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Girl

Couverture du livre « Girl » de Edna O'Brien aux éditions Sabine Wespieser
Résumé:

Le nouveau roman d'Edna O'Brien laisse pantois. S'inspirant de l'histoire des lycéennes enlevées par Boko Haram en 2014, l'auteure irlandaise se glisse dans la peau d'une adolescente nigériane. Depuis l'irruption d'hommes en armes dans l'enceinte de l'école, on vit avec elle, comme en apnée, le... Voir plus

Le nouveau roman d'Edna O'Brien laisse pantois. S'inspirant de l'histoire des lycéennes enlevées par Boko Haram en 2014, l'auteure irlandaise se glisse dans la peau d'une adolescente nigériane. Depuis l'irruption d'hommes en armes dans l'enceinte de l'école, on vit avec elle, comme en apnée, le rapt, la traversée de la jungle en camion, l'arrivée dans le camp, les mauvais traitements, et son mariage forcé à un djihadiste - avec pour corollaires le désarroi, la faim, la solitude et la terreur.
Le plus difficile commence pourtant quand la protagoniste de ce monologue halluciné parvient à s'évader, avec l'enfant qu'elle a eue en captivité. Celle qui, à sa toute petite fille, fera un soir dans la forêt un aveu déchirant - « Je ne suis pas assez grande pour être ta mère » - finira bien, après des jours de marche, par retrouver les siens. Et comprendre que rien ne sera jamais plus comme avant : dans leur regard, elle est devenue une « femme du bush », coupable d'avoir souillé le sang de la communauté.
Girl bouleverse par son rythme et sa fureur à dire, à son extrême, le destin des femmes bafouées. Dans son obstination à s'en sortir et son inaltérable foi en la vie face à l'horreur, l'héroïne de ce roman magistral s'inscrit dans la lignée des figures féminines nourries par l'expérience de la jeune Edna O'Brien, mise au ban de son pays pour délit de liberté alors qu'elle avait à peine trente ans.
Soixante ans plus tard, celle qui est devenue l'un des plus grands écrivains de ce siècle nous offre un livre d'une sombre splendeur avec, malgré tout, au bout du tunnel, la tendresse et la beauté pour viatiques.

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Avis (23)

  • Edna O'Brien a passé trois ans à étudier ce drame avant de pouvoir le raconter. A la première personne du singulier, elle se glisse dans la peau de Maryam, adolescente nigériane, qui a été enlevée par les hommes de Boko Haram. Elle va vivre l'enfer sur terre avant d'être mariée à un de ses...
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    Edna O'Brien a passé trois ans à étudier ce drame avant de pouvoir le raconter. A la première personne du singulier, elle se glisse dans la peau de Maryam, adolescente nigériane, qui a été enlevée par les hommes de Boko Haram. Elle va vivre l'enfer sur terre avant d'être mariée à un de ses tortionnaires, moins fanatique que les autres. Elle réussira à s'échapper avec son enfant. Quand enfin, elle croit que son salut est venu en retrouvant les siens, un autre enfer commence : elle est rejetée et ostracisée, c'est une femme impure, une « épouse du bush ». Et son enfant, cet être innocent, qui est considéré comme un enfant du Djihâd, une mauvaise âme, lui est enlevé. On découvre un pays où la femme n'est pas grand chose, femme maudite, femme objet, femme sans droit. Ce roman n'épargne rien du chemin de croix de Maryam, et vous retournera. Dans ce témoignage, l'auteur met en exergue le courage de toutes ces jeunes filles, et écrit pour que l'on n'oublie pas toutes celles qui ne sont pas revenues et qui ne reviendront sans doute jamais. Et si c'est une femme...

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  • C’est difficile. Difficile d’être spectatrice passive de ce qui se déroule dans ce livre. Difficile d’être impuissante. Difficile de l’apprendre. Difficile d’en prendre conscience.
    Je ne pouvais pas imaginer la puissance de ce roman, que cache ce mot unique qui compose son titre : Girl.

    «...
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    C’est difficile. Difficile d’être spectatrice passive de ce qui se déroule dans ce livre. Difficile d’être impuissante. Difficile de l’apprendre. Difficile d’en prendre conscience.
    Je ne pouvais pas imaginer la puissance de ce roman, que cache ce mot unique qui compose son titre : Girl.

    « Quand ils ont fait irruption dans le dortoir, on ne savait pas qui ils étaient, mais très vite on a su. On avait entendu parler d’eux et de leurs manières de brutes, mais, avant de connaître quelque chose, on ne le connaît pas. Ils avaient brûlé et pillé des villages, massacré les innocents. »
    Edna O’Brien s’est inspirée de l’histoire vraie de ces jeunes filles kidnappées par Boko Haram au Nigeria. Sur leurs pas, l’auteure a revécu leur périple, au scènes retranscrites insupportables qui ont jalonnées ce parcours chaotique.

    « Maryam. J’ai ravalé mes larmes, honteuse. Qu’était-il arrivé à la fille que j’étais jadis. Disparue. Il ne restait plus d’amour en moi. Je voulais mourir. »
    Arrachées à leurs familles, elles ont subi des sévices atroces. Leurs conditions de détention étaient inhumaines, au rythme des châtiments qui leur étaient réservés. Ces filles ont été métamorphosées, psychologiquement retournées, perdues, méconnaissables à leurs propres yeux.

    Alors quand elles retrouvent un semblant de liberté, leur fuite dès les premières chutes de bombes, elles feront face à une autre horreur. Celle des corps. De l’incertitude. De l’inconnu. Sans destinée, un chemin s’ouvre à elles, sur lequel tout ne sera pas douceur ni confort.
    « Je raconte notre capture, le travail qu’on nous a fait faire, la cuisine, le ménage, les prières, les raclées régulières, mais je ne dis rien des sauvageries dans la maison bleue. Je dis que j’ai été mariée, que j’ai accouché et comment, avec Buki, on s’est échappées quand le gouvernement a bombardé le camp. Je décris les filles mortes, par terre, et d’autres laissées derrière, tout espoir éteint. Je parle de la cahute et du feu que Buki qui a fait, comment elle a été mordue par un serpent et en est morte. »

    Edna O’Brien est édifiante, de par sa démarche, ses recherches, la véracité et le juste équilibre de ses propos. J’ai été conquise, envoûtee par cette lecture, qu’il faut absolument découvrir.

    « Le troupeau a fui vers où l’herbe est plus tendre, a fui le carnage et le fléau. »

    https://littelecture.wordpress.com/2020/02/02/girl-de-edna-obrien/

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  • Librement inspiré par l'enlèvement de ces jeunes filles au Nigeria en avril 2014, Girl pourrait être le récit de l'une d'entre elles.
    L'enlèvement, la sidération, l'arrivée au camp, les sévices, viols, tortures ... tout y est. le sentiment qu'elle ne pourra en réchapper ; et pourtant,...
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    Librement inspiré par l'enlèvement de ces jeunes filles au Nigeria en avril 2014, Girl pourrait être le récit de l'une d'entre elles.
    L'enlèvement, la sidération, l'arrivée au camp, les sévices, viols, tortures ... tout y est. le sentiment qu'elle ne pourra en réchapper ; et pourtant, accompagnée de son bébé et d'une amie, elle fuit ce camp de l'horreur et se lance dans une cavale à travers la forêt nigériane pour retrouver les siens.
    Là débute une autre épreuve : se rendre compte que ceux auxquels elle n'a cessé de penser la fuit, se méfient d'elle, gardent leur distance et affichent un mépris sans nom. Souillée, impure, elle assiste à sa seconde mort « je suis morte et pas morte ».
    L'écriture est totalement détachée, brute, sans émotion. Un peu déroutant sur un sujet aussi fort mais finalement n'est-ce pas aussi une façon pour la narratrice de mettre une distance entre ce qu'elle a vécu, ce qu'elle vit, et ce qu'elle relate dans toute son horreur.
    Partagée mais pas insensible à ce récit parfaitement documenté qui montre la noirceur de ces terroristes, et le courage qu'ont ces femmes de se battre pour leur liberté.

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  • Dès la première page, c’est violent et dérangeant. « J’étais une fille autrefois, c’est fini. Je pue » Vous voilà prévenus.
    Edna O’Brien réussit le tour de force de se glisser dans la peau d’une jeune fille nigériane.
    Maryam a été enlevée avec ses compagnes d’école par un groupe de...
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    Dès la première page, c’est violent et dérangeant. « J’étais une fille autrefois, c’est fini. Je pue » Vous voilà prévenus.
    Edna O’Brien réussit le tour de force de se glisser dans la peau d’une jeune fille nigériane.
    Maryam a été enlevée avec ses compagnes d’école par un groupe de djihadistes excités et dangereux. Elle va apprendre à survivre dans un de leurs camps où elle est séquestrée avec quelques-unes de ses compagnes. Humiliées, battues, violées, elles servent de bonnes à tout faire aux hommes et à leurs femmes. Converties de force, voilées et vêtues de loques, elles sont mal nourries, et l’hygiène est désastreuse. C’est dans ce cloaque que Maryam va tenter de survivre et de résister. Mariée de force, elle mettra au monde une petite fille qu’elle nomme Babby et avec laquelle elle tente de fuir l’horreur. Mais comment vivre après une telle descente aux enfers ? Quelle sera sa place ? Adolescente lorsqu’elle a été enlevée, la voilà mère, souillée par des barbares. C’est une survivante mais on se méfie d’elle, on décide pour elle et elle devra se battre pour garder sa fille et trouver sa place.
    Le « je » insuffle de la puissance à ce roman qui parle de l’oppression des femmes, des violences qui leur sont faites. On est dans la tête de Maryam, on vit ses moments d’égarement, sa confrontation avec les morts et c’est saisissant. Jamais de facilité ni d’apitoiement de la part de l’auteure, mais une volonté de raconter les faits sans filtre. Le style est incisif, le récit rythmé. C’est Maryam qui raconte et nous sommes à ses côtés, effrayés, humiliés ou au contraire retrouvant un peu d’espoir au fil des rencontres.
    Bien sûr, tout du long de ce roman, on ne peut que se remémorer l’enlèvement en 2014 de ces lycéennes par le groupe Boko Haram qui voulait les convertir et les marier de force à ses guerriers. Edna O’Brien a su s’emparer avec talent de ce fait divers pour écrire un roman profond. Les remerciements à la fin du livre montrent le travail important mené par l’écrivaine.
    Un roman magistral que j’ai lu d’une traite, en apnée. Une histoire qui va me poursuivre longtemps.

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  • Nous sommes en 2014 au Nigéria.
    Dans son roman « Girl », Edna O’Brien relate le rapt de lycéennes par les hommes de Boko Aram groupe djihadiste . On le vit au travers d’une des filles.
    La narratrice représente à elle seule toutes les victimes de ces enlèvements, interviewées par Edna O’Brien....
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    Nous sommes en 2014 au Nigéria.
    Dans son roman « Girl », Edna O’Brien relate le rapt de lycéennes par les hommes de Boko Aram groupe djihadiste . On le vit au travers d’une des filles.
    La narratrice représente à elle seule toutes les victimes de ces enlèvements, interviewées par Edna O’Brien. Encore un thème difficile évoqué dans le cadre du Grand Prix des lectrices Elle, qui nous dépeint un monde rustre et ...fou.
    Mais bien réel. La vie dans le camp. Les violences, les viols collectifs, les morts.
    Même si la narratrice en réchappe, cet enlèvement change à jamais sa vie et fait d’elle aux yeux des siens dont sa propre mère une « femme du bush » qu’on a mariée de force à un djihadiste et dont elle a eu un enfant. Heureusement qu’il y a de la résilience ... l’écriture est sèche, simple. Description des faits . Suspens dans le camp et la forêt. Mais ce ton très « journalistique » qui dépeint les faits dessert le livre, ce qui fait que je n’ai pas adhéré, malgré l’importance de relayer ces faits.

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  • Un coup de poing dans le plexus, c’est l’effet que procure ce livre percutant et sauvage de 250 pages. Une écriture nerveuse, des phrases courtes, l’impression de visionner le film, caméra au poing, d’un reporter de guerre. Pas d’affect, pas de concession, le lecteur est plongé sans retenue dans...
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    Un coup de poing dans le plexus, c’est l’effet que procure ce livre percutant et sauvage de 250 pages. Une écriture nerveuse, des phrases courtes, l’impression de visionner le film, caméra au poing, d’un reporter de guerre. Pas d’affect, pas de concession, le lecteur est plongé sans retenue dans l’horreur et la brutalité des terroristes.
    Comment ne pas se souvenir de cet incroyable et terrifiante tragédie du 15 avril 2014 : le rapt de 276 lycéennes âgées de 12 à 17 ans par le groupe Boko Haram, groupe de combattants islamistes à la suite d’un raid dans la ville de Chibok au Nigéria ? L’attaque est revendiquée par le djihad qui condamne « l’éducation occidentale » et annonce la mise en esclavage des jeunes filles. Son chef Aboubakar Shekau déclare :
    « J'ai enlevé les filles. Je vais les vendre sur le marché, au nom d'Allah. Il y a un marché où ils vendent les êtres humains [...] J'ai dit que l'éducation occidentale devait cesser. Les filles, vous devez quitter (l'école) et vous marier. [...] Une fille de 12 ans, je la donnerais en mariage, même une fille de 9 ans, je le ferais ».
    Cet évènement est d’autant plus ahurissant qu’on imaginait un dénouement rapide, à la hauteur de l’énormité de l’action et ce d’autant plus que la mobilisation est internationale et fortement relayée par des personnalités publiques, la maison blanche, et bien sûr le célèbre « Bring back Our Girls» . Pourtant cinq années plus tard il reste toujours 113 jeunes filles portées disparues !
    C’est là qu’intervient Edna O’Brien en nous livrant l’histoire forte de son héroïne, Maryam, qui endosse le rôle et les habits d’une des filles kidnappées qui a réussi à s’échapper et revient nous raconter l’horreur dont elle a été victime pendant des années aux mains des djihadistes ; puis après, lors de son retour chez elle où là encore, rien n’est terminé puisqu’elle subit le rejet des siens, leur méfiance, la honte, la répudiation.
    Ce cri ou plutôt ce hurlement dans les ténèbres est un récit bouleversant, atroce et magnifique.
    « Girl » est écrit à la première personne, pour donner un ton plus personnel et plus de crédibilité à la narration, de sorte que l’on vit avec Maryam sa tragédie et son chaos intérieur et intime. Ce récit éprouvant est celui de l’indicible calvaire de ces jeunes filles (elles ont toutes moins de 17 ans au moment du rapt) à qui on a volé leur vie.
    Le roman commence avec une phrase choc, comme un uppercut, qui va donner le ton et le rythme à la suite du récit : « J’étais une fille autrefois, c’est fini», et continue ainsi : « Je pue. Couverte de croûtes de sang, mon pagne en lambeaux. Mes entrailles, un bourbier.» Arrachée à l’école, emmenée en trombe à travers la forêt, parquée comme une bête, endoctrinée la nuit, terrorisée le jour, violée à plusieurs reprises – « Des hommes s’affairaient, la racaille en treillis, des armes partout, des couteaux à la ceinture et leurs braguettes ouvertes » –, puis mariée de force à un djihadiste. Maryam finira par échapper à ses ravisseurs après une effroyable cavale – « le moisi et la gale de la forêt sur moi, la honte à l’intérieur » – avec Buki, son amie, et Babby, le bébé qu’elle a entre-temps mis au monde, qui « imbibe ses terreurs » et à qui elle confesse « je ne suis pas assez grande pour être ta mère ». À l’allure d’une course contre la mort, elle poursuit le récit de son errance dans la forêt, au bord de la folie, ivre de faim et de la peur d’être rattrapée par ses bourreaux jusqu’à son retour chez les siens.
    Comme un souffle, des scènes d’un passé heureux viennent parfois adoucir l’horreur du quotidien, nous rappeler qu’avant une autre vie a été vécue, une soirée au dancing, l’éclat des yeux « bleu lapis » de son frère Youssouf, le tendre amour de ses parents…
    Au milieu du livre, on croit pouvoir enfin respirer lorsque ‘elle touche au but et arrive au village, mais c’est là que le plus désespérant commence ! Quelque chose comme une triple ou une quadruple peine. Babby, qu’elle s’est battue pour garder en vie pendant leur fuite, est considérée comme « du sang impur », à faire disparaître au plus vite. Quant à elle, ¬Maryam, on s’en méfie. Qui connaît ¬vraiment ses intentions ? « Un homme a parlé d’une histoire, une histoire vraie qu’il avait lue, des filles revenant de captivité à seule fin de fomenter le meurtre de leurs parents et de leur famille. »
    La folie des hommes ne s’arrête jamais : Les filles enlevées ne sont pas les bienvenues à leur retour. Considérée comme souillée, comment vivre après ? C’est la question que pose Edna O’Brien dans ce livre extraordinaire de cette romancière passionnément éprise de justice et de liberté.
    Commence alors une nouvelle épreuve. À l’incapacité de décrire ce qu’elle a vécu au psychiatre qui l’interroge – « Je lui dis des choses pour ne pas lui dire des choses » –, s’ajoute le mépris et le rejet de sa famille, de sa mère surtout qui l’accuse d’avoir tué son père, mort de chagrin, et son frère Youssouf, assassiné par les Jas Boys alors qu’il tentait de rassembler l’argent de la rançon.
    Avec une précision impitoyable et une hargne féroce, Edna O’Brien décrit, tel un témoignage criant de vérité, une vie de terreur en pleine jungle rythmée par les viols, les prières imposées, les tâches épuisantes, la faim, le désarroi, la solitude, la barbarie, l’espoir d’être sauvée puis le désespoir, la violence physique et morale, l’esclavagisme, les mariages forcés avec les djihadistes, les corps qui s’abîment, s’enlaidissent, s’arrondissent des enfants à naitre, l’esprit qui se brouille, l’âme qui noircie, la détestation et le dégout de soi.
    Et puis il y a ces phrases courtes et glaçantes qui parsèment le récit : « Comme le bétail dans son enclos », « je suis morte et pas morte », « une boucherie s’accomplit en moi », « je mourrai avec mon cri inachevé »
    Autre situation insupportable : comment aimer une enfant qui, par sa présence, vous révèle l’horreur que vous avez subie ? Une enfant qui marque le signe de votre déshonneur, de votre complicité ( ?) avec l’ennemi, vous fait devenir la honte de votre famille, celle-ci vous estimant souillée, et peu importe que vous n’ayez eu d’autre choix et que vous soyez la victime.
    Un ouvrage passionnant sur une histoire de femme triplement détruite parce qu’elle est une femme : aux souffrances de l’enlèvement, de l’arrachement à l’enfance, s’ajoutent les viols et le rejet familial et social.
    « Girl », même le titre est court, un seul mot, un simple mot, sonnant comme un tout. Car il condense en lui seul tout le pouvoir féminin.
    Un livre dur, mais fascinant et qui a le mérite d’exister. Indispensable à lire.

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  • Dans son dernier roman, Girl, Edna O’Brien se glisse dans la peau de l’une des lycéennes nigérianes enlevées par Boko Haram en 2014. Ce qu’elle nous raconte est absolument effroyable mais la manière de le faire ne m’a pas du tout convaincue.

    Depuis l’enlèvement jusqu’à la détention dans le...
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    Dans son dernier roman, Girl, Edna O’Brien se glisse dans la peau de l’une des lycéennes nigérianes enlevées par Boko Haram en 2014. Ce qu’elle nous raconte est absolument effroyable mais la manière de le faire ne m’a pas du tout convaincue.

    Depuis l’enlèvement jusqu’à la détention dans le camp de djihadistes puis son mariage forcé à l’un d’entre eux, Maryam est ballottée, maltraitée, violée par des monstres faits hommes. Enceinte puis mère d’une petite fille, elle parvient à s’enfuir avec elle mais son combat n’en sera pas terminé pour autant. Il faut désormais qu’elle affronte des regards suspicieux : est-elle devenue comme ses bourreaux à leur contact ?

    Autant le dire tout de suite, ce livre m’a posé un énorme problème. Je ne l’ai pas compris, je n’ai pas compris le projet de l’auteure, je n’ai pas compris qu’elle ait pu choisir un traitement aussi froid, désincarné, déshumanisé même pour mettre des mots sans résonance dans la bouche d’une gamine qui a vécu en enfer.

    Je suis restée à mille lieues de cette histoire alors que c’est humainement impossible de rester insensible à ça. Ou plutôt si, ça l’est comme quand on est devant notre télé, abreuvé de reportages en continu sur ces drames si lointain. A trop voir la misère ainsi distanciée, elle ne nous touche plus et c’est là où la littérature a toute sa place à jouer. Mais ici la magie de la littérature n’a pas opéré sur moi : la littérature ça n’est pas du journalisme, ce ne sont pas des faits exposés froidement mais vécus de l’intérieur. Dans un avis précédent qui concernait un document, j’expliquais être une lectrice qui préférait apprendre à l’aide de la fiction car j’avais besoin d’empathie pour les personnages, de vibrations pour apprendre. Je parlais alors d’intelligence émotionnelle. Or ici c’est précisément ce qui m’a manqué : de l’émotion, de l’empathie, de la vie !

    L’auteure ne nous laisse même pas la possibilité de suivre l’évolution de cette adolescente, évolution qui prend nécessairement du temps, qui passe par des transitions. Au contraire, j’ai plusieurs fois eu l’impression qu’elle prenait son personnage et la jetait dans une scène sortie de nulle part puis la reprenait le chapitre suivant pour la mettre ailleurs. J’ai bien eu du mal à suivre le cheminement par moments et cette absence d’évolution logique dans son parcours m’a empêchée de ressentir un intérêt grandissant pour son devenir.

    Je ne peux m’empêcher de comparer ce livre à un autre roman paru récemment chez le même éditeur : Mur méditerranée de Louis-Philippe Dalembert car sur un thème assez proche, le résultat obtenu est exactement l’inverse. Mur méditerranée à été l’un de mes énormes coups de coeur de 2019, un livre que je n’oublierai jamais, que j’ai refermé les larmes aux yeux et qui depuis m’a rendue beaucoup plus sensible au sort des migrants. Les trois personnages féminins de Dalembert avaient des réactions « humaines » avec tout ce que ça sous-entend de courage mais aussi de petitesse, de peur, de dégoût, d’espoir. On était obligé de se demander régulièrement comment nous aurions agit à leur place tout en bénissant le ciel d’être à la nôtre. Il y avait ce miroir de la fiction qui nous renvoyait à notre propre humanité, nos valeurs, nos actes. Dans Girl je ne suis pas parvenue à faire ce travail d’introspection et je le regrette profondément. Pire : j’en veux beaucoup à ce livre de me renvoyer une image de lectrice insensible à la misère du monde.

    Hasard des sélections, Girl est aussi en compétition pour le Prix Audiolib. Mais c’est une très bonne chose car le redécouvrir en audio, c’est la possibilité de lui laisser une deuxième chance en ajoutant la part d’humanité qui m’a fait défaut dans le texte, à travers cette fois la voix du narrateur. Je l’espère en tout cas mais de toute façon je vous en reparle bientôt.

    Girl est le roman sélectionné par le jury de janvier du Grand prix des lectrices Elle 2020.

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  • Girl est l’histoire des lycéennes enlevées en 2014 par Boko Haram, à Chibok, dans le nord-est du pays. Le roman s'ouvre par la nuit du 14 au 15 avril 2014 : 276 lycéennes âgées de 12 à 16 ans sont enlevées par le groupe terroriste. La voix de l'une d'elles, Myriam, telle « la mère de Jésus, une...
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    Girl est l’histoire des lycéennes enlevées en 2014 par Boko Haram, à Chibok, dans le nord-est du pays. Le roman s'ouvre par la nuit du 14 au 15 avril 2014 : 276 lycéennes âgées de 12 à 16 ans sont enlevées par le groupe terroriste. La voix de l'une d'elles, Myriam, telle « la mère de Jésus, une Madone noire » et élue romanesque sortie de l'imagination de l’irlandaise Edna O'Brian, raconte. 
 Avec Girl, si justement traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, l'autrice rend un poignant hommage aux femmes meurtries qui paient un prix bien trop lourd pour vivre. Comme Maryam, femme-enfant au corps et au cœur de lambeaux qui se dresse en guerrière pour sauver son enfant né dans les ténèbres : elle veut de toutes ses forces le porter à la lumière. Maryam, la girl, incarne toutes les jeunesses soumises à l’extrême violence morale, psychique et sexuelle. Maryam a quelque chose de Grace de Paul Lynch et de Rose dans Né d'aucune femme de Franck Bouysse. Indispensable.

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