Entre deux mondes

  • 0.25

    Premier coup de cœur de l’année! Ce livre m’a totalement bouleversé. Au plus profond de moi…c’est rare et précieux. Ce livre ne peut pas laisser indemne…
    C’est l’histoire d’Adam, syrien, militaire qui lutte contre Daesch mais aussi contre son propre gouvernement qui est dirigé d’une main de fer par Bachar el-Assad. Sur le point de se faire prendre pour trahison et pensant que sa famille court un danger, il fait partir sa femme Nora et sa fille Maya du pays avec pour mission de rejoindre Calais, là où il y a un campement qui s’appelle « la Jungle ».
    Adam rejoint « la Jungle » quelques semaines plus tard mais ne retrouve ni sa femme ni sa fille…
    Et puis c’est l’histoire de Bastien, jeune lieutenant arrivé sur Calais sur sa demande pour raison familiale. Bastien qui découvre cette ville, sa jungle et ses 10 000 « habitants », cette zone de non-droit complètement hallucinante où le statut de « réfugiés potentiels » lui est simplement expliquée par ces quelques mots :
    « Cherchez pas, ça n’existe nulle par ailleurs et dans aucun texte de loi. C’est du fait maison Calais, spécialité locale. En gros avec ce statut de bâtard, on ne peut pas les interpeller. Logique, si on refuse de les intégrer à la France ce n’est pas pour les faire rentrer dans le système judiciaire. Mais on ne leur donne pas la qualité complète de réfugiés, sinon il faudrait s’en occuper. Donc avec cette appellation de réfugiés potentiels, ni on ne les arrête, ni on ne les aide. On les laisse juste moisir tranquilles en espérant qu’ils partiront d’eux mêmes. »
    « Les migrants fuient un pays en guerre vers lequel on ne peut décemment pas les renvoyer, mais de l’autre côté, on les empêche d’aller là où ils veulent. C’est une situation de blocage. »
    « Comme bloqués entre deux mondes. »
    Voilà. Et c’est à partir de ce moment là que l’auteur nous embarque dans « la Jungle » et l’histoire d’Adam, de Kalini (mon dieu, l’histoire de ce gosse…), d’Ousmane…
    Dès le départ, Olivier Norek nous interpelle : « Face à la violence de la réalité, je n’ai pas osé inventer. » Tout ce qu’il raconte est vrai car il a été à la rencontre de ces hommes et ces femmes qui ont accepté de se livrer. Et c’est bien ça qui secoue au plus profond de notre être.
    Comme le dit la fille de Bastien à un moment du roman , « on a 208 fois plus de chances de gagner au Loto que de naître en bonne santé, dans un pays démocratique et en paix, avec un toit sur la tête« . Ces « migrants » sont juste des personnes qui n’ont pas eux notre chance. Ils fuient des conditions de vie horribles, la violence, la guerre, la prostitution, le marchandage d’enfants, la torture, les bombes…Que ferions nous à leurs places?
    Alors bien sûr ils ne sont pas tous bons. Vous le verrez dans le livre. Comme partout il y a des pourritures, des profiteurs, des pervers, des assassins…mais il y a aussi et surtout des familles déchirées, des enfants traumatisés, des mères qui protègent, des maris qui se sacrifient. Des êtres humains anéantis et pourtant plein d’espoir vers un monde meilleur.
    Ce livre est , par les horreurs qu’il racontent, très sombre, mais il est aussi plein d’espoir. Parce que, malgré tout, il reste des gens qui y croient et qui ne voient devant eux qu’un enfant à aider, une âme à sauver…Comme le dit si bien Manon, la femme de Bastien : « C’est facile d’oublier quand ça passe aux infos, mais quand ça débarque dans ton propre salon? »…
    Et comme le dit si bien Bastien, devant ce choix qu’il aura à faire : « A la fin il faudra regarder tout ce qu’on a accepté de faire. Et ce jour là, je refuse d’avoir honte ».
    Bien sur, on ne peut pas aider tout le monde, bien sur on ne peut pas tout révolutionner. Je suis la première à admettre que même si j’avais entendu parler de cette Jungle à la télévision, je ne me suis pas vraiment penchée sur le sujet. Je ne m’étais pas sentie concernée réellement, même si j’ai toujours soutenue aux discours racistes que j’entendais, que ces gens restaient des êtres humaines à aider. Mais j’avoue mon ignorance quant à leurs réelles conditions de vie dans ces campements de fortune, sur leurs statut de réfugiés potentiels, sur leur abandon total. Je ne savais pas.
    Quand j’ai refermé le livre, j’avais le cœur en charpie. J’ai eu honte de mon propre pays. De ce gouvernement qui a un master un autruche. Comme j’ai honte quand je marche dans les rues de ma ville et que je vois des gens dormir dans la rue. Comme j’ai honte quand je vois comment fonctionne la justice de mon pays. Comme j’ai honte quand je vois les piètres conditions de travail de la police (bien expliqué dans le livre d’ailleurs avec une phrase que j’ai adoré « Tant que les décisions seront prises par des gens qui ne connaissent rien à notre boulot, c’est le genre de conneries qu’on devra supporter… »…)
    Mais quand j’ai refermé le livre, j’ai eu aussi une foi immense en une certaine humanité qui est revenue puissance mille.
    Il n’y a aucun parti pris dans ce livre, pas de manichéisme. C’est bien là où se trouve le génie d’Olivier Norek. Il nous incite juste à nous poser les bonnes questions avec sa plume extraordinaire et juste. Magistral! Merci Monsieur Norek.

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