Au coeur de ce pays

Couverture du livre « Au coeur de ce pays » de John Maxwell Coetzee aux éditions Seuil
Résumé:

Une ferme isolée en Afrique du Sud, au coeur du veld. Un père et sa fille y vivent loin de toute civilisation. Murée dans sa laideur et sa virginité, Magda ressent à l'égard de son père, autoritaire et morose, une haine amoureuse nourrie de rêveries et de fantasmes. Lorsque le père met dans... Lire la suite

Une ferme isolée en Afrique du Sud, au coeur du veld. Un père et sa fille y vivent loin de toute civilisation. Murée dans sa laideur et sa virginité, Magda ressent à l'égard de son père, autoritaire et morose, une haine amoureuse nourrie de rêveries et de fantasmes. Lorsque le père met dans son lit la jeune épouse d'Hendrik, le contremaître noir, Magda, en proie à une jalousie délirante, le tue sans tout à fait le vouloir et l'enterre secrètement. Elle tombe alors sous l'emprise d'Hendrik qui la viole et vient la soumettre toutes les nuits, avant de s'enfuir dans la crainte d'être accusé de meurtre. Restée seule, Magda erre dans un étrange pays entre le réel et ses hallucinations. Elle meurt, bras en croix, face au ciel, dans son jardin désertique, hérissé de pierres. Le verbe illuminé de Magda, d'une force poétique qui emporte tout sur son passage, la torpeur étouffante des jours et des nuits, la violence et la peur au centre de ce huis-clos tragique créent un climat auquel il est difficile d'échapper. C'est celui des relations de maître à esclave, des rapports entre Blancs et Noirs. Dans ce premier roman, J. M. Coetzee a su, avec une folle assurance et un oeil infaillible, faire d'une histoire d'amour et de vengeance le miroir de l'expérience coloniale.

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  • 0.25

    Ce livre raconte le quotidien d’une femme, on a peu d’informations générales sur elle, qui vit avec un père qui l’a fait beaucoup souffrir. En effet, son père semble très colérique, voire violent quand son humeur est au plus bas.
    Les informations qu’on sait sur cette femme sont succinctes : on sait qu’elle n’est pas mariée, n’a pas d’enfant, vit dans avec son père, on apprend son prénom seulement à la page 165. Ce peu d’informations est due à la forme du livre ; en effet, ce roman se construit comme un long monologue de la narratrice, qui est parfois coupé par du dialogues avec les autres personnages que je présenterai par la suite.
    Ce monologue reste respirable car Coetzee utilise un procédé qui n’est pas fréquent dans un roman. En effet, le livre se décompose en paragraphes (plus ou moins longs) avec un numéro devant chacun. Cela permet à l’auteur de rendre la pensée de la narratrice plus fragmentaire, de lui faire évoquer des souvenirs plus ou moins récents et de jouer ainsi avec la temporalité.
    C’est assez déconcertant pour le lecteur, car il est face à l’intériorité d’une femme et surtout à un schéma de pensées qui lui est propre. Parfois, j’ai moi-même été perdue car la pensée de cette femme n’est pas toujours très organisée et elle s’imagine parfois différents scénarios car elle-même semble perdue et imagine certains événements auxquels elle n’était pas présente.
    Elle revient plusieurs fois sur le meurtre de son père, avec des scénarios différents. IL faut donc comprendre que cette femme est assez dérangée et son fil de pensées, ses souvenirs et des hypothèses se mélangent. De plus, plus la fin du livre s’approche, on s’aperçoit que certains troubles psychiques et psychologiques apparaissent suite à sa solitude dans le bush sud-africain après le décès de son père et le départ de ses serviteurs.

    Le récit se compose de peu de personnages et reste dans un cercle restreint, celui de la famille. Nous avons donc Magda, notre narratrice, son père, autoritaire et peu loquace, la mère est décédée, mais la narratrice pense beaucoup à elle. Ensuite, viennent les serviteurs : Anna et Jacob, puis Klein-Anna et Hendrik. Des voisins font une petite apparition vers la fin du texte.
    On se trouve dans un huit-clos qui est la propriété de la famille et où toutes les intrigues se jouent entre quatre membres principaux. L’élément déclencheur pour Magda est l’arrivée d’une nouvelle bonne, qui est l’épouse d’Hendrick. Son père décide de « se l’approprier » (j’utilise ce terme assez violent pour caractérise le fait que Anna soit noire et au service du père, qui est blanc et propriétaire, ça ressemble à un droit de cuissage dans une époque non indiquée, car la famille vit dans la propriété et produit ce dont elle a besoin dans cette dernière.

    La tonalité du livre est assez violente tout le long. En effet, Magda (on ne sait pas son âge, mais on présume qu’elle n’est plus en âge de se marier, du moins à une période plus ancienne) se critique énormément et violemment, elle ne s’aime pas et surtout culpabilise de ne pas s’être mariée et d’être toujours vierge. Ce sentiment de culpabilité est présent aussi car sa mère est morte en couches, à sa naissance. De plus, son père ne semblait pas vouloir d’elle.
    Elle s’autocritique en mettant en relief sa laideur, sa maigreur et surtout sa virginité. Elle fait aussi de nombreuses comparaisons à un animal qui serait noir au milieu des animaux blancs.
    La violence apparaît aussi lorsqu’elle décide de s’en prendre physiquement à son père, suite à la relation qu’il entretient avec la bonne. Les descriptions du père blessé ne sont pas très appétissantes je vous l’accorde, mais on sent que Coetzee s’est inspiré de faits réels et naturels. La fin du livre m’a rappelé Psychose d’Hitchcock avec la scène de la mère fossilisée.
    Une autre violence s’ensuit avec la disparition du père et les deux domestiques qui souhaitent extorquer Magda, qui n’a pas d’argent. Hendrick décide de s’approprier son du d’une autre manière très violente pour Magda. Sa réaction est assez étrange d’ailleurs car elle semble être attirée par Hendrick.

    Pour passer à l’écriture, Coetzee nous fait entrer, par le monologue, dans l’intériorité de cette femme, et surtout réussi à retranscrire un fil de pensées. Ce qui n’est pas du tout aisé pour un écrivain masculin de surcroit. Il utilise aussi beaucoup d’images et de figures de style. On trouve ainsi des comparaisons par exemple et des répétitions, types anaphores, qui donnent au monologue une impression assez angoissante plus on se dirige vers la fin du roman.

    Ce roman ne laisse pas indifférent de par son sujet (la violence d’un père envers sa fille) mais aussi par la forme très originale du monologue intérieur.
    Je conseille la lecture de ce livre, malgré parfois le fil de pensées de la narratrice un peu difficile à suivre.

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