La part du fils

Couverture du livre « La part du fils » de Jean-Luc Coatalem aux éditions Stock
  • Date de parution :
  • Editeur : Stock
  • EAN : 9782234077195
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Longtemps, je ne sus quasiment rien de Paol hormis ces quelques bribes arrachées.
« Sous le régime de Vichy, une lettre de dénonciation aura suffi. Début septembre 1943, Paol, un ex-officier colonial, est arrêté par la Gestapo dans un village du Finistère. Motif : "inconnu". Il sera conduit à la... Voir plus

Longtemps, je ne sus quasiment rien de Paol hormis ces quelques bribes arrachées.
« Sous le régime de Vichy, une lettre de dénonciation aura suffi. Début septembre 1943, Paol, un ex-officier colonial, est arrêté par la Gestapo dans un village du Finistère. Motif : "inconnu". Il sera conduit à la prison de Brest, incarcéré avec les "terroristes", interrogé. Puis ce sera l'engrenage des camps nazis, en France et en Allemagne. Rien ne pourra l'en faire revenir. Un silence pèsera longtemps sur la famille. Dans ce pays de vents et de landes, on ne parle pas du malheur. Des années après, j'irai, moi, à la recherche de cet homme qui fut mon grand-père. Comme à sa rencontre. Et ce que je ne trouverai pas, de la bouche des derniers témoins ou dans les registres des archives, je l'inventerai. Pour qu'il revive. »   J.-L.C.

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Avis(9)

  • Paol est né à Brest en 1894. Il a épousé Jeanne et a eu trois enfants, Lucie, Ronan et Pierre le père du narrateur. Sous Vichy, une lettre de dénonciation a suffi, Paol a été arrêté par la Gestapo. On lui a retiré ses papiers, ses lacets, sa ceinture. Il est conduit à la prison de Brest,...
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    Paol est né à Brest en 1894. Il a épousé Jeanne et a eu trois enfants, Lucie, Ronan et Pierre le père du narrateur. Sous Vichy, une lettre de dénonciation a suffi, Paol a été arrêté par la Gestapo. On lui a retiré ses papiers, ses lacets, sa ceinture. Il est conduit à la prison de Brest, interrogé, puis transféré à Compiègne, un camp de transit où il est fiché et numérotisé, puis le voilà dans un wagon en partance pour les camps en Allemagne, direction Buchenwald.

    À l'église de Kergat, son nom est inscrit sur la liste des victimes de la guerre. Au cimetière, il est gravé en lettres dorées sur le caveau familial qui ne le contient pas. le narrateur décide de partir à la rencontre de Paol son grand-père, résistant, déporté politique, disparu en Allemagne.

    Jean-Luc Coatalem nous offre un récit très intime, celui de sa quête pour retrouver la trace de son grand-père disparu en Allemagne.
    « J'avais le sentiment d'être à ma place, en phase, cette quête n'était pas une simple recherche, mais bien un pan de ma vie vraie. »

    Contre l'avis de son propre père, Pierre qui ne s'est jamais remis du poids de cette absence, ne s'apitoyant jamais ni sur les autres ni sur lui-même, un taiseux qui a enfoui son drame et sa peine. Un deuil inachevé, le poids du silence.
    « J'étais-là pour l'accompagner à rebours, le tenir à bras-le-corps, lui rendre ses contours et son allure. Un petit-fils devenu archéologue. »

    Jean-Luc va donc fouiller les registres de la mairie, du département, de la préfecture, des services de police, à Paris, en Allemagne. Une quête pour retrouver n'importe quelle bribe sur un inconnu jeté au milieu de millier d'autres dans un convoi de la mort. Il manque presque toutes les pièces du puzzle, les témoins qui ne veulent pas parler ou qui ont disparu.

    Ce livre m'a intéressé bien au-delà de cette recherche familiale de l'auteur. Bien au-delà des portraits d'hommes qu'il dessine Paol, le grand-père, Pierre le père, Ronan l'oncle. Il aborde en effet lors de sa visite à Dora, " au pays des bourreaux ", le camp qui devait fournir douze mille missiles pour inverser le cours de la guerre, le sort des anciens criminels nazis. C'est dans ce camp comme dans d'autres que des prisonniers vont fournir une main-d'oeuvre gratuite et corvéable à merci, des esclaves pour la machinerie nazie sous la houlette de Wernher von Braun. Personnage trouble, devenu citoyen américain en 1955, avec ses équipes venues de l'ancienne Allemagne Hitlérienne il est le père de la fusée Saturne pilier de la conquête spatiale. Les premiers pas de l'homme sur la lune ont été faits en partie sur les cadavres de ces milliers de prisonniers. Ce qui relance le débat sur ces industriels qui ont bâti leur empire en profitant de cette main-d'oeuvre bon marché, renouvelable en permanence, les nouveaux débarqués des trains remplaçants les morts à l'infini. Terrible et glaçant.

    « N'en déplaise à von Braun et à son sourire triomphal, sa conquête des étoiles avait dû franchir d'abord la porte des enfers. Les prisonniers de Dora en firent les frais, Paol parmi eux. Comment l'oublier en regardant le ciel ? »

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  • L'auteur enquête sur son grand-père, mystérieusement arrêté pour faits de résistance, probablement sur dénonciation, puis déporté. Une enquête minutieuse et intime d'un homme qui porte son regard sur une histoire familiale mais également sur le sens de la vie, la rigueur morale, l'engagement. Du...
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    L'auteur enquête sur son grand-père, mystérieusement arrêté pour faits de résistance, probablement sur dénonciation, puis déporté. Une enquête minutieuse et intime d'un homme qui porte son regard sur une histoire familiale mais également sur le sens de la vie, la rigueur morale, l'engagement. Du silence, il veut sortir afin de redonner voix à ce grand-père courageux décoré de la croix de guerre, puis mort pour la France le 12 mai 1944 à l'âge de 49 ans. La Bretagne, toujours présente dans le récit, livre aussi ses secrets de résistance et permet à Jean-Luc Coatalem de trouver quelques réponses sur cette sombre période. Journaliste et romancier, il maîtrise parfaitement bien son sujet, dans une écriture agréable et un style efficace.
    Mériterait largement d'être couronné le 4 novembre !

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  • Un récit doux et nostalgique où l’auteur part sur les traces de son grand-père Paol qu’il n’a pas connu car arrêté en juillet 1943 par la Gestapo, il a disparu, volatilisé, mort en déportation selon toute vraisemblance.

    De fait, le deuil a été impossible pour ses proches, ses derniers...
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    Un récit doux et nostalgique où l’auteur part sur les traces de son grand-père Paol qu’il n’a pas connu car arrêté en juillet 1943 par la Gestapo, il a disparu, volatilisé, mort en déportation selon toute vraisemblance.

    De fait, le deuil a été impossible pour ses proches, ses derniers instants de Paol sont restés dans l’ombre, les silences ont pris le dessus.

    C’est à l’âge adulte que le petit-fils – et écrivain - prend conscience que ce qui n’a pas été transmis doit être compris, il doit faire la lumière sur ce deuil confisqué par les évènements. D’autant plus que son propre père Pierre (et fils de Paol) a toujours refusé obstinément d’évoquer cette période, traumatisé enfant par cette disparition.

    Le récit vogue alors entre réalité et fiction. Tantôt, l’auteur se livre à des enquêtes rigoureuses explorant les archives, les vieux dossiers, ou en allant sur place et notamment dans les camps de concentration. A d’autres moments, le romancier prend le dessus, livrant des pensées, des sensations, des situations devinées. « ce que je ne trouverai pas, de la bouche des derniers témoins ou dans les registres des archives, je l’inventerai. Pour qu’il revive ».

    Le récit est merveilleusement bien écrit, la Bretagne, la mer, la côte, l’Indochine. Le ton est pudique et mélancolique ouvrant les vannes de l’émotion à la fin du récit.
    En postface l’auteur s’attarde sur sa démarche de petit-fils et d’écrivain « en dépit de sa fin tragique, il s’est agi pour moi de lui rendre, par-delà silence ou oubli, un peu de sa vie forte et fragile ».

    C’est un très bel hommage qu’il m’a été donné de lire, un récit à juste titre sur la liste des présélections du Goncourt cette année.

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  • A la recherche d'un passé ,ou comment faire vivre les êtres chers . Ne jamais perdre le fil ,tel est l'enjeu de ce beau roman écrit par Jean-Luc Coatalem.C'est avec un infini respect pour le passé de son grand-père et un belle sensibilité que Jean-Luc nous entraine dans cette vie ,à la recherche...
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    A la recherche d'un passé ,ou comment faire vivre les êtres chers . Ne jamais perdre le fil ,tel est l'enjeu de ce beau roman écrit par Jean-Luc Coatalem.C'est avec un infini respect pour le passé de son grand-père et un belle sensibilité que Jean-Luc nous entraine dans cette vie ,à la recherche d'indices ,de témoignages ,de souvenirs .Une belle histoire ... j'ai été très touchée par cette lecture.

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  • Mi-roman, mi-enquête, l'auteur déroule avec minutie et sensibilité la longue quête du passé de son grand-père Paol, déporté sur dénonciation en 1943. Une famille de taiseux, malgré les multiples tentatives de Jean-Luc Coatalem auprès de son père Pierre et de sa famille, un sentiment de secret et...
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    Mi-roman, mi-enquête, l'auteur déroule avec minutie et sensibilité la longue quête du passé de son grand-père Paol, déporté sur dénonciation en 1943. Une famille de taiseux, malgré les multiples tentatives de Jean-Luc Coatalem auprès de son père Pierre et de sa famille, un sentiment de secret et de déni autour de cette période noire de notre histoire, l'auteur, au fil des pages, a réussi à reconstruire les différentes étapes et retracé le parcours de Paol, besoin physique et moral de retrouver ses racines et apaiser sa mémoire. Richement documenté, même s'il reste incomplet, un sentiment de plénitude s'installe avec chaque nouvelle découverte, l'aïeul peut dormir en paix.

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  • J’ai eu la chance de côtoyer Jean-Luc Coatalem lors de ma participation au jury du Prix Orange du Livre 2019. C’est un homme accessible et drôle avec qui j’ai eu plaisir à échanger. Alors, lorsque j’ai vu son nom apparaître dans les prévisions de la rentrée littéraire, je me suis dit que...
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    J’ai eu la chance de côtoyer Jean-Luc Coatalem lors de ma participation au jury du Prix Orange du Livre 2019. C’est un homme accessible et drôle avec qui j’ai eu plaisir à échanger. Alors, lorsque j’ai vu son nom apparaître dans les prévisions de la rentrée littéraire, je me suis dit que j’allais pouvoir rencontrer l’écrivain.

    Pour son nouvel opus, il se penche sur le destin de son grand-père. Celui-ci a vu sa vie déroutée par un acte de dénonciation lors de la seconde guerre mondiale. Même s’il ne l’a pas connu, l’auteur ressent une envie viscérale de connaître la vérité sur son aïeul. Il se lance alors dans une enquête. Face au silence de sa famille et au manque d’informations à sa disposition, il va devoir voyager et creuser les archives afin de réunir les pièces du puzzle. Dans le sillage de son investigation, il va aussi récolter des éléments sur le destin de son père et son oncle. Il va ainsi pouvoir reconstituer la toile complète de son héritage familial.

    Autant prévenir, ce texte n’est pas destiné à tout le monde, tant la plume est exigeante et le vocabulaire érudit. Je vous conseille donc de le lire au calme pour appréhender au mieux la beauté du verbe. La construction est complexe et on s’égare parfois, mais le talent de l’auteur reprend toujours les rênes.

    On sent bien que cette quête est importante aux yeux de Jean-Luc Coatalem et qu’il y a mis beaucoup de lui-même. Même si je pense que ce genre de texte personnel sert plus l’auteur que le lecteur, j’ai pris un réel plaisir à découvrir cette belle écriture au service d’une histoire familiale tourmentée et romanesque. Je suis ravi d’avoir enfin mis une plume sur un visage et je partirai dorénavant à la recherche de ces autres écrits, pour voir ce qu’il est capable de faire avec d’autres sujets.

    http://leslivresdek79.com/2019/09/09/487-jean-luc-coatalem-la-part-du-fils/

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  • « C’est un petit pas pour l’homme, un pas de géant pour l’humanité ». 21 juillet 1969

    L’humanité… versus l’inhumanité.

    De 1943 à 1945, seront fabriqués les V2, des missiles qui devaient révolutionner la guerre et dont l’armée nazie avait grand besoin. L’un des principaux ingénieurs...
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    « C’est un petit pas pour l’homme, un pas de géant pour l’humanité ». 21 juillet 1969

    L’humanité… versus l’inhumanité.

    De 1943 à 1945, seront fabriqués les V2, des missiles qui devaient révolutionner la guerre et dont l’armée nazie avait grand besoin. L’un des principaux ingénieurs développe un programme et la fabrication est effectuée par des déportés dans l’enfer impitoyable de Dora, des conditions de vie qui feront des V2 une arme plus destructrice par leur fabrication que par leur utilisation. L’un des ingénieurs responsables de ce programme létal s’appelle Wernher von Braun. Après s’être rendu aux alliés en mai 1945, il s’envole aux Etats-Unis quelques mois plus tard, et, devient l’un des pionniers de la conquête spatiale américaine, il sera, d’ailleurs, naturalisé en 1955. L’un des pères du 21 juillet 1969 est un nazi notoire, responsable de centaines de morts au camp de Dora.
    Dora, D comme Dora. Là, où a été déporté Paol, le grand-père de Jean-Luc Coatalem qui livre sa part dans un récit déchirant, mais également cathartique, sur cet aïeul disparu trop tôt dans le camp de Bergen-Belsen le 12 mai 1944.

    Kergat. L’océan et son infini. L’immensité et ses espoirs. Mais aussi les vents contraires, les vents mauvais venus d’Est et qui vont souffler sur l’Europe dans les années 30 pour se transformer en une tornade destructrice quelques années plus tard ; une noirceur totale avec une grande faucheuse n’ayant aucune pitié pour le commun des mortels… et agitée par des mortels.
    Au sein de cette géhenne belliqueuse, l’horreur va supplanter l’horreur avec son lot de crimes, de tortures… et de délations, délations qui arpentent les places, les rues, les ruelles… par vengeance, par jalousie. Paol en sera une victime en ce 1er septembre 1943, emmené sans ménagement par la Gestapo. De Brest, il passe à Compiègne, puis le 20 octobre, affaibli par les privations, les interrogatoires, les coups et autres maltraitances, c’est le départ vers l’Hadès final : Buchenwald, Dora, Bergen-Belsen.
    Disparition. Silence. Silence de mort. Deuil inachevé…

    Un récit romancé mais qui relate la pérégrination d’un petit-fils pour retrouver une trace de son grand-père dans le dédale de la deuxième guerre mondiale. Un grand-père qu’il n’a jamais connu et même peu entendu parler, son père s’étant enfermé dans le silence du souvenir.
    Qui était Paol, né en 1894 ? Un combattant, un homme qui ne reculait devant rien. Il a connu quatre ans de guerre dans les tranchées, le corps à corps, la faim ; se battre dans la boue entouré de rats et de cadavres, parfois ceux de ses compagnons les plus proches. Puis, l’Indochine où il aurait peut-être mieux valu rester même si « le pays ne lui appartenait pas » et enfin le retour en Bretagne où il coulait des jours plus tranquilles en travaillant dans le civil même si la vie l’avait déjà fouetté en lui prenant un de ses enfants. Il restait ses deux fils mais l’un partira en Angleterre combattre et mènera une vie assourdissante, tant, que l’on pourrait croire en un personnage de roman. Et pourtant.
    Et puis, il y a le dernier, Pierre qui grandira sans son père, seul avec sa mère Jeanne. Parce qu’il y a cette délation qui va conduire Paol dans un tourbillon mortuaire…

    Face à cette tragédie universelle, mais également personnelle pour l’auteur, la narration cogne à chaque mot. Des phrases brèves, certaines elliptiques pour mieux signifier l’absence ou le désastre du parcours du déporté. Le train de la déportation où déjà il faut résister, lutter contre le néant qui frappe mais un néant qui fait mal, qui serre, oppresse, humilie. Puis les camps, avec leurs administrations, leurs règlements, leurs cerbères avec tout le raffinement de la torture, des sévices, des crimes indéfinissables… Et le camp de Dora… là où « la conquête spatiale a commencé » selon la phrase de Robert Carrière, rescapé de ce camp créé en 1943 pour la fabrication des V2. Une galerie minière creusée par les déportés pour cacher la production des missiles et qui a été l’une des machines infernales du III° Reich broyant des milliers de vie.

    En alternance, le lecteur découvre quelques passages plus légers sur les années asiatiques du grand-père mais aussi du père et du petit-fils. Une chevauchée lointaine comme des respirations nécessaires, celles qu’offrent les grands espaces, les territoires lointains et la référence surprise à Henry Jean-Marie Levet… comme une carte postale lancée depuis Bénarès…

    La suite de l’histoire, on ne peut la raconter car elle se lit directement ; elle se lit pour comprendre combien le journaliste a eu envie d’en savoir plus sur cet inconnu dont les gènes sont en lui, pour comprendre le gigantesque travail de recherches effectué, pour comprendre les périodes de trouble, d’effarement mais aussi de retrouvailles par les archives et les mots posés sur des feuilles de papier. Réaliser également que Paol n’était pas seul, des milliers d’humains ont subi le même sort. Au nom d’une idéologie sans nom.

    Depuis un crépuscule Jean-Luc Coatalem a semé vers l’aube des lumières des petits cailloux pour retrouver la trace de celui qui est « mort pour la France », pour colmater une douleur qui paraissait inénarrable, pour tendre la main vers l’invisible. Peut-être également pour colmater la souffrance de l’âme et quoi de mieux que la psyché de l’écrit. Parce qu’elle libère, parce qu’elle se partage. Et semer cette mémoire qui ne doit pas s’effacer et même être marquée, comme une pierre de Dora déposée sur la montagne de Menez-Hom…

    Blog : https://squirelito.blogspot.com/2019/08/une-noisette-un-livre-la-part-du-fils.html

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  • «À Kergat, le nom de Paol est inscrit sur la liste des victimes de la guerre dans la nef de l’église. Au cimetière, il est gravé en lettres dorées sur le caveau familial qui ne le contient pas. Dans les allées ratissées, ce cône de granit, posé au-dessus d’un vide, est notre amer.» En creusant...
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    «À Kergat, le nom de Paol est inscrit sur la liste des victimes de la guerre dans la nef de l’église. Au cimetière, il est gravé en lettres dorées sur le caveau familial qui ne le contient pas. Dans les allées ratissées, ce cône de granit, posé au-dessus d’un vide, est notre amer.» En creusant l’histoire familiale, celle de son père et surtout celle de son grand-père, Jean-Luc Coatalem nous offre son roman le plus personnel, mais revient aussi sur les conflits du siècle écoulé.

    Commençons par dire quelques mots du titre du nouveau roman de Jean-Luc Coatalem. Dans La part du fils, il est en effet question d’un fils, le narrateur derrière lequel l’auteur ne se cache nullement, cherchant à découvrir qui était vraiment Pierre, son taiseux de père. Mais le récit va au-delà de cette génération et s’attarde encore davantage sur la part de Paol, le grand-père. D’où le titre de cette chronique et les premières pages, qui nous livrent en guise d’introduction, les éléments biographiques connus: «Paol est né en 1894, à Brest. Il vient d’une famille finistérienne où les hommes sont généralement employés à l’Arsenal, la base militaire et navale. Il a fait la Première Guerre. Il a épousé Jeanne. Trois enfants, Lucie, Ronan et Pierre, mon père. Officier de réserve, il a été muté en Indochine, dont il est rentré en 1930. Dans le civil, il a travaillé ensuite pour une imprimerie et dans une entreprise de construction. Puis, comme la plupart des Français, il a été mobilisé de nouveau, en 1939, au grade de lieutenant. Je ne l’ai pas connu. Parti trop tôt, trop vite, comme si le destin l’avait pressé. Mais il nous reste sa Bretagne à lui qui est devenue la nôtre.»
    C’est à partir de ces indices que la quête va pouvoir commencer et nous réserver, comme dans les meilleurs romans policiers, quelques fausses pistes et quelques avancées remarquables, accompagnées d’émotions à intensité variable. Car remuer le passé n’est pas sans risques, d’autant que la vérité peut se cacher derrière bien des non-dits ou être à géométrie variable. Alors ne vaut-il pas mieux se taire?
    C’est le choix qu’a fait Pierre: «Tout juste nous aura-t-il lâché un peu de son enfance saccagée, la morsure des dimanches pensionnaires, la veilleuse bleue des dortoirs au-dessus des cauchemars, l’odeur humide des préaux, cette dévastation initiale que le temps n'entama pas. Il lui avait fallu être ce fils courageux qui dut porter le poids de l'absence sur ses épaules, grandir quand même, et que les heures de la Libération ne libéreront pas, creusé par ce gouffre, au final le constituant, sans soupçonner que sa souffrance serait un jour, pour moi, son ainé, un appel.»
    Après les bribes d’informations soutirées presque contre son gré à ce père, il faut élargir le champ des recherches, se rendre aux archives, chercher dans les dossiers, recouper des informations souvent parcellaires. Et quelquefois se contenter de l’histoire des autres, compagnons de régiment, de tranchée ou de captivité, qui ont cheminé aux côtés de Paol.
    Jean-Luc Coatalem a compris que cette communauté de destin soude les hommes et que tous ceux qui se sortent de conflits aussi meurtriers que le fut la Grande Guerre se forgent une «opinion sur la peur, la mort, et entre les deux, ce qu’est la viande humaine sous un déluge de fer ou dans les volutes de l'ypérite.» Avant d’ajouter, fataliste: «Une histoire banale de soldat français. Paol n’a que vingt-cinq ans, Paol a déjà mille ans.» Et passer d’une guerre à l’autre, dont il ne reviendra pas.
    Si j’ai beaucoup aimé suivre le voyage qu’effectue l’auteur sur les pas de ses aînés, c’est parce qu’il ne nous cache rien de ses tâtonnements, de ses doutes, de ses interrogations, obligé de concéder que «plus les choses se ramifiaient, plus elles se complexifiaient. Un témoignage venait en contredire un autre, les dates ne se recoupaient plus, il manquait des pièces et des interactions. Tout aurait-il été embrouillé? A qui s’adresser? Il aura beau faire, aller jusqu’à Buchenwald et Bergen-Belsen, le puzzle restera incomplet.
    Mais ici ce n’est pas la résolution de l’énigme qui compte, c’est le chemin emprunté. Cette tentative de ramener à la lumière le destin d’un homme oublié, de «tenter de nouer ce dialogue singulier avec lui». Ce beau roman – plein de fureur et de pudeur – y parvient avec talent.
    https://urlz.fr/aofk

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