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Et la peur continue

Couverture du livre « Et la peur continue » de Mazarine Pingeot aux éditions Mialet Barrault
Résumé:

C'est avec Héloïse qu'elle avait construit le premier foyer, l'originel, celui qu'incessamment on imite. La chambre rouge ; les animaux des fables de La Fontaine au mur, toile de Jouy rouge et blanche ; les deux lits jumeaux, barreaux en cuivre, draps brodés aux initiales de sa grand-mère. Après... Voir plus

C'est avec Héloïse qu'elle avait construit le premier foyer, l'originel, celui qu'incessamment on imite. La chambre rouge ; les animaux des fables de La Fontaine au mur, toile de Jouy rouge et blanche ; les deux lits jumeaux, barreaux en cuivre, draps brodés aux initiales de sa grand-mère. Après s'être brossé les dents dans le lavabo en faïence où seule l'eau froide coulait, puis les pieds dans le bidet - il y en avait dans chaque salle de bains - à l'aide d'une brosse souple pour enlever les grains de sable et petits cailloux ramenés des plages de la Dordogne, après avoir enfilé les chemises de nuit cousues par la grand-mère, elles ouvraient grand les draps et commençaient par faire semblant de dormir pour éloigner les adultes. Une fois les lumières éteintes, des mains se cherchaient, c'était le signal. Lucie fouillait alors sous l'oreiller, entre le matelas et les barreaux en cuivre, la lampe de poche qui y était cachée.

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Avis (4)

  • Je me suis intéressée à ce roman de Mazarine Pingeot par le thème évoqué en quatrième de couverture : La peur à travers une femme, Lucie, la quarantaine, mère de deux adolescents, mariée à Vincent, rédactrice dans une revue scientifique ayant traversé plusieurs vagues de licenciements et dont il...
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    Je me suis intéressée à ce roman de Mazarine Pingeot par le thème évoqué en quatrième de couverture : La peur à travers une femme, Lucie, la quarantaine, mère de deux adolescents, mariée à Vincent, rédactrice dans une revue scientifique ayant traversé plusieurs vagues de licenciements et dont il ne reste que 6 personnes. J'avais envie de découvrir comment était traité ce thème qui nous touche, tous, plus ou moins dans différentes circonstances et parfois de façon très présente, pour la moindre petite chose. Où la peur prend-elle sa source, de quoi se nourrit-elle etc....

    S'il fallait résumer ce roman, il est pour moi plus un roman sur la charge mentale d'une femme même si l'on sent dès les premières pages, avec l'annonce de la mort de Louis, un ami d'enfance, alors qu'elle rentre à Paris après les vacances, ce décès survenant un an après la mort de sa cousine et amie, Héloïse, sourde et muette . Ces deux disparitions (suicides) vont faire ressurgir chez Lucie des souvenirs d'enfance, en particulier en Dordogne, dans la maison de sa grand-mère et surtout de la complicité qui la liait à Héloïse dont elle servait d'interprète, partageant avec elle le langage des signes mais aussi avec Louis et Lucas, son frère aîné.

    J'ai eu beaucoup de difficultés avec cette lecture car comme je l'indique un peu plus haut, il est question du quotidien de l'héroïne, de la rédaction d'un article sur la notion de Temps dans la physique quantique, de ses recherches à travers entre autre Bergson, article qu'elle doit rendre sous une semaine et qu'elle n'arrive pas à rédiger, perturbée qu'elle est par l'annonce du décès de Louis et par des souvenirs qui refont surface par bribes, ici ou là, et que l'on comprend très vite qu'ils sont liés à un événement survenu alors qu'elle avait 9 ans.

    J'ai trouvé la lecture assez longue, fastidieuse car se focalisant sur la vie de cette femme et de ses questionnements par rapport à ses enfants, Mina née d'une précédente relation et Augustin, du détail et de l'organisation au sein du foyer en particulier quand son mari s'absente pour partir en mission à l'étranger et où elle se retrouve seule avec ses enfants. La solitude est un sentiment qu'elle éprouve depuis son enfance, fille de médecins urgentistes très investis dans leur domaine et qui "l'abandonnaient" très souvent seule dans l'appartement pour rejoindre l'hôpital.

    Tout au long de ma lecture je me demandais quand elle allait aborder, franchement, le thème annoncé de la peur, car je ne voyais dans les 3/4 du roman qu'un récit qui oscillait entre obligations familiales, courses alimentaires, inquiétudes professionnelles, réflexions philosophiques sur le temps, le marécage et la vase dans lesquels s'englue le personnage, disgressions continuelles peut-être à l'image des pensées de la narratrice mais qui n'arrivaient pas, pour moi, à entrer et se concentrer sur la véritable sujet et ses motifs (même si j'ai très vite compris d'où venait le mal-être).

    Je n'ai pas réussi à m'attacher au personnage, à compatir à sa détresse très intériorisée dans un premier temps, j'aurai peut-être plus aimé en savoir un peu plus sur la relation entre les deux cousines que j'ai trouvé trop "effleurée", l'une étant presque la voix de l'autre. Mazarine Pingeot a pris l'option de plus s'axer sur la notion de temps, de celui qui court, celui d'une vie menée tambour battant, à nier jusque là les blessures parce que niées par elle mais aussi par son entourage,  même quand la dépression devient omniprésente et qu'elle écrase le personnage qui tient grâce un mantra répété à plusieurs reprises : "volonté, volonté, volonté" et dans une ville, Paris, où les notions de rythme et anonymat sont les leitmotiv :

    "La vie dans les capitales aujourd'hui est objectivement dure. Il y a quelque chose comme ça qui vous soumet... Ca vous soumet à un ordre et à une contrainte diffuse ; et la principale dynamique c'est le mouvement perpétuel, la vitesse, la compétition... (p112)"


    En résumé j'ai trouvé que le thème est noyé dans le flux, qu'il est certes suggéré mais pas réellement approfondi, Mazarine Pingeot nous livre un récit de vie en nous montrant les impacts de traumatismes de l'enfance et comment ils vont dérégler ses facultés et profondément l'handicapée mentalement et presque physiquement en la menant au bord du précipice.

    J'avais tenté sans succès par le passé de lire cette auteure, je ne me souviens d'ailleurs plus de quel roman il s'agissait, mais j'avais déjà été gênée par l'écriture, le milieu décrit, un côté un peu intello-bobo et n'avait pas eu envie depuis de lire ses romans. Cette lecture est loin de m'avoir convaincue, je n'avais qu'une hâte c'est d'arriver au bout et comme il l'est à plusieurs évoqué dans le récit, je me suis engluée dans la vase des mots, des idées, tout se télescopant parfois mais sans jamais atteindre le but escompté et répondre à mes attentes.

    Peut-être suis-je passée à côté, compris la démarche de l'auteure, peut-être que d'autres apprécieront....

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  • J'avais lu "Se taire", le précédent roman de Mazarine Pingeot et j'avais apprécié à la fois le style et le thème principal du secret refoulé qui ronge.
    Dans ce roman Lucie, mariée, deux enfants, rédactrice dans un journal scientifique apprend la mort d'un ami d'enfance, Louis, un an après le...
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    J'avais lu "Se taire", le précédent roman de Mazarine Pingeot et j'avais apprécié à la fois le style et le thème principal du secret refoulé qui ronge.
    Dans ce roman Lucie, mariée, deux enfants, rédactrice dans un journal scientifique apprend la mort d'un ami d'enfance, Louis, un an après le suicide d'Héloïse, sa cousine; les trois enfants passaient leur été en Dordogne et des liens très forts s'étaient établis entre eux. Cette mort fait remonter des souvenirs heureux mais également la peur, tapie en elle, après l'agression dont sa cousine et elles ont été victimes à neuf ans, dont Louis a été témoin et qui a été étouffée par les familles mais aussi par les enfants eux-mêmes.
    Lucie a peur de tout, peur multipliée par une imagination morbide, peur des déplacements en métro, d'être face à ses étudiants quand elle enseignait, d'un crash d'avion quand son mari par en mission à l'étranger, de la rue... Elle commence à s'enfoncer dans la dépression, la réalité distordue par sa peur.
    On retrouve les thèmes déjà évoqués dans "Se taire" avec un secret que l'enfant doit taire, le silence qui ronge et détruit, la famille qui préfère faire comme si rien ne s'était passé, comme si les traumatismes disparaissaient avec le temps alors qu'ils s'enracinent.
    Ces thèmes sont intéressants mais que cette lecture fut laborieuse et ennuyeuse : innombrables digressions philosophico-scientifiques sur le temps, la mémoire, l'engagement, Bergson, Einstein, Heisenberg..., descriptions répétitives des peurs de Lucie chaque fois qu'elle prend le métro, va au travail (c'est-à-dire tous les jours!), considérations sans aucun intérêt sur la nécessité de se munir de sacs plastiques pour faire ses courses sinon elles sont difficiles à porter (!!!), séance en visio-conférence d'essayage de chaussures, des définitions de Wikipédia, des citations de philosophes, des paroles de chansons qui m'ont donné l'impression d'un remplissage artificiel pour atteindre un nombre de pages honorable. Toutes ces scories verbeuses ont tendance à oblitérer le cœur du roman qui aurait mérité un autre traitement.

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  • Voilà une nouvelle maison d'édition qui s'installe, c'est bien. Edts Mialet-Barrault.
    Mais la qualité du papier , et même la présentation restent à revoir(à mon humble avis).
    Quant au roman de M.Pingeot :j'ai le sentiment bizarre d'avoir lu deux livres entremêlés .La vie quotidienne d'une...
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    Voilà une nouvelle maison d'édition qui s'installe, c'est bien. Edts Mialet-Barrault.
    Mais la qualité du papier , et même la présentation restent à revoir(à mon humble avis).
    Quant au roman de M.Pingeot :j'ai le sentiment bizarre d'avoir lu deux livres entremêlés .La vie quotidienne d'une quadra parisienne qui court toute la journée et ne nous épargne pas la vaisselle dans l'évier ni les draps pas lavés depuis deux mois, ses enfants, son mari, son boulot, bref un roman sans saveur.
    Et puis un autre livre, de longues pages de philosophie(la rue d'Ulm ça ne s'oublie pas), d'autres relatives au temps , la physique quantique. Bergson est omniprésent.
    C'est ce chaud-froid qui m'a un peu désarçonnée, d'autant plus que le sujet principal est remarquable; la peur qui se tapie en particulier chez les filles et ce depuis l' enfance, et ici encore plus après un épisode terrifiant vécu dans une cabane en Dordogne pendant des vacances heureuses de petite fille.Ce roman fait écho au précédent "se taire".
    Des souvenirs qui remontent à la surface et peuvent gâcher la vie jusqu'à la folie.

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  • Mazarine Pingeot poursuit son exploration des maux de nos sociétés en dressant le portrait d’une femme qui vit dans la peur. Une peur qui contamine sa famille, son travail, son pays. Un drame de notre temps.

    Déjà dans son précédent roman, Se taire, Mazarine Pingeot confrontait une femme avec...
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    Mazarine Pingeot poursuit son exploration des maux de nos sociétés en dressant le portrait d’une femme qui vit dans la peur. Une peur qui contamine sa famille, son travail, son pays. Un drame de notre temps.

    Déjà dans son précédent roman, Se taire, Mazarine Pingeot confrontait une femme avec la difficulté d’exprimer sa souffrance, voire avec le déni de cette dernière. Mais cette fois la chose est beaucoup plus insidieuse. Car, à priori, Lucie a tout pour être heureuse. Dans le TGV Brest-Paris-Montparnasse qui ramène la famille après les vacances, elle pourrait se féliciter de l’amour que lui portent Vincent, son mari et leurs enfants, Mina et Augustin. Mais son imagination lui fait plutôt envisager que le train heurte à pleine vitesse un sanglier qui traverserait les voies. Ses idées noires viendraient-elles de la mauvaise nouvelle apprise quelques jours plus tôt par sa mère Violaine? Louis, son ami d’enfance est mort. «Mort seul, dans son appartement parisien, quand tout le monde était encore en vacances». Mort comme sa cousine Héloïse. Fini le trio formé durant leur enfance en Dordogne, fini le clan de l’été 1984. Ne reste que Lucas, le frère de Louis, le petit amoureux. Mais aux dernières nouvelles, il serait en Australie. D’où cette sensation de vide, de solitude, d’où cette peur qui, depuis les attentats, semble ne plus la quitter.
    D’autant que Vincent est parti en mission au Yémen, la laissant «seule à porter ses enfants, sa maison, son travail…» Et justement, au travail ça ne va pas fort non plus. La moitié des rédacteurs et documentalistes ont été licenciés pendant l’été. Alors, malgré ses compétences reconnues, elle risque d’être emportée par la prochaine vague. Comment dans ces conditions rédiger sereinement les articles sur la physique quantique qu’on lui a demandés? Elle est en questionnement permanent. «elle n’est plus sûre de rien, ni même de sa colère».
    Au fil des pages, Mazarine Pingeot détaille ce mal insidieux qui comme un serpent, se love autour de Lucie, l’empêchant de respirer, voire de penser. Les signes positifs s’effacent, les signes négatifs prennent de plus en plus de place. La spirale infernale semble sans fin. Et les solutions qui pourraient exister ne font qu’aggraver le problème. Les parents de Lucie pourraient garder les enfants durant l’été pour la décharger un peu. Sauf que sa mère «ne s’embarrasse pas d’enfants quand elle peut l’éviter.» Vincent pourrait être cette force sur laquelle elle va s’appuyer. Mais Vincent est maladroit, proposant à Lucie d’aller voir un psy. Qui ne pourrait que confirmer son mal-être.
    Seule consolation, mais bien maigre, dans ce pays il semble bien que cette peur se soit installée durablement, notamment chez les femmes. Une peur archaïque, une peur viscérale. Voilà un premier feel bad book. Il ne devrait pas rester bien longtemps le seul de sa catégorie.
    https://urlz.fr/eGmN

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