La clique du Café Brebis ; petit manuel du parfait aventurier

Couverture du livre « La clique du Café Brebis ; petit manuel du parfait aventurier » de Pierre Mac Orlan aux éditions Gallimard
Résumé:

Je viens de relire, afin de le nettoyer, cet essai romancé ainsi que le Manuel du Parfait Aventurier. Ce sont, en dépit de leurs mélancolies un peu incertaines mais présentes, deux témoignages optimistes : c'est de la littérature de "rescapés" comme on dit dans le Nord. S'il me fallait écrire,... Voir plus

Je viens de relire, afin de le nettoyer, cet essai romancé ainsi que le Manuel du Parfait Aventurier. Ce sont, en dépit de leurs mélancolies un peu incertaines mais présentes, deux témoignages optimistes : c'est de la littérature de "rescapés" comme on dit dans le Nord. S'il me fallait écrire, encore une fois, ce petit manuel, il est probable que j'en changerais les termes, sinon l'essence. L'opinion que l'on garde de cette sorte de métaphysique décorative que l'on appelle l'aventure se transforme avec l'âge. Il y a l'aventure de la première dent, celle de la mâchoire neuve, celle de la mâchoire ébréchée, puis en définitive, l'aventure de la dent de sagesse. L'une vaut l'autre. Ce n'est qu'une question de date sur le calendrier de service. La lecture de ce calendrier est suggestive. On parvient, quelquefois, à un âge, qui n'est pas tendre, où l'almanach révèle autant de complexes qu'il existe de saints sur le calendrier des Postes et Télégraphe. Le complexe de Léon vaut celui d'OEdipe ; le complexe de Jacqueline devient aussi prestigieux que celui de Diane. L'histoire des complexes est amusante : elle permet à certaines images de prendre place dans une honorable conversation entre gens sérieux des deux sexes. Ces assemblées de qualité forment la clientèle solide du Café Brebis où les complexes sont peu apparents car ils dominent les spiritueux. Nous sommes là dans un club de bouchons pas très neufs qui peuvent flotter sur tous les liquides. Grâce à ce léger détail, cet essai romancé et romantique n'est pas encore hors d'usage. Le Café Brebis ouvre toujours sa porte à ceux qui se nourrissent de poussières anciennes. Ces poussières, je m'aperçois que j'hésite à les remuer. Elle me paraissent dangereuses et d'elles, sans doute, naissent les virus de ces maladies écoeurantes et mystérieuses qui nous détruisent lâchement.   Pierre Mac Orlan 1951

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