Le huitième soir

Couverture du livre « Le huitième soir » de Arnaud De La Grange aux éditions Gallimard
  • Date de parution :
  • Editeur : Gallimard
  • EAN : 9782072825675
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

«Je suis ici parce que j'ai lu Loti et que la France m'ennuie. Je me rêvais pèlerin d'Angkor et me voilà planté dans une grande mare de boue. Embarqué dans une sale histoire en un coin où l'on se tue avec une inépuisable énergie.» Dans l'enfer de la bataille de Dien Bien Phu, en ce crépuscule... Voir plus

«Je suis ici parce que j'ai lu Loti et que la France m'ennuie. Je me rêvais pèlerin d'Angkor et me voilà planté dans une grande mare de boue. Embarqué dans une sale histoire en un coin où l'on se tue avec une inépuisable énergie.» Dans l'enfer de la bataille de Dien Bien Phu, en ce crépuscule de l'Indochine, un jeune homme se retourne sur sa vie. Parce que le temps lui est compté, il se penche sur ses rêves et ses amours enfuis.
Au-delà de la guerre, son histoire est celle de l'Homme face à l'épreuve, quand elle fait sortir la vérité d'un être. Elle raconte la résilience après un accident, la souffrance d'un fils devant une mère qui se meurt, la quête de sens au milieu de l'absurde. Derrière la dramaturgie de ce combat dantesque, ces pages chantent aussi la sensualité et la poésie du monde. Elles sont un hymne à la fraternité humaine et à la vie, par-dessus tout.

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Avis(9)

  • « Pause page 100 »:

    Au terme du quatrième soir (le livre en conte 8), je m’interroge. Qu’est-ce qui me donne envie de poursuivre ma lecture? Sans hésitation, c’est l’approche universelle de ce roman. La réflexion à propos de l’homme blessé, des moteurs de sa résilience. Comment un homme...
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    « Pause page 100 »:

    Au terme du quatrième soir (le livre en conte 8), je m’interroge. Qu’est-ce qui me donne envie de poursuivre ma lecture? Sans hésitation, c’est l’approche universelle de ce roman. La réflexion à propos de l’homme blessé, des moteurs de sa résilience. Comment un homme peut-il prétendre chercher un sens à sa vie en faisant la guerre ? Arnaud De La Grange donne la parole aux engagés dans la boue, la souffrance et la mort. Mais, à travers cela, il donne la parole à la vie, la fraternité et au sens profond des paroles et des silences partagés par la fratrie du feu. Au cœur d’un monde qui se disloque, défaussé d’humanité, l’auteur nous propose une pensée bien loin du manichéisme de nos classifications habituelles. Quelle magnifique piste à suivre…

    Ma chronique :

    « Le huitième soir », un livre d’une lucidité à gifler les bonnes consciences légitimant les guerres absurdes, les guerres d’intérêts et de négation de ce que peut être l’Homme. Là où certains oublient que notre vieille Europe a autant pillé qu’apporté aux colonies, Arnaud De La Grange refuse les faux portraits. Être Français et combattre en Indochine ne relève ni d’un égarement, ni d’une déviance morbide, encore moins d’un héroïsme qui serait déplacé.

    A l’entame du récit, le narrateur, jeune officier parachutiste écrit sur des feuillets boueux. Au fond du trou, sous une voûte de mitrailles, il n’a plus que le temps d’être vrai. S’il se fout de la France, dira-t-il, c’est parce que la France se fout d’eux. Lâchés par leur patrie, ils sont renvoyés à eux-mêmes au cœur de l’enfer ‘en plein accord unilatéral’ avec le haut commandement… Admirez la pirouette des chefs qui juxtaposent un plein accord à l’unilatéral ! Dans de telles conditions, les hommes de la troupe n’ont plus que leur honneur à préserver. Frères dans le sang, leurs seules richesses sont la solidarité et le respect mutuel qu’ils partagent entre compagnons.

    Le décor de ce roman est le choc infernal de la bataille de Diem Bien Phu alors que l’Indochine échappe au contrôle français qui n’en accepte pas l’idée. Mais, il ne faut pas s’y tromper, le lieu, le temps et les protagonistes ont finalement peu d’importance. Avec ce livre, Arnaud De La Grange dresse une évocation apocalyptique de l’absurdité de tous les combats, coloniaux ou pas, qui ne trouvent leur un sens profond, digne de l’Homme, que dans l’abnégation, la solidarité et le jusqu’au boutisme des petits, des sans grades oubliés, des méprisés tenus pour jetons de négociation par les politiques, les diplomates de salon et les rangées de médailles des QG militaires éloignés du terrain. Tous, beaux parleurs mais personnages sans consistance, tous avides de pouvoir mais démunis de tout courage.
    L’auteur montre, démontre devrais-je dire, la fracture qui existe entre ceux qui engagent les hostilités et ceux qui s’engagent au combat. Entre ceux qui, du haut de leur France saturée de certitudes jugent les autres orgueilleux, égarés, fous ou étranges, voire étrangers ! Et Dieu sait que ‘Il y a beaucoup d’endroits au monde où on n’aime pas les étrangers !’ dira le narrateur. Ce sont pourtant ces morts en sursis qui seuls sont des hommes. Leurs juges n’en sont que des copies.

    A suivre ce ‘ gigantesque labour qui disperse la terre et les êtres’, on peut comprendre que l’envie d’anéantir ceux d’en face puisse coexister avec le respect mutuel qui peut naître entre combattants, engagés dans une même lutte, partageant, quelque que soit leur bord, la folle envie d’être survivant au petit matin qui se fait attendre. J’ai reçu la dernière phrase du roman comme une parfaite illustration de l’ouverture à la réalité et à l’acceptation de la partition qui place la ligne de démarcation entre les combattants, tous du même sang quel que soit le camp et les décideurs, eux toujours loin de ces tranchées.

    Avec une maîtrise extraordinaire de la description et une richesse de vocabulaire qui cependant reste à la portée de tous les lecteurs, Arnaud De La Grange donne vie à ces âpres combats, aux éclatements de terre, de boue, aux faux-bonds de la logistique de couverture, au manque total de moyens médicaux, aux dislocations des corps, aux arrachements de la vie et à l’épuisements extrême des soldats au feu. Il ouvre aussi au questionnement existentiel de ces braves, à leurs silences qui en disent long sur leur pré-science de l’à-venir et même sur la légitimité de la révolte et de la violence de ceux d’en face.

    Le lecteur ne sort pas indemne d’une telle confrontation à la réalité de l’atroce. Il ne peut se retrancher derrière le polissage des récits édulcorés proposés dans nos livres d’histoire. Il doit se prendre de face les claques des mauvaises raisons de ces conflits, les trahisons des gens de pouvoir, les silences radio, les ‘débrouille-toi’, les ‘à toi de voir ce que tu peux faire’ ou les ‘tiens encore un peu, le temps qu’on négocie un retrait honorable … pour nos états-majors ‘.

    Mais au cœur de toutes ces atrocités et coups bas flanqués aux hommes du terrain, l’auteur, Arnaud De La Grange, s’offre l’audace de semer une vision du monde riche de sens, nourrie de nobles ressentis et nimbée d’une poésie qui pousse l’Homme à rester humain et confiant. Au cœur de l’atroce, le narrateur s’ouvre encore à la vie en évoquant le parcours qu’il s’est imposé pour retrouver l’usage de son corps après un accident de moto. Il puise ses forces dans sa volonté de retrouver le lien l’unissant à sa mère et la vision du combat de celle-ci contre le cancer, la mise en évidence des liens qui unissent le narrateur à son ami André, à Pauline qui est métisse de sang mais bien plus encore de culture et de rêves. Et même si cette Pauline estimera ne jamais pouvoir être perçue comme étant du bon côté, elle le suppliera de l’aimer, de la faire vivre… Tous ces liens humains ne suffisent pas à sortir le combattant de l’impasse du conflit mais elle redonne au Monde et aux hommes une couleur, un souffle qui aident à se tenir debout !

    Il reste que demain sera encore, certes… mais à quel prix ? A nous d’en prendre conscience !

    J’ai beaucoup aimé ce livre au regard décalé, cette liberté et cette force de ton choisie par l’auteur. Assurément, Arnaud De La Grange, un auteur à suivre !

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  • Arnaud de la Grange raconte les huit jours d’enfer vécus par un lieutenant de 26 ans dans la cuvette de Dien Bien Phu. Au-delà de la bataille, il nous montre combien cette expérience va transformer irrémédiablement cet homme.

    Comment choisit-on, à 26 ans et à quinze jours d’être démobilisé et...
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    Arnaud de la Grange raconte les huit jours d’enfer vécus par un lieutenant de 26 ans dans la cuvette de Dien Bien Phu. Au-delà de la bataille, il nous montre combien cette expérience va transformer irrémédiablement cet homme.

    Comment choisit-on, à 26 ans et à quinze jours d’être démobilisé et de retourner en métropole, de rempiler et d’aller rejoindre ses camarades de troupe à Dien Bien Phu? À vrai dire, le narrateur du second roman d’Arnaud de la Grange après Les Vents noirs n’a pas vraiment la réponse à cette question. Il n’est ni baroudeur, ni tête brûlée. Il n’est ni suicidaire, ni passionné par la chose militaire. Tout juste a-t-il quelques convictions, comme par exemple celle de ne pas laisser ses frères d’armes, de pouvoir servir. Peut-être a-t-il aussi un peu peur de retourner en France, car l’Indochine l’a transformé: «Nous ne sommes plus les mêmes, nos corps en font l’aveu. Nous avons durci. La guerre nous a taillés, rabotés, calfatés comme une coque marine. Elle a élagué tout ce qui chez nous ne servait pas aux actes élémentaires. Nos os ne portent plus rien de superflu. Nos esprits, c’est autre chose. Car je sens bien que, certains jours, nos pas pèsent plus lourd.»
    Alors ce jeune lieutenant saute dans la cuvette, accompagné d’une poignée d’hommes. La bataille a été engagée cinquante jours plus tôt et il n’est pas besoin d’être devin pour en imaginer l’issue, tant les positions sont maintenant figées, tant l’artillerie de Giap pilonne les positions françaises, inlassablement, inexorablement.
    La mort est omniprésente, au goût d’acier, de sang. «Un gigantesque labour qui disperse la terre et les êtres.»
    Quand le bruit des bombardements fait place au silence, ce dernier est si lourd, si tendu qu’il fait lui aussi peur. Parler devient inutile. Un geste, un regard suffisent à dire le désarroi, la souffrance, l’incompréhension. Alors les pensées vagabondent. Vers Marie qui l’attend en France et qu’il a trahie. Marie qu’il ne reverra sans doute plus, qui pourra peut-être lire les carnets qu’il a noirci depuis deux ans, car il n’est pas sûr de pouvoir un jour raconter ce qu’il a vécu.
    Vers Pauline, métisse «de culture et de rêves» qui lui offre quelques heures d’un bonheur éphémère avant d’aller vers son fiancé. «Lui, ce sera pour plus tard, quand tu seras mort et que je serais morte aussi, morte pour la vraie vie.»
    Arnaud de la Grange dit tout l’absurdité de cette guerre lorsqu’il révèle que le frère de Pauline pourrait fort bien se trouver lui aussi à Dien Bien Phu, mais dans les rangs d’en face…
    Roman dur, âpre, viril sans aucun doute. Mais surtout un roman à hauteur d’homme. Un homme qui aura plus appris en huit jours qu’en 26 ans.

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  • j'ai eu un papa militaire qui a fait le guerre d'Indochine. je suis toujours curieuse de trouver des informations sur ce triste épisode de notre histoire. Mes voyages au Vietnam ont contribué à m'apporter certaines réponses à mes questions et surtout à me faire aimer ce pays. Ici, le parcours de...
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    j'ai eu un papa militaire qui a fait le guerre d'Indochine. je suis toujours curieuse de trouver des informations sur ce triste épisode de notre histoire. Mes voyages au Vietnam ont contribué à m'apporter certaines réponses à mes questions et surtout à me faire aimer ce pays. Ici, le parcours de cet homme "cabossé" tel que le décrit K.Papillaud semble aussi emprunt de poésie.....apporter de la poésie dans un monde de chaos, cela présage d'un bon roman
    Tout cela me donne envie de lire ce roman de A. de la Grange

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  • Ce livre aurait pu s'appeler " Huit jours dans l'enfer de Dien Bien Phu ", mais c'est beaucoup plus que cela. Le narrateur, jeune lieutenant ne fait pas que raconter avec brio l'enfer de ses huit jours. Il revient à coups de flash back sur le pourquoi de son engagement,sa fuite d'une France qui...
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    Ce livre aurait pu s'appeler " Huit jours dans l'enfer de Dien Bien Phu ", mais c'est beaucoup plus que cela. Le narrateur, jeune lieutenant ne fait pas que raconter avec brio l'enfer de ses huit jours. Il revient à coups de flash back sur le pourquoi de son engagement,sa fuite d'une France qui l'ennuie, sa douleur face à son impuissance dans la mort de sa mère. Plus qu'un long discours, j'ai choisi un extrait.

    "Au matin, Blagnac est mort. Il a boulé comme un grand lièvre sur la pente de glaise. Il allait au ravitaillement, chercher de l'eau. Ils l'ont tiré en pleine course, sur les trente mètres de découvert. Il a roulé sur le côté, s'est immobilisé sur le ventre. Les deux hommes qui le précédaient étaient passés et avaient plongé dans la tranchée nord-est. Et nous, en haut, submergés d'impuissance. J'ai commandé des tirs, qui ont filé dru au-dessus de sa silhouette. Des secondes ont passé, longues comme des heures.
    Blagnac, enfin, s'est relevé sur un coude. On l'a vu fermer les yeux, avant de les rouvrir. Sa douleur nous a brûlés, autant que lui. C'est à ce moment-là que le ciel a sifflé. La salve a découpé le glacis, deux obus ont encadré notre ami déjà fauché. Trop près de lui, bien trop près. Quand la volée de terre s'est dispersée, nous avons vu sa silhouette retomber. Son dos déchiré se teintait de rouge. Il s'est redressé une nouvelle fois, a tendu un bras. J'ai cru voir un poing fermé, quand dans ses doigts luisait une grenade. Il ne l'a pas jetée, a replié sa mains sous lui, contre sa poitrine gauche. Cette poigne tenant la mort, il l'a placée sous son torse, contre le coeur. Je voyais si mal, la poussière et la rage m'obscurcissaient les yeux. Je jurerais pourtant que, vers nous, il a souri. Le bruit de l'explosion, atrocement mat. Son corps s'est soulevé une dernière fois."

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