• Nous faire vivre du côté du lac Baïkal, Sylvain Tesson l’a remarquablement fait avec Dans les forêts de Sibérie mais, en nous emmenant dans ces mêmes contrées, Olivier Rolin propose une autre aventure, un voyage truffé d’observations passionnantes, pertinentes, instructives. Baïkal – Amour est une vraie plongée dans la Russie profonde, lointaine, souvenir de tant de vies sacrifiées. C’est tellement loin de nous que les cartes jalonnant le récit sont précieuses.

    Le transsibérien a permis à Olivier Rolin et à Valéry, son compagnon de voyage, d’arriver jusqu’à Taïchet pour prendre une autre ligne, bien moins connue à l’Occident : le BAM, la Magistrale Baïkal – Amour. À partir de là, les souvenirs du passé vont remonter à la surface et les références à des poètes, des écrivains, des hommes politiques, d’autres grands voyageurs se bousculent.
    Soljenitsyne a parlé de Taïchet mais c’est le poète Anatoli Jigouline qui raconte que, parmi les déportés qu’il découvre en arrivant dans cette ville, il a vu beaucoup de Républicains espagnols. Des destins se sont fracassés dans ce Goulag comme celui de ces 100 000 prisonniers gardés autour de Taïchet pour la construction du BAM.
    En effet, comme le lui dira plus tard, la responsable d’un musée, ce chemin de fer roule sur une quantité infinie d’ossements et le récit le prouve presque à chaque page mais il est important « de ne pas juger avec ce que nous croyons être nos confortables certitudes. »
    À Sinelga, il découvre le site de prospection de l’uranium pour la bombe atomique russe où trois cents chercheurs profitaient du travail de 3 500 zeks regroupés dans des camps. Dans les sous-bois, traînent encore beaucoup d’objets témoignant de l’exploitation d’un site abandonné en 1951.
    « La Sibérie est le pays des fleuves et des rivières » et Olivier Rolin le souligne tout au long de son récit. Ce BAM, projet lancé en 1934 ou 1937, est abandonné puis repris en 1974, sous Brejnev. Il n’était plus question de travail forcé mais les komsomols (jeunesses communistes) venaient travailler pleins d’entrain. Malgré cela, cette ligne ferroviaire de 4 300 km, qui va de Taïchet à Sovietskaïa Gavan a causé le sacrifice de milliers de vies dont le décompte n’a jamais été fait.
    « Ainsi va la vie, cahin-caha, au rythme lent du train, cependant que défilent des paysages désespéramment monotones (mais cette monotonie a sa majesté et sa griserie : ceux qui ne comprennent pas ça n’aimeront jamais la Russie), plaines, hautes collines, forêt, brûlis, marais, rivières. » Olivier arrive enfin au détroit de Tartarie après avoir laissé l’Amour terminer sa course dans une plaine marécageuse.

    L’auteur souligne à de nombreuses reprises l’état de décrépitude des lieux qu’il visite. Certains Russes rencontrés sont nostalgiques des soviets. Il visite aussi l’île de Sakhaline où Tchékhov alla visiter les bagnards en 1890, et termine son périple à Vladivostok.

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