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La rafle des notables

Couverture du livre « La rafle des notables » de Anne Sinclair aux éditions Grasset Et Fasquelle
Résumé:

La Rafle des notables revient sur un épisode de l'Occupation, peu connu du grand public, où le grand-père paternel d'Anne Sinclair s'est trouvé entraîné.
En décembre 1941, les Allemands arrêtent 743 Juifs français, chefs d'entreprise, avocats, écrivains, magistrats : une population privilégiée... Voir plus

La Rafle des notables revient sur un épisode de l'Occupation, peu connu du grand public, où le grand-père paternel d'Anne Sinclair s'est trouvé entraîné.
En décembre 1941, les Allemands arrêtent 743 Juifs français, chefs d'entreprise, avocats, écrivains, magistrats : une population privilégiée (d'où le surnom de « notables »). Ils y adjoignent 300 juifs étrangers déjà prisonniers à Drancy. Ils les enferment tous au camp de Compiègne, sous administration allemande, et qui était un vrai camp de concentration nazi en France, avec famine, manque d'hygiène, maladies, conditions de vie épouvantables par un des hivers les plus froids de la guerre. Une cinquantaine décède dans le camp. Le but est l'extermination, et de fait, c'est de ce camp que partira, en mars 1942, le premier convoi de déportés de France vers Auschwitz (avant juillet 1942 et la Rafle du Vel d'hiv).
Le grand-père paternel d'Anne Sinclair, Léonce, petit chef d'entreprise, a été arrêté, interné à Compiègne et sauvé de la déportation car il était tombé très malade et avait été transféré - toujours détenu - à l'hôpital du Val-de-Grâce d'où sa femme a réussi à le sortir. Ils se cacheront jusqu'à la Libération où il est mort à 63 ans des suites de son internement.
L'auteur, qui recherchait des documents sur cette partie de la famille, a trouvé quelques éléments sur ce grand-père (en cahier photo dans le livre). Mais elle a surtout découvert un chapitre méconnu de la persécution sous l'Occupation qu'elle a voulu raconter. Elle redonne vie à ces prisonniers qui, pour la plupart, terminèrent ce sinistre périple dans une chambre à gaz. Elle décrit la vie quotidienne dans le camp entre des bourgeois assimilés à la France depuis des générations et qui ne comprennent pas pourquoi on les affame et les enferme, et des juifs étrangers qui ont l'habitude des persécutions. Peu à peu, la force abandonne les prisonniers, la famine les tue à petit feu, la vermine les attaque, la gangrène s'installe. Son livre raconte avec émotion cette descente aux enfers où la figure du grand-père illustre un récit très personnel et inédit où l'enquête personnelle et familiale rejoint l'enquête historique.

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Avis (9)

  • Un récit d'une centaine de pages consacré au grand-père d'Anne Sinclair, commerçant de dentelle d'origine juive, qui a été arrêté en décembre 1941, interné dans un camp français et a échappé de peu à la déportation à Auschwitz contrairement à beaucoup de ses camarades. J'ai trouvé ce récit très...
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    Un récit d'une centaine de pages consacré au grand-père d'Anne Sinclair, commerçant de dentelle d'origine juive, qui a été arrêté en décembre 1941, interné dans un camp français et a échappé de peu à la déportation à Auschwitz contrairement à beaucoup de ses camarades. J'ai trouvé ce récit très instructif et touchant, surtout que l'on voit bien le rôle de la Police française dans ces arrestations.

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  • Dans la famille d’Anne Sinclair, la légende voudrait que son grand-père paternel, Léonce Schwartz, ait échappé à la déportation de manière romanesque grâce à l’intervention de sa femme Marguerite. En enquêtant sur cet épisode, Anne Sinclair découvre une réalité plus complexe et met surtout à...
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    Dans la famille d’Anne Sinclair, la légende voudrait que son grand-père paternel, Léonce Schwartz, ait échappé à la déportation de manière romanesque grâce à l’intervention de sa femme Marguerite. En enquêtant sur cet épisode, Anne Sinclair découvre une réalité plus complexe et met surtout à jour un événement très peu connu de l’histoire de la France de Vichy.

    En décembre 1941, 743 juifs ont été arrêtés. Parmi eux des avocats, des médecins, des chefs d’entreprise et Léonce. Ils seront internés au camp de Compiègne, sous autorité allemande. C’est de là que partira en mars 1942 le premier convoi vers Auschwitz venant de France. Léonce ne fera pas parti des déportés. Malade, il a été conduit à l’hôpital du Val de Grâce d’où sa femme parviendra à le faire sortir.

    L’histoire personnelle de Léonce, mise à jour par sa petite fille, est surtout l’occasion de revenir sur une page d’histoire assez méconnue. Le camp de Compiègne n’est en effet pas celui qui est le plus cité et surtout cette rafle ciblée n’a pas été très souvent évoquée.

    Alors évidemment, ce livre ne nous apprend rien qui n’ait déjà été dit, et magnifiquement dit, par certains témoins de ce crime contre l’humanité. Il ne dévoile rien de nouveau sur la cruauté, la monstruosité, l’inhumanité des bourreaux. Mais il met en lumière certaines personnalités et des faits particuliers qui ont marqué ces trois mois passés dans le froid de Compiègne où la température avoisine les - 20 degrés et où la faim est une torture de tous les instants. Il précise les contours d’une politique nazie vouée à exterminer et dont cette rafle est l’un des événements initiaux en France.

    Il met aussi en exergue d’autres écrits et constitue quasiment une réserve bibliographique sur laquelle se pencher pour en savoir plus.

    Ce livre est surtout une pierre de plus pour faire perdurer le souvenir de ces atrocités, pour que la connaissance de ce qui s’est passé au cours de la seconde guerre mondiale ne disparaisse pas avec les derniers témoins.

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  • Déjà conquise par 21 rue de la Boétie, je n'ai pas hésité à me ruer sur celui-ci dès que je l'ai vu en librairie. Si, dans le premier, Anne Sinclair nous raconte l'histoire de son grand-père maternel Paul Rosenberg, marchand d'art exilé à New York et spolié par les Nazis, elle nous fait...
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    Déjà conquise par 21 rue de la Boétie, je n'ai pas hésité à me ruer sur celui-ci dès que je l'ai vu en librairie. Si, dans le premier, Anne Sinclair nous raconte l'histoire de son grand-père maternel Paul Rosenberg, marchand d'art exilé à New York et spolié par les Nazis, elle nous fait découvrir ici un pan assez méconnu de l'histoire de l'Occupation avec son enquête sur La rafle des notables pendant laquelle son grand-père paternel a été arrêté. Avec 743 autres Juifs français, Léonce Schwartz est alors enfermé au camp de Compiègne, un camp de concentration terrible administré par les Allemands mais pourtant moins connu que Drancy ou Pithiviers. Je ne le connaissais moi-même que de nom sans savoir exactement ce qu'il s'y était passé.
    Sachant à peine que son grand-père a échappé de justesse à la déportation, Anne Sinclair décide de partir sur les traces de son aïeul à partir de son arrestation jusqu'à l'épilogue de ce chapitre douloureux pour toute la famille. Elle nous livre ainsi ces états d'âme, ses réflexions tout au long du livre comme un fil rouge en marge de son enquête. J'ai découvert grâce à ce court récit l'existence de la « rafle des notables » qui a eu lieu en décembre 1941. Celle-ci a ciblé des Juifs français considérés comme influents (des intellectuels, des médecins, des avocats…) rejoints par 300 Juifs étrangers qui sont alors internés au camp de Royallieu, près de Compiègne. Anne Sinclair décrit parfaitement les horribles conditions qui régnaient dans ce camp nazi à travers des témoignages glaçants de plusieurs compagnons d'infortune de son grand-père et grâce à son travail dans les archives. La plupart des Juifs raflés à cette occasion seront déportés à Auschwitz trois mois plus tard. Je ne vous en dis pas plus sur la destinée de Léonce pour vous laisser apprécier votre lecture

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  • La rafle des notables d'Anne Sinclair
    Me rendant chez ma librairie favorite, je découvre en présentation ce petit livre d'Anne Sinclair La rafle des notables. Mon regard se porte sur le bandeau en vue d'avion le camp de Royallieu de Compiègne. Ce camp de Royallieu, je l'ai connu en août 1974...
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    La rafle des notables d'Anne Sinclair
    Me rendant chez ma librairie favorite, je découvre en présentation ce petit livre d'Anne Sinclair La rafle des notables. Mon regard se porte sur le bandeau en vue d'avion le camp de Royallieu de Compiègne. Ce camp de Royallieu, je l'ai connu en août 1974 lorsque j'ai franchi le portail d'entrée du 58e régiment de commandement et de transmissions. J'avais 18 ans . Je venais de devancer mon appel. A mon arrivée, je ne connaissais rien de ce camp militaire, mais tout de suite, en pénétrant dans ces alignements de baraques ou étaient nos dortoirs sur des lits métalliques à étage, j'ai ressenti un mal être. J'ai encore en mémoire ces longs couloirs, ou chaque espace de vie était ouvert, seulement séparé par un petit muret. A aucun moment nos officiers ou sous officiers ne nous ont informé que ce camp de Royallieu avait été un camp de concentration nazi. C'est quelques mois plus tard que l'horreur de ce camp m'est apparu et je n'ai jamais compris comment en cet endroit l'on avait eu le cynisme d'y installer une caserne militaire. Dans ces mêmes baraques du Frontstalag 122 ou tant d'homme ont souffert du froid de la faim anti-chambre des convois vers les camps de la mort. 28 convois ont emmené près de 40 000 personnes du camp de Royallieu vers les camps de concentration nazis. Le 22 mars 1942 le premier convoi de déportation part de France emmenant un millier de juifs à Auschwitz.
    Avec la rafle des notables Anne Sinclair, évoque son grand-père arrêté à son domicile par l'occupant Allemand accompagné de la police française le 12 décembre 1941 parce qu'il était juif 743 personnes juifs français, chefs d'entreprises, avocats, magistrats, mais aussi des anciens-combattants décorés de la Légion d'honneur, seront arrêtés et seront rejoints par 300 juifs étrangers, pour répondre au quota de mille juifs exigés par Berlin.
    Dans cet enfer du camp de Royallieu, certains comme le dit Anne Sinclair mourront, d'autres trop malades seront libérés. A cette époque les Nazis n'avaient pas encore mis en place l'extermination de masse. Basé sur des témoignages que l'on peut retrouver sur les nombreuses références citées, dans cet univers concentrationnaire, une vie intellectuelle s'organise, pour lutter contre la faim une ainsi que de solidarité et de l'entraide. Ce petit livre est un hommage a tout ces hommes, qui du jour au lendemain, notables ils se sont retrouvés aux portes des enfers, étant de confession juive . Plus maltraité dans ce camp que les autres détenus communistes, Russes et Américains qui même s'ils étaient mal nourris , recevaient lettres et colis .Ce qui n'était pas le cas du camp des juifs.
    Anne Sinclair nous fait connaître le parcours de son grand-père Léonce Schwartz et de son épouse
    Marguerite. Léonce restera une ombre qui passe dans ce récit de cette tragédie déchirante et mal connue recoupée par de très nombreux témoignages.
    Ce livre écrit pour transmettre cette mémoire aux enfants et petits enfants d'Anne Sinclair, mais il est aussi un hommage dans lequel je m'inscris pour que l'on n'oublie jamais, tous ceux qui ont franchi le portail de ce camp de Royallieu à Compiègne, bien avant mes pas en août 1974 et qui ont été déportés vers les camps de la mort en Allemagne.

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  • La légende familiale disait que le grand-père d'Anne Sinclair avait été sauvé de manière presque rocambolesque par son épouse. En cherchant à en savoir plus, elle s'est rendue compte que c'était beaucoup plus complexe et a tenté de reconstituer les évènements malgré le peu de documents à sa...
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    La légende familiale disait que le grand-père d'Anne Sinclair avait été sauvé de manière presque rocambolesque par son épouse. En cherchant à en savoir plus, elle s'est rendue compte que c'était beaucoup plus complexe et a tenté de reconstituer les évènements malgré le peu de documents à sa disposition au départ. Ce qui nous donne ce récit captivant.
    Le 12 décembre 1941 commence ce qu'on va appeler la rafle des notables. On a longtemps (Vichy) affirmé que les Juifs français avaient été pris pour cible à partir de la fin 1942, ce qui est faux : cette rafle est la première. Elle est composée de 743 notables et comme les SS exigeaient un compte rond : mille personnes, d'autres Juifs ont été arrêtés dans les rues. Il s'agissait de personnes ayant subi des pogroms depuis des générations, habitués à fuir, aux antipodes des notables qui étaient en France depuis très longtemps et n'avaient jamais subi de persécution.
    Les notables sont arrêtés au petit matin, ils ont à peine le temps de s'habiller de prendre une petite valise et sont embarqués, interrogés, emmener d'un endroit à un autre dans Paris et pour finir le train pour les emmener à Compiègne qu'ils traverseront à pieds sur 5 km, sous les coups bien sûr : près de 24 heures se sont déroulées, sans manger ni boire et entasser dans un camp, dans un bloc spécial qu'on appellera le « camp des Juifs ». Dans d'autres blocs sont incarcérés des communistes ou des Russes arrêtés (offensive sur Moscou, car le pacte germano-soviétique a été rompu par Hitler en mai 1941).
    Ils sont soumis à un régime spécial, visant à les faire mourir de faim (la soupe où trois navets se courent après, mais donnant parfois lieu à des conflits, tant ils sont affamés) une hygiène déplorable, avec les poux dans les paillasses… Tout est fait pour les humilier et les détruire, mais ils résistent autant qu'ils peuvent, les plus valides organisant des conférences dans leurs domaines respectifs : René Blum (le frère de Léon) sur Alphonse Allais par exemple, ou encore Louis Engelmann, le voisin de Léonce sur l'électricité…
    En fait, ils auraient dû être envoyés dans les camps de l'Est (Auschwitz) mais, les trains étaient réquisitionnés pour les permissions de Noël des soldats allemands. On apprend aussi, au passage que René Blum sera jeté vivant dans les fours crématoires à son arrivée.
    Je précise que Léonce Schwartz était commerçant dans la dentelle, d'origine alsacienne, et tentant de remonter dans l'historique de la famille, Anne Sinclair a pu retrouver un ancêtre aux alentours de 1600 en Alsace ! Donc Français depuis très longtemps. Pour lui, comme pour ses codétenus, il se considérait avant tout Français.
    « Léonce Schwartz, en effet, n'est pas un intellectuel. Il vend de la dentelle en gros, qu'il fait tisser à Bruges…«
    Serge Klarsfeld a fourni à Anne Sinclair, la liste exacte de ces notables et de leurs professions, certains étaient des officiers de l'armée, décorés pour leur bravoure pendant la première guerre mondiale. C'est impressionnant!
    Anne Sinclair étaye son récit, citant les travaux de Klarsfeld, mais aussi les témoignages de compagnons d'internement de son grand-père, elle ne laisse rien dans l'ombre car elle savait peu de choses sur lui, qui a réussi à être sauvé de la déportation car il était trop mal en point, il est mort quelques jours après l'armistice, en ayant pu revoir son fils Résistant engagé auprès du Général de Gaulle.
    J'ai beaucoup apprécié ce livre, récit détaillé sans concession de l'enfer qu'ont vécu ces hommes, dans un camp tenu par des Allemands. Je connaissais très peu choses au sujet de ce camp de Royallieu (vestige de la Royauté comme son nom l'indique) situé près de Compiègne, et pas loin du fameux wagon de Rotondes… et Anne Sinclair m'a profondément touchée et donné l'envie d'en savoir plus et d'aller fouiller pour trouver les témoignages qu'elle cite dans son livre.
    En refermant ce livre qui est un uppercut, je me suis rendue compte qu'il y avait encore beaucoup de choses que je connaissais mal, alors que j'ai lu énormément d'ouvrages sur la seconde guerre mondiale, le nazisme, la barbarie du troisième Reich mais devant la montée des intégrismes, des populismes, ce que l'on pensait à jamais dans les oubliettes peut refaire surface…
    J'ai très envie de lire l'ouvrage que l'auteure a consacré à sa famille maternelle : « 21, rue de la Boétie »
    Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m'ont permis de découvrir ce livre.
    #Larafledesnotables #NetGalleyFrance
    Lien : https://leslivresdeve.wordpr..

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  • Dans son livre « 21 rue de la Boétie » (2012), Anne Sinclair revenait sur l’histoire de son grand -père maternel, Paul Rosenberg, célèbre marchand d’art. Aujourd’hui, elle s’attache au versant paternel de sa famille à travers la figure de Léonce Schwartz, son autre grand-père.
    Elle avait connu...
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    Dans son livre « 21 rue de la Boétie » (2012), Anne Sinclair revenait sur l’histoire de son grand -père maternel, Paul Rosenberg, célèbre marchand d’art. Aujourd’hui, elle s’attache au versant paternel de sa famille à travers la figure de Léonce Schwartz, son autre grand-père.
    Elle avait connu son grand-père paternel, elle possédait de nombreux documents et archives le concernant : c’était un grand galeriste, un précurseur en art moderne, une figure de son temps dont l’histoire personnelle croisa la route de l’Histoire. De son autre grand-père, mort juste après la fin de la guerre, en revanche, elle ne connaissait qu’une légende familiale -qu’elle évoque d’ailleurs dans « 21 rue de la Boétie »- : une rocambolesque évasion du camp de Drancy.

    Elle n’avait jamais cherché à en savoir plus adolescente et, la vieillesse venant, lorsqu’elle a eu envie de se pencher sur le passé de son aïeul, elle a découvert une réalité qu’elle ne connaissait pas. Il n’avait jamais mis les pieds à Drancy mais été déporté au camp de Compiègne -Royallieu, un camp dont elle n’avait jamais entendu parlé avant. C’est ce qui l’a poussée à écrire : pour rendre connu du grand public et non plus d’une simple poignée de spécialistes l’existence de Compiègne Royallieu, à moins de 100 kms de Paris, qui fournit le premier contingent de juifs de France à la déportation en mars 1942.

    LES FAITS

    Elle évoque comment, le 12 décembre 1941, son grand -père fut interpellé avec 742 autres personnes au petit matin (les victimes furent ciblées grâce aux recensements des Juifs demandés par l’armée d’occupation en octobre 1940 puis en octobre 1941 ). Léonce eut à peine le temps de prendre quelques effets : un costume de rechange, deux couvertures, du linge pour deux jours …parqué d’abord dans le manège de l’école militaire puis amené manu militari jusqu’à une gare il fut conduit, avec ses compagnons d’infortune, au camp de Compiègne-Royallieu tout proche, - mais était-ce vraiment un hasard ? – du wagon de Rethondes, le wagon de la honte où fut signé l’armistice si défavorable aux allemands en 1918.

    Cette rafle, effectuée avec l'appui de policiers et de gendarmes français, était voulue par les Nazis comme des représailles après des attentats commis contre les forces d'occupation. Lors de cette opération, les Allemands ont surtout arrêté des chefs d'entreprise, des magistrats, ou des intellectuels. Ils ont d'abord visé ceux qu'ils appelaient des « Juifs influents ». C’est pourquoi on lui a donné le nom de « rafle des notables » Parmi les personnes déportées, on retrouve notamment le mari de Colette, ou le frère de Léon Blum directeur des ballets de Monte-Carlo. Le grand-père d'Anne Sinclair, lui, était un « petit chef d'entreprise qui avait un commerce de dentelle ». Ces Juifs français, généralement installés dans des quartiers bourgeois et « intégrés depuis des générations » dans la société française, se sont demandés pourquoi on les arrêtait. C’était souvent d'anciens combattants, et ils se disaient qu’ils avaient toujours servi la France, se pensaient avant tout comme Français et ne comprenaient pas. Mais dans le camp de Compiègne, ces Juifs français ont côtoyé d'autres nationalités. En effet, pour atteindre un quota de 1.000 détenus exigé par les autorités, les Allemands avaient aussi enfermé 300 Juifs étrangers, des réfugiés de Pologne, d'Allemagne, de Hongrie, de Roumanie, qui avaient fui le nazisme et avaient été internés par la France à Drancy. On eut donc affaire à une cohabitation étonnante de Juifs très intégrés en France et de Juifs étrangers qui, eux, avaient déjà connu les pogroms et les discriminations.

    Ce camp était un camp nazi en France, administré par les Allemands, théoriquement par la Wehrmacht, mais en réalité par la Gestapo, et tout ça à 70 kilomètres de Paris. Et si le camp ne comportait pas de chambre à gaz, la solution finale était en marche par d'autres moyens : la mort par la faim, le froid la maladie, des conditions d'hygiène atroces. Le fils de Tristan Bernard qui faisait partie des détenus baptisa ce camp de Compiègne « le camp de la mort lente » ; il décrit ce lieu « sans travaux forcés, sans tortures, sans extermination, [où] le bourreau demeurait invisible : il ne s’agissait que de laisser ses victimes mourir peu à peu de faim » . Anne Sinclair cite également les propos de Roger Gompel un autre rescapé : « c'était un acheminement implacable vers la mort selon une méthode pour humilier, avilir, abrutir, épuiser, jusqu'à la complète extinction de toute personnalité humaine (…) une sorte de pogrom à froid. »

    Pourtant, ils résistent autant qu'ils peuvent : malgré cette souffrance, une vie culturelle s'organise : les prisonniers donnent des conférences pour permettre à l'esprit de survivre :
    René Blum disserte sur Alphonse Allais par exemple, ou bien Louis Engelmann, le voisin ingénieur de Léonce, leur fait un exposé sur l'électricité…. Une vraie solidarité se met en place aussi avec les prisonniers des deux autres camps, moins maltraités : les prisonniers Russes ou politiques quis e débrouillent pour leur faire passer quelques lettres et colis.

    L’ENQUETE

    Pour raconter ce passé douloureux, la journaliste ne disposait que de très peu d’éléments recueillis au niveau familial : quand pour l’autre branche de sa famille elle avait pléthore de documents et de témoignages, ici il n’y avait plus de témoins directs et seulement quelques photos, un dessin, pas de lettres. Elle regrette l’incuriosité de sa jeunesse : elle posait des questions aux autres mais pas aux siens … Elle ne parvient même pas à élucider réellement les conditions de libération de son grand-père qui, peut-être grâce à une complicité de l’équipe médicale du Val de grâce où il fut admis, échappa au transfert vers Auschwitz le 27 mars 1942 mais mourut des suites de son internement en 1945 après s’être caché sous une fausse identité pendant le reste du conflit .

    Alors, Anne Sinclair va se rendre sur les lieux qui ne sont guère parlants, où seule demeure une plaque dont même les gardiens ne remarquent pas l’existence. Elle va chercher à faire revivre ces lieux et ce qui s’y est déroulé, avec l’aide de Serge Klarsfeld, en s’appuyant sur les archives et les publications éditées par le mémorial de la Shoah : journaux des internés de Compiègne, ceux qui ont survécu, ceux qui sont revenus des camps et même ceux qui sont morts et qui ont jeté par la fenêtre du train qui les emmenait des petits bouts de papier …. Elle s’éloigne donc peu à peu de la figure de son grand-père pour faire le portrait de tous ces hommes et leur rendre hommage.

    UNE ECRITURE DE LA RESISTANCE

    Ce livre a avant tout l’ambition de participer à la mémoire collective. Il est écrit en quatre courts chapitres et retrace l’itinéraire de tous ces hommes sacrifiés, sans pathos, sans romanesque dans une écriture sobre, parfois hésitante. Elle ne cherche ni à combler les lacunes ni à tout interpréter. Il y a parfois des blancs et l’autrice se fait surtout l’écho de la parole des internés. Anne Sinclair y rend hommage à des personnalités qui ont fait preuve d’abnégation et de courage.

    « Léonce restera donc comme une ombre qui passe dans ce récit. Mais l’effort pour retrouver sa trace durant ces mois de 1941-1942 m’aura permis d’entrer par effraction dans une tragédie déchirante et mal connue et me donner la volonté d’en transmettre le récit à mes enfants et mes petits-enfants » déclare-telle ( p.122).En faisant cela, elle fait donc œuvre de résistance à double titre. Résistance pour ses proches d’abord : son grand-père n’étant pas mort à Compiègne ou en déportation, il n’avait pas son nom gravé sur la stèle de verre à l’entrée du camp. Il l’a désormais dans cet opuscule.

    Ensuite et surtout parce, redonnant sa signification première au nom de guerre arboré par son père qui lui sert de pseudonyme, elle entre en résistance contre l’oubli ! « La rafle des notables » a en effet été écrit dans un contexte où l’antisémitisme, l’extrémisme et le populisme connaissent des regains inquiétants en Europe. Ce témoignage est donc utile et salutaire et incite à la vigilance … la barbarie est parfois aux portes de Paris !

    C’est un témoignage rude, inconfortable, tant par le propos que par l’écriture qui n’omet rien et ne cherche pas à embellir et à créer du suspense ou du happy end. On entre dans une vérité brute où des intellectuels se retrouvent jetés vivants dans les fours . Je remercie Anne Sinclair, Les éditions Grasset et Netgalley France de m’avoir permis de lire ce texte dont on ne sort pas indemne…

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  • Anne Sinclair nous étonne , positivement .Après avoir évoqué avec beaucoup d’émotion la mémoire de son grand-père maternel Paul Rosenberg et l’activité de sa galerie d’art, la spoliation de sa fortune et de ses tableaux par les Nazis dans 21 rue La Boétie , elle apporte une contribution à la...
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    Anne Sinclair nous étonne , positivement .Après avoir évoqué avec beaucoup d’émotion la mémoire de son grand-père maternel Paul Rosenberg et l’activité de sa galerie d’art, la spoliation de sa fortune et de ses tableaux par les Nazis dans 21 rue La Boétie , elle apporte une contribution à la mémoire de la Shoah , déjà constituée de multiples récits, biographies, témoignages , essais historiques

    .Dans son opuscule , La rafle des notables , elle évoque l’existence d’une rafle conduite le 12 décembre 1941 , qui a concerné plusieurs centaines de Juifs français , une population plutôt bourgeoise , d’où le nom de rafles des notables .Elle y décrit avec grande retenue ce qu’a dû ressentit son grand-père paternel Léonce Schwarz , qui habitait alors dans le dix-septième arrondissement de Paris .Il est conduit au camp de Compiègne-Royallieu , camp aux conditions de détention très dures, cruelles , éprouvantes .Moins connue que la rafle du Vel d’Hiv de juillet 1942 , cette opération de répression se situe dans la logique de la politique nazie de la solution finale :la disparition de tous les Juifs d’Europe décidée à al conférence de Wannsee en janvier 1942.
    Anne Sinclair resitue cette rafle dans le contexte de cette sombre époque : un moment de la persécution antisémite voulue par les Nazis et Vichy, un moment de souffrance intense aussi : elle cite le propos de Roger Gompel auteur d’un témoignage sur ce camp : « c’était un acheminement implacable vers la mort selon une méthode pour humilier, avilir, abrutir, épuiser, jusqu’à la complète extinction de toute personnalité humaine (…) une sorte de pogrom à froid. »

    Resituée dans la chaîne de l’organisation méthodique de la déportation des Juifs, cette rafle évoquée par Anne Sinclair éclaire cette tragédie de Compiègne, ce camp d’où partirent les détenus vers les camps d’extermination de Pologne, en mars 1942. Une contribution précieuse, même si elle est modeste de l’aveu même de sa rédactrice, à l’histoire de cette période qui n’en finit pas de nous interpeller.

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  • Dans « La rafle des notables », Anne Sinclair se rattache avec un récit, à son grand-père maternel, Léonce Schwartz. Elle tente de retracer son parcours, à partir de son arrestation, le 12 décembre 1941. Il a été l’un des 743 juins français envoyés dans un camp, situé non loin de Compiègne,...
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    Dans « La rafle des notables », Anne Sinclair se rattache avec un récit, à son grand-père maternel, Léonce Schwartz. Elle tente de retracer son parcours, à partir de son arrestation, le 12 décembre 1941. Il a été l’un des 743 juins français envoyés dans un camp, situé non loin de Compiègne, côtoyant 300 juifs étrangers.

    Ce texte est court, sobre et éclaire avec l’appui de journaux de guerre, de témoignages et de lettres, un pan de l’histoire sur ces premières victimes, qui pendant l’Occupation française, crurent que médailles et statut social les protégeraient d’une abjecte extermination.

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