvard »

    « Aidé par Superman notre petit pays ne produisait plus beaucoup de riz, d’hévéa ou d’étain…(mais) chaque année une récolte exceptionnelle de prostituées, des filles (n’ayant) jamais dansé ne serait-ce qu’un rock avant que les maquereaux qu’on appelait cow-boy collent des cache-tétons sur leurs seins tremblants de campagnardes et les poussent sur l’estrade » ou : « Ces hommes prenaient la poussière en attendant les aides sociales…tandis que leurs testicules se ratatinaient, consumés par ce cancer à métastases qu’on appelle l’assimilation»

    Oscar de la figuration pour les militaires sud-vietnamiens ayant réussi à se réfugier aux USA: « Notre 1er ministre, général de l’armée de l’air avait demandé à tous les habitants de se battre jusqu’au dernier…(et) fui en hélicoptère après la diffusion de son héroïque message »

    Prix spécial du jury pour ses amis communistes : (Au camp de rééducation) « le but de l’éducation c’est d’obtenir de l’élève qu’il dise sincèrement ce que le maître veut entendre » ou encore : « Avant la victoire les étrangers nous brutalisaient, nous terrorisaient, nous humiliaient, à présent ce sont nos compatriotes qui nous brutalisent, nous terrorisent et nous humilient, il faut croire que c’est un progrès »


    100 premières pages excellentes et passionnantes !
    « Je suis un espion, une taupe…un homme à l’esprit double…le mois dont je parle c’est le mois d’avril, le plus cruel de tous…un avril qui changea tout pour les habitants de notre petite partie du monde et rien pour la plupart des habitants du reste du monde ». Ces quelques lignes extraites de la première page me plongent dans le chaos de Saïgon à la fin avril 1975, quelques heures avant la prise de la ville par les communistes. J’ai trouvé l’introduction magistrale, le reste des cent pages est à l’avenant, de la constitution de la liste des 92 élus qui vont pouvoir échapper à la mort, à l’arrivée dans un camp de réfugiés de Californie en passant par la fuite dans un C130 de l’armée américaine. La scène (j’allais dire la séquence tellement il me semble que ce roman pourrait être un film) de l’attente à l’aéroport est ébouriffante: la piscine transformée en urinoir, l’entrain joyeux des prostituées au milieu de l’angoisse générale puis l’embarquement (l’entassement plutôt) dans le C130 et l’humiliation du général chef de la police dans le camp de transit à Guam. Le procédé narratif utilisé (on devine le narrateur démasqué et confessant son histoire à son geôlier) permet de décrire une situation dramatique intense sans occulter le caractère ironique, impertinent et souvent drôle du Sympathisant : « à sa grande surprise, le pantalon bombé par une liasse dollars inflationnistes, le GI (de 19 ans) découvrait que, dans ce monde idyllique, il n’était plus Clark Kent mais Superman. Aidé par Superman notre petit pays ne produisait plus beaucoup de riz, d’hévéa ou d’étain…(mais) chaque année une récolte exceptionnelle de prostituées, des filles (n’ayant) jamais dansé ne serait-ce qu’un rock avant que les maquereaux qu’on appelait cow-boy collent des cache-tétons sur leurs seins tremblants de campagnardes et les poussent sur l’estrade »

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