Écrivains

Couverture du livre « Écrivains » de Antoine Volodine aux éditions Seuil
  • Date de parution :
  • Editeur : Seuil
  • EAN : 9782021022407
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

Écrivains est un ensemble de sept courts textes, sept portraits d'écrivains qui se battent contre le silence et la maladie.Chacun de ces écrivains est presque mort ou juste déjà mort. Chacun d'eux a été, ou est, confronté à une extrême violence : interrogé sous la torture, proche d'être... Voir plus

Écrivains est un ensemble de sept courts textes, sept portraits d'écrivains qui se battent contre le silence et la maladie.Chacun de ces écrivains est presque mort ou juste déjà mort. Chacun d'eux a été, ou est, confronté à une extrême violence : interrogé sous la torture, proche d'être assassiné ou venant de l'être. On croise l'écrivain Mathias Olbane, qui après avoir passé sa vie en prison, est désormais caché dans un établissement mystérieux et lointain, tentant toutes les nuits d'appuyer sur la détente d'un pistolet avant d'avoir compté jusqu'à 444 ; ou encore un écrivain atteint d'une maladie de peau invité à des émissions culturelles sur le thème " les écrivains et le psoriasis " ; ou bien l'auteur d'un seul livre sur sa naissance qui essaie de dénouer les tissus de mensonges proférés par sa grand-mère sur sa mise au monde.Ce sont des hommes et des femmes écrivains qui voyagent dans le Bardo, cette zone de rêve qui permet à chacun d'inventer la fiction à partir de souvenirs.C'est un appel à la résistance, une plaidoirie pour la littérature, dans ce qu'on peut considérer comme la mise en scène d'un procès des écrivains et de l'écriture. C'est, comme le dit un des personnages, " un dernier témoignage inutile et imaginaire, prononcé par des épuisés ou par les morts et pour les morts ".

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  • Parmi les 7 textes, mention spéciale à « Remerciements », qui, au travers de mercis et de non mercis adressés à tous ceux qu’un écrivain a croisés sur sa route, dessine le parcours atypique du personnage. Drôle et fort.

    http://actualitte.com/blog/sophielit/2010/11/03/ecrivains-antoine-volodine/

    Parmi les 7 textes, mention spéciale à « Remerciements », qui, au travers de mercis et de non mercis adressés à tous ceux qu’un écrivain a croisés sur sa route, dessine le parcours atypique du personnage. Drôle et fort.

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    La trinité VOLODINE

    Pour un libraire, lire trois livres du même auteur alors que les 698 autres volumes de la rentrée attendent sur votre table de nuit (métaphoriquement parlant, bien entendu), cela frise l'indécence, la faute professionnelle. Nous ne nous cacherons pas derrière une mauvaise...
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    La trinité VOLODINE

    Pour un libraire, lire trois livres du même auteur alors que les 698 autres volumes de la rentrée attendent sur votre table de nuit (métaphoriquement parlant, bien entendu), cela frise l'indécence, la faute professionnelle. Nous ne nous cacherons pas derrière une mauvaise excuse : oui, nous savions parfaitement qu'ANTOINE VOLODINE, MANUELA DRAEGER, et LUTZ BASSMANN ne faisaient qu'un, mais nous n'avions sans doute pas mesuré le danger addictif qu'ils représentent. Il est en effet impossible, dès qu'on a mis le nez dans l'un ou l'autre de ces trois livres, de renoncer à embrasser dans sa totalité un arsenal romanesque aussi original, et aussi envoûtant.

    Ecrivains, de «l'hétéronyme principal» Antoine Volodine (Le Seuil, collection Fiction & Cie), constitue en quelque sorte la cabine de pilotage de cette fusée littéraire. On y trouve le volet théorique du dispositif (mais peut-on parler de théorie à propos d'un auteur qui se définit aussi exclusivement par l'acte même d'écrire...). Les héros de ces «narrats», écrivains prostrés dans le silence après une carrière éphémère, muselés par un pouvoir protéiforme ou par leur propre inhibition, violentés par leurs anciens frères d'armes (car tous, à un moment ou à un autre, ont abandonné la littérature pour l'action politique la plus radicale), constituent une étrange confrérie qui n'a pas grand chose à voir avec la faune germanopratine. Ils errent parfois dans le Bardo, cet état intermédiaire, entre vie et trépas décrit par Le livre des morts tibétains*, se souviennent avec nostalgie de leurs débuts prometteurs, quand ils noircissaient leur cahier d'écolier sous l'emprise d'une graphomanie enthousiaste, ou bien, ne sachant écrire, ils apprennent par coeur l'oeuvre de leur vie - avant de se pendre. Dans ce recueil à la noirceur baroque, quelques bijoux d'humour font entendre leur rire dissonant, comme ce Remerciements uniquement composé, le titre l'indique, d'une interminable litanie de mercis supposée rendre justice aux inspirateurs et aux auxiliaires du personnage (écrivain lui aussi, bien sûr), mais qui sert surtout d'amplificateur à sa mégalomanie.

    Les aigles puent, de Lutz Bassmann (Verdier) et Onze rêves de suie, de Manuela Draeger (L'Olivier) forment les ailes de la fusée. Ils se déroulent dans deux univers jumeaux, sortes de précipités de tout ce que le XXème a produit de pire - et dans ce domaine, hélas, l'Histoire donne l'embarras du choix : totalitarismes, Shoah, camps de concentration, guerres d'extermination, nettoyages ethniques ? Le ghetto où habite Gordon Koum dans Les aigles puent vient d'être détruit par une arme encore pire que la bombe atomique, puisqu'elle transforme sa cible, ruines et restes humains mêlés en une sorte de goudron répugnant, et tend à effacer jusqu'au souvenir des morts et des lieux qu'ils ont habités. Koum, ventriloque, donne la parole à un pantin et à un cadavre de rossignol pour perpétuer la mémoire de son épouse et de ses enfants disparus. A partir de ce point de départ à la Becket, l'univers volodien se déploie ici dans toute sa macabre et poétique puissance. Des trois opus, Les aigles puent est sans doute le plus parfait, le plus concentré, celui dont la force convainc le plus immédiatement.

    Nous avouerons pourtant une légère préférence pour Onze rêves de suie, sans doute parce que l'auteur y pousse jusqu'à ses extrêmes limites un art de la rupture de ton qui laisse le lecteur confondu. Ici aussi, la terreur règne dans le ghetto, mais les autorités tolèrent un défouloir, une fête subversive annuelle, la Bolcho pride. A cette occasion, quelques jeunes révolutionnaires fomentent un coup d'éclat voué à l'échec. Leurs souvenirs s'entrelacent avec les contes que leur racontait une vieille militante quand ils étaient enfants, contes qui mettent en scène une... éléphante, Martha Ashkarot. Cocasserie, loufoquerie, fantastique et poésie surréaliste composent un cocktail à nul autre pareil, jusqu'à cette fin digne de Lautréamont où les jeunes gens, assaillis par les flammes, se transforment en cormorans étranges qui vivront à jamais...

    Lautréamont, Becket, Kafka, les Surréalistes - On n'est guère en peine de trouver à Volodine des pères spirituels - Pour ce qui est d'une fratrie, c'est plus difficile, tant son oeuvre inclassable détonne dans la littérature contemporaine. Un nom nous vient à l'esprit, celui de David Lynch, d'ailleurs cité dans Écrivains. Seul le cinéaste d'Eraserhead et de Mulholland Drive nous semble à même de rivaliser aujourd'hui avec ce génial inventeur de formes, de rêves et de cauchemars.

    *Voir Bardo or not Bardo, du même auteur (Le Seuil)

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