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Fille

Couverture du livre « Fille » de Camille Laurens aux éditions Gallimard
  • Date de parution :
  • Editeur : Gallimard
  • EAN : 9782072734007
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Laurence Barraqué est née en 1959 dans une famille de la petite bourgeoisie de Rouen. Son père est médecin et sa mère femme au foyer. Très tôt elle comprend, à travers le langage et l'éducation de ses parents, que la position des filles est inférieure à celles des garçons. Cette expérience se... Voir plus

Laurence Barraqué est née en 1959 dans une famille de la petite bourgeoisie de Rouen. Son père est médecin et sa mère femme au foyer. Très tôt elle comprend, à travers le langage et l'éducation de ses parents, que la position des filles est inférieure à celles des garçons. Cette expérience se prolonge à l'école, au cours de danse, à la bibliothèque municipale, partout où le langage impose la position dominante du genre masculin : « Garce. Le mot revient et la hante. C'est une injure. Mais n'est-ce pas d'abord le féminin de garçon ? Tout ce qui est féminin déçoit, déchoit, elle le sait désormais. Garçon, c'est un constat. Garce, c'est un jugement. Le mot, en changeant de genre, devient mauvais. Mais il a des pouvoirs. » Dans ce roman d'une puissance exceptionnelle, Camille Laurens déploie le destin d'une femme confrontée aux mutations de la société française de ces quarante dernières années. La narratrice emporte dans sa voix les grandes problématiques de l'éducation des femmes, de la domination masculine et de la transmission des valeurs féministes aux jeunes générations. Le parcours de Laurence Barraqué se fait la chambre d'échos de toutes celles qui furent élevées dans l'idée d'une supériorité des hommes. L'auteur saisit avec acuité les moments charnières de l'enfance au cours desquels se joue l'adulte que l'on va devenir. L'écriture de Camille Laurens atteint ici une maitrise remarquable, qui restitue les grandes embardées de la vie tout en faisant résonner la petite musique des mots.

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Avis (8)

  • Quel beau titre ! Camille Laurens, en orfèvre de la langue, n'utilise pas de déterminant : pas la, pas une, pas de pluriel, juste LE mot «  fille », et moi, je suis justement Fille :
    fille : antonyme de garçon mais aussi de fils
    femme : antonyme de homme mais aussi de mari !
    Je ne connais...
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    Quel beau titre ! Camille Laurens, en orfèvre de la langue, n'utilise pas de déterminant : pas la, pas une, pas de pluriel, juste LE mot «  fille », et moi, je suis justement Fille :
    fille : antonyme de garçon mais aussi de fils
    femme : antonyme de homme mais aussi de mari !
    Je ne connais pas toutes les langues.. mais en anglais, allemand, italien, espagnol.. on peut au moins trouver 2 mots pour FILLE, pas en français !
    Tout le long du livre, l'auteure s'arte sur certaines particularités de notr langue, sur certains jeux de mots dont les psys sont spécialistes, mais aussi le peuple, les gens !
    Son histoire est celle de Laurence, née en 1959, c'est un roman dit-elle ; je l'ai cru majoritairement autobiographique au moins pour la première partie, l'enfance, qui ressemblait tellement à la mienne que je me suis revue dans certaines situations, dans ma famille aussi il y a 2 filles, avant le garçon ! Mais je n'ai pas senti la déception de mes parents ! Mais l’ambiance était bien celle là, tout un ensemble d'images et de sons sont revenus, j'ai souri et même ri !
    J'ai fait l'article à mes amis mais sont arrivées les parties suivantes, et là, j'ai trouvé que l’autobiographie laissait place au roman, je le savais, c'est un roman, mais trop c'est trop !
    Trop téléphoné, trop de malheurs, oui ça peut arriver, mais trop ! Du coup ça a un peu terni mon enthousiasme jusqu'au dernier revirement, qu'on voit pourtant arriver comme le nez au milieu de la figure, le truc qu'il faut pour qu'un livre se vende de nos jours !
    Déçue dans l'ensemble, charmée tout de même par la réflexion personnelle menée par l'auteure sur la langue et les non dits, bien sûr, accrochée par le thème récurrent de la place des femmes à travers le temps, ébranlée par les progrès encore à faire pour l'égalité, juste l'égalité pas plus !
    Ce livre va circuler, sans mes commentaires.. on verra la ressenti de mes amies !

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  • « C’est une fille » Ainsi débute le roman ainsi que la vie de ce bébé nommé Laurence Barraqué. Le père, médecin, est déçu. Après Claude, une fille déjà, il espérait un garçon.
    « Une fille, c’est bien aussi » lui dit-on.
    Nous sommes en 1959 et, bien sûr, il n’y a pas encore l’échographie pour...
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    « C’est une fille » Ainsi débute le roman ainsi que la vie de ce bébé nommé Laurence Barraqué. Le père, médecin, est déçu. Après Claude, une fille déjà, il espérait un garçon.
    « Une fille, c’est bien aussi » lui dit-on.
    Nous sommes en 1959 et, bien sûr, il n’y a pas encore l’échographie pour connaitre le sexe. Les rôles au sein de la famille sont bien définis : le père détient l’autorité et le savoir tandis que la mère au foyer obéit à ce modèle patriarcal qui copie celui de ses propres parents.
    Laurence a tôt fait de comprendre que les filles, c’est moins bien que les garçons. De plus, quand on nait fille, on doit préserver sa virginité jusqu’au mariage et le père y veille, méfiez-vous des garçons car, dit-il, « chauffe un marron et tu le fais péter ». Donc, une fille doit se préserver et tant pis si elle se fait tripoter par le tonton, c’est elle la coupable et on ne doit plus en parler. De plus, une fille c’est lunatique, à cause de la lune et du cycle menstruel.
    La petite Laurence va grandir avec ce regard qu’on porte aux filles en ce début des années 60. Elle va s’éveiller au désir sexuel et le fantasmer à sa façon.
    Roman d’apprentissage donc, qui nous raconte comment grandit la fillette, comment elle va se libérer du joug paternel et construire son identité.
    Á son tour elle connaitra la maternité et puis le deuil de son enfant.
    Á travers son vécu, c’est toute une époque qui revit, avec la liberté sexuelle, le droit à l’avortement, l’indépendance des femmes.
    Puis arrive un autre bébé : Alice. Comment élève-t-on une fille ? Les temps ont changé, enfin pas tant que ça. Une fille, ça doit se comporter comme une fille et ne pas chercher à remplacer le frère mort. Au final, comme le dit l’autrice par le truchement de Laurence « C’est merveilleux, une fille ! »

    J’ai beaucoup apprécié ce roman de fiction ou d’autofiction, au style fluide. Le personnage de Laurence est attachant, on entre vraiment dans son intimité. Le père, par contre, est immonde, mais bien que caricatural, il rassemble sur sa personne tous les vices des hommes de cette époque et c’est intéressant d’un point de vue sociologique.
    Á travers le destin de Laurence et des femmes de son entourage, Camille Laurens nous parle du sort des femmes à une époque pas si lointaine. C’est parfois touchant, ou drôle d’un humour narquois. Camille Laurens joue sur le sens des mots.
    J’ai aimé l’originalité de l’écriture, on débute avec le « tu », on passe au « je », au « elle » pour revenir au « tu » dans un perpétuel jeu d’équilibre.
    J’ai moins adhéré aux commentaires psychanalytiques dans la seconde partie, je les trouve superflus.

    Avec son titre sobre, « Fille » est un roman fort écrit par une femme sur la place des filles dans notre société. Un beau roman d’apprentissage aux accents féministes à découvrir.

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  • Bon, allez, je le crie haut et fort, avec toute la mauvaise foi dont je suis capable : « Fille » est le meilleur roman de cette rentrée littéraire. Point barre.
    D'autres questions ?
    Non ?
    Parfait.
    Alors juste deux mots parce qu'il faut rédiger un article, mais franchement, je vous ai...
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    Bon, allez, je le crie haut et fort, avec toute la mauvaise foi dont je suis capable : « Fille » est le meilleur roman de cette rentrée littéraire. Point barre.
    D'autres questions ?
    Non ?
    Parfait.
    Alors juste deux mots parce qu'il faut rédiger un article, mais franchement, je vous ai déjà dit l'essentiel (et puis, c'est dimanche, il fait chaud et j'ai fortement envie de faire une grosse sieste au soleil!) Ok, ok, deux mots, puisque vous insistez...
    Il y a TOUT dans ce roman : beaucoup beaucoup d'intelligence et de sensibilité, des analyses d'une grande finesse, un vrai travail sur la langue et l'organisation du récit, une réflexion sociologique et linguistique etc etc etc (je peux aller faire ma sieste ? Non ? Toujours pas?)
    Ah ? Le sujet ?  C'est une histoire qui s'ouvre sur un « tu » (à la façon de Nathalie Sarraute dans « Enfance » - si t'as pas lu ça, faudra pas oublier de le faire un jour et, pendant que t'y es, tu pourras lire aussi ma chronique sur ton blog préféré…), donc un « tu » qui est en fait un « je » d'autrefois… On vit tellement mille vies dans une seule que des « je », il y en a plein. Donc ce « tu » s'adresse à l'enfant (la fille) naissante pour lui dire qu'elle arrive dans un monde où le masculin l'emporte sur le féminin, où un père à qui on demande s'il a des enfants peut répondre que non, il a des filles mais qu'une fille, c'est bien aussi, un monde où plus tard, tu deviendras « la femme de » et où il te faudra du temps encore pour devenir écrivaine, professeure ou cheffe, du temps pour balancer le rose par-dessus bord, dire non à ceux qui t'emmerdent, parler de ta sexualité et de ton clitoris, enfiler tes tennis et parcourir le monde rien qu'avec toi-même…
    C'est un peu ça, « Fille », ce que le langage révèle de notre rapport au monde, à la société, de ce que nous sommes ou que l'on a fait de nous … Ce langage tout-puissant qui, l'air de rien, non seulement nomme mais donne vie, crée le réel, structure ta pensée, ta vision du monde et t'enferme dans ses cases...
    Mais « Fille », c'est pas seulement ça. C'est aussi une réflexion sur la transmission ou comment, alors que je SAIS ce que je ne dois pas dire, que je SAIS ce que je ne dois pas faire pour que les filles puissent enfin accéder au rang d'individus libres au même titre que les hommes, eh bien, moi, l'être diplômé, nourri aux lettres et à la sociologie, JE FAIS TOUJOURS LES MÊMES CONNERIES … JE ME VOIS FAIRE ET JE LE FAIS QUAND MÊME… Tu penses à qui, toi qui écris, hein ? (dis-leur que t'as honte, dis-leur, hein!)
    Et puis, « Fille », c'est aussi l'histoire d'un garçon qui n'a pas vécu et de sa sœur qui s'est construite dans cette absence (diraient les psys) ou qui s'est construite tout court (toute seule, comme une grande) dans un monde qui a changé et dans lequel on a compris ENFIN qu'une fille, « c'est merveilleux »…
    Oui, il y a tout ça dans « Fille » et c'est vraiment un GRAND bouquin !

    LIRE AU LIT le blog

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  • Rentrée littéraire 2020 et grâce à une masse critique privilège Babelio et aux éditions Gallimard, je découvre le dernier roman de Camille Laurens Fille, un roman aux accents autobiographiques.

    Fille, c’est un roman sans déterminant mais qui par un mot, un seul, détermine toute une vie, par...
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    Rentrée littéraire 2020 et grâce à une masse critique privilège Babelio et aux éditions Gallimard, je découvre le dernier roman de Camille Laurens Fille, un roman aux accents autobiographiques.

    Fille, c’est un roman sans déterminant mais qui par un mot, un seul, détermine toute une vie, par le regard que le monde porte sur le sexe féminin et par le rôle qu’impose la société à la fille. « C’est une fille », quatre mots qui détermine une trajectoire, celle de Laurence Barraqué, soeur de Claude et fille, malheureusement seconde fille… A la fin des années 50, bien avant l’essor de l’échographie et l’autorisation de l’avortement, les familles espèrent des garçons et dans le cas où l’aïnée serait une fille, le choix du roi. Quelle déception pour les parents de Laurence lorsque la sage femme annonce froidement « c’est une fille ». Comme un anathème qui s’abat sur le nourrisson, ces quatre mots ouvrent la destinée de Laurence jusqu’à son tour elle devienne mère…

    Camille Laurens réussit totalement cette rentrée littéraire! Ce roman prend aux tripes. Est ce par ce que je suis une fille ? Parce que je vois la difficulté que le sexe féminin vit chaque jour ? Lorsque Camille Laurens revient avec force et subtilité sur les effets du patriarcat sur le sexe féminin – son corps, son esprit, sa place sociale , je ne peux penser qu’à la vie de ma mère, de mes grands-mères… Tout résonne en moi. Avec poésie, finesse, et parfois humour et jeux de mots, Camille Laurens dépeint la vie d’une enfant, une fille, une jeune femme, une mère à qui on a martelé au creux des discours qu’être fille n’est qu’un pis aller, qu’un rang inférieur à celui d’être homme, d’être mâle. Quand le roman réussit à rejoindre l’essai sociologique, on ne peut que saluer la qualité de ce livre.

    En résumé : le patriarcat n’est pas encore mort, malheureusement et il est urgent de mettre entre les mains des lecteurs et lectrices Fille car une fille, c’est merveilleux !

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  • C’est un roman un peu autobiographique paraît-il. C’est surtout un récit féministe à la Simone de Beauvoir, à moins qu’il ne m’évoque aussi les romans (eux aussi très autobiographiques) d’Annie Ernaux.
    1959, Laurence Barraqué naît. Son père trouve « qu’une fille, c’est bien aussi ». Et Laurence...
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    C’est un roman un peu autobiographique paraît-il. C’est surtout un récit féministe à la Simone de Beauvoir, à moins qu’il ne m’évoque aussi les romans (eux aussi très autobiographiques) d’Annie Ernaux.
    1959, Laurence Barraqué naît. Son père trouve « qu’une fille, c’est bien aussi ». Et Laurence nous embarque dans son récit sur plusieurs années, au milieu de ses parents (père médecin, mère femme au foyer), de sa famille (sa grand mère, son tonton aux mains baladeuses ...). Très vite, elle perçoit que les garçons ne sont pas soumis aux mêmes règles que les filles et que c’est un problème. D’ailleurs, cela ne commence t-il pas avant la naissance lorsque l’échographe « ne voit rien » ; c’est donc une fille !
    Laurence est curieuse et érudite. Elle cherche la signification des mots que son père emploie régulièrement lors d’envolées absolument incroyables, pleines de certitudes sur les femmes, leur condition et le rôle qu’elles doivent tenir. Un mot retient son attention : garce. Le féminin de garçon n’est-il pas garce ! « Garçon c’est un constat. Garce c’est un jugement ». Sans compter que tout le monde sait que le masculin l’emporte sur le féminin.
    Mais comment une fille se construit dans cet univers très patriarcal ? Nous avons la réponse de Laurence (est-elle universelle ? Je ne l’espère pas !), puisque nous la suivons jusqu’à ce qu’elle devienne mère et même un peu au-delà.
    Livre choc qu’il est difficile de lâcher une fois que l’on est lancé. C’est un livre à la fois intime, puissant, émouvant et révoltant. C’est aussi un livre politique, car les sujets portés par toute une génération de femmes fortes qui ont combattu pour le droit des femmes perdurent. Oui des choses ont bougé, mais il reste tant à faire. Comme le dit si bien Alice, la fille de Laurence, « la différence, maman, entre hommes et femmes, tu vois, c’est que les hommes ont peur pour leur honneur, tandis que les femmes, c’est pour leur vie. Le ridicule ne tue pas, la violence, si ».
    Alors oui, j’ai parfois eu envie de dire à Laurence « mais répond à ton père, ne le laisse pas dire des inepties pareilles ». Malgré cela, je retiendrai avant tout la force et la qualité de la plume de ce récit sur l’émancipation féminine, et le jeu avec les mots de la langue française qui valorisent tant les hommes.

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  • Une réussite totale. Il est des auteurs qui jettent leur enfance dans leur premier roman. Et puis, il y a ceux, telle Camille Laurens, qui la révèlent avec pudeur et lucidité, au soir d’une vie bien remplie.
    Ça veut dire quoi « être une fille » ? Laurens constate, sans amertume, que c’est une...
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    Une réussite totale. Il est des auteurs qui jettent leur enfance dans leur premier roman. Et puis, il y a ceux, telle Camille Laurens, qui la révèlent avec pudeur et lucidité, au soir d’une vie bien remplie.
    Ça veut dire quoi « être une fille » ? Laurens constate, sans amertume, que c’est une convention, une vilaine habitude. Dans l’histoire de nos civilisations, la fille est un non-garçon, un échec, un regret. D’ailleurs les filles peuvent être des garçons manqués (voir des garçons manquants – comme un chaînon), mais rarement l’inverse. Cette convention, ce trouble, le langage en est le colporteur. Il faut être attentif aux paroles, aux doubles sens. Les maux des filles se cachent souvent dans les mots des garçons. Freud et Lacan ne sont pas loin (en-vie, insecte/inceste, auxquels on rajouterait le célèbre j’ai tout fait/j’étouffais) mais il est salutaire de tenir ces psys à distance, semble nous dire Laurens, parce que ce sont des hommes et qu’on peut donc les suspecter de « mâle-honnêteté ».
    « Fille » est un magnifique roman sur la transmission, sur la difficulté d’éduquer les filles, justement. Dans cette entreprise, Laurens, devenue mère, n’échappe pas aux peurs ancestrales, à cette difficulté que nous avons à revoir la signification du genre, à accepter qu’une fille puisse en aimer une autre et qu’elle n’en demeure pas moins « fille ».
    La dernière partie de son livre n’est pas un aveu d’impuissance ni même une autocritique mais une déclaration d’amour, une invitation à célébrer la fille sans y voir l’ombre portée du garçon.
    Bilan :

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  • Voix de stentor mais cinquante deux centimètres. « C’est une fille! », « Ah, c’est bien aussi ! » Le ton est donné par Camille Laurens.
    Le roman plonge le lecteur dans la petite bourgeoisie de province d’avant 68, imprégnée de protestantisme, amoureux des règles et respectueux de l’ordre. A...
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    Voix de stentor mais cinquante deux centimètres. « C’est une fille! », « Ah, c’est bien aussi ! » Le ton est donné par Camille Laurens.
    Le roman plonge le lecteur dans la petite bourgeoisie de province d’avant 68, imprégnée de protestantisme, amoureux des règles et respectueux de l’ordre. A partir des quatre sens du mot fille, Camille laurens construit une fiction féministe autour de la vie de Laurence Barraqué, de sa naissance à sa vie adulte.
    Le récit s’appuie sur le quotidien de son éducation qui subit le manque d’attention et de reconnaissance. Au fil du temps, cela destructeur par la dépréciation régulière qu’elles subit. Il ne s’agit pas de sévices physiques mais d’un abandon d’affection dans un milieu plutôt aisé. Laurence Barraqué est une fille qui grandit seule, sans amour, avec ces deux surnoms, odieux, donnés le premier par son père, « Gras du bide », et le second « Groc » pour « gros cul » donné par sa sœur aînée ce qui contraste avec la photo de couverture qui suggère une bien jolie petite fille sage.
    Laurence Barraqué ne manque de rien sauf d’amour. La froideur du père exprime ses peurs, ses appréhensions et surtout sa misogynie. La figure maternelle est effacée au point qu’elle n’existe que par sa frivolité. Heureusement, deux autres femmes apportent d’autres aspects : de la soumission totale à la liberté et l’indépendance économique.
    Laurence grandit entre carcans, liberté et contradictions. Et, même lorsqu’elle subit des attouchements, les femmes de sa famille lui disent « on lave toujours son linge sale en famille » .
    La suite ici
    https://vagabondageautourdesoi.com/2020/09/01/camille-laurens/

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  • Dès que "Fille" est paru, j'ai eu envie de le découvrir. J'avais à cela deux raisons : j'apprécie Camille Laurens pour les thèmes qu'elle évoque dans ses romans et son style qui sait créer une atmosphère dans laquelle on se laisse entraîner avec plaisir et depuis mon adolescence, déjà lointaine...
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    Dès que "Fille" est paru, j'ai eu envie de le découvrir. J'avais à cela deux raisons : j'apprécie Camille Laurens pour les thèmes qu'elle évoque dans ses romans et son style qui sait créer une atmosphère dans laquelle on se laisse entraîner avec plaisir et depuis mon adolescence, déjà lointaine !!!, je me suis toujours intéressée aux questions de genre, à la place de la femme dans la société, aux préjugés qui accompagnent l'appartenance à un genre ou un autre.
    Cette fois, nous suivons Laurence Barraqué dès sa naissance en 1959 avec l'expression consacrée avant l'utilisation de l'échographie qui démystifie assez rapidement pour les couples qui le souhaitent le sexe de l'enfant à venir ; « c'est une fille ! ». Ce sont les premiers mots du roman, c'est aussi le titre et ils donnent le ton immédiatement. Nous l'accompagnons alors qu'elle passe par l'enfance, l'adolescence pour atteindre l'âge adulte et devenir une femme divorcée, maman d'un petit garçon mort à la naissance et d'une fille qui lui ouvrira les yeux sur ce que peut vouloir dire « être une fille » libre quand on n'accepte pas d'être cataloguée, enfermée dans un modèle par la société.
    Laurence subit sa condition de petite fille dans les années 60, la dernière d'une lignée de femmes commençant avec son arrière grand-mère puis une mère au foyer, qui n'ont pas leur mot à dire dans les décisions importantes, qui ne protègeront ni de défendront Laurence lorsqu'elle sera victime de pédophilie familiale ; cet atavisme la fait se dévaloriser et considérer qu'être une fille est une tare, un handicap qui ne peut se combler. L'auteur s'appuie sur de nombreux exemples sociétaux, sémantiques, sociologiques pour dérouler son argumentation.
    Le style est mordant, ironique et percutant ; on ressent une certaine colère de l'auteur face à son statut de « garçon sans », à la définition de la fille et de la femme comme négatif du référent masculin.
    Tout est juste, finement observé dans ce roman qui parfois, s'apparente plus à un essai sur le genre qu'à une fiction ou plutôt une auto-fiction car il y a beaucoup de l'auteur dans cette Laurence à commencer par le drame de la perte d'un enfant dont elle a écrit le poignant « Philippe ».
    Cependant, j'ai eu une impression de déjà-vu, les thèmes traités, les arguments exposés ont déjà été maintes fois rebattus ; les principales théories féministes ou de genre, les faits qui les sous-tendent sont tous là, parfois présentés avec une certaine exagération, un parti pris résolument anti-masculin, un peu comme un catalogue de tout ce qui peut arriver de négatif, de violent à une fille.
    Je ne vais pas faire ma chocotte et vais vous livrer mon âge : 61 ans, ce qui signifie que je suis née en 1959 comme le personnage de Laurence. J'étais dans la même situation qu'elle avec une mère au foyer et une soeur. Je n'ai pourtant pas souvent ressenti cette dévalorisation qu'évoque Camille Laurens, personne dans ma famille n'a regretté l'absence de « mâles ». Je suis consciente cependant que j'ai eu beaucoup de chance d'être appréciée en tant que personne et pas jugée comme homme ou femme avec son cortège de préjugés. Plus tard, je ne me suis fixée aucune limite professionnelle, pensant que je ne pourrai pas y arriver. Enfin, je suis persuadée que les relations hommes-femmes doivent plus tendre vers le "nous avec eux" que "nous contre eux". J'ai donc ressenti, pour toutes ces raisons, une certaine distance par rapport au personnage de Laurence.
    Ce roman reste cependant une lecture à recommander à toutes et à tous.

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