Frère d'âme

Couverture du livre « Frère d'âme » de David Diop aux éditions Seuil
  • Date de parution :
  • Editeur : Seuil
  • EAN : 9782021398243
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

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  • Rappeler le sacrifice de tous ces hommes morts pour la France est essentiel et indispensable. Ne jamais oublier ceux qui sont venus d’un autre continent, volontaires ou pas, pour servir de chair à canon est fondamental mais le faire dans un roman comme Frère d’âme, comme l’a réalisé David Diop...
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    Rappeler le sacrifice de tous ces hommes morts pour la France est essentiel et indispensable. Ne jamais oublier ceux qui sont venus d’un autre continent, volontaires ou pas, pour servir de chair à canon est fondamental mais le faire dans un roman comme Frère d’âme, comme l’a réalisé David Diop est admirable.

    Pour cela, il donne la parole à Alfa Ndiaye qui raconte simplement mais d’une façon si émouvante et sincère comment Mademba Diop – « mon plus que frère, mon ami d’enfance » - est mort, les tripes à l’air, lui demandant trois fois de l’achever, ce qu’il a refusé de faire.
    Alfa est déchiré par le remords : « Je n’aurais pas dû te laisser souffrir comme un vieux lion solitaire, dévoré vivant par des hyènes, le dedans dehors. » S’il finit par ramener le corps de son ami dans la tranchée et qu’il est félicité pour son courage, sa vie est complètement bouleversée,
    Après avoir quitté brutalement leur village du Sénégal, ces jeunes hommes se sont retrouvés dans l’enfer des tranchées et ont dû obéir : « Le capitaine leur a dit qu’ils étaient de grands guerriers, alors ils aiment à se faire tuer en chantant, alors ils rivalisent entre eux de folie. » David Diop m’a ému, touché profondément avec ce langage simple d’un homme confronté à l’impensable, l’inimaginable, cette horreur que les hommes ont créée de toutes pièces pour l’infliger à leurs semblables.
    J’ai suivi Alfa Ndiaye dans cette folie imposée, qu’ils soient « soldats toubabs ou soldats chocolats » mais je laisserai au lecteur découvrir comment il tente de venger la mort de son ami et de pardonner ce qu’il pense être une faute, répétant à tout bout de champ : « Par la vérité de Dieu. »
    Foncièrement émouvant aussi, ce retour dans son village du Sénégal, ces souvenirs qui remontent à la mémoire comme cette superbe scène qui l’unit à Fary Thiam, fille d’une famille fâchée avec la sienne mais qui l’avait choisi. Expressions innocentes, simples, tellement justes qui n’empêchent pas de faire comprendre toute l’imbécilité de scènes de guerre quand le capitaine donne le signal de l’assaut en sifflant fort pour bien prévenir l’ennemi…
    Enfin, je ne peux pas passer sous silence, ces hommes exécutés parce qu’ils ont refusé d’aller se faire tuer bêtement, vies sacrifiées pour l’exemple comme on disait : « À la guerre, quand on a un problème avec un de ses propres soldats, on le fait tuer par les ennemis. C’est plus pratique. »
    La folie gagne. On traite ces tirailleurs sénégalais de sorciers et c’est Mademba qui parle enfin, se confondant avec Alfa pour terminer ce roman sensible et vrai sur les ravages causés par la guerre dans cette Afrique noire, avec ses contes et ses légendes où l’homme blanc croyait apporter la civilisation…

    Retenu dans diverses sélections et donc en lice pour un prix littéraire, Frère d'âme a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens, récompense méritée qui montre que les jeunes lecteurs ont un goût des plus sûrs. C'est quand même rassurant !

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  • Poignant, réaliste et mystérieux, "j'entends les forces du mal"...

    Poignant, réaliste et mystérieux, "j'entends les forces du mal"...

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  • Prix Goncourt des Lycéens 2018

    "Je crois avoir compris que ce qui est écrit là-haut n'est qu'une copie de ce que l'homme écrit ici-bas.
    Par la vérité de Dieu, je crois que Dieu est toujours en retard sur nous.
    Il ne peut que constater les dégâts."


    Alfa Ndiaye, sénégalais tirailleur...
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    Prix Goncourt des Lycéens 2018

    "Je crois avoir compris que ce qui est écrit là-haut n'est qu'une copie de ce que l'homme écrit ici-bas.
    Par la vérité de Dieu, je crois que Dieu est toujours en retard sur nous.
    Il ne peut que constater les dégâts."


    Alfa Ndiaye, sénégalais tirailleur perd la raison le jour où son ami "son plus que frère" meurt devant ses yeux, dans d'atroces souffrances.
    Il n'aura plus qu'un but, se venger...

    Comment l’horreur engendre la folie ?!

    Vous le saurez en lisant ce roman vertigineux !

    L'auteur nous fait pénétrer dans l'esprit de cet homme d'une manière incroyablement forte et puissante.
    J'ai été happée par cette histoire, par cet homme anéanti par la douleur et je n'ai entendu que sa détresse et sa douleur.

    Étonnamment, malgré ce thème très difficile, l'écriture est poétique, belle et pertinente.

    Un livre poignant et déchirant !
    Il faut le lire pour comprendre pourquoi cette lecture est foudroyante.
    Il faut le lire pour s'apercevoir que la monstruosité peut côtoyer la beauté.
    Il faut le lire pour se rendre compte de la puissance de cette histoire.

    C'est un peu déboussolée que je referme ce livre.
    D'autant plus, lorsque que l'on sait que c'est un pan de notre histoire !
    Une réalité effroyable où 134 000 tirailleurs sénégalais sont morts pour la France.

    Pour ne pas oublier...

    Un hommage à ces hommes, une vérité sur les conséquences et traumatismes de la guerre, une réalité sur la barbarie et les massacres, et ce par le biais de ce roman d'une force incroyable qu'il faut évidemment lire.

    N'ayez pas peur de l'ouvrir...C'est un très beau roman.
    https://leslecturesdeclaudia.blogspot.com/2018/12/frere-dame.html

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  • Je dois préciser tout de suite que si ce livre n'avait pas été dans la sélection des livres du prochain comité de lecture, je pense que je ne l'aurai pas lu. Je me fie beaucoup à mon instinct dans mes choix de lecture, même si je dois reconnaître que j'ai parfois eu de belles surprises avec...
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    Je dois préciser tout de suite que si ce livre n'avait pas été dans la sélection des livres du prochain comité de lecture, je pense que je ne l'aurai pas lu. Je me fie beaucoup à mon instinct dans mes choix de lecture, même si je dois reconnaître que j'ai parfois eu de belles surprises avec certains.....  Pour celui-ci j'ai découvert en premier lieu une belle plume qui, à travers le récit de la perte d'un ami presque frère pendant la première guerre mondiale aborde plusieurs thèmes :

    Celui qui raconte une histoire connue comme celle du sorcier-lion et de la princesse capricieuse peut y dissimuler une autre histoire. Pour être aperçue, l'histoire cachée sous l'histoire connue doit se dévoiler un tout petit peu. Si l'histoire cachée se cache trop derrière l'histoire connue, elle reste invisible. L'histoire cachée doit être là sans y être, elle doit se laisser devenir comme un habit moulant couleur jaune safran laisse deviner les belles formes d'une jeune fille. Elle doit transparaître. Quand elle est comprise par ceux à qui elle est destinée, l'histoire cachée derrière l'histoire connue peut changer le cours de leur vie, les pousser à métamorphoser un désir diffus en acte concret. Elle peut les guérir de la maladie de l'hésitation, contre toute attente d'un conteur malintentionné. (p173)

    qui m'ont touchée, émue parfois mais dont je ressors partagée dans mon avis.

    David Diop à travers Alfa Ndiaye, jeune tirailleur sénégalais de 20 ans, enrôlé avec son meilleur ami Mademba Diop, nous parle de l'horreur de la guerre des tranchées pendant la première guerre mondiale, de ces hommes envoyés en première ligne, se faire abattre à coup sûr, de la peur, de l'absurdité des ordres et de la discipline (j'ai particulièrement été bouleversée par la scène où certains refusent de sortir des tranchées au coup de sifflet), de ce que ces hommes ont abandonné, leur pays, leur vie, leur famille, leur amour pour se retrouver plonger dans la boue, le sang et les obus.

    Mais il s'agit, et je précise, pour moi aussi d'autres thèmes :

    de la folie de la guerre, qui rend fou de douleur, d'horreur et peut amener à la vengeance, à la cruauté
    Si à ce moment-là ses yeux bleus ne s'éteignent pas à jamais, alors je m'allonge près de lui, je tourne son visage vers le mien et je le regarde mourir un peu, puis je l'égorge, proprement, humainement. La nuit, tous les sangs sont noirs. (p32)

    de l'amitié profonde entre deux hommes, sans faille, jusqu'à l'extrême
    du souvenir de ses racines, de son éducation, des traditions
    de la culpabilité quand on pense que les actes ont été la source de la perte.
    Comme si me regarder c'était déjà mourir. p(47)

    L'écriture est très poétique, claire mais aussi parfois chargée de symboles, d'images, de réflexions sur les événements, sur la vie, sur les hommes.

    La rumeur a couru. Elle a couru tout en se déshabillant. Petit à petit, elle est devenue impudique. Bien vêtue au départ, bien décorée au départ, bien costumée, bien médaillée, la rumeur effrontée a fini par courir les fesses à l'air. Je ne la distinguais pas bien, je ne sais pas ce qu'elle complotait. (p43)

    J'ai lu le récit d'une traite car on est pris dans le flot de la narration. Dans un premier temps claire, lucide, implacable dans les horreurs vues, vécues. Puis au fil des pages j'ai ressenti la folie s'installer : folie des hommes, folie de la guerre, folie du narrateur. Il sombre, mais comment pourrait-il en être autrement, dans une sorte de torpeur où passé et présent se mêlent, se confondent, s'expliquent.

    On ne ressort pas indemne de ce genre de récit. On le garde en tête, nous-même, comme une succession de scènes terribles, parfois insoutenables, mais nécessaires pour ne pas oublier le sacrifice de ces hommes.

    Je crois avoir compris que ce qui est écrit là-haut n'est qu'une copie de ce que l'homme écrit ici bas. Par la vérité de Dieu, je crois que Dieu est toujours en retard sur nous.(p81)

    Ce n'est pas mon style de lecture de prédilection mais je ne peux que reconnaître la force d'un tel roman, la beauté de certaines phrases, même si parfois j'ai trouvé que la répétition de certaines expressions gênantes mais nécessaires pour donner le rythme et le flux des pensées de son narrateur.

    Lorsque j'ai refermé le livre j'avais le sentiment de ne pas être convaincue par celui-ci et plus les heures passent et plus je me rends compte que, justement par cette écriture, par la construction du récit, par sa brièveté, ne cherchant pas à édulcorer, à perdre le lecteur mais à le confronter à la brutalité des faits, à le plonger dans les méandres du cerveau d'un homme face à la perte de tout repère, de toute humanité, l'auteur a atteint son but.

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  • Avec son presque frère Mademba, ils étaient comme deux frères jumeaux, ils couraient comme des fous furieux, en hurlant vers les ennemis d'en face, épaule contre épaule, ils tiraient leurs coups de fusil en même temps. Mais Mademba, son presque frère a été grièvement blessé, il a supplié Alfa...
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    Avec son presque frère Mademba, ils étaient comme deux frères jumeaux, ils couraient comme des fous furieux, en hurlant vers les ennemis d'en face, épaule contre épaule, ils tiraient leurs coups de fusil en même temps. Mais Mademba, son presque frère a été grièvement blessé, il a supplié Alfa Ndiaye de l'achever, mais il est resté sourd à ses supplications. Il a regretté de ne pas l'avoir tué, de l'avoir laissé souffrir.

    Alors Alfa Ndiaye va se transformer en un être de vengeance et de férocité. Il va sombrer dans une folie meurtrière. Ses camarades commencent à le craindre, même les rats ont peur de lui. Son odeur sent la mort, pour tous il est devenu un dévoreur d'âmes.

    Un roman envoûtant sur les horreurs de la Grande Guerre, où un capitaine qui aime la guerre comme une maîtresse la fournit en vies de soldats. Les tirailleurs sénégalais, les chocolats d'Afrique noire, devenus chairs à canon sortent des tranchées pour se faire massacrer sous une pluie de cervelle.

    " La France du capitaine a besoin de notre sauvagerie et comme nous sommes obéissants , moi et les autres, nous jouons les sauvages. Nous tranchons les chairs ennemies , nous estropions , nous décapitons, nous éventrons . "

    Une fois de plus la magie des mots écrits par un auteur africain a opéré. David Diop sait si bien évoquer l'âme, il réussit à introduire la poésie dans cette boucherie, un style oral et naïf où le narrateur répète inlassablement les mêmes mots comme pour conjurer le sort. L'histoire d'un homme rendu inhumain et dément par la folie des hommes. Rien ne pourra le sortir de cette démence où il s'est enfermé à jamais, même pas les souvenirs de son enfance, de son père, les règles, les croyances, et Fary Thiam, la jeune femme qui contre toutes les lois du village lui a offert son corps avant son départ pour la guerre.

    Un roman très original sur la guerre, où David Diop redonne la voix à ces 135 000 les soldats issus des colonies françaises d'Afrique de l'Ouest qui se sont battus pour une France qui les ignorait. Une fois de plus les lycéens m'ont agréablement surpris par leur choix judicieux pour leur prix Goncourt.

    « Mais ce que nous ressentons est toujours neuf car chaque homme est unique, comme chaque feuille d'un même arbre est unique. L'homme partage avec les autres hommes la même sève, mais il s'en nourrit différemment. »

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  • Roman attirant dans son histoire et son écriture.
    On s'attache à ce tirailleur, tant à son parcours durant la première guerre mondiale qu'à ses souvenirs de jeunesse.
    D'ailleurs, j'aurai apprécié que l'auteur, David Diop, étoffe un peu cette partie.

    Roman attirant dans son histoire et son écriture.
    On s'attache à ce tirailleur, tant à son parcours durant la première guerre mondiale qu'à ses souvenirs de jeunesse.
    D'ailleurs, j'aurai apprécié que l'auteur, David Diop, étoffe un peu cette partie.

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  • http://leslivresdejoelle.blogspot.com/2018/10/frere-dame-de-david-diop.html

    Un matin de la Grande Guerre, Alfa Ndiaye, un jeune sénégalais de vingt ans au beau corps de lutteur voit Mademba Diop, son ami d'enfance, son presque frère, mourir dans ses bras. Alfa et Mademba sont deux tirailleurs...
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    http://leslivresdejoelle.blogspot.com/2018/10/frere-dame-de-david-diop.html

    Un matin de la Grande Guerre, Alfa Ndiaye, un jeune sénégalais de vingt ans au beau corps de lutteur voit Mademba Diop, son ami d'enfance, son presque frère, mourir dans ses bras. Alfa et Mademba sont deux tirailleurs sénégalais qui se battent contre les allemands sous le drapeau français. A partir de ce moment, Alfa sombre dans la folie, il recherche le corps à corps et fait preuve d'une extrême cruauté en se glissant à la nuit tombée sous les barbelés ennemis pour aller tuer un soldat allemand. Il rapporte à ses camarades le fusil et la main coupée de sa victime qui tenait son arme, c'est pour lui une manière de venger Mademba. Mais rapidement les autres soldats le considèrent comme un sorcier qui va leur attirer le mauvais œil. " Mes sept mains, c'était la furie, c'était la vengeance, c'était la folie de la guerre."

    Alfa est alors envoyé à l'Arrière en permission exceptionnelle d'un mois loin du champ de bataille. Il va alors se souvenir de sa vie à Gandiol au Sénégal au travers de dessins qu'il fait à la demande de son médecin, "un purificateur de nos têtes souillées de guerre". Il se souvient de sa mère partie sans jamais revenir, de son enfance auprès de Mademba...

    Dans ce roman Alfa se confesse dans une sorte de délire qui illustre la descente dans la folie de ce tirailleur sénégalais. L'auteur nous plonge dans la tête de ce soldat, nous fait suivre ses pensées. La langue est très forte, très rythmée avec des phrases ponctuées de "par la vérité de Dieu" qui donnent un côté lancinant au récit. J'ai trouvé la première partie éprouvante autant à cause de l'écriture répétitive qu'à cause des horreurs racontées, certains passages comme ceux évoquant le traitement infligé aux traîtres sont insoutenables. J'ai préféré la deuxième partie qui se déroule à l'arrière du front qui nous fait découvrir les failles de cet homme et ses souffrances passées, dans une langue moins imprégnée de litanies cette fois. Ce roman a d'indéniables qualités littéraires qui justifient pleinement sa nomination pour de grands prix littéraires, c'est un texte très littéraire, un peu trop littéraire pour moi sans doute mais l'histoire est très forte. David Diop restitue parfaitement la guerre dans toute son horreur, la sauvagerie qu'elle peut engendrer et la folie dans laquelle les soldats peuvent basculer. Il rend en outre un bel hommage aux tirailleurs sénégalais.

    Ce roman est sélectionné pour les prix Goncourt, Renaudot, Médicis, Fémina et Interallié.

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  • Très beau roman qui m'a bouleversée.

    Très beau roman qui m'a bouleversée.

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  • En cette année du centenaire de la fin de la Première guerre mondiale, on ne peut que se réjouir qu'il y ait encore des romans pour aborder la Grande guerre sous un angle inédit et tout aussi subversif qu'Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre.

    Alfa est un des 134.000 tirailleurs sénégalais...
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    En cette année du centenaire de la fin de la Première guerre mondiale, on ne peut que se réjouir qu'il y ait encore des romans pour aborder la Grande guerre sous un angle inédit et tout aussi subversif qu'Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre.

    Alfa est un des 134.000 tirailleurs sénégalais jetés dans l'enfer des tranchées pour sauver la mère Patrie. Alfa et Mademba, son frère d'âme, éventré quasi sous ses yeux, le « dedans du corps dehors », qui n'en finit plus d'agoniser dans les bras de son « plus que frère ». Alfa ne peut se résoudre à abréger ses souffrances, et dans une cérémonie des adieux terrible, il porte ses tripes et son corps dans le refuge de la tranchée. En fait il fait les porter pour toujours, ses tripes et ce corps, hanté par la culpabilité de n'avoir pas su accompagner et aider son ami sur la voie de la mort.
    « Ce n'est qu'à ta mort, au crépuscule, que j'ai su, j'ai compris que je n'écouterai plus la voie du devoir, la voix qui ordonne, la voix qui impose la voie. »

    La bascule est là, comme une malédiction schizophrénique. Il ne fera plus le sauvage pour la France mais pour lui-même, pour se racheter en mettant au point un rituel empli de folie monstrueuse qui le met en marge de la guerre elle-même, devenant un « dévoreur d'âmes » comme on dit dans son Sénégal.
    Le monologue incantatoire d'Alfa n'est qu'un long cri halluciné, le pardon que demande Alfa au défunt. le style est étonnant, fait de phrase, brutes et simples, répétées, revisitées en cercles concentriques comme un chant obsédant, ponctué de métaphores et d'images. Très poétique aussi lorsqu'Alfa se souvient de son enfance, de ses parents, de Fary son aimée, dans des passages lumineux qui tiennent presque du conte.

    Une écriture à l'os qui dit "je" sans aucun filtre et interroge sur l'ensauvagement qui produit toute guerre, sur la frontière entre la guerre dite « civilisée » et celle qui ne l'est plus. Est-ce Alfa le barbare ou le coup de sifflet du capitaine qui plonge les soldats sous la mitraille ? Celui qui devenu fou mutile ou ceux qui détournent la tête hypocritement face à ces âmes fracassées pour toujours par la guerre ?

    Ce roman a l'élégance de la concision, 175 pages percutantes, intenses. Vraiment remarquable.

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  • David Diop a été récompensé par le prix Patrimoines de la Banque privée BPE (remis le 24 septembre) pour "Frère d'âme" et il y a des chances qu'il remporte d'autres prix littéraires vu la qualité de ce roman.

    La 1re partie raconte l'expérience traumatisante de la mort et de l'agonie sur le...
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    David Diop a été récompensé par le prix Patrimoines de la Banque privée BPE (remis le 24 septembre) pour "Frère d'âme" et il y a des chances qu'il remporte d'autres prix littéraires vu la qualité de ce roman.

    La 1re partie raconte l'expérience traumatisante de la mort et de l'agonie sur le front de la guerre 1914-1918. Comment Alfa Ndiaye, tirailleur sénégalais, sombre dans une folie sauvage et devient un "soldat-sorcier" (un coupeur de mains de soldats allemands) après la mort de Mademba (son ami d'enfance) qu'il a très mal supporté.
    Hélas, je trouve que Alfa ressasse un peu toujours la même chose durant cette partie et cela gâche quelque peu le plaisir de lecture. En outre, l'expression "Par la vérité du Dieu" employée à maintes reprises par Alfa est vraiment énervante. Une expression sans doute couramment utilisée dans le langage africain.

    La 2e partie, celle où Alfa est contraint de rejoindre l'Arrière est la plus intéressante selon moi car c'est l'occasion pour lui de se remémorer son passé en Afrique. Cela permet d'en savoir plus sur ses origines, son enfance passée dans son village natal à Gandiol, ses amours, sa famille et cetera.

    Un roman réussi et maîtrisé. Une pépite de la rentrée littéraire à ne pas manquer.

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