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Farina

Couverture du livre « Farina » de Nacho Carretero aux éditions Pocket
  • Date de parution :
  • Editeur : Pocket
  • EAN : 9782266330336
  • Série : (-)
  • Support : Poche
Résumé:

Fariña, variante galicienne du mot harina, « farine » en espagnol, est un des nombreux termes qui désignent la cocaïne. Jamais la Galice n'a commercialisé un produit avec autant de succès. Durant les années 1980 et 1990, 80 % de la cocaïne destinée à l'Europe transitait par les côtes... Voir plus

Fariña, variante galicienne du mot harina, « farine » en espagnol, est un des nombreux termes qui désignent la cocaïne. Jamais la Galice n'a commercialisé un produit avec autant de succès. Durant les années 1980 et 1990, 80 % de la cocaïne destinée à l'Europe transitait par les côtes galiciennes. Nacho Carretero livre une enquête minutieuse sur ce vaste trafic. En plus de s'attacher à décrire les réseaux et les logiques mafieuses à l'oeuvre dans ce qui est devenu la porte d'entrée de la drogue en Europe, Fariña se conçoit comme une enquête totale sur l'effondrement d'une société et de sa culture. On pense forcément à Gomorra Roberto Saviano à la lecture de ce récit.
L'interdiction de publication (au moment de sa sortie, ce livre a été retiré des librairies espagnoles pendant plusieurs mois), ainsi que les actions en justice intentées contre l'auteur et l'éditeur viennent confirmer la portée d'une publication qui fait déjà date. Au-delà du phénomène d'édition, Fariña est un fabuleux exercice d'« investigation artistique », une lecture passionnante et essentielle.

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Avis (1)

  • Fariña, farine en galicien, l’autre nom donné à la cocaïne dans ce bout d’Espagne collé à la frontière nord du Portugal.
    Ce n’est pas un hasard si cette région est devenue, à partir des années 80, la porte d’entrée privilégiée de la drogue en Europe.
    D’abord, il y a ses côtes sauvages,...
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    Fariña, farine en galicien, l’autre nom donné à la cocaïne dans ce bout d’Espagne collé à la frontière nord du Portugal.
    Ce n’est pas un hasard si cette région est devenue, à partir des années 80, la porte d’entrée privilégiée de la drogue en Europe.
    D’abord, il y a ses côtes sauvages, accidentées, dangereuses mais pleines de recoins, sur lesquelles il est relativement aisé de débarquer de la marchandise sans se faire remarquer. Ensuite, il y a la situation économique de la région après la guerre civile : sur ces terres miséreuses oubliées par Madrid, on manque de tout, en particulier de pénicilline. Enfin, il y a la situation géographique, à un jet de pierre du Portugal qui lui, à cette époque riche de ses colonies, mangeait à sa faim. Quoi de plus propice au développement de la contrebande qu’une frontière poreuse avec un voisin qui possède ce dont vous manquez et accepte en échange ce que vous avez à lui offrir ?
    Et donc, à l’origine, dans les années 40, la contrebande répondait à une nécessité (pénicilline et biens de consommation de base), avant de devenir un moyen d’arrondir les fins de mois, ou carrément de gagner sa vie : ferraille, métaux, pièces automobiles. Mais c’est avec les cigarettes (le « fume ») que la petite contrebande devint grande et s’organisa peu à peu en réseaux mafieux.
    L’impunité aidant, l’appât du gain ne faisait que croître parmi les trafiquants, dont l’efficacité finit par arriver aux oreilles des cartels colombiens, qui cherchaient des débouchés en Europe.
    C’est ainsi qu’à partir des années 80, les déferlantes de « farine » se succèdent sur les côtes galiciennes, pour aller inonder tout un continent de cette peste blanche. Le trafic était aux mains de quelques clans locaux, qui brassaient des quantités d’argent phénoménales, dont ils arrosaient toute la région en l’investissant dans des commerces ou des entreprises, en le blanchissant dans des paradis fiscaux, en sponsorisant des clubs de foot, en payant les opérations chirurgicales ou les frais scolaires des démunis, en corrompant la police, en finançant les partis politiques, en frimant avec montres, voitures, yachts et manoirs ultra-luxueux.
    Et en empoisonnant la jeunesse locale.
    Il faut bien comprendre que, jusqu’à un certain point, le trafic de drogue était relativement admis, voire culturellement ancré en Galice, dès lors qu’il donnait du travail et de l’argent à une région en retard économique, et palliait en quelque sorte la carence des autorités. Si l’Etat central commença à se préoccuper du narcotrafic, c’est à cause du manque à gagner fiscal de toutes ces opérations, mais aussi parce que les mères des jeunes toxicomanes galiciens montèrent au créneau.
    Dans « Fariña », le journaliste Nacho Carretero raconte la genèse de la contrebande et la généalogie de ces criminels, les opérations d’envergure lancées par des juges d’instruction obstinés et courageux, les déboires judiciaires des trafiquants (capos), plus souvent coincés pour blanchiment et fraude fiscale que pour trafic de drogue. Il donne la parole à des policiers, des magistrats, des journalistes, des repentis, de simples citoyens et, le plus bouleversant, à des parents de toxicos. Ce qui est aussi très frappant, c’est le comportement des capos, qui finissent presque tous par récidiver, accros à l’argent, au luxe et au trafic en tant que tel (« je ne sais rien faire d’autre »), et/ou qui continuent de clamer leur innocence envers et contre tout.
    « Fariña » est par moments fastidieux à lire, parce qu’on se perd dans un dédale de noms, dates, chiffres et dans les allers-retours dans le temps, mais il est instructif et effarant.
    Paru en Espagne en 2015, le livre fut brièvement interdit de publication en 2018 après une action judiciaire intentée par un édile local qui y était mis en cause. Cela montre l’épaisseur de la fange remuée par le bouquin, qui aurait pu être sous-titré « une histoire du trafic de drogue en Galice, des origines à nos jours ». Une histoire qui malheureusement semble loin d’être terminée.

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