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Calcaire

Couverture du livre « Calcaire » de Caroline De Mulder aux éditions Actes Sud
  • Date de parution :
  • Editeur : Actes Sud
  • EAN : 9782330073336
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Frank Doornen, militaire en convalescence, parcourt sans relâche les sombres dédales d'une Flandre poisseuse pour retrouver Lies, fille fragile qui semble échouée entre les pattes d'un mafieux local. Le nouveau roman de Caroline De Mulder s'installe dans les décombres d'une société à la marge... Voir plus

Frank Doornen, militaire en convalescence, parcourt sans relâche les sombres dédales d'une Flandre poisseuse pour retrouver Lies, fille fragile qui semble échouée entre les pattes d'un mafieux local. Le nouveau roman de Caroline De Mulder s'installe dans les décombres d'une société à la marge cherchant une issue radicalisée pour survivre. Mais le conte va virer macabre pour ces âmes perdues.

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Avis (3)

  • Quatrième roman pour ma compatriote Caroline de Mulder.

    Un roman noir, très noir je vous préviens de suite. Direction : le nord de la Belgique, Riemst dans le Limbourg pas très loin de Maastricht.

    C'est la région natale du Lieutenant Frank Doornen, 34 ans, il se remet d'un AVC survenu...
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    Quatrième roman pour ma compatriote Caroline de Mulder.

    Un roman noir, très noir je vous préviens de suite. Direction : le nord de la Belgique, Riemst dans le Limbourg pas très loin de Maastricht.

    C'est la région natale du Lieutenant Frank Doornen, 34 ans, il se remet d'un AVC survenu dix-huit mois plus tôt. Suite à sa maladie, il est souvent impulsif, victime d'accès de violence, d'absences aussi.

    Il est à la recherche de Lies dont il est tombé amoureux. Lies c'était aussi Mona lorqu'elle bossait comme prostituée au club Kiss. Lies était aussi une ancienne maîtresse d'Orlandini, un industriel pas très net. C'est le roi du déchet et de leur recyclage.

    Lies logeait à la Villa des Roses appartenant à son ex amant, celle qui s'est effondrée assez étrangement. Il n'en reste rien mais Frank repère un drôle de signe rouge, une sorte de S, un Wolfsangel, emblême d'un parti nationaliste flamand. Il veut en savoir plus.

    C'est de plus en plus étrange car ce n'est pas la seule propriété d'Orlandini à avoir explosé !

    Aidé de Tchip, un as de la récup et de l'informatique, Frank va mener son enquête dans les sous-sols limbourgeois. Il y a en effet un véritable réseau de galeries souterraines, des galeries calcaires s'étendant sur des centaines de kilomètres. Que cachent-elles ? Elles ont servi de cachettes durant la guerre. Ce sous-sol calcaire sera un personnage à part entière du roman, ce sera un élément essentiel du récit.

    J'ai beaucoup apprécié les petits proverbes en néerelandais, la dualité de la langue.

    Des personnages atypiques, très noirs, particuliers. Un univers spécial mais je me suis attachée au personnage de Frank Doornen qui veut à tout prix sauver Lies qui le sauvera peut-être à son tour ?

    Des personnages torturés, cabossés, comme les galeries glauques dans lesquelles nous emmènent Caroline de Mulder avec une plume âpre, dure, puissante qui n'est pas dénuée de poésie. La construction est maîtrisée, de courts chapitres continus, simplement numérotés nous entraînent au plus noir, au plus profond de l'âme humaine. Un sentiment d'angoisse grandit lors de la lecture qui sonne encore plus à voix haute. Une découverte très intéressante que je vous conseille vivement.

    Mais que cache Orlandini et ses proches ? A vous de le lire pour le savoir.

    Ma note : 8.5/10


    Les jolies phrases

    Faut dire qu'ici avec les carrières, tout est construit sur du vide. On marche sur du creux, sur des oeufs, une coquille vide mijn lieutenant, ici c'est pas le ciel qui nous tombera sur la tête, c'est nous qui tomberons la tête en bas.

    La mort des uns est le pain des autres de één zijn dood is de ander zijn brood.

    Il aime les filles soufflées dans du verre, qu'un rien abîme ou brise, les pauvres choses tombées dans de sales griffes, souvent les leurs, leurs propres petits ongles peints d'une couleur agressive, comme s'il pouvait les en tirer, et ce sont des histoires qui ne marchent jamais.

    Les enfants sont de petits animaux vicieux qui en veulent toujours plus, tout en feignant de fuir. Ils feignent de fuir pour mieux se sentir attrapés, blottis, adorés. Ils disent ne pas vous aimer, rien que pour voir si vous les suivrez plus loin, plus vite. Ce sont de petits hommes déjà, avec des manières et des ruses d'homme, pourtant c'est moi qui aurai le dernier mot mon amour.

    Ce n'est pas le pardon qui calme la colère, c'est la justice.

    Tout détruire. Tout nettoyer, tout laver, et c'est comme si cette pluie qui n'arrête pas de tomber allait effacer, L'eau claire passera dessus, sur ce gâchis toute cette saleté, une eau si belle qu'on voit à travers, claire comme les yeux de maman, et qui emportera ça et le reste. Vider, raser les lieux, enterrer. Enterrer profond et quand ça remontera, quand l'ordure remontera, car elle revient toujours à la surface, il sera loin. En attendant, restera que la pureté et la mort. Des enfants lavés sous la pluie. De la pierre rincée.

    La vie est liquide et chaude, la vie est molle, elle s'en va. Il commence déjà à sécher sur ses os et quand la vie l'aura quitté tout à fait, il va devenir raide et aride et rejoindre la pierre, il sera enfin dur comme son coeur, et pur comme la mort

    https://nathavh49.blogspot.be/2017/04/calcaire-caroline-de-mulder.html

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  • « De la petite villa en pierre pâles, il reste quelques murs et un tas. Tas de pierres et de gravats, tas de rien. Broyée la Villa des Roses, à terre, des poutres, des châssis de fenêtres, une cage thoracique défoncée avec toutes ses côtes brisées. La structure de la toiture a tenu, mais elle...
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    « De la petite villa en pierre pâles, il reste quelques murs et un tas. Tas de pierres et de gravats, tas de rien. Broyée la Villa des Roses, à terre, des poutres, des châssis de fenêtres, une cage thoracique défoncée avec toutes ses côtes brisées. La structure de la toiture a tenu, mais elle mord la poussière, comme aspirée dans le sol. Une carcasse pulvérisée. »

    Très noir, Calcaire est un roman surprenant dans lequel le lecteur est happé, saisi, capturé et oppressé dès les premières lignes. Caroline de Mulder ne nous laisse en effet aucun répit en nous plongeant d’emblée dans les sombres et suffocantes abymes belges.

    « Franck Doornen est quelqu’un que l’amour rend généreux. Que l’amour contrarié rend féroce. Assis dans son canapé de cuir, il fume encore, les jambes croisées, les bras derrière la tête sur le dossier. Une fois de plus, il regarde sur son téléphone les photos de la ruine. S’arrête à une image en particulier : celle du signe, tagué au spray de peinture rouge sur un pan de mur. Un S crochu, une barre au milieu. »

    Une femme, Lyes, a disparu brusquement. Un homme, Franck, amoureux transi, se lance à sa recherche. Au travers de ses pérégrinations, il va rencontrer de multiples acteurs, aussi louches, inquiétants que dangereux. Bagarre, hacking, secrets, ordures, … Au centre de tout, gravite un homme d’affaires tout puissant : le fameux Orlandini. Que cache-t-il dans les carrières de calcaire souterraines ?

    « PLUS PROFOND, plus loin encore de la lumière, dans des interstices plus subtils, de minuscules crustacés ressemblent à des larves blanchâtres incrustées à la pierre. Ils ont perdu leurs yeux, ils ne sentent pas grand-chose. Ils vivent à peine. Ils ne bougent pas. Rien ne bouge. Autour d’eux rien ne bouge jamais. »

    Si la nausée est proche, les nombreuses descriptions poétiques nous offrent une bouffée d’oxygène salvatrice. Subtil et remarquable.Il n'empêche, les claustrophobes fuiront certains passages tant leurs descriptions sont réalistes et "expressifs".

    « TOUTES LES FONTAINES du grand abîme se sont rompues et les écluses des cieux se sont ouvertes. La mer était partout. L’eau a mangé le ciel. L’eau a enterré les montagnes. Elle a envahi jusqu’aux roches qui autrefois touchaient les nuages, a pénétré dans chacune de leurs failles, chacun de leurs creux, tout se remplissait, et l’air qui s’y trouvait est remonté. Elle a léché la pierre, et l’a caressée, mordue de ses courants salés. Elle a bercé les charognes, bercé les morts, a nettoyé, blanchi leurs os, d’un blanc lumineux, blanc lumière, sauf que l’obscurité envahie de courants froids, et tout au fond , l’eau était si lourde qu’elle a broyé comme de vulgaires coquillages le squelette des animaux les plus forts. »

    Je ne suis pas fan de ce genre de textes, encore moins de cette atmosphère aussi nauséabonde que malsaine. Dès les premières lignes, je me suis demandé si j’allais aller au bout. La réponse est oui! Et sans aucune difficulté finalement. Je dois reconnaître que les qualités littéraires de cet opus sont nombreuses : le style très rythmé, varié et différent en fonction des chapitres puisqu’adapté à chaque personnage nous pousse à en vouloir en savoir toujours davantage ; Fascinant et addictif.

    « Il marche et marche dans cette sale campagne sèche comme un os. LA lumière lui plie le visage et le fait suer. Sel et eau, il suinte dans ses sucs, baigne dans son propre jus. Pense à Lies, en regardant s’éloigner la voiture. Elle disait qu’elle était morte dedans, en elle tout était éteint. Qu’elle ne sentait plus grand-chose et précisément grâce à ça, elle avait tenu et supporté. Morte dedans, tu veux dire quoi exactement, ma pauvre chérie. Que j’ai renoncé, et elle abîmait les mots avec son accent éraflé, rocailleux, roulant comme des pierres dans l’eau »

    L’écriture superbe, travaillé, poétique et rude, voire vulgaire est clairement pour moi le gros point fort; les personnages aussi atypiques, malsains que complémentaires, sont loin d’être attachants, mais on éprouve de l’empathie pour eux (notamment pour ce liutenant Franck Doornen) ; enfin l’intrigue, originale et bien construite, va crescendo afin de nous garder en haleine tout au long de l’opus.

    « Sans indiscrétion, on va faire comment, luitenant, pour retrouver une malade inconnue dans un hôpital ? C’est un peu comme une fleur dans un pré fleuri, un diamant dans une rivière, ou, pour le cas qui nous concerne, un cadavre dans un charnier, une poussière dans un cimetière – je pourrais continuer comme ça longtemps, c’est mon côté poète. Parce que vous voyez on va avoir du mal à se faire aider, y a le secret médical. Bref, on est pas sortis de cette auberge à grabataires, dernier arrêt avant le terminus. »

    Ce roman marque profondément et longtemps. On est loin du page turner, de la lecture d’été ou du roman de gare. Ne pensez pas être délivré une fois la dernière page tournée, il restera en vous encore un certain temps, vous pouvez me croire. D'autant plus que l'auteur suggère souvent et votre inconscient fait le reste... Fascinant vraiment mais également effrayant quand on y pense.

    Chapeau l’artiste ! Une sacré découverte que je vous incite à faire également. N'hésitez pas à me faire part de votre avis ensuite ici ou ailleurs ;-)

    « j’étais en légitime défense d’amour propre »

    4/5

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  • Une écriture absolument somptueuse pour un livre qui n'oublie pas d'être un polar. Une très bonne surprise !

    Une écriture absolument somptueuse pour un livre qui n'oublie pas d'être un polar. Une très bonne surprise !

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