Le pays des autres

Couverture du livre « Le pays des autres » de Leila Slimani aux éditions Gallimard
  • Date de parution :
  • Editeur : Gallimard
  • EAN : 9782072887994
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, s'éprend d'Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l'armée française. Après la Libération, elle quitte son pays pour suivre au Maroc celui qui va devenir son mari. Le couple s'installe à Meknès, ville de garnison et de colons, où le système de... Voir plus

En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, s'éprend d'Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l'armée française. Après la Libération, elle quitte son pays pour suivre au Maroc celui qui va devenir son mari. Le couple s'installe à Meknès, ville de garnison et de colons, où le système de ségrégation coloniale s'applique avec rigueur. Amine récupère ses terres, rocailleuses ingrates et commence alors une période très dure pour la famille. Mathilde accouche de deux enfants : Aïcha et Sélim. Au prix de nombreux sacrifices et vexations, Amine parvient à organiser son domaine, en s'alliant avec un médecin hongrois, Dragan Palosi, qui va devenir un ami très proche.Mathilde se sent étouffée par le climat rigoriste du Maroc, par sa solitude à la ferme, par la méfiance qu'elle inspire en tant qu'étrangère et par le manque d'argent. Les relations entre les colons et les indigènes sont très tendues, et Amine se trouve pris entre deux feux : marié à une Française, propriétaire terrien employant des ouvriers marocains, il est assimilé aux colons par les autochtones, et méprisé et humilié par les Français parce qu'il est marocain. Il est fier de sa femme, de son courage, de sa beauté particulière, de son fort tempérament, mais il en a honte aussi car elle ne fait pas preuve de la modestie ni de la soumission convenables. Aïcha grandit dans ce climat de violence, suivant l'éducation que lui prodiguent les Soeurs à Meknès, où elle fréquente des fillettes françaises issues de familles riches qui l'humilient. Selma, la soeur d'Amine, nourrit des rêves de liberté sans cesse brimés par les hommes qui l'entourent. Alors qu'Amine commence à récolter les fruits de son travail harassant, des émeutes éclatent, les plantations sont incendiées : le roman se clôt sur des scènes de violence inaugurant l'accès du pays à l'indépendance en 1956.Inspiré par l'histoire de la grand-mère de Leïla Slimani, le récit est à la fois dense et haletant. Les nombreux personnages sont peints avec une finesse remarquable. Tous vivent dans « le pays des autres » : les colons comme les indigènes, les soldats comme les paysans ou les exilés. Les femmes vivent dans le pays des hommes et doivent sans cesse lutter pour leur émancipation. Tous sont déchirés entre des traditions immuables et le désir de modernité. L'accession du Maroc à l'indépendance est vue à travers ces destins attachants. La réalité ambiguë de la colonisation est parfaitement disséquée, comme celle de la condition féminine, sans manichéisme. Après deux romans au style clinique et acéré, Leïla Slimani se révèle une romancière de grande amplitude, capable de faire vivre une époque et ses acteurs avec humanité, justesse, et un sens très subtil de la narration. Un roman magnifique.

Donner votre avis

Avis (6)

  • « Le pays des autres » est mon dernier produit frais, le roman le plus récent que j’ai acheté dans ma librairie fétiche ici. Après je tape dans ma PAL, j’attaque un stock de livres plus anciens que je me suis promise de lire depuis un an. Je dois l’avouer : je n’avais jamais lu Leïla Slimani....
    Voir plus

    « Le pays des autres » est mon dernier produit frais, le roman le plus récent que j’ai acheté dans ma librairie fétiche ici. Après je tape dans ma PAL, j’attaque un stock de livres plus anciens que je me suis promise de lire depuis un an. Je dois l’avouer : je n’avais jamais lu Leïla Slimani. C’est plutôt une bonne chose de commencer par cette saga familiale, car si j’en crois ses sujets précédents, l’histoire des Belhaj augure un changement de registre à 180°. J’ai d’ailleurs ressenti que l’auteure avait parfois du mal à prendre le virage. Virtuose dans les scènes tendues, où tout peut éclater d’une seconde à l’autre, l’auteure paraît moins à son aise quand le calme revient, quand le soleil s’adoucit. On ne peut pas reprocher à Leïla Slimani d’utiliser des clichés parce qu’elle connaît son sujet et que son travail documentaire est exhaustif. Mais, peut-être parce que je connais un peu le monde arabe, je n’ai pas été surprise par les personnages principaux – à l’exception notoire du couple central. Il était attendu qu’Omar, le frère jaloux, file un mauvais coton, que Selma, la sœur à la beauté insolente, paie le prix fort de son désir, et que la petite Aïcha suive un destin qui rappelle étrangement la gamine prodigieuse d’Elena Ferrante. J’ai trouvé les personnages secondaires beaucoup plus intéressants (ex : Mourad, Dragan, Corine). La réussite de ce roman tient non seulement à l’union contre nature de Mathilde et d’Amine, mais aussi à la manière dont Leïla Slimani évoque le racisme et l’inexorable montée du sentiment anticolonialiste. Ce sont des gestes, des paroles, des attitudes… l’air de rien. Leïla Slimani les distille avec maestria. Une chose est certaine, le prochain volet de cette histoire promet son lot de drames. L’auteure excellera à nous en transmettre l’intensité. Vivement la suite.
    Bilan :

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • Je me suis laissée tentée puis charmée par ce livre. J'ai aimé le style romanesque, la fine compréhension des classes sociologiques. Madame Slimani sait nous faire ressentir la sensibilité et l'émotion des personnages,ainsi que la résonnance des évènements qui structurent l'histoire et les...
    Voir plus

    Je me suis laissée tentée puis charmée par ce livre. J'ai aimé le style romanesque, la fine compréhension des classes sociologiques. Madame Slimani sait nous faire ressentir la sensibilité et l'émotion des personnages,ainsi que la résonnance des évènements qui structurent l'histoire et les hommes de son roman. La guerre, point de départ de cette rencontre entre Mathilde alsacienne et Amine marocain, venu en France comme soldat. Mathilde pleine d'amour et de rêves arrive au Maroc avec son mari Amine en 1944. Elle a 20 ans, le pays des autres c'est celui où elle arrive, mais aussi celui qu'elle quitte. On pourrait parler des guerres, pour l'indépendance, la liberté, pour un pays, pour des êtres humains, pour des femmes. Ce sont des destins humains. Quel beau livre, on attend la suite.

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • 1947, Amine vient d'arriver au Maroc sur les terres que son père lui a confiées en compagnie de sa jeune épouse Mathilde une Alsacienne. Amine a combattu dans l'armée française, Mathilde est une étrangère dans ce pays des autres.

    Leïla Slimani nous entraîne donc au le Maroc pendant une...
    Voir plus

    1947, Amine vient d'arriver au Maroc sur les terres que son père lui a confiées en compagnie de sa jeune épouse Mathilde une Alsacienne. Amine a combattu dans l'armée française, Mathilde est une étrangère dans ce pays des autres.

    Leïla Slimani nous entraîne donc au le Maroc pendant une décennie qui va conduire à l'indépendance. La fièvre nationaliste se lève, les colons français font l'objet d'une haine farouche. Mathilde va devoir se faire une place entre deux cultures, deux religions avec un mari qui ne s'intéresse qu'à sa ferme et au labeur. Jamais de rire, de danse, de temps à ne rien faire, à parler. Ils ne parlent pas, ici.
    « Cette phrase, elle l'entendrait souvent. À cet instant précis, elle comprit qu'elle était une étrangère, une femme, une épouse, un être à la merci des autres. Amine était son territoire à présent, c'était lui qui expliquerait les règles, qui disait la marche à suivre, qui traçait les frontières, de la pudeur, de la honte, de la bienséance. »

    À travers ses personnages féminins, Leïla nous compte les humiliations, les désirs, la difficulté d'être un couple mixte dans un monde qui disparaît.
    « En réalité, c'est pire que la guerre. Car nos ennemis ou ceux qui devaient l'être, nous vivons avec eux depuis longtemps. Certains sont nos amis, nos voisins, notre famille. Ils ont grandi avec nous et quand je les regarde, je ne vois pas un ennemi à abattre, non je vois un enfant. »

    Premier tome d'une saga familiale qui en comprendra trois, « Le pays des autres » se lit avec plaisir, les bouleversements de l'Histoire se mélangent à la vie de cette famille dont les femmes ont le pressent seront au coeur du récit. Mathilde jeune épouse sensuelle qui peu à peu va s'imprégner de ce pays, apprendre l'arabe se convertir à l'islam. Selma sa belle-soeur d'une beauté affolante et qui va braver tous les interdits et Aïcha la fille de Mathilde et d'Amine qui regarde les maisons des côlons s'embraser : « qu'ils brûlent, pensa-t-elle, qu'ils s'en aillent, qu'ils crèvent. »

    J'ai eu à peine le temps de m'habituer à chacun des personnages que déjà le livre se referme, le deuxième tome ne va pas paraître avant 2021, c'est déjà trop long.

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • Avec ce troisième roman, Leïla Slimani sort de sa zone de confort. Elle ouvre ses horizons bien au-delà de la bourgeoisie parisienne, bien au-delà du drame contemporain en lieu clos pour proposer une saga familiale sous forme de trilogie. Ce premier tome s'inspire de l'histoire de ses...
    Voir plus

    Avec ce troisième roman, Leïla Slimani sort de sa zone de confort. Elle ouvre ses horizons bien au-delà de la bourgeoisie parisienne, bien au-delà du drame contemporain en lieu clos pour proposer une saga familiale sous forme de trilogie. Ce premier tome s'inspire de l'histoire de ses grands-parents et couvre les années 1946-1956.

    Dès les premières pages, son talent de narratrice m'a embarquée, glissant d'un personnage à un autre avec une fluidité remarquable, alternant les points de vue dans une intensité croissante. Et tous les personnages sont absolument superbes car d'une richesse psychologique rare. Ils sont tous terriblement vivants dans leurs contradictions, leurs aspirations, leurs emballements, leurs errements, toujours observés avec bienveillance par Leïla Slimani.

    Et tous vivent dans le pays des autres. A commencer par Mathilde, jeune alsacienne qui débarque à Rabat après avoir épousé un spahi marocain venu libérer la France durant la Deuxième guerre mondiale, emplie d'un appétit de vivre assoiffé, rêvant d'aventures à la Karen Blixen. Mais c'est l'opprobre des colons qu'elle rencontre, c'est la solitude, c'est une ferme miséreuse dans laquelle elle vit et c'est un mari qui s'assombrit et s'épuise qu'elle découvre dans une vie plate et morne. Mathilde est la petite soeur d'Emma Bovary. Durant tout le roman, son enjeu sera de trouver la voix de l'émancipation dans ce pays des autres sans heurter la culture de son mari, et pour cela, elle doit perdre son identité facle de Française pour s'en construire une autre, plus personnelle.

    Un si beau personnage, c'est déjà un cadeau mais là, tous les autres sont tout aussi passionnants. Amine, son mari, le Charbovary du bled : lui le soldat qui a a touché en France le sentiment fugace d'être quelqu'un et qui une fois au Maroc, redevient un indigène ; il assume mal d'avoir une femme blanche qui ne le comprend pas, il en devient amer et autoritaire, et en même temps il a des valeurs chevillées au corps, le travail, l'honneur, la famille. Selma, sa petite soeur de seize ans, débordant de sensualité et obligée de l'étouffer pour vivre dans le pays des hommes. Et la merveilleuse Aïcha, la fille de Mathilde et Amine, enfant brillante, sauvage, secrète, scolarisée dans une école de bonnes soeurs où elle est la seule non blanche. Métisse dans un pays où il faut choisir son camp

    Ce qui est formidable dans ce roman, c'est l'indulgence et la douceur du regard que l'auteure porte sur eux, ils ne sont jamais jugés. Et c'est ainsi qu'elle traite tout l'arrière-plan historique de ce Maroc qui se révolte pour ouvrir la voie à la décolonisation : sans sectarisme, sans manichéisme, mais avec tous les camaïeus de gris, en respectant les aspérités complexes de l'histoire. Il faut assurément beaucoup de maturité et de tolérance pour parler ainsi du monde.
    Cette plongée dans l'histoire en parallèle de l'intimité personnelle de ceux qui la vivent est passionnante. Les logiques de domination colon – indigène, homme-femme sont décrits avec une acuité percutante. L'adjectif « romanesque » prend du sens lorsqu'on lit le Pays des autres. Je l'ai dévoré. le talent de conteuse de Leïla Slimani, son écriture fine et précise dénué de lyrisme lourdaud, l'épaisseur de ces personnages, j'ai tout aimé. J'aurais juste voulu m'enflammer, aller au-delà de l'émotion et de la vibration pour palpiter de partout.

    J'attends avec impatience le deuxième tome qui sera centré sur les années 1970-80, les années de plomb au Maroc. J'espère y retrouver Aïcha. Et décidément, après Dans le jardin de l'ogre, après Une Chanson douce, après Sexe et mensonges ( la vie sexuelle au Maroc ), Leïla Slimani est vraiment une auteure importante

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • Style fluide, personnages fouillés et attachants, histoire prenante. Un très bon moment de lecture. J'attends la suite avec impatience.

    Style fluide, personnages fouillés et attachants, histoire prenante. Un très bon moment de lecture. J'attends la suite avec impatience.

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • Bonjour,j'ai lu ce roman ce weekend et adorée .Ce roman est remarquable et d'une justesse et plein d'humanité.Le Maroc est un pays "des hommes"Les femmes dans le roman doivent lutter pour leur émancipation.Mathilde se sent seule et isolée à la ferme avec ces 2 enfants.Elle souffre de la méfiance...
    Voir plus

    Bonjour,j'ai lu ce roman ce weekend et adorée .Ce roman est remarquable et d'une justesse et plein d'humanité.Le Maroc est un pays "des hommes"Les femmes dans le roman doivent lutter pour leur émancipation.Mathilde se sent seule et isolée à la ferme avec ces 2 enfants.Elle souffre de la méfiance qu'elle inspire en tant que étrangère et du manque d'argent.Les années que couvre le roman sont aussi celles d'une montée de tensions et des violences qui se termines en 1956 à l'indépondance du pays.Je suis ravie de savoir que il y a une suite à ce roman.Chapeau Leila Slimanie !!!!!

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus

Donnez votre avis sur ce livre

Pour donner votre avis vous devez vous identifier, ou vous inscrire si vous n'avez pas encore de compte.

Où trouver ce livre en librairie ?

Service proposé en partenariat avec Place des Libraires

Suggestions de lecture

Discussions autour de ce livre

Il n'y a pas encore de discussion sur ce livre

Soyez le premier à en lancer une !

Forum

Afficher plus de discussions