La complainte du paresseux

Couverture du livre « La complainte du paresseux » de Sam Savage aux éditions Actes Sud
  • Date de parution :
  • Editeur : Actes Sud
  • EAN : 9782742796397
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

Les déboires et désarrois d'Andrew Whittaker, écrivain frustré, homme maudit (et vice versa) fondateur, rédacteur en chef et probablement unique lecteur de Mousse, obscure revue littéraire en péril, narrés par le menu à travers sa volumineuse correspondance tous azimuts laquelle, incidemment,... Voir plus

Les déboires et désarrois d'Andrew Whittaker, écrivain frustré, homme maudit (et vice versa) fondateur, rédacteur en chef et probablement unique lecteur de Mousse, obscure revue littéraire en péril, narrés par le menu à travers sa volumineuse correspondance tous azimuts laquelle, incidemment, constitue ses oeuvres complètes.
Un autoportrait tragicomique et sans pitié. Le nouveau roman de l'auteur de Firmin. Après avoir détourné Walt Disney avec Firmin, le rat le moins «chou» (et le moins animal) de la littérature fabuliste animalière, Sam Savage s'attaquerait-il à Mme de Sévigné ? De fait, La Complainte du Paresseux est un roman épistolaire, mais à sens unique (voire pire). D'ailleurs chez Savage, le pire plane toujours, c'est même très manifestement là que vit Andrew Whittaker, littérateur méconnu par ses contemporains et maltraité par la vie.
C'est seul contre tous et dans une misère galopante qu'Andrew tente de maintenir à flot Mousse, exigeante et néanmoins minable revue littéraire défricheuse de talents, tout en gérant les avanies locatives d'un petit immeuble de rapport. Nous sommes au fin fond de l'Amérique des années 1970, sous le règne de «la clique de Nixon», et il n'est pas aisé d'accoucher l'avant-garde littéraire d'un pays qui patauge dans ses conservatismes, tout en réglant des problèmes de plomberie, de locataires «de basse qualité» et en affrontant les médisances d'un environnement provincial petit-bourgeois.
On tombe dans l'intimité d'Andrew, irrésistible odieux personnage, raté rageur et menteur à la mélancolie féroce et toxique, à l'humour proprement redoutable et à la philosophie questionnable, à travers son abondante correspondance : à son ex, qui a fui à New York pour s'adonner à l'art dramatique (et qui la blâmerait ?), à ses vieux copains de fac devenus «quelqu'un» dans le monde des lettres et qu'il tente d'attirer comme invités vedettes d'un improbable festival pour lequel il fomente un programme inquiétant, à des aspirants auteurs qui lui soumettent des textes pour sa revue mais aussi à son banquier (inénarrable diatribe !) ou à ses locataires auxquels il réclame un loyer ou refuse une réparation, quand il n'emprunte pas l'identité, réelle ou fictive, de supposés supporters de son travail pour prendre sa propre défense dans le courrier des lecteurs de publications concurrentes.
Il tombe aussi sous le sens qu'Andrew Whittaker, bien que très occupé et malgré le marasme des jours adverses, poursuit, au sens littéral, hélas, une oeuvre dont nous découvrons les ébauches, et dont le joyau pourrait être ce projet d'un dictionnaire des cris de douleurs dans toutes les langues, toutes les cultures et chez toutes les espèces : ainsi du cri du aï (le paresseux) qui donne son titre au roman, animal dont le destin d'une infinie tristesse n'est pas sans rappeler celui de notre antihéros.
On retrouve dans cet autoportrait kaléidoscopique les thèmes de prédilection de l'auteur : la solitude, la déchéance, physique, morale, psychique et financière, ici visitée dans ses moindres recoins, et la noire ironie du sort des hommes. Et l'on retrouve aussi son talent singulier pour faire surgir le rire des situations les plus sombres, des blessures les plus douloureuses, des obsessions les plus incongrues.
Et quand Firmin fourmillait de références et de clins d'oeil littéraires, c'est ici l'ombre tutélaire de Fernando Pessoa qui baigne le délire paranoïaque d'une personnalité complexe voire multiple aux prises avec des rêves et des aspirations mal ajustés. Avec ce deuxième roman rugissant, Sam Savage s'impose comme un brillant débutant de soixante-dix ans qui enchaîne les morceaux de bravoure avec une aisance et une énergie époustouflantes.
La Complainte du paresseux est la virtuose et comique dissection d'une réalité sinistre et universelle : les affres sans fin de la médiocrité chez l'écrivant velléitaire.

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    Andrew Wittaker est un écrivain raté, éditeur d'une revue marginale et propriétaire bailleur de logements miteux, incapable de faire rentrer le moindre loyer. Bref Andy est un loser magnifique enlisé dans ses illusions et sa solitude. Après le superbe "Firmin", le rat dévoreur de...
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    Andrew Wittaker est un écrivain raté, éditeur d'une revue marginale et propriétaire bailleur de logements miteux, incapable de faire rentrer le moindre loyer. Bref Andy est un loser magnifique enlisé dans ses illusions et sa solitude. Après le superbe "Firmin", le rat dévoreur de livres, Sam Savage revient avec un ouvrage tout aussi savoureux et cocasse, écrit sous forme de lettres acerbes, cassantes, désobligeantes, de mauvaise foi, dans lesquelles on devine, tapi derrière chaque ligne, le goût amer de l'existence.

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    Décidemment, Sam Savage cultive l'originalité avec excellence. Après nous avoir régalé avec Firmin, ce drôle de petit rat, son deuxième roman est une succession de lettres, notes et projets d'écriture d'un seul et même homme : Andrew Whittaker. Andrew est dans la panade : sa femme vient de le...
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    Décidemment, Sam Savage cultive l'originalité avec excellence. Après nous avoir régalé avec Firmin, ce drôle de petit rat, son deuxième roman est une succession de lettres, notes et projets d'écriture d'un seul et même homme : Andrew Whittaker. Andrew est dans la panade : sa femme vient de le quitter, son entreprise coule peu à peu (il loue des appartements) et surtout, sa revue littéraire d'avant-garde ne trouve plus les fonds nécessaires à sa publication. Il envoie un courrier abondant, à sa femme, à ses locataires indélicats, à ses amis perdus de vue, aux auteurs qu'il publie dans sa revue, etc... Au départ ses lettres sont grinçantes, parfois méchantes, mais en tout cas toujours très drôles. Peu à peu cependant, le ton change, les lettres se font plus douloureuses, plus mélancoliques et le lecteur comprend qu'Andrew s'installe peu à peu dans la folie...

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    Rêver sa vie ou se plaindre ?
    Après Firmin, best seller qui narrait les aventures d'un rat dévoreur de livres au sens propre et au figuré, avec La Complainte du paresseux, Sam Savage continue d'explorer le monde littéraire, mais du côté des coulisses...
    Optant pour le genre épistolaire, Sam...
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    Rêver sa vie ou se plaindre ?
    Après Firmin, best seller qui narrait les aventures d'un rat dévoreur de livres au sens propre et au figuré, avec La Complainte du paresseux, Sam Savage continue d'explorer le monde littéraire, mais du côté des coulisses...
    Optant pour le genre épistolaire, Sam Savage plonge dans le quotidien mélancolique et drolatique d'Andrew Whittaker, anti-héros névrosé, odieux et malgré tout attachant. Dans les années 1970, en Amérique, ce dernier essaye vainement de sauver du naufrage une minable revue littéraire, Mousse, dont il est le fondateur, le rédacteur en chef et probablement l'unique lecteur. Mais, contrairement à Madame de Sévigné qui se contentait d'un échange de lettres, Sam Savage y intercale astucieusement des listes de «choses à ne pas oublier», des annonces de locations et des ébauches de textes avortées. Il révèle ainsi d'une plume acérée une réalité américaine, celle de Nixon, où il n'est pas aisé d'accoucher l'avant-garde littéraire dans un pays englué dans ses conservatismes, tout en réglant des problèmes de plomberie, de locataires «de basse qualité» et en affrontant les médisances d'un environnement provincial petit-bourgeois. Et, bien plus que le portrait d'une époque, dans ce roman qui n'est en réalité qu'une longue logorrhée plaintive, où plane l'ombre tutélaire de Fernando Pessoa, Sam Savage livre celui d'Andy, écrivain frustré, velléitaire, cependant toujours animé d'un espoir en son rêve : écrire un dictionnaire des cris de douleurs dans toutes les langues, toutes les cultures et chez toutes les espèces. Avec humour et causticité, Sam Savage dévoile une personnalité complexe, aux prises avec des aspirations mal ajustées. Et, finalement, à travers le grand mezze des ressentiments d'un littérateur méconnu mais dans lequel beaucoup peuvent se reconnaître, il confère à Andy la gloire d'avoir écrit sa propre autobiographie. Si l'auteur revisite continuellement ses thèmes de prédilections qui sont la solitude, la déchéance, ou encore la noire ironie du sort des hommes, on retrouve avec bonheur son talent singulier pour en faire surgir le rire. En parfait chef d'orchestre, Sam Savage transforme La Complainte du paresseux en un roman certes sans pitié, mais d'une virtuose drôlerie.

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