Le coeur battant de nos mères

  • Au dernier Festival America (2018 donc), ma fille a rencontré Brit Bennett et a choisi de m’offrir (entre autres) « Le cœur battant de nos mères » avec une gentille dédicace de l’auteure d’autant plus qu’elle a été ravie d’apprendre que je m’appelle Nadia comme l’héroïne de son roman : « Oh Great ! »

    Jeune romancière, Brit Bennett nous emmène dans les tourments de l’avortement de Nadia Turner, dix-sept ans, qui vit seule avec son père, Robert Turner car sa mère s’est suicidée quelques mois plus tôt, en se tirant une balle dans la tête, sans avoir laissé un message d’explications.

    « Nous avons partagé ce secret amer, un secret qui a débuté au printemps, lorsque Nadia Turner, mise en cloque par le fils du pasteur, s’est rendue en ville à la clinique qui pratique des avortements pour régler le problème.
    Elle avait dix-sept ans à l’époque. (…) Depuis, Nadia s’était bâti une sacrée réputation : elle était jeune, elle avait peur, et elle essayait de cacher tout ça derrière son physique. » (p.10).

    Depuis ce suicide, Nadia essaie de surmonter ce coup dur. Elle a une très bonne amie, Aubrey Evans, un peu insolite comme elle. Elles vivent à Oceanside : A la fin du printemps, Oceanside se retrouvait enveloppé d’une brume si épaisse que les habitants appelaient cette période le Gris Mai. Puis venait le Sombre Juin. Le Juillet Noir. Et l’Août Mazout. » (p.87).

    Mais Nadia rencontre Luke Sheppard (serveur chez Fat Charlie) , fils d’un pasteur. Quand il la voit, il fait cette remarque : « Tu vois cette fille là-bas, disait-il à un serveur qui passait, ce sera le première Présidente noire. Tu verras. » (p.21).
    Ils entament tous deux une relation mais devant la réaction de Luke à l’annonce de ce qui aurait pu être un heureux événement, cela s’avère plutôt un très gros souci vis à vis de ses parents. Il lui fournit tout de même l’argent nécessaire à « l’opération » mais ensuite, plus de nouvelles ! Monsieur s’estime quitte… Et puis il faut dire que dans cette petite ville, c’est la religion régie par le le Cénacle qui règne.
    Étant encore bien jeune et avec la double absence, celle de sa mère et celle de l’enfant qu’elle n’a pas eu, elle quitte la Californie, d’abord pour le Michigan, ensuite pour pour Chicago où elle va suivre de brillantes études de droit tout en menant une vie dissolue jusqu’à sa rencontre avec Shadi.

    Dans ce roman choral où ce sont les femmes qui mènent le jeu et avec comme thème principal celui de l’avortement, Brit Bennett nous décrit les émois et les désarrois de Nadia - les sentiments cachés – les blessures de l’enfance – un Robert Turner envahi par le chagrin. On voit Nadia hantée par la honte et le chagrin – son incompréhension quand sa meilleure amie, Aubrey épouse justement « son » Luke. Tout vole en éclats. Nadia accepte finalement d’assister à ce mariage mais cela signifie qu’elle revoit Luke et là…« La beauté de Nadia l’avait pulvérisé, mais celle d’Audrey ressemblait à une bougie chauffe-plat, une lueur de chaleur. » (p.192)
    Luke va penser à ce bébé qu’il n’a pas voulu alors qu’à présent Aubrey a réussi à être enceinte.

    Ce roman fait preuve d’une grande intensité avec le style agréable et fluide de l’auteure. Mais cela n’empêche pas de penser à ce douloureux problème de l’avortement car il existe encore de nombreux pays où il est illégal, où les femmes n’ont pas le droit de disposer de leur corps. Combien sont-elles à partir pour l’étranger pour effacer une souillure ?

    Je vais conclure d’abord avec une critique de Télérama : « La romancière de 27 ans plonge dans le désarroi d’une jeune fille après un avortement. Avec une grande délicatesse. »
    Ensuite, en disant que c’est un bien joli roman que m’a offert ma fille. Quand je lui ai un peu raconté l’histoire, elle a eu cette réflexion : « Mais alors, je ne t’ai pas offert un livre bien réjouissant ? ». Et moi : « Mais non ma biche. C’est un livre plus qu’intéressant avec ce problème. Je l’ai dévoré car la situation de Nadia (mon homonyme) m’a beaucoup touchée et je n’aurais eu l’idée de l’acheter moi-même. »

    Je dis donc un double Merci :
    * Un à ma fille et
    * Un à Brit Bennett qui a obtenu avec cet ouvrage, le Prix du Meilleur Premier Roman Étranger 2017 » par « Lire ».

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus

Où trouver ce livre en librairie ?

Service proposé en partenariat avec Place des Libraires

Discussions autour de ce livre

Il n'y a pas encore de discussion sur ce livre

Soyez le premier à en lancer une !

Forum

Afficher plus de discussions