La petite danseuse de quatorze ans

Couverture du livre « La petite danseuse de quatorze ans » de Camille Laurens aux éditions Stock
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  • Essai qui démontre que pour saisir/comprendre/percevoir au mieux une œuvre d'art, la connaissance du contexte économique, de l'époque sociale et de l'essence-même de l'artiste reste primordiale.

    Dans "La petite danseuse de quatorze ans" L'Opéra de Paris est loin du prestige qu'il dégage de...
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    Essai qui démontre que pour saisir/comprendre/percevoir au mieux une œuvre d'art, la connaissance du contexte économique, de l'époque sociale et de l'essence-même de l'artiste reste primordiale.

    Dans "La petite danseuse de quatorze ans" L'Opéra de Paris est loin du prestige qu'il dégage de nos jours, et les artistes peu éthiques ou glorieux dans leur considération de l'individu et de la femme ... sauf peut-être Edgar Degas...

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  • Lecture très instructive!
    La vie parisienne décrite dans ses us et coutumes, qui n'épargne pas les enfants qui naissent pauvres.
    L'opéra, foyer de l'exploitation des miséreuses, les peintres, nantis, parfois, qui en ramènent jusqu'à aujourd'hui l'ambiance ; cela pour le prix d'un ticket...
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    Lecture très instructive!
    La vie parisienne décrite dans ses us et coutumes, qui n'épargne pas les enfants qui naissent pauvres.
    L'opéra, foyer de l'exploitation des miséreuses, les peintres, nantis, parfois, qui en ramènent jusqu'à aujourd'hui l'ambiance ; cela pour le prix d'un ticket d'entrée au musée.

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  • L'auteur entre dans le vif du sujet sans détour et sans perdre de temps. Dans son roman, elle va nous parler d'une sculpture d'Edgar Degas qui la chamboule d'émotions : La petite danseuse de quatorze ans.

    "Trop grande pour être un jouet, trop petite pour figurer une fille de quatorze ans,...
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    L'auteur entre dans le vif du sujet sans détour et sans perdre de temps. Dans son roman, elle va nous parler d'une sculpture d'Edgar Degas qui la chamboule d'émotions : La petite danseuse de quatorze ans.

    "Trop grande pour être un jouet, trop petite pour figurer une fille de quatorze ans, elle hésite entre l'œuvre d'art et l'objet courant, la statue et le mannequin, la poupée, la miniature, la figurine ; elle avance un pied funambule sur le fil qui sépare les beaux-art de la culture de masse, elle est à la fois classique et moderne, réaliste et subjective, esthétique et populaire, vulgaire et belle. Elle propose différentes interprétations sans se réduire à aucune, elle s'oppose à tout enfermement autre que celui de sa cage en verre."

    L'auteur partage avec nous l'enquête qu'elle a menée sur Marie Geneviève Van Goethem, le modèle de Degas, la fameuse petite danseuse de quatorze ans. Danseuse de l'Opéra et modèle d'artiste, voilà le lot de cette jeune fille, et c'est loin, très loin d'être un quotidien glamour. Bien au contraire, l'auteur parle plutôt de condition de vie misérable.

    En quelques pages, Camille Laurens lui rend plus qu'un hommage, elle nous la révèle en nous dévoilant la genèse de la sculpture. Ainsi, on découvre les dessous de l'œuvre, avec les méthodes de création, la manière dont elle a été présentée au public, la façon dont le public va rapidement la rejeter et ce qu'elle va devenir une fois de retour dans les ateliers de l'artiste. D'ailleurs, elle n'oublie pas de nous parler de l'artiste, de ses habitudes, de ses préférences. Forcément, cela nous mène vers les coulisses de l'Opéra et sa facette largement oubliée aujourd'hui : celle de ses trafics sexuels et de son libertinage.

    Au passage, elle nous parle aussi de Balzac, de Théophile Gautier et d'une ribambelle d'artistes contemporains qui ont gravité à un moment ou un autre dans les cercles de Degas.

    Camille Laurens fait une confrontation très intéressante entre les différents artistes de l'époque, entre ceux qui ont travaillé sur le même sujet, à savoir les danseuses. Elle nous parle également de ceux qui se sont intéressés à Degas. Nous sommes entraînés dans un tour d'horizon complet.

    Bien qu'elle reste attachée aux faits, avec un travail de recherche titanesque, elle nous propose des scénarios supposés, hypothétiques, éventuels et potentiels. Elle sépare le modèle de l'artiste pour mieux les rapprocher et les comparer.

    Il y a dans ce texte une véritable réflexion sur la création, sur le poids de l'art dans la dénonciation des comportements inconvenants, et même plus, le rôle de l'art face à l'hypocrisie sociale.

    Verdict : Après une entrée en matière vive et percutante, on découvre rapidement l'engouement de l'auteur pour l'artiste, le modèle et la sculpture… Évidemment, on finit par partager son euphorie et on n’a qu'une envie, voir rapidement une des reproductions de la petite danseuse, qu'on ne verra plus jamais de la même façon !

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  • Je ne connais du monde de la danse et des petits rats, qu’un feuilleton passé à la télévision il y a fort longtemps. Un monde de rêve, même s‘il fallait bosser dur.
    Ce que présente ce livre est tout-à-fait différent. «Ce qui fait souvent rêver nos petites filles n’était pas un rêve pour...
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    Je ne connais du monde de la danse et des petits rats, qu’un feuilleton passé à la télévision il y a fort longtemps. Un monde de rêve, même s‘il fallait bosser dur.
    Ce que présente ce livre est tout-à-fait différent. «Ce qui fait souvent rêver nos petites filles n’était pas un rêve pour elle.»
    « Elle s’appelait Marie Geneviève Van Goethem. Ses parents étaient belges. Comme tant d’autres de leurs compatriotes…, ils avaient émigré pour fuir la misère et s’étaient installés au pied de Montmartre, dans l’un des quartiers les plus pauvres de la capitale. » Comme sa sœur aînée, elle est petit rat à l’Opéra Garnier. Non, ce n’est pas une sinécure, les gosses sont mal nourries, travaillent de longues heures, les supérieurs sont durs. Les mères, très présentes, proposent leurs filles aux bourgeois de Paris, elles se font maquerelles pour gagner quelques sous, que la petite soit établie, qu’elle ait son logement grâce aux largesses du monsieur bien sous tout rapport ! D’ici vient l’expression « s’offrir une danseuse ». Le bourgeois choisit une danseuse et l’entretient, lui offre un logement, en fait sa maîtresse officielle, l’exhibe pendant que bobone, pardon, Madame, reste à la maison ! Ces petits rats étaient des proies très faciles pour l’avidité de ces messieurs.

    Revenons à la statue qui a coûté sa place à Marie qui était souvent en retard ou absente parce qu’elle posait. Le régime était strict et les amendes pleuvaient sur les danseuses pour un retard, un oubli… Les gamines devaient trouver un autre emploi et poser pour des peintres ou des sculpteurs étaient le moindre mal, même si elles finissaient souvent dans leurs lits. Ce ne fut pas le cas de Degas à qui on ne prête aucune aventure féminine ou masculine. Il ne vivait que pour son art. Peintre d’abord, il se met à la sculpture lorsque sa vue baisse au point qu’il ne puisse plus peindre.
    Ah, que cette petite statue a fait couler d’encre lors de son exposition au salon des Indépendants. Imaginez, une statue de cire habillée de vrais vêtements, dans une cage de verre pour la protéger. Jour honni, où la petite danseuse est méprisée par le public. Si « Nina de Villard compagne du poète Charles Cros, qui écrira au sortir de l’exposition : « J’ai éprouvé devant cette statuette une des plus violentes impressions artistiques de ma vie : depuis bien longtemps, je rêvais de cela », Huysmans dit « sa face maladie et vise, tirée et vieille avant l’âge », d’autres « une bestiale effronterie ».
    Ce n'est pas de l'art! S’exclament les uns. C'est un monstre, disent les autres. Un avorton! Un singe! Elle serait mieux au musée de la zoologie, ironise une comtesse. Elle est l'air vicieux d'une criminelle, renchérit une autre. «Quel laideron, celle-là! Lance un jeune gandin. J'espère bien qu'elle est la fée du rat à l'Opéra plutôt que la chatte au bordel ! »Un journaliste s'interroge: existe-t-il« réellement un modèle aussi horrible, aussi repoussant? »Une essayiste la décrit pour la revue anglaise «Artist » comme « moitié idiote », « avec sa tête et son expression aztèques ». «L'art peut-il tomber plus bas? »Demande-t-elle. Tant de vice! Tant de laideur! L'œuvre et le modèle se confondent en une même réprobation, s'attirant une hostilité, une haine dont la virulence étonne aujourd'hui. «Cette fillette à peine pubère, fleurette de ruisseau » vient d’entrer dans l’histoire des révolutions artistiques. »
    Pourquoi cet acharnement ? Camille Laurens en parle plus loin dans son livre. Degas adhère aux thèses de Lavater qui établissent un lien entre l’apparence physique et les aptitudes morales et intellectuelles de l’être humain. Ainsi, la petite danseuse a l’air «comme tous ceux des bas-fonds de la société, bien évidemment.
    Degas aurait modifié les traits de Marie Geneviève Van Goethem pour l’enlaidir et correspondre à ces critères en cours au XIXe siècle.
    Pourtant la statue garde son mystère. « La statuette demeure aux confins de toutes les réponses, comme le modèle reste en équilibre entre l’enfant et la femme, l’innocence et la lubricité, à la fois proche et insaisissable. » Si elle n’a pas perdu de son mystère, son intérieur fut dévoilé par radiographie. « Ainsi de récentes radiographies de la statuette définitive ont montré qu’elle était bourrée d’éléments hétéroclites, à commencer par des manches de pinceaux –on ne saurait mieux justifier le mot d’argot qui désigne les jambes ! Il s’y trouve aussi des chiffons, des copeaux de bois, du molleton de coton, des verres et des bouchons de liège, tous empruntés par Degas à son environnement immédiat, en une improvisation inspirée dont la précarité s’accorde à celle du modèle. »
    Merci Camille Laurens d’avoir eu la curiosité d’aller chercher qui était cette petite danseuse de quatorze ans, de nous en faire le portrait, sans jamais lui inventer une vie fictionnelle, de lui rendre justice. A travers Degas et elle, vous brossez le portrait de la société de l’époque.
    Un livre très riche, argumenté, une réflexion sur l’art, le conformisme (même chez certains impressionnistes). Le moralisme bourgeois que vous décrivez pourrait être l’aune qui mesurera notre société à venir.
    « L’archive est un gouffre, c’est une spirale à l’attraction de laquelle il est impossible de résister. Chaque détail prend une place démesurée dans l’esprit, tout fait signe comme dans une histoire d’amour, tout est matière à interprétation, à obsession. Il y a une pathologie de l’archive, une passion peut-être aggravée quand on est romancier. » Camille Laurens, une amie généalogiste amateur, passionnée, ne dirait pas autre chose.
    Degas, « ce misanthrope désigné, cet homme prétendument dur et misogyne qui a métaphorisé son âme en une image de midinette : « j’ai enfermé mon cœur dans un soulier de satin rose » »
    J’ai rencontré l’écriture de Camille Laurens avec « Celle que vous croyez » et « La petite danseuse de quatorze ans » est un coup de coeur.

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  • Voici un ouvrage qui m'a profondément touché, le destin de ce jeune modèle d'Edgar Degas Marie van Goethem et la découverte de ce qui se passait dans les coulisses de l'Opéra de Paris m'a bouleversé. Il s'agit surtout à travers cette sculpture de détailler l'art et les normes de l'époque,...
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    Voici un ouvrage qui m'a profondément touché, le destin de ce jeune modèle d'Edgar Degas Marie van Goethem et la découverte de ce qui se passait dans les coulisses de l'Opéra de Paris m'a bouleversé. Il s'agit surtout à travers cette sculpture de détailler l'art et les normes de l'époque, d'expliquer la situation sociale des ces jeunes filles devenues petits rats et de leur devenir des plus incertain voire glauque.
    Ces toutes jeunes filles deviennent un fantasmes pour des hommes de la bonne société, ce qui serait puni fortement par la loi aujourd'hui était tout à fait normal à l'époque mais le plus triste est que ce sont les mères qui prostituaient leur enfant. A côté de ce côté sombre l'ouvrage aborde l'art et les artistes dont Edgar Degas, dévoilant un peu de sa biographie et de ses habitudes d'artiste, la perte de la vue qui le conduisit vers la sculpture.

    L'auteur s'est documenté sur la jeune fille, cherchant dans les registres d'Etat civil une trace de sa naissance et de sa mort, retrouvant mère et sœurs dont l'une fit une carrière à l'Opéra. Marie van Goethem en est devenu une obsession, cette enfant renvoyé de l'Opéra pour de multiples absences et pour cause celle-ci posait nue pour des artistes afin de gagner quelques sous de plus et remplir un ventre presque toujours vide. La misère est tellement présente dans ces pages que ça en devient insoutenable. J'étais révoltée de lire certains passages d'une vie malheureuse pour ce corps à l'époque à reçu tant de quolibets et qui aujourd’hui trône dans ne nombreux musées à travers le monde.

    Le travail de Degas sur cette sculpture n'a pas été reconnu à sa juste valeur, pourquoi avoir choisi un modèle si maigre sans aucune beauté et au visage mal proportionné, est-ce que ces critiques ont touché Marie? On ne le sait pas, peut être ne s'intéressait-elle pas à l'art mais juste au revenu qu'il procurait. Un ouvrage magnifique sur une époque aux bouleversements sociaux nombreux, mêlant souvenirs personnels et descriptions de l'oeuvre l'auteur délivre non pas un beau document mais un récit prenant et poignant. Il est un passage où l'auteure avoue , et je la comprend aisément:

    J'ai du mal à terminer ce livre, car j'ai du mal à quitter Marie. Je ne pensais pas formuler jamais une telle phrase. "Je suis triste de quitter mon personnage. Il m'obsède. Je continue de penser à lui, à elle..." D'habitude, les auteurs qui prétendent cela m'exaspèrent, je les trouve conventionnels, hypocrites, ridicules. Pourtant, c'est ce que j'éprouve aujourd'hui avec la petite danseuse, avec -ma- petite danseuse, ai-je failli écrire.
    c'est peut-être parce qu'elle a un corps; fût-il en cire ou en bronze sous mes yeux, ce corps a existé, il a traversé des rues de Paris où je peux suivre sa trace aujourd'hui.

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  • Nous connaissons tous la célèbre oeuvre de Degas, cette petite enfant en tutu qu'on peut admirer dans plusieurs musées aux quatre coins de la planète. Mais que savons-nous vraiment de l'histoire derrière l'oeuvre? Certains auteurs et cinéastes ont imaginé la vie de la petite danseuse, Marie van...
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    Nous connaissons tous la célèbre oeuvre de Degas, cette petite enfant en tutu qu'on peut admirer dans plusieurs musées aux quatre coins de la planète. Mais que savons-nous vraiment de l'histoire derrière l'oeuvre? Certains auteurs et cinéastes ont imaginé la vie de la petite danseuse, Marie van Goethem, en romançant plus ou moins les nombreuses zones d'ombres laissées par le temps passé. Ici, Camille Laurens se détache de cette longue tradition et choisit le style de la non-fiction pour explorer, archives et témoignages écrits à l'appui, les relations entre l'artiste et son modèle, la perception de l'oeuvre lors de sa première exposition de l'oeuvre en 1881, l'intention de Degas lorsqu'il l'a réalisée et, plus largement, le contexte socio-économique riche d'informations pour interpréter cette oeuvre.
    Oeuvre controversée, La petite danseuse de quatorze ans reste encore aujourd'hui un mystère : quel message voulait faire passer Edgar Degas lorsqu'il l'a réalisée? Comme le démontre très bien Camille Laurens avec son analyse détaillée, chaque élément de cette oeuvre, du choix de la matière à la posture de l'enfant, prête à confusion, peut être interprété d'une manière et de la façon contraire. Symbole des théories racistes de l'époque ou critique ouverte de l'état dévergondé de la société bourgeoise? Nul ne le sait vraiment.
    C'est seulement dans la troisième partie du livre que Camille Laurens revient sur l'histoire personnelle de la petite danseuse, pour essayer de comprendre qui elle était, et ce qu'elle est devenue après avoir été figée dans la cire. Marie van Goethem, née à Paris de parents belges, « vendue » à l'Opéra de Paris par sa mère pour nourrir la famille, et puis finalement expulsée de l'Opéra à cause de ses absences répétées, n'a rien des gentilles petites ballerines qui nous font rêver dans L'Âge heureux. Elle disparait des registres de l'état civil français après son expulsion de l'Opéra, nul ne sait quand elle est décédée, où et comment.
    C'est dans cette troisième partie que Camille Laurens lie son destin à celui de la petite danseuse, en rapprochant son histoire personnelle de ce que le petit rat a vécu, et en retrouvant la trace de sa grand-mère, née à la même époque, et dans un milieu similaire. Elle nous parle aussi de son goût pour la danse, elle qui a dû arrêter quand elle était petite alors qu'elle rêvait d'intégrer l'Opéra de Paris. Une anecdote de vie qui semble bien familière à mes oreilles, moi qui ait dû arrêter la danse après plus de quinze ans, faute d'avoir des genoux assez solides. Mais la danse reste, pour Camille Laurens et pour moi, un art unique qui continuera toujours de nous captiver et de nous émerveiller.
    Livre inclassable, entre l'essai et le récit, voire même quelques lignes d'autobiographie, La petite danseuse de quatorze ans instruit, sensibilise, démystifie et fait réfléchir, c'est passionnant.

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  • Des parents belges émigrés pour fuir la misère, des déménagements successifs à la cloche de bois, cadette de trois soeurs, Marie quatorze ans, dans les années 1880, elle dans danse comme petit rat à l'Opéra de Paris. Elle est renvoyée par le directeur qui en a eu assez de ses absences à...
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    Des parents belges émigrés pour fuir la misère, des déménagements successifs à la cloche de bois, cadette de trois soeurs, Marie quatorze ans, dans les années 1880, elle dans danse comme petit rat à l'Opéra de Paris. Elle est renvoyée par le directeur qui en a eu assez de ses absences à répétition. Elle a deux autres métiers parce que les sous gagnés à l'Opéra ne suffisent pas à la nourrir elle et sa famille, elle vend son corps frêle, sur ordre de sa mère, dans des bouges, elle pose aussi pour des peintres et des sculpteurs. Parmi eux il y a Edgar Degas.

    La petite danseuse, statue en cire, habillée de vrais vêtements et coiffée de vrais cheveux comme une poupée, fait scandale lors de sa présentation au salon des indépendants de 1881. L'oeuvre et le modèle se confondent en une même hostilité, une même haine. On la compare à un singe ou un aztèque ,on lui trouve un visage où tous les vices impriment leurs détestables promesses. Après la mort d'Edgar Degas en 1917, vingt-deux moulages en bronze seront fondus et dispersés dans des musées et des collections privées. Visible au musée d'Orsay, la statuette et son modèle exercent encore aujourd'hui une véritable fascination.

    Marie, la petite danseuse, a disparu sans laisser de trace. Qu'est-elle devenue ? a-t-elle eu des enfants ? Où se trouve son corps ? L'auteure, soucieuse de ne pas tomber dans la fiction, de ne pas séparer le modèle de l'artiste,nous entraîne donc sur les pas de Marie, nous fait entrer dans l'atelier de Degas pour les premières séance de pause et nous dresse le tableau d'une époque où les moeurs en usage sont une absence totale de moeurs, quand on a une fille c'est une aubaine, on peut toujours la vendre !

    Portrait d'une jeune fille au visage maladif, vieille avant l'âge, dont le corps est l'outil de travail. Portrait d'un peintre bourgeois réputé hautain dont la vue a beaucoup baissée et qui décide de sculpter car il lui faut privilégier d'autres sens. Un homme qui place son art au dessus de toute autre activité, qui occupe toutes ses pensées, tous ses désirs, toute sa sensualité. Portrait d'une époque vénale et jouisseuse où à quinze ans des jeunes filles sont déjà alcooliques, d'autres mortes de la tuberculose, d'autres entrent dans la prostitution sans avoir eu d'enfance.

    Beaucoup d'émotion à travers ces pages d'autant plus que le destin de Marie évoque pour l'auteure la vie de sa grand-mère engrossée par un garçon vite envolé et obligée de quitter son coron natal pour aller accoucher à paris dans l'anonymat de la grande ville.

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  • L’auteur évoque celle qui servi de modèle à cette sculpture révolutionnaire que Degas va présenter au salon impressionniste de 1881. « La petite danseuse de quatorze ans » est une sculpture de cire, petite fille au visage chafouin, tendu vers le haut, bras croisés à l’arrière du dos, comme en...
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    L’auteur évoque celle qui servi de modèle à cette sculpture révolutionnaire que Degas va présenter au salon impressionniste de 1881. « La petite danseuse de quatorze ans » est une sculpture de cire, petite fille au visage chafouin, tendu vers le haut, bras croisés à l’arrière du dos, comme en signe de rébellion, tout sauf soumise, tout sauf heureuse sans doute. Degas en fera plusieurs exemplaires, le Musée d’Orsay expose un moulage en bronze dans ses collections permanentes.
    La petite danseuse, modèle de Degas, petit rat de l’Opéra, est Marie van Goethem. Née en 1865 dans une famille belge très pauvre, Marie et sa grande sœur Antoinette deviennent danseuses pour assurer le quotidien de leur mère. La mère maquerelle et le proxénétisme ne sont pas loin, et ici c’est bien la mère qui tient le rôle.
    La question que pose Camille Laurens est le pourquoi de ce visage aussi ingrat ? Un moyen pour l’artiste de dénoncer la condition de cette enfant, de secouer les consciences ? Ou de se rendre complice des pensées de l’époque ? Le mystère reste entier. Cependant, la petite danseuse de quatorze ans possède une grâce indolente et rebelle qui ne peut que conquérir celui qui la découvre.
    Quelle soit le reflet d’une époque ou sortie de l’imagination de l’artiste, elle nous intrigue et nous enchante, comme le font les œuvres de Degas, peintre, dessinateur, sculpteur sur le tard, puisque lorsqu’il devient aveugle, la dimension de la sculpture palliera en partie sa cécité. Le livre de Camille Laurens dévoile tout cela et éveille notre curiosité avec juste ce qu’il faut de mystère irrésolu.
    https://domiclire.wordpress.com/2018/01/23/la-petite-danseuse-de-quatorze-ans-camille-laurens/

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  • "Avoir trois filles est à la fois un désastre et une aubaine quand on n'a pas d'argent. On peut toujours les vendre."

    Être immigré belge à Paris à la fin du XIXème siècle, c'est crever la faim, loger dans des bouges insalubres, déménager à la cloche de bois tous les 6 mois, faire travailler...
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    "Avoir trois filles est à la fois un désastre et une aubaine quand on n'a pas d'argent. On peut toujours les vendre."

    Être immigré belge à Paris à la fin du XIXème siècle, c'est crever la faim, loger dans des bouges insalubres, déménager à la cloche de bois tous les 6 mois, faire travailler les petits garçons, prostituer ses filles ou les inscrire à l'Opéra pour qu'elles deviennent des petits rats (ce qui revient au même !). La meilleure chance : trouver dans les coulisses un protecteur, soit amateur de très jeunes filles prépubères, soit artiste, comme l'était Degas qui aimait à peindre les ballerines...

    Camille Laurens livre dans cette monographie tout ce qu'elle a pu extraire de l'existence de Marie Van Goethem, tout juste 14 ans : les faits biographiques (quoique incertains) et ce que la sculpture de la danseuse lui évoque, tissant un récit inspiré, parfois à la frontière du roman.

    Marie qui, via son portrait en cire, fit scandale au Salon des impressionnistes en 1881 : critiques horrifiées sur cette face simiesque (on est dans une période où l'anthropo-morphologie associe certains traits du visage au crime et au vice ; d'ailleurs une "danseuse" n'est-elle pas à l'époque une prostituée avant tout ?, sur ce qu'elle peut représenter, et Marie qui s'évapore (a-t-elle survécu au XIXème siècle ?) comme un modèle anodin...


    J'ai aimé la manière dont l'auteur tisse son histoire autour de cette jeune fille au destin mystérieux, comment elle raconte les réactions d'un public hypocrite et bien-pensant, comment l'oeuvre trouve une résonance dans ce Paris fin de siècle qui s'émancipe mais sclérose aussi les classes populaires, et puis, tout ce que Camille Laurens a rattaché de sa propre histoire à ce document

    Une très belle lecture, instructive et fascinante !

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  • Appréciant beaucoup le travail de Degas et particulièrement cette petite danseuse, je ne pouvais pas passer à côté de ce titre. Attention, il ne s’agit pas ici d’un roman mais plutôt d’un essai. L’auteure le précise d’ailleurs pendant le récit.

    La première partie est consacrée à Marie van...
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    Appréciant beaucoup le travail de Degas et particulièrement cette petite danseuse, je ne pouvais pas passer à côté de ce titre. Attention, il ne s’agit pas ici d’un roman mais plutôt d’un essai. L’auteure le précise d’ailleurs pendant le récit.

    La première partie est consacrée à Marie van Goethem et Degas. La vie de cette jeune fille reste assez mystérieuse. Nous savons peu de choses sur elle. J’ai vraiment découvert tout un pan de l’univers de l’opéra, notamment sur la vie des rats. Beaucoup sont issus de familles pauvres et leur entrée à l’opéra assure un certain revenu à la famille. Mais comme cela ne suffit pas la plupart du temps, les jeunes filles doivent aussi trouver des protecteurs… Marie, elle, posera pour des artistes.

    Camille Laurens en profite également pour nous brosser le portrait de la société de la fin du 19ème siècle. Les réactions du public face à l’oeuvre de Degas lors de son exposition sont violentes ! Il y a vraiment toute une réflexion sur les courants artistiques de l’époque que j’ai trouvé très intéressante.

    La seconde partie est plus personnelle. Camille Laurens y explique sa démarche, son lien avec cette oeuvre et cette histoire, ses questionnements survenus pendant le projet d’écriture. Elle y expliquera notamment pourquoi elle n’a pas choisi la forme du roman.

    Je n’ai pas l’habitude de lire des essais, encore moins sur l’art. Le texte n’est pas toujours très accessible pour des personnes non initiées mais je me suis accrochée ! J’ai appris beaucoup de choses et ce livre m’a donné envie de retourner faire un tour au musée d’Orsay (pour la 100ème fois…).

    https://lecturesdemistinguette.wordpress.com/2017/10/27/la-petite-danseuse-de-quatorze-ans-camille-laurens/

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