Des hommes couleur de ciel

Couverture du livre « Des hommes couleur de ciel » de Anais Llobet aux éditions Humensis
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Avis(6)

  • C'est un roman de douleurs et de secrets vitaux. un roman dans lequel les personnages usent de multiples masques, pour survivre tout simplement. un roman qui laisse une trace fulgurante et poignante. un roman qu'il faut lire absolument pour ce qu'il est, pour ce qu'il dit, pour ce qu'il nous...
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    C'est un roman de douleurs et de secrets vitaux. un roman dans lequel les personnages usent de multiples masques, pour survivre tout simplement. un roman qui laisse une trace fulgurante et poignante. un roman qu'il faut lire absolument pour ce qu'il est, pour ce qu'il dit, pour ce qu'il nous apprend.

    Un attentat meurtrier dans un lycée de La Haye et, très vite, les soupçons se focalisent sur un jeune Tchétchène. Adam ou Kirem, son jeune frère ? Le premier semble avoir un alibi indiscutable, mais refuse obstinément de parler. Kirem, lui, a disparu. Alissa, la professeure de russe, est chargée de traduire les interrogatoires d'Adam, qui fut son élève, mais aussi les rédactions que Kirem s'obstinait à écrire en tchétchène et que pour cette raison elle n'a jamais voulu lire. Mais pourquoi Adam garde-t-il le silence alors qu'il pourrait se disculper ?

    C'est que rien, ni personne, n'est vraiment ce qu'il paraît être. Les identités sont brouillées pour ces exilés d'un pays, lui-même mal déterminé pour la plupart des gens. Ainsi Adam n'est Adam que dans la nuit de La Haye, lorsqu'il participe à des fêtes et fréquente clandestinement des garçons. Le reste du temps, pour sa famille surtout, il est Oumar et il sait que son homosexualité, si elle est découverte, sera synonyme de mort "pour venger l'honneur". Une peur similaire conduit Alissa à cacher ses origines et sa religion, même à son compagnon hollandais, pour ne pas risquer d'être amalgamée à ses compatriotes religieux fanatiques.

    Cette peur viscérale imprègne l'intrigue et Anaïs Llobet parvient à nous la planter au creux du ventre, comme à ses personnages se débattant dans des nasses culturelles, religieuses, linguistiques et sociales qui progressivement se referment et étouffent tout espoir, toute identité, tout libre-arbitre et toute insouciance. Son roman s'appuie sur une parfaite connaissance de la culture tchétchène, des mécanismes de la radicalisation mais aussi de l'exil et des paradoxes de l'intégration. La narration reconstitue les histoires singulières de chacun et met en perspective chaque point de vue, donnant ainsi une vision panoramique des motivations et des trajectoires, sans qu'un jugement moral vienne jamais interférer.

    Et les remerciements déchirants de la fin du livre donnent à celui-ci la portée d'un témoignage et, en faisant se rejoindre réel et fiction, conduisent à la prise de conscience et à la révolte.
    Oui, ce second roman d'Anaïs Llobet est, j'en suis convaincue, à lire impérativement, ne serait-ce que pour rendre hommage à tous ces hommes couleur de ciel, menacés de mort à chaque instant.

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  • http://leslivresdejoelle.blogspot.com/2019/01/des-hommes-couleur-de-ciel-danais-llobet.html

    Oumar, un tchétchène, devenu Adam en s'installant à la Haye est un "homme couleur de ciel" car dans son pays il n'existe aucun mot pour désigner son homosexualité. Il a quitté son pays pour pouvoir...
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    http://leslivresdejoelle.blogspot.com/2019/01/des-hommes-couleur-de-ciel-danais-llobet.html

    Oumar, un tchétchène, devenu Adam en s'installant à la Haye est un "homme couleur de ciel" car dans son pays il n'existe aucun mot pour désigner son homosexualité. Il a quitté son pays pour pouvoir vivre sa différence. Aux Pays-Bas, il passe son baccalauréat et tente de vivre librement tout en dissimulant sa nouvelle vie à son jeune frère, Kirem, qui lui ressemble comme un jumeau.

    Un jour, peu après l'arrivée de Kirem et de leur cousin Makhmoud à La Haye, Oumar apprend qu'un attentat vient d'avoir lieu dans son ancien lycée. Vingt-deux élèves et deux professeurs ont été tués par deux bombes placées sous les tables de la cantine. Un tchétchène est suspecté d'être à l'origine du massacre... Oumar est alors mêlé à l'impensable... Interrogé par la police, le jeune homme a un alibi mais il lui est impossible d'en parler.

    Alissa, professeure de russe dans ce lycée, est une tchétchène devenue Alice depuis qu'elle s'est installée en Hollande, pays de liberté et de tolérance, elle multiplie depuis dix ans les efforts pour s'intégrer. Elle a menti sur ses origines pour mieux s'intégrer et se prétend russe aussi bien auprès de ses collègues que de son compagnon. Cet attentat est pour elle une irruption du passé qu'elle cherche à refouler la plongeant dans la violence qu'elle a fui, son pays d'accueil est soudain atteint par la même barbarie que son pays natal... Alissa partage la langue et le passé de celui qui a endeuillé le pays, la police veut donc l'utiliser comme interprète. Il lui faut coopérer pour ne pas devenir suspecte, Alissa est à la fois tenaillée par l'impression de trahir son peuple et la culpabilité de ne pas avoir perçu la radicalisation d'Oumar, son élève préféré.

    Cette histoire de deux frères tchétchènes exilés aux Pays-bas est passionnante, Anaïs Llobet y mêle habilement le destin de trois personnages réfugiés à La Haye. Ce roman parle de différence, d'exil, d'intégration, de quête d'identité et d'intolérance, du poids de la culture et de la famille, de l'homosexualité tabou passible de mort dans la communauté tchétchène, de la possibilité d'être soi et de choisir sa vie. Il évoque l'histoire de la Tchétchénie, la guerre contre les russes, la culture tchétchène, les règles ancestrales et l'honneur lavé dans le sang. Tout est réussi dans ce roman : l'écriture sans fausse note, le style fluide, la construction parfaite, la tension et les rebondissements qui maintiennent en haleine, les personnages forts dont les failles sont exprimées avec finesse, le bien joli titre et la magnifique couverture. Un grand roman qui pose des questions qui ne peuvent nous laisser indifférents. Embarquée dès les premières mots du récit, il m'a été impossible de le lâcher avant d'avoir tourné la dernière page.

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  • Je suis impressionnée par la maîtrise dont fait preuve Anaïs Llobet pour ce qui n'est que son deuxième roman. Certes, le premier, Les mains lâchées était remarquable et on y trouvait déjà une qualité de regard, une empathie qui annonçaient de belles choses pour la suite. Mais pas au point de...
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    Je suis impressionnée par la maîtrise dont fait preuve Anaïs Llobet pour ce qui n'est que son deuxième roman. Certes, le premier, Les mains lâchées était remarquable et on y trouvait déjà une qualité de regard, une empathie qui annonçaient de belles choses pour la suite. Mais pas au point de découvrir dès celui-ci, un roman quasi parfait. Construit comme un thriller, dans un crescendo implacable, impossible à lâcher.

    Anaïs Llobet est journaliste et son expérience du terrain transparait dans ses écrits. C'est l'expérience de celle qui côtoie d'autres vies, d'autres cultures et qui s'attache à les comprendre. De cette matière elle tire ensuite un récit certes totalement fictionnel mais empreint de cette compréhension de l'autre qui me fait penser à ce que parvient à faire de son côté un Pascal Manoukian. On est dans la même veine, avec des ingrédients et des styles différents. Et il faut une sacrée sensibilité pour parvenir à rendre compréhensibles les motivations et la psychologie de chacun des personnages qu'elle met ici en scène, au cœur d'un drame qui va agir comme un révélateur au sein d'une communauté qui se croyait à l'abri des horreurs du monde.

    Nous sommes à La Haye, aux Pays-Bas, jolie capitale pimpante, calme et fleurie. C'est ce cadre idyllique que l'auteure a choisi pour situer son intrigue et faire exploser sa bombe : dans le réfectoire d'un lycée, à l'heure du déjeuner. Très vite, les soupçons se portent vers un jeune élève d'origine Tchétchène et son frère qui pourrait être complice. Alissa, leur professeure de russe partage également avec eux cette origine qu'elle fait tout pour oublier et cacher, notamment à son compagnon hollandais, dans un souci d'intégration. Sollicitée par la police en tant qu'interprète, elle se retrouve au cœur de l'enquête et surtout de l'agitation médiatique. Car cet attentat cristallise soudain toutes les peurs qui passent par la stigmatisation des différences culturelles. Alissa devient le pivot, la seule capable de comprendre tous les ressorts psychologiques qui gouvernent Kirem et Oumar alors que les professeurs sont déjà pointés du doigt pour n'avoir rien vu venir et que ses origines pourraient la désigner elle comme doublement coupable.

    C'est un véritable engrenage qui se déroule sous la plume habile et précise d'Anaïs Llobet, un engrenage dont le point central est la méconnaissance de l'autre. Un engrenage qui s'appuie sur le drame de l'exil, ce sentiment d'être toujours un étranger, quoi qu'on fasse. Les protagonistes de ce drame sont tous prisonniers, à leur manière, de leur situation et parfois de leur propre culture. Tout en déroulant son intrigue avec une précision machiavélique, Anaïs Llobet parvient à imprégner le récit d'éléments constitutifs de la culture tchétchène sans jamais l'alourdir, bien au contraire, créant ainsi les conditions d'une incroyable proximité avec les personnages. Oumar, Kirem et Alissa sont trois facettes de l'exil, trois exemples de la difficulté d'intégration. Trois maillons d'une même chaîne qui les attache à leur statut d'étranger.

    Ce roman a tout d'un grand et pas un poil de graisse. Dense dans le propos, efficace dans la construction avec ce supplément d'âme apporté par le regard de l'auteure. Cette fois c'est sûr, la plume d'Anaïs

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  • et de leurs cicatrices. Une histoire d'intégration et de désintégration.

    Ma lecture

    Mon premier coup de cœur de 2019 et je ne m'y attendais absolument pas. Je ne suis pas une lectrice de livres sur la guerre, les conflits etc.... Je me suis lancée en lisant le résumé qui m'a intrigué mais...
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    et de leurs cicatrices. Une histoire d'intégration et de désintégration.

    Ma lecture

    Mon premier coup de cœur de 2019 et je ne m'y attendais absolument pas. Je ne suis pas une lectrice de livres sur la guerre, les conflits etc.... Je me suis lancée en lisant le résumé qui m'a intrigué mais la photo de couverture me laissait supposer un roman où la violence était très présente et j'évite les récits en comportant, surtout lorsqu'elle est inutile.....

    Et bien j'ai été fauchée dès les premières lignes, les premières pages, comme soufflée par une déflagration mais une déflagration littéraire. On est très vite immergée dans cette aventure, oui aventure, car il n'y a pas un moment où l'on est pas pris par les mots, par l'histoire, par les histoires, par les personnages.

    Il ressort de ce récit beaucoup de thèmes : l'exil en premier car c'est ce qui lie les protagonistes. Etre arrachés à ses racines, à une violence et une douleur qui vous lient à votre pays, qui a imprégné vos jours, vos nuits mais aussi votre esprit.

    Une quête de l'identité : qui est-on, qui devient-on quand on quitte un pays en guerre, devient-on un autre  ou reste-t-on à jamais ancré dans ses racines ?

    Identité sexuelle également : comment assumer celle-ci lorsque votre éducation,  votre religion, vos racines vous condamnent. Chacun a gardé en soi ses préceptes et s'adapte ou non à la nouvelle vie qui s'offre à lui.

    Anaïss Llobet a habilement mêlé les destins de trois personnages : deux frères Oumar et Kirem, presque jumeaux physiquement et une professeur de russe, Alissa, vivant tous les trois à La Haye aux Pays-Bas, un pays de liberté, mais il n'est pas toujours facile de s'adapter à une liberté à laquelle rien ne vous préparait. Pour chacun c'est une affaire personnelle.

    L'exil se vit seul. (p172)

    Oumar décide de mener une double vie, se transformant en Adam pour devenir celui qu'il est réellement, Alissa elle est devenue Alice, cachant ses origines dans le lycée où elle travaille mais aussi à son compagnon, faisant le choix de naviguer entre les deux cultures. Kirem lui refuse toute intégration.

    Ne plus être ce que l'on a été car exilé, ne plus avoir les mêmes convictions, peut-on s'affranchir de l'éducation reçue ou reste-t-elle profondément ancrée en soi. Un roman dans lequel les personnages posent des questionnements qui ne peuvent laisser indifférent.

    Trois positions, trois destins disséqués principalement à travers les récits d'Oumar et d'Alice, qui oscillent dans les choix à faire, partagés entre passé marqué par le conflit qui opposent la Russie et la Tchétchènie, présent où les doutes s'installent et futur que l'on décide de s'octroyer.

    Il est également question des choix : a-t-on toujours le choix ? Peut-on finalement choisir d'être soi, peut-on choisir sa vie ?

    C'est un vrai coup de cœur dans tous les critères : écriture, construction du récit avec une pression et une enquête qui nous tiennent en haleine jusqu'au bout, style limpide, clair. Des personnages loin d'être stéréotypés, tout en nuances, en fragilité.

    Je n'en dis pas plus.... je vous laisse découvrir qui sont ces Hommes couleur de ciel, joli titre qui cache bien des souffrances.

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