Ces rêves qu'on piétine

  • Les orgues de Staline bombardent Berlin, dans le bunker sont terrés les derniers représentants du Reich, les membres du dernier cercle, des tableaux de maîtres sont accrochés au mur de béton. Magda assiste à la dernière représentation du philharmonique, Speer distribue des capsules de poison pour eux et pour leurs proches, au cas où…

    Magda est une fille naturelle élevée par des soeurs dans un pensionnat en Belgique, une petite fille qui chaque soir jure qu'elle portera des belles robes, que son mari fera la pluie et le beau temps. Trentenaire divorcée, plein d'allant et sans contrainte, dans un meeting elle assiste à un discours enflammé de Goebbels, elle est tombe amoureuse, non pas de l'homme mais de ce qu'il incarne, devenir la première dame du Reich. Goebbels un nain à la gueule de rat qui traîne sa patte folle dans les coulisses des théâtres, dans les studios de cinéma en quête de proies pour assouvir ses vices sexuels.

    Ils sont des dizaines de milliers lancés sur les routes de l'Europe,cohortes de guenilles maculées, survivants comme lui, Aimé avance un rouleau de cuir caché dans la doublure de sa veste, il contient des lettres enroulées mémoire des camps, témoin de leurs vies effacées, des mots écrits par des dizaines de mains.

    La grange est fermée du dehors, c'est plein de paille, ça empeste l'essence, ils savent qu'ils vont brûler. Judah, n'a que 15 ans, il a repéré une fracture entre deux planches, Judah récupère un rouleau de cuir sur un corps qui entrave le passage et réussit à échapper au brasier en compagnie d'une jeune femme Fela et de sa petite fille Ava , née dans un camp une bâtarde rejetée, un rejeton de soldat allemand. Une fenêtre qui vole en éclat, des centaines de plombs fendent la boite crânienne de Judah. Fela avec sa jambe gauche menacée de gangrène et Ava reprennent la route avec les précieuses lettres. Les américains, un camion avec une croix rouge, un homme en blouse blanche « putain d'infection, jamais vu une jambe dans cet état. » Eva est maintenant toute seule, dernier maillon d'une chaîne de ceux qui ont transporté le rouleau de cuir.

    Parmi toutes ces lettres, celles écrites dans le camp de concentration de Buchenwald par Richard Friedländer commerçant juif, l'amour absolu et à sens unique d'un père pour sa fille adoptive Magda…

    Sébastien Spitzer nous fait vivre l'intimité des dernières heures d'Hitler enfermé dans son bunker à travers le portrait d'une femme ambitieuse, mariée à Goebbels, l'âme damnée d'Hitler. Toute la famille Goebbels sert la propagande nazie et donne l'image parfaite d'un ménage modèle, avec Hitler comme bon oncle. Elle n'hésitera pas à accomplir l'impensable, empoisonner ses six enfants.

    Avec une écriture réaliste et épurée il alterne la fin du Reich avec la lutte pour la survie des passeurs d'Histoire, dépositaire de la mémoire de l'horreur des camps de concentration. L'auteur dans une Postface éclaire parfaitement son récit entre fiction et réalité. Un premier roman tout à fait remarquable.

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