Concerto pour la main morte

Couverture du livre « Concerto pour la main morte » de Olivier Bleys aux éditions Albin Michel
Résumé:

« La vie n'est qu'un tissu d'à-peu-près, de décisions hâtives, de situations instables sur lesquelles on bâtit pourtant un mur en plâtre qu'un coup de poing peut traverser. »À Mourava, hameau perdu de Sibérie centrale, Vladimir Golovkine n'a qu'un rêve : prendre le bateau pour Krasnoïarsk, la... Voir plus

« La vie n'est qu'un tissu d'à-peu-près, de décisions hâtives, de situations instables sur lesquelles on bâtit pourtant un mur en plâtre qu'un coup de poing peut traverser. »À Mourava, hameau perdu de Sibérie centrale, Vladimir Golovkine n'a qu'un rêve : prendre le bateau pour Krasnoïarsk, la grande ville en amont du fleuve. Mais faute de pouvoir s'offrir un billet, c'est un étranger qu'il voit débarquer dans sa vie : Colin, un pianiste raté dont la main droite refuse d'obéir dès qu'il se met à jouer le concerto nº2 en do mineur de Rachmaninov.À la frontière du récit et de la fable, Olivier Bleys, l'auteur de Pastel, créé ici un univers poétique où le tragique côtoie l'absurde. Histoire de vodka et de mystère, de musique, d'amitié entre les hommes, ce livre jubilatoire nous invite à cultiver la joie plutôt que la tristesse.

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Le courrier des auteurs

Olivier Bleys répond à nos questions ! (25/06/2013)

1) Qui êtes-vous ? ! Un " flâneur magique ", formule utilisée récemment par un journaliste. Je crois qu'elle me décrit bien. C'est aussi une allusion au tour du monde à pied, par étapes, que j'accomplis depuis trois ans (http ://geopedisfr.canalblog.com/). On pourrait m'appliquer ensuite cette confession d'André Gide : " «Je ne suis qu'un petit garçon qui s'amuse - doublé d'un pasteur protestant qui l'ennuie.» Tout à fait moi ! Mais pour dresser un portrait plus objectif : " Écrivain confirmé âgé de trente-neuf ans, Olivier Bleys a publié vingt livres : romans, essais, récits de voyage, bandes dessinées, roman graphique, récit d'anticipation, surtout chez Gallimard qui l'a nommé en 2004 lecteur permanent et chez Albin Michel. L'ensemble de son oeuvre est traduit dans une dizaine de langues, et lui a valu de nombreuses récompenses dont un prix de l'Académie française pour Pastel (Gallimard, 2000). " Mon blog (http ://monvolubilis.canalblog.com/) satisfait toutes les curiosités. 2) Quel est le thème central de ce livre ? La musique, la Sibérie, l'amitié, les vies antérieures. La musique, pour n'en choisir qu'un. 3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ? " Je jouerai pour les arbres debout, pour le fleuve aux longs méandres, pour le premier brin d'herbe qui percera la neige au sortir de l'hiver. " 4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ? Précisément l'adagio (2e mouvement) du concerto pour piano n° 2 de Sergueï Rachmaninov. 5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ? La croyance dans une vie plus étendue que celle que nous parcourons, qui débute à la naissance et s'achève à la mort. Pour ma part, je ne peux envisager d'existence dans un cadre aussi étroit ! 6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ? Une musique, sûrement pas. Plus je prends de l'âge, plus le silence devient condition de l'écriture. C'est presque la seule. J'envie d'ailleurs mes amis peintres et dessinateurs de pouvoir travailler en musique. Au contraire, je me suis équipé cette année d'un casque anti-bruit professionnel, conçu pour l'aviation, et qui garantit un silence presque parfait. Pour le reste : je travaille sans horaires fixes mais plutôt le matin, par brèves séquences entrecoupées de dégustations de café, toujours allongé, l'ordinateur sur les genoux. 7) Comment vous vient l'inspiration ? Les idées me viennent en marchant. J'emporte un carnet dans mes déambulations à travers la nature ou la ville, et j'y note quelques phrases, quelques pensées. Le procédé est assez efficace. Plus largement, un sujet de roman n'est jamais pris au hasard, mais procède d'un choix sinon éclairé, du moins conscient et volontaire. En revanche, ce qui détermine ce choix varie beaucoup selon les auteurs. Certains désirent traiter un thème, voire illustrer une thèse, et développent un récit qui pourra les servir. D'autres, plus intuitifs, se laissent guider par leur sensibilité. D'autres, enfin, connaissent cette double emprise : leurs romans sont à la fois «goûtés» et «réfléchis». Dans mon cas, le hasard et la curiosité jouent un grand rôle. 8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ? Au sortir de l'adolescence, malgré de premiers contacts noués dans le milieu de l'édition (avec Jean Grosjean de Gallimard et Gérard Bourgadier de l'Arpenteur), je ne me destinais pas à l'écriture mais au cinéma et à la réalisation de films. J'ai étudié longuement l'analyse filmique et possède assez bien les classiques du 7e art, en particulier les chefs-d'oeuvre d'Orson Welles et d'Elia Kazan. Mes livres, sans doute, en restent imprégnés. J'entends souvent dire de mes lecteurs que mon écriture évoque des images, qu'elle est «visuelle.» De même, la construction de mes récits s'inspire largement des scénarii de cinéma, tandis que le découpage de mes chapitres s'apparente à un découpage de séquences. Il paraît enfin que mes romans feraient de bons films. Adolescent, j'écrivais de la poésie, m'essayais à la composition de romans mais, je le répète, sans intention (ni même désir) d'en faire un métier. C'est venu assez simplement, parce que les éditeurs s'intéressaient à mes écrits et m'ont poussé dans cette voie. 9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ? Adolescent, je fréquentais beaucoup les romans de Jean-Paul Sartre, ceux de Boris Vian. Ils tissaient un monde où j'évoluais naturellement - mieux, je pense, que dans le monde réel. Certains poètes (Paul Claudel, Saint-John Perse...) m'ont procuré de grandes joies. Plus tard, je suis devenu inconditionnel des écrits de Gabriel Marcia-Marquez, et me revendique du " réalisme magique " qu'il a contribué à inventer. Mais je n'ai pas vraiment d'écrivain tutélaire, ni d'oeuvre référente. Je n'ai aucune fidélité dans mes lectures, et passe facilement d'un livre à l'autre. 10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? ! On n'aurait pas posé cette question au XIXe siècle ! Je fais partie du petit nombre qui croient les écrivains aussi utiles que les médecins ou les agriculteurs - ou bien ceux-là, aussi superflus que les écrivains. Cependant, abolissez les livres, les librairies, les bibliothèques ; défendez à quiconque de lire le moindre mot ou qu'on lui raconte la moindre histoire. Je ne donne pas cher de sa vie. 11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ? Une place assez marginale. Ayant affaire aux livres, ou plutôt à l'écrit, toute la journée, je n'aime pas m'entourer de papier dans mes moments de liberté. Rien ne m'est plus étranger que ces écrivains cérébraux qui vivent par et pour le mot, sans autre horizon que leur table de travail. Au contraire, je la quitte dès que je peux, impatient de ciel et d'air pur.

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Avis(9)

  • Je viens de découvrir ce roman alors qu'il date de 2013 et il est formidable du début jusqu'à la fin. Et pourtant entre la couverture le titre et le résumé, il n'est pas tentant.
    Donc dans ce petit hameau sibérien, c'est comme si la vie s'était arrêté presque au 19eme siècle. Et pourtant on est...
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    Je viens de découvrir ce roman alors qu'il date de 2013 et il est formidable du début jusqu'à la fin. Et pourtant entre la couverture le titre et le résumé, il n'est pas tentant.
    Donc dans ce petit hameau sibérien, c'est comme si la vie s'était arrêté presque au 19eme siècle. Et pourtant on est bien de nos jours. Tous les personnages sont attachants. Vladimir, la soixantaine, que tout le monde trouve ridicule parce-qu'il aime la propreté dans son hameau ou faute de ramassage d'ordure chacun jette dans les fossés les détritus. Vladimir a un rêve : prendre le bateau vers la ville la plus proche, un bateau qui ne passe que de temps en temps et trop cher pour lui. Mais va descendre de ce bateau l'autre personnage principal, Colin, avec son piano et son handicap de la main qui bloque toujours au milieu d'un morceau qu'il doit jouer.
    L'épicier, l'ermite, l'herboriste, tous les personnages sont drôles et émouvants et ce roman au thème noir est complètement lumineux.
    J'ai apprécié en particulier les scènes ou les villageois découvrent le pouvoir de la musique et l'émotion qu'elle procure.
    Je suis impatiente de découvrir le prochain ouvrage de cet auteur "Nous les vivants".

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  • Décidément, je deviens très très fan d'Olivier BLEYS qui bondit d'histoire en histoire avec une facilité déconcertante ! Encore une fois, il entraîne le lecteur dans une parabole à la fois cocasse et tendre, au fin fond de la Sibérie où la vodka frelatée coule à flots, où les ours mal léchés ont...
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    Décidément, je deviens très très fan d'Olivier BLEYS qui bondit d'histoire en histoire avec une facilité déconcertante ! Encore une fois, il entraîne le lecteur dans une parabole à la fois cocasse et tendre, au fin fond de la Sibérie où la vodka frelatée coule à flots, où les ours mal léchés ont mal à la patte, où un cosmonaute-ermite pratique l'hypnose, où ce pianiste français a accosté dans l'espoir de soigner sa main rétive et va rencontrer Vladimir, un moujik-éboueur pas piqué des vers.
    Les personnages sont parfois fantaisistes, à la limite de la caricature, mais sont surtout attachants, profondèment philosophes et la narration, fluide, légère (quoique travaillée au millimètre souvent) donne à ce drôle de conte ce qu'il convient de tendresse et de magie !
    Merci à Jérôme qui m'avait conseillé cette lecture !

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  • Le temps semble s’être arrêté à Mourava, village perdu dans la Sibérie centrale.
    La seule occupation de la population se limite à fabriquer et à consommer de la vodka.
    Vladimir Golovkine, éboueur, est le seul à tenir encore à apporter un semblant de civilisation dans ce village hors du temps,...
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    Le temps semble s’être arrêté à Mourava, village perdu dans la Sibérie centrale.
    La seule occupation de la population se limite à fabriquer et à consommer de la vodka.
    Vladimir Golovkine, éboueur, est le seul à tenir encore à apporter un semblant de civilisation dans ce village hors du temps, mais il rêve surtout de partir à Moscou. Le jour où il s’apprête à sauter le pas, il est violemment refoulé du bateau faute de billet et d’argent pour en faire l’acquisition.
    Il voit au même moment un étrange personnage débarquer du bateau avec entre autre bagage… un piano !
    Colin Cherbaux est un pianiste dont la carrière n’a jamais vraiment décollée et alors qu’il est sur le point de se produire en concert, il est incapable d’exécuter le Concerto n°2 en do mineur de Rachmaninov, sa main droite refusant de lui obéir.
    Vladimir va le prendre sous son aile et mettra tout en œuvre pour tenter de guérir son protégé.
    Ce livre est drôle, plein de fantaisie mais non dénué de poésie et de nostalgie.
    Olivier Bleys nous fait découvrir une galerie de personnages hauts en couleur dans un pays couvert de neige où la vodka coule à flot.
    A lire en écoutant peut-être Rachmaninov.

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  • Ce livre m’est arrivé du nord de la France grâce à Lana qui le fait voyager
    Première surprise en ouvrant le livre, il débute par le paragraphe 6, étonnant non ! Et cela ira décrescendo pour se terminer avec le chapitre 1. Est-ce parce qu’une autre histoire pourrait débuter, ou la fin de quelque...
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    Ce livre m’est arrivé du nord de la France grâce à Lana qui le fait voyager
    Première surprise en ouvrant le livre, il débute par le paragraphe 6, étonnant non ! Et cela ira décrescendo pour se terminer avec le chapitre 1. Est-ce parce qu’une autre histoire pourrait débuter, ou la fin de quelque chose que je ne dévoilerai pas ?

    « Le petit village se nommait Mourava, ce qui traduit de l’ancien russe donne à peu près « la jeune herbe » ». Ici habitent quelques familles vivant de chasse, de pêche et de vodka. Les hommes n’ont pas de sang dans les veines, mais de la vodka qu’ils distillent eux-mêmes avec on ne sait trop quels ingrédients, mais qui s’avère très efficace.
    Vladimir Golovkine détonne dans ce milieu. Il essaie tant bien que mal, de nettoyer le village, mais comme le tonneau des Danaïdes, c’est mission impossible. « Un homme qui nettoyait au lieu de boire ne pouvait qu’éveiller les soupçons de ses congénères. On ne l’aurait pas jugé plus sévèrement de broder des chemises ou d’enfiler des jupes ».
    Ce n’est pas Sergueï qui dira le contraire, lui qui est toujours plein comme une barrique de rhum vodka « Du matin au soir, on voyait le dénommé Sergueï, toujours vêtu d’un uniforme gris râpé aux coudes, somnoler sur la troisième marche de son logis, hors d’atteinte des cochons dont les groins velus fouaillaient la boue sous l’escalier. »

    Au débarcadère, alors que Volodia cherche à tout prix à embarquer, descend un voyageur ; Un français dont on ne sait ce qu’il vient chercher ici. Un français avec un piano ! oui, vous avez bien lu. Colin Cherbeaux se retrouve locataire chez Vladimir Golovkine (c’est sûrement la maison la plus propre du village). La contraste est rude pour Kolincherbo (c’est ainsi que le nomme Volodia) « Du coin de l’œil, Colin inspecta la couverture crasseuse jetée sur le matelas, genre de capote militaire en feutre gris, ravaudée partout, dont les plis bourdonnaient de mouches ».
    Colin Cherbeaux est arrivé en ce lieu perdu pour essayer de guérir, d’oublier, sa main qui se paralyse toujours au même endroit lorsqu’il interprète le concerto n°2 de Rakhaminov. « Le pianiste eut une grimace. Avec sa main gauche encore valide, il souleva la droite, réduite à l’état de marotte incapable, qu’il présenta au Sibérien comme un animal tend sa patte meurtrie par le piège ».
    Ces deux-là vont s’apprivoiser sous les regards envieux des autres villageois. Oleg, ex-futur cosmonaute, autre personnage qui interviendra dans la vie de Kolincherbo est un concentré d’humanité doublé d’un amoureux des livres.
    A mi-chemin du conte, de la farce, ce roman est un vrai enchantement. Enchantement des paysages enneigés, enchantement du texte. Olivier Bleys force un peu le trait sur les habitants de ce hameau, j’ai souri plus d’une fois, il y a de la poésie, de la farce, de l’humeur, de l’absurde, tout cela servi par un très beau texte.

    Une belle pépite d’émotions, de rêve, de charme et d’émotions. Un des bons romans de cette rentrée 2013.

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