La salle de bal

Couverture du livre « La salle de bal » de Anna Hope aux éditions Gallimard

4.4

5 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Gallimard
  • EAN : 9782072688720
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

Lors de l'hiver 1911, l'asile d'aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l'enfance. Si elle espère d'abord être rapidement libérée, elle finit par s'habituer à la routine de... Lire la suite

Lors de l'hiver 1911, l'asile d'aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l'enfance. Si elle espère d'abord être rapidement libérée, elle finit par s'habituer à la routine de l'institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l'intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. Ella y retrouvera John, un « mélancolique irlandais ». Tous deux danseront, toujours plus fébriles et plus épris.À la tête de l'orchestre, le docteur Fuller observe ses patients valser. Séduit par l'eugénisme et par le projet de loi sur le Contrôle des Faibles d'Esprit, Fuller a de grands projets pour guérir les malades. Projets qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour Ella et John.Après Le chagrin des vivants, Anna Hope parvient de nouveau à transformer une réalité historique méconnue en un roman subtil et puissant, entraînant le lecteur dans une ronde passionnée et dangereuse.

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  • 0.2

    La salle de bal – avis page 100
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    « La salle de bal » est un livre polyphonique racontant des histoires parallèles et des destins qui se croisent. Anna Hope nous immerge dans le cadre sinistre d'un asile avec des personnages cabossés à leur entrée puis cassés par l'enfermement et l'aliénation des traitements ; elle laisse s'exprimer le ressenti des principaux protagonistes. A travers eux vont émerger des raisons d'espérer dans la fuite ou la redécouverte de beaux sentiments.

    A ce stade du livre, deux équations sont à résoudre :
    - le bal du vendredi soir permet aux plus méritants de la semaine de se rencontrer ; ce rassemblement sera-t-il suffisant pour lutter contre la pesanteur de l'institution ?,
    - au fil de l'évocation des réflexions du médecin, se profile la mise en œuvre du projet gouvernemental de contrôle voire d'élimination des faibles d’esprit. Deux écoles s'affrontent dans un enjeu terrible entre les partisans de la guérison des malades et ceux de leur stérilisation .

    Quelle sera la solution à toutes ces inconnues ??.

    « La salle de bal » a tous les ingrédients pour devenir le scénario d'un film dramatique ; l'action se situe dans le Yorkshire. Anna Hope ne nous invite pas à une visite bucolique des terres très verdoyantes de l'Angleterre mais à naviguer en eaux troubles. Les landes sont à l'unisson de l’ambiance générale de désolation d’une maison d'aliénés.
    Des hommes et des femmes y sont enfermés, séparément souvent contre leur gré. Anna Hope excelle dans l'expression de leur incompréhension, puis de leur chute dans la torpeur et la routine. Le seul espace de liberté reste le bal hebdomadaire où ils peuvent se rencontrer.
    L'ambiance est pesante et renforcée par l'absence de dialogues. On sent qu’une menace rôde dans l'établissement : tels des naufragés sur une île, les malades ne savent plus conjuguer l'avenir. On y meurt généralement broyé par lassitude, épuisement des traitements et absence de tout espoir.
    La situation semble sans issue lorsque le médecin se mue en bras armé du diable. Le guérisseur abandonne sa thérapie musicale et dérive dans une folie vengeresse. Il se veut le pionnier de la mise en place d'un asile transformé en hôpital de stérilisation des plus faibles.
    Une résistance larvée va se lever en même temps que la menace de l'eugénisme se précise de plus en plus.

    La dureté de l'existence est décrite avec un réalisme saisissant. L'auteur pourrait laisser le lecteur désemparé si quelques éclairs d'amour ne venaient éclairer le tableau. La psychologie des principaux personnages est particulièrement soignée. Jusqu’au dénouement final, on est lié aux héros de l'histoire par une inquiétude grandissante.
    Cet épisode méconnu de l'histoire d'Angleterre n'est pas le plus glorieux mais les choses du passé se doivent d'être racontées. Anna Hope a un talent énorme et une capacité descriptive impressionnante. Le lecteur est ligoté comme certains malades. Un livre poignant qui secoue. Bouleversant !

  • 0.2

    Chronique d'une Exploratrice de la rentrée littéraire

    Comment ne pas tomber sous le charme de ce roman puissant où les sentiments humains sont mis à l’honneur ? Tiré de faits historiques, il gagne en intensité à travers des personnages graves, une profondeur d’esprit qui ne peut lui conférer qu’une grandeur d’âme et en faire un roman nécessaire. Avec un esprit filmographique tel que Vol au-dessus d’un nid de coucou ou encore Magdalene sisters, il souligne le périlleux et sinistre sujet de l’aliénation mentale où la figure du patient prend autant d’importance que le point de vue médical.

    Anna Hope nous entraîne en 1911 dans les pas d’Ella Faye, internée malgré elle à l’asile de Sharston en Angleterre. Fileuse de métier depuis l’âge de huit ans, elle se plaisait à rêver de voir le ciel à travers les vitres crasseuses de l’usine où elle travaille sans relâche, et avait alors décidé pour ce faire d’en briser une. Malheur à qui sortent des sentiers battus où la norme est à l’attitude docile et la servitude à la tenue de son rang. La voici donc forcée de s’adapter à ce nouvel environnement, l’asile, où elle côtoie une galerie de personnages et se lie d’amitié avec Clem, fille de bourgeois intelligente et lettrée, qui cache un profond mal être. Seule bulle d’oxygène à ce cadre anxiogène : le bal dirigé par le docteur Charles Fuller comme expérimentation de thérapie par la musique, tous les vendredis soirs dans une somptueuse salle, où elle retrouve John, un Irlandais mélancolique, pensionnaire de l’aile masculine. John et Ella vont apprivoiser leurs craintes et surtout renouer avec l’amour.

    Roman choral très bien écrit et régulier, il est d’une surprenante finesse psychologique et émotionnelle. Les trois protagonistes que sont le docteur Fuller, Ella et John livrent tour à tour leurs pensées, leur passé et leurs désirs de liberté. En créant le personnage d’Ella, l’auteure souligne la force d’intention, la soif d’indépendance et démontre l’intelligence d’une remise en question de la classe populaire. Tandis qu’avec John elle révèle les méandres de la dépression, ses conséquences, et les conditions de la guérison. En travaillant le caractère ambivalent du docteur Fuller, elle crée, selon moi, le protagoniste le plus intéressant et le plus complexe. Mélomane confirmé, issu d’une famille aristocrate donc exigeante sur ses attentes de carrière, il se considère comme le sauveur des pensionnaires, utilise la musique comme instrument de guérison, et s’oppose à l’eugénisme, une idée qui semble pourtant séduire les élites du pays. Mais il porte en lui des ombres, des amertumes et des menaces qui font se demander si la frontière entre le soignant et les aliénés est aussi solide qu’on peut le croire.

    A la lecture de ce récit, je n’imaginais pas une seule seconde que j’allais découvrir un page controversée de l’histoire britannique. L’aliénation est certes un sujet brûlant et terrifiant mais le projet de loi approuvé par Winston Churchill alors ministre de l’intérieur et favorable à la stérilisation des malades mentaux fait froid dans le dos. En appuyant son récit sur le traitement subi des classes pauvres et populaires en y incluant les ouvriers, les mendiants, hommes ou femmes, Anna Hope met en évidence le traitement réservé aux « hors normes » considérés comme rebuts de la société, et l’effrayant dessein d’éradiquer la pauvreté par la stérilisation.

    Anna Hope signe un roman fluide, agréable, au rythme d’abord léger pour passer à un tempo plus dense. Le bal n’est finalement qu’un objet de thérapie relégué au second plan pour affirmer le rôle de chaque personnage. Parfois un peu long et rébarbatif avant le basculement décisif, cette histoire bien documentée comme le prouvent les notes de l’auteure, est riche d’intensité dans une trame bouleversante et servie par un style harmonieux. Bref, j’ai beaucoup aimé !
    http://bookncook.over-blog.com/

  • 0.25

    En 1911, l’asile de Shorsten est connu pour ses méthodes « avant-gardistes » : ici, en apparence, les patients travaillent, vivent en autarcie au grand air, sont nourris sainement, et rendez vous compte, une fois par semaine, ils ont même le droit de danser, un bal étant organisé tous les vendredis, pour les plus sages d’entre eux. La musique comme thérapie, la musique qui adoucit les mœurs dit-on.
    Shorsten, c’est là que vont se rencontrer Ella et John. Elle a voulu voir la lumière du jour, elle a brisé un carreau dans la filature où elle travaille, calfeutrée, et dans des conditions inhumaines, depuis l’enfance. Il a vécu un drame, un deuil, il fait partie des « chroniques ».
    Ces deux écorchés vifs, ces deux révoltés, ces solitaires, vont vivre une passion amoureuse fulgurante, jalonnée de moments d’une beauté à couper le souffle, comme ces lettres d’amour échangées furtivement, et lues à Ella par son amie Clem, qui jouera un rôle important dans le roman. Cette relation amoureuse ne sera pas du goût de l’ignoble Dr Fuller, partisan de l’eugénisme, et persuadé d’œuvrer pour le bien d’une nation dirigée par Churchill, lequel approuvera le programme que ce médecin (qu’on aurait tendance à trouver « bien sous tous rapports » en début de lecture), va lui soumettre.
    Ce roman choral, à trois voix , donne la parole tour à tour à chacun des protagonistes, et on tremble, on suffoque, on a mal, on s’indigne, on a envie de hurler. On imagine aisément la souffrance et la peur. On ressent la nuit, la misère, le cloaque des lieux, et la folie qui s’empare de celui qui est supposé la soigner.
    J’ai été bouleversée, et le mot est faible, par ce second roman d’Anna Hope. Vous dire combien j’ai haï le Dr Fuller est un euphémisme. Le pire, je pense, est de savoir que des Dr Fuller ont mutilé et massacré, réellement, pas dans un roman.
    Anna Hope livre là un témoignage glaçant et puissant sur une réalité immonde et dont j’ignorais l’existence ailleurs qu’en Allemagne, sous le régime nazi. Elle a les mots justes, la pudeur se faisant l’alliée de la douleur, dans une valse à 1000 temps. Elle a les mots uppercut, mais aussi les mots Tendresse, ceux de l’Amour plus fort que tout.

  • 0.25

    Chronique Explolecteurs 2017

    Avec "La salle de bal", Anna Hope nous plonge dans un asile psychiatrique anglais au début du Xxè siècle. Le roman s'attache à suivre trois personnages : Ella et John, deux patients, ainsi que le Dr Fuller, médecin psychiatre exerçant au sein de l'établissement. Au début du récit, Ella intègre seulement l'institution, après avoir, de colère, brisé une vitre sur son lieu de travail. John, quant à lui, est un mystérieux Irlandais hospitalisé depuis de nombreuses années. A l'asile de Sharston comme ailleurs, hommes et femmes sont séparés ; cependant, ils se retrouvent exceptionnellement une fois par semaine, lors des fameux « bals du vendredi soir », organisés par le Dr Fuller qui est persuadé du bien-fondé de la musique dans le traitement des maladies psychiatriques, et ce, contre l'avis de ses supérieurs.
    Néanmoins, dès les premières pages du livre, on pressent qu'un danger menace la psychiatrie et les belles idées du Dr Fuller : un projet de « contrôle des faibles d'esprit », lancé par le gouvernement, et qui préconise de stériliser les malades mentaux.
    Ainsi, l'histoire d'Ella, John et Fuller sert de toile de fond à l'évocation d'une réalité historique mal connue, et dont les conséquences auraient été dramatiques. Le thème du roman a été la première chose qui m'a attirée, tout comme cette volonté d'écrire une « histoire dans l'Histoire », d'autant plus qu'à mon avis, le débat concernant la « stérilisation » des personnes handicapées mentales ou plus largement leur droit à la conception est loin d'être fermé.
    J'ai également été convaincue par la description que l'auteure fait de certaines maladies mentales, et notamment la dépression, illustrée par le personnage de John qui incarne tout le paradoxe de la souffrance psychique. De même, Anna Hope nous dépeint de façon convaincante les conditions de prise en charge des maladies mentales à cette époque : l'isolement, l'enfermement, les contentions. Les descriptions font écho à d'autres œuvres existant sur le sujet : "Vol au-dessus d'un nid de coucou" de Milos Forman, bien entendu, mais surtout "Family Life" de Ken Loach, qui retrace l'histoire d'une jeune fille schizophrène. "La Salle de bal" nous renvoie indirectement aux hôpitaux psychiatriques modernes et nous rappelle que même si les pratiques ont évolué, certaines restent malheureusement d'actualité, comme l'isolement ou la contention.
     Mais au-delà du réalisme du roman, c'est l'émotion qu'Anna Hope parvient à faire passer qui m'a bouleversée. Elle choisit de dévoiler ses personnages petit à petit, nous donnant des bribes d'informations à chaque chapitre. Je me suis fortement attachée à eux dès le début. J'ai aimé la subtilité avec laquelle elle décrit la relation qui se tisse entre Ella et John, de manière presque imperceptible, de la même façon que leurs sentiments naissent, presque malgré eux. A mesure que les personnages apprennent à s'apprivoiser, l'écriture d'Anna Hope, déjà à fleur de peau, devient presque viscérale.
    Le récit est parfaitement rythmé par l'alternance de points de vue de chacun des personnages. Plus tard, alors que l'intrigue se resserre, les chapitres se raccourcissent, accentuant l'impression d'un étau qui broie les personnages. Le Dr Fuller finira par se laisser contaminer par les idées de l’époque. J'ai ainsi apprécié la complexité du personnage, et de façon plus large la façon dont il illustre comment une personne altruiste peut se laisser convaincre par des idées inhumaines. C'est avant tout une réflexion sur la nature humaine que nous propose "La salle de bal", l'asile psychiatrique se révélant le décor idéal pour étudier les tréfonds de l'âme.
     
    "La salle de balle" a ainsi été un véritable coup de cœur, j'ai été à la fois touchée par le récit mais aussi par le style d'Anna Hope. Un roman magnifique, qui sera j'espère l'un des livres phare de la rentrée littéraire !



    Avis de la page 100 (vite, j'ai hâte de m'y remettre !)

    "La salle de bal" nous emmène dans un établissement psychiatrique au début du XXè siècle. On y suit trois personnages : Ella, hospitalisée (ou plutôt devrais-je dire enfermée) suite à un coup d'éclat durant lequel elle a brisé une vitre ; John, un ténébreux Irlandais, et Charles Fuller, jeune médecin persuadé du bienfait de la musique pour les patients. J'ai d'emblée basculé dans le roman : Anna Hope excelle dans l'art de dresser un décor (en l'occurrence, celui d'un asile en 1911) et de dévoiler ses personnages petit à petit, maintenant un certain mystère. On pressent cependant déjà que l'histoire d'Ella et de John va servir de toile de fond pour décrire la condition des patients atteints de maladie mentale. Anna Hope parvient dès les premières pages à insuffler de l'émotion dans son récit et à captiver le lecteur !
    Coup de cœur en vue...

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