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Amour propre

Couverture du livre « Amour propre » de Sylvie Le Bihan aux éditions Lattes
  • Date de parution :
  • Editeur : Lattes
  • EAN : 9782709664134
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Giulia n'a hérité de sa mère que son prénom, italien comme elle, et son amour pour Malaparte. Elle a grandi seule avec son père et avec les livres du grand écrivain. Elle est devenue mère, elle est devenue professeure d'université, spécialiste de Malaparte. Ses enfants ont grandi, ils ont encore... Voir plus

Giulia n'a hérité de sa mère que son prénom, italien comme elle, et son amour pour Malaparte. Elle a grandi seule avec son père et avec les livres du grand écrivain. Elle est devenue mère, elle est devenue professeure d'université, spécialiste de Malaparte. Ses enfants ont grandi, ils ont encore besoin d'elle,  mais c'est elle qui a besoin de vivre sans eux maintenant  : elle ne fuit pas comme sa mère a fui dès sa naissance, elle fuit pour comprendre ce qu'elle a hérité de cette absente, ce qu'elle a légué, elle, mère si présente, à  ses enfants.
Elle répond à l'invitation d'un ami universitaire et part seule à la Villa Malaparte à Capri pour écrire un livre. L'oeuvre du grand écrivain, ce qu'elle lit, découvre de l'auteur dans cette maison mythique, sa solitude, le silence de la maison où sont passés tant d'hommes et de femmes qu'elle admire, tout cela sert sa quête  : quelle mère a-t-elle été, quelle éducation a-t-elle reçu et a-t-elle donné  ? Et une question plus grave et plus essentielle  peut-être  : a-t-elle aimé ses enfants  ? Les aiment-elles tout en regrettant la vie qu'elle aurait pu avoir sans eux  ? Etait-elle faite pour être mère ou est-elle faite comme sa mère pour la liberté, l'absence de responsabilités  ?

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Articles (3)

Avis (16)

  • La sincérité de cette femme me touche vraiment, mère de trois enfants, elle se pose la question de savoir si elle les aime vraiment, ne les ayant qu’à moitié désiré. Grande réflexion sur l’amour maternel que toute femme d’après la société a naturellement. On se retrouve plus ou moins dans...
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    La sincérité de cette femme me touche vraiment, mère de trois enfants, elle se pose la question de savoir si elle les aime vraiment, ne les ayant qu’à moitié désiré. Grande réflexion sur l’amour maternel que toute femme d’après la société a naturellement. On se retrouve plus ou moins dans certaines lignes .Nous découvrons aussi sa vie professionnelle, professeur d’italien à l’université elle nous permet de voyager jusqu’à Capri à la découverte de Curzio Malaparte.
    Un livre très accessible agréable à lire et à lire sans à priori ni jugement.

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  • Dans ce roman nouveau-né, Sylvie Le Bihan s’attaque à un sujet ô combien tabou : l’amour maternel celui qui est supposé être intrinsèquement lié à la féminité, engendrant tout naturellement le désir d’être mère et bien sûr l’épanouissement personnel , total et absolu qui découle de ce rôle. ...
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    Dans ce roman nouveau-né, Sylvie Le Bihan s’attaque à un sujet ô combien tabou : l’amour maternel celui qui est supposé être intrinsèquement lié à la féminité, engendrant tout naturellement le désir d’être mère et bien sûr l’épanouissement personnel , total et absolu qui découle de ce rôle. Un rôle c’est peut—être bien le mot qui pourrait définir le mieux cet habit que la société impose à la femme afin qu’elle reste dans le moule qui est le sien depuis …toujours !

    La narratrice, Guilia, est en apparence une femme heureuse. Mère de trois grands enfants qu’elle a élevés seule, elle enseigne la littérature italienne, et prépare une thèse sur Curzio Malaparte. Bien qu’aimant farouchement ses enfants, elle étouffe dans ce carcan qu’elle n’a pas vraiment choisi, qui lui a été plutôt imposé par une norme sociétale. Un enfant, puis deux, puis trois. Un divorce, et une vie de femme reléguée aux oubliettes. Lorsque le moment d’émancipation de ses deux garçons( et par là-même de la sienne) est retardé, pour cause d’année sabbatique souhaitée par eux, c’est le burn-out.

    « Certaines femmes aiment l’idée d’un couple, mais celle d’une famille les étiole, les effraie Je ne pensai pas fonder une famille, je voulais seulement aimer un homme le temps que ça durerait»

    Face à ce néant qui constitue son quotidien , face à cette nuit qu’est devenue sa propre vie, elle décide de prendre le large et saisissant une opportunité, , elle part à Capri, dans la Casa Malaparte, qui fut le fief de l’écrivain et qui est un personnage à part entière du roman. Ce choix n’est pas anodin, puisqu’il constitue le lien entre Giuilia et sa mère inconnue, cette mère fantôme pour laquelle elle éprouve un mélange de haine et de vénération. En effet, tout ce qui lui reste de cette maman partie alors qu’elle était bébé, c’est un livre de Malaparte.

    Sylvie Le Bihan ose poser les mots sur un thème épineux, et ma foi, elle relève le défi haut la main. L’écriture est tout aussi fluide que puissante, et j’avoue, en toute honnêteté, que je me suis parfois reconnue dans cette lassitude, cet épuisement, cet acharnement à toujours vouloir « bien faire », juste dans le regard d’autrui., à tenter peut-être aussi de transmettre toutes ces choses non reçues.

    Les descriptions – de la Casa Malaparte, des paysages alentour - sont absolument somptueuses, et la méditerranéenne a été totalement séduite par ce souci du détail, cette douce impression d’être face l’immensité des lieux, sous le soleil de Capri.

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  • «Naples, Capri, Malaparte, une histoire de famille. Celle d'une gamine élevée par un homme seul à la tristesse calcifiée après le départ de sa femme, ma mère, disparue un matin d'été et dont le fantôme me frôle encore les nuits d’insomnie. Année après année, j'ai écrit ma propre histoire en...
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    «Naples, Capri, Malaparte, une histoire de famille. Celle d'une gamine élevée par un homme seul à la tristesse calcifiée après le départ de sa femme, ma mère, disparue un matin d'été et dont le fantôme me frôle encore les nuits d’insomnie. Année après année, j'ai écrit ma propre histoire en enfilant maladroitement les quelques phrases qui s'échappaient de la bouche de mon père, un homme trop discret. Des petites perles, secrets volés d'une enfance sans mère dont je n'avais retrouvé que deux photos jaunies, glissées entre les pages du seul livre qu'elle avait laissé derrière elle, La Peau de Curzio Malaparte, un trésor que je chérissais et que je détestais à la fois.» Aujourd’hui Giulia panse ses plaies. Elle peut se retourner sur son enfance et adolescence «construite auprès d’un fantôme», ce père qui ne s’est jamais vraiment remis du départ de son épouse. Elle peut revenir sur son mariage avec l’homme qui aurait dû la convaincre «qu’on pouvait rester», mais qui avait fini par fuir lui aussi. Elle peut comprendre qu’après le divorce, elle a ressenti cette obligation d’assurer un avenir à sa progéniture. Mais maintenant que les enfants sont grands, elle n’aspire qu’à une chose, un peu de liberté.
    Aussi, malgré l’avertissement de son père qui estime que Alex, Thomas et Antoine ont encore besoin d’elle, elle part pour Capri où elle a la chance de découvrir un endroit exceptionnel, la villa Malaparte, l’endroit où a vécu cet écrivain qui l’a accompagné depuis le départ de sa mère et dont elle entend approfondir la vie et l’œuvre.
    Si Gianluca et Nina, le couple de gardiens des lieux, lui réservent un accueil plutôt froid – elle dérange leur quiétude – le charme des lieux opère. Mais il lui faut apprendre à apprivoiser ce grand vaisseau pointé vers l’océan: «Depuis mon arrivée sur l’île je n’avais pas écrit une ligne, je me perdais dans un dédale de recherches en découvrant chaque jour un trésor sur les rayonnages de la bibliothèque de la maison. Un nouvel ouvrage, une photo ou une lettre inédite qui me fascinaient au point que les multiples flèches et ratures sur mes notes transformaient le plan de mon livre en une treille couverte de ramifications désordonnées, semblables au parcours de la vigne sur les murs du village.»
    Comme souvent, une rencontre va permettre le déclic. Massimo Luglio, qui a organisé son séjour, lui a transmis les coordonnées de Maria, «une femme proche des propriétaires, en charge des écrits non publiés de Malaparte et de la conservation de la maison.» Avec elle, elle va non seulement parler littérature, mais aussi faire le bilan d’une vie, réfléchir à son rôle. Sans fards, sans tabou.
    «Il y a dans la vie un temps pour agir, par instinct, par volonté, par hasard ou par devoir, un temps déterminé pour chaque palier, ensuite arrive celui de réfléchir, de revenir sur ce qu'on a fait, d'analyser froidement ce qu'on a réussi ou raté et, si c'était à refaire et malgré l'amour que je porte à mes enfants, je pense honnêtement que je ferais tout différemment, sans eux.»
    Sylvie Le Bihan réussit avec beaucoup de finesse à lier les deux quêtes. Quand elle parle de Malaparte, n’est-ce pas aussi de Giulia? Quand, par exemple, elle affirme que c’est «l’insolente sincérité» de l’écrivain qui dérange, ne parle-t-elle pas de cette femme bien décidée à regarder la vérité en face? De même lorsque Maria lui explique qu’il s’efforçait continuellement d’être et non de paraître, on comprend que Giulia aspire aussi à ce droit.
    Ce séjour italien, on l’a compris, est bien davantage qu’une parenthèse dans sa vie. Sans en dévoiler l’épilogue, on peut affirmer qu’une femme bien différente repartira de cet endroit qu’elle nous donne envie d’aller découvrir séance tenante.
    https://collectiondelivres.wordpress.com/2019/04/10/amour-propre/

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  • L’héroïne de « Amour propre » part en direction de Capri, pour écrire un livre sur son auteur préféré. Mais cet éloignement de la vie quotidienne est surtout une manière pour elle de prendre du recul et de réfléchir à sa condition.

    Un personnage le dit bien : « Il y plusieurs sortes de...
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    L’héroïne de « Amour propre » part en direction de Capri, pour écrire un livre sur son auteur préféré. Mais cet éloignement de la vie quotidienne est surtout une manière pour elle de prendre du recul et de réfléchir à sa condition.

    Un personnage le dit bien : « Il y plusieurs sortes de femmes, celles qui ne peuvent pas avoir d’enfants, celles qui n’ont jamais voulu en avoir, celles qui se réalisent en ayant des enfants, celles qui fuient, celles qui assument et qui regrettent ». Giulia fait partie de la dernière catégorie. Elle sent qu’elle n’a jamais été faite pour être mère. Malgré l’amour qu’elle leur porte, elle remet en question l’éducation qu’elle a donnée à ses fils, la manière dont elle a géré les conflits, les rêves, les doutes… Alors qu’ils viennent d’atteindre l’âge de la maturité, elle espère juste qu’ils partent vite de la maison pour qu’elle puisse retrouver sa vie de femme.

    Plus globalement, elle regrette le choix et le moment de sa grossesse. Lorsqu’elle est devenue mère, elle a eu l’impression d’avoir perdu sa liberté et surtout d’être passée à côté de sa vie personnelle. Elle se reproche aussi d’avoir été un mouton et d’avoir fait ce que la société avait décidé pour elle. Devant la bien-pensance et les usages, elle a abdiqué. Elle a renié ses envies et ses ambitions afin de plaire au plus grand nombre.

    Sylvie Le Bihan nous offre un roman tellement honnête qu’il en devient touchant. La sincérité exacerbée du personnage permet d’ouvrir les yeux sur la position des femmes dans notre société, souvent cantonnées à leur rôle premier. Grâce à un scénario efficace, l’autrice nous emporte dans une histoire romanesque qui, sous ses airs de quête d’identité, est une réflexion sur la maternité et l’amour filial. De plus, elle m’a rassuré sur l’image que j’avais des mamans. Je les imaginais toujours telles des machines, programmées pour leur mission. Je constate, avec joie, qu’elles sont aussi des êtres humains, avec leurs faiblesses et leurs désirs. Même si je ne les comprends toujours pas (qui le pourrait ?), je remercie Sylvie Le Bihan pour ce grand texte plein de vérité, authentique et émouvant !

    http://leslivresdek79.com/2019/04/08/448-sylvie-le-bihan-amour-propre/

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  • Mère de trois adolescents qu’elle élève seule depuis presque dix ans, Guilia a toujours tout fait pour eux. Travailler et être mère en même temps comme tant d’autres femmes sans se plaindre ou sans rechigner. Il aura fallu que ses cadets décident de se prendre une année sabbatique avant...
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    Mère de trois adolescents qu’elle élève seule depuis presque dix ans, Guilia a toujours tout fait pour eux. Travailler et être mère en même temps comme tant d’autres femmes sans se plaindre ou sans rechigner. Il aura fallu que ses cadets décident de se prendre une année sabbatique avant d’entamer leurs études supérieures pour que la goutte d’eau fasse déborder le vase. Cette professeure d’italien dont la mère a déserté il y a fort longtemps sait toute l’importance d’une présence maternelle. Elle part sur les traces de l’écrivain Malaparte à Capri, un auteur controversé dont elle admire l’œuvre et qui se révèle un lien entre elle et sa mère.

    Guilia devrait être absorbée par ses recherches mais la fracture a eu lieu laissant place à ses interrogations et à toute l’ambivalence de ses sentiments. Elle aime ses enfants et cependant elle veut retrouver le temps de vivre pour elle en tant que femme. Emprisonnée dans les carcans sociétaux liés à la maternité, elle a la franchise envers elle-même d’arrêter de se mentir ou de continuer à faire comme si. Sans ambages, Sylvie le Bihan offre des réflexions sur la maternité bien loin de celles que l’on peut lire habituellement et qui riment avec épanouissement. Et ce roman risque de faire grincer des dents car il aborde un sujet pas facile, complexe et tabou. Peut-on être mère et le regretter ou avoir ce sentiment profond de ne pas être à la hauteur ?

    Il aurait été facile d’esquinter les normes en envoyant tout valdinguer mais Sylvie Le Bihan à travers Giulia émaille ses propos d’exemples criants de vérité. Elle nous questionne et on la suit. On prend le temps de se regarder dans le miroir et d’être sincère avec soi-même. Sans se piétiner, les quêtes entamées par Giuila consciemment ou non se complètent.
    Sans imposer quoi que ce soit mais avec ce souci de la différence et de la tolérance, chacun puisera dans ce livre qui une fenêtre ouverte sur nous-mêmes et sur les autre.
    Il y a une belle poésie qui épouse Capri pour nous parler de ce lieu mais aussi une écriture qui résonne, interpelle à l’image de ce roman très fort.

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  • Un récit puissant qui touche en plein cœur, abordant sans tabou le thème de la maternité.

    Gulia est une quinqua, professeure d’université, mère de trois enfants qu’elle a élevée seule.
    Elle-même était fille unique, elle a grandi avec son père, après le départ de sa mère lorsqu’elle avait...
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    Un récit puissant qui touche en plein cœur, abordant sans tabou le thème de la maternité.

    Gulia est une quinqua, professeure d’université, mère de trois enfants qu’elle a élevée seule.
    Elle-même était fille unique, elle a grandi avec son père, après le départ de sa mère lorsqu’elle avait huit mois. Le seul souvenir qui lui reste de sa mère est ce livre qu’elle a laissé en partant « La peau » de Curzio MALPARTE, son écrivain préféré.

    C’est donc tout naturellement que Gulia s’est intéressée à cet écrivain, reporter de guerre qui a couvert notamment l’arrivée des alliés à Naples en 1943. Elle conçoit alors le projet d’écrire un livre sur Malaparte.

    Gulia est à un moment de sa vie où ses enfants ont grandi et où elle espère naturellement reconquérir sa liberté. Elle voue un profond amour à ses enfants mais ne comprend pas toujours leurs choix. Elle leur a consacré son temps, son énergie, elle ne veut pas pour autant être une « mère sacrificielle » et rêve enfin de s’accorder du temps pour elle.
    .
    Comment faire cohabiter la petite fille abandonnée, la mère qu’elle est devenue, la femme qu’elle veut être ?

    Sur les conseils d’un ami et afin de mener à bien son projet d’écriture, Gulia s’accorde un moment de liberté. Elle se rend seule à Capri et séjourne dans l’ancienne maison de Malaparte pour s’imprégner de lui, relire les carnets qu’il a laissé.

    Elle mène alors sa quête dans ce lieu enchanteur.

    Ce séjour la conduit aussi à une quête sur elle-même, à se questionner, s’interroger sur la maternité – choix ou injonction de la société ?
    Et pourtant ses enfants lui manquent, sa mère lui a manqué. Elle a fait d’elle « une pouilleuse une mendiante dont la faim d’amour est masquée par l’existence de la femme libre ».
    Les douleurs, les chagrins refont surface, une renaissance nécessaire dont elle ne peut que revenir transformée et plus forte.

    J’ai littéralement été subjuguée par ce livre, le texte est sublime, je crois qu’il peut avoir un écho en chacune d’entre nous, émouvant, parfaitement lucide et très abouti.

    La couverture aussi est splendide.

    Lu en version numérique et déjà acheté pour le feuilleter, relire certains passages et l’offrir.

    Merci à #netgalleyfrance# et aux #editionsJC Lattes#

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  • "Aimer est un sentiment profondément égoïste, car ce n'est que lorsqu'on se retrouve dans l'autre, en terrain connu, en osmose avec nos valeurs, que l'on peut aimer et cela nécessite une forte dose d'intégrité, même avec ses enfants. C'est pourquoi j'ai toujours privilégié l'amour "propre",...
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    "Aimer est un sentiment profondément égoïste, car ce n'est que lorsqu'on se retrouve dans l'autre, en terrain connu, en osmose avec nos valeurs, que l'on peut aimer et cela nécessite une forte dose d'intégrité, même avec ses enfants. C'est pourquoi j'ai toujours privilégié l'amour "propre", vierge de tout lien de sang, celui qui impose le recul nécessaire à l'objectivité, à l'appréciation des autres seulement pour ce qu'ils font de ceux qu'ils sont".

    Sujet casse-gueule, m'avait dit l'auteure avec appréhension avant de m'envoyer son dernier roman. Ça tombe bien, moi, les sujets courageux, j'aime ça. Et quand ça touche à la maternité, sujet féminin par excellence mais sujet souvent contraint par une certaine norme sociale, ça m'interpelle. La norme. Les codes. Les schémas que l'on se doit de répéter sous peine d'être montré du doigt, voilà qui me hérisse le poil. Alors, ce roman qui avance sans fard, ose poser au grand jour des questions "honteuses" ou "scandaleuses" selon les jugements, ce roman m'apparait comme salutaire, jouissif et Ô combien utile.

    D'abord parce qu'il envoie bouler la langue de bois, le consensus selon lequel la maternité serait la plus belle chose au monde, épanouissante, indispensable à la réalisation d'une femme. Ensuite parce que jamais il ne remet en question l'amour qu'une mère porte à ses enfants. Il s'agit plus de statut, de parcours personnel, de sensation contrainte, et surtout d’ambiguïté. Car, non, la maternité ne coule pas de source, contrairement aux images d'Epinal. Oui, une femme peut souffrir d'être engluée dans un rôle de mère qu'elle n'a pas réellement choisi, dans lequel elle s'est engagée en se laissant simplement glisser sur une pente tracée par d'autres.

    C'est la situation dans laquelle se trouve Giulia, qui n'attend qu'une chose : que ses trois grands enfants quittent le nid afin qu'elle puisse enfin se réapproprier sa vie. Elle les a élevés quasiment seule, a mené en parallèle une belle carrière universitaire. Professeur d'italien, la langue de sa mère, Laura, qui n'a pourtant que très peu vécu avec elle. Envolée un beau jour en confiant la petite Giulia aux bons soins de François, son père. Laura avait une passion pour Curzio Malaparte ; Giulia prépare un livre sur lui et s'apprête à séjourner dans la fameuse Villa Malaparte sur l'île de Capri. Au moment de son départ, elle est en froid avec ses deux fils dont les choix la heurtent et la renvoient aux questions sur l'éducation qu'elle s'est attachée à leur donner, sur son "investissement" en quelque sorte. Cette vie qu'elle leur a dédié, ce temps qu'elle aurait peut-être pu consacrer à autre chose...

    "Il n'existe pas qu'une façon d'envisager sa maternité, il y en a des milliers. On y apporte son enfance, ce sac à dos bien lourd parfois, on y ajoute ses espoirs et ses projets avant d'être confrontée à ce qui est".

    D'une île à l'autre. De Capri à Belle-Ile où vit François, l'ancrage familial. D'un anticonformisme à l'autre. Malaparte, écrivain et reporter controversé, complexe, multiple mais qui a imposé son parcours, suivi son instinct. Laura qui a choisi la liberté, une autre forme de liberté, loin des contraintes du lien maternel. Le cheminement de Giulia passe par ces deux bans de terre cernés par la mer, avec cette sensation d'être coupé du monde. Elle n'a pas choisi la fuite, mais l'attente. Ou plutôt les attentes.

    Si ce roman est une réussite, c'est parce qu'il saisit parfaitement la complexité de sa thématique, rejetant toute affirmation péremptoire ou opinion prémâchée. Avec la question de la maternité se pose celle de la famille, de ce qui la constitue, ce qu'on en attend, ce que l'on doit aux membres qui la composent. Nul doute que ce livre fera écho aux parcours et aux doutes de nombreuses femmes, quel que soit leur âge et leur situation. Il donne aussi une furieuse envie d'aller explorer l’œuvre de Malaparte (personnage croisé récemment dans Eugenia de Lionel Duroy) et bien sûr de filer à Capri.

    La force du propos ne serait rien sans l'efficacité du style, à la fois sobre, imagé et précis, acéré quand il le faut, et soudain plus rond, plus souple, un temps alangui pour mieux repartir à l'assaut.

    Casse-gueule ? Peut-être, mais avec beaucoup de classe.

    "Pour moi, juger c'est nier l'intime, c'est oublier l'intention, qu'elle soit poétique ou cruelle, c'est refuser le paradoxe humain, les glissements et les dérapages qui forcent l'équilibre, c'est effacer les courbes, les esquisses de liens ténus entre fantasmes et réalités".

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  • http://leslivresdejoelle.blogspot.com/2019/03/amour-propre-de-sylvie-le-bihan.html

    Giulia, quarante-six ans, est professeur de littérature italienne à la Sorbonne, spécialiste de l'écrivain Curzio Malaparte. Fille unique, elle a été élevée par un père taiseux après le départ de sa mère Laura...
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    http://leslivresdejoelle.blogspot.com/2019/03/amour-propre-de-sylvie-le-bihan.html

    Giulia, quarante-six ans, est professeur de littérature italienne à la Sorbonne, spécialiste de l'écrivain Curzio Malaparte. Fille unique, elle a été élevée par un père taiseux après le départ de sa mère Laura alors qu'elle n'avait que huit mois. Laura est partie en laissant à sa fille un livre de Malaparte, son écrivain préféré. Son père a vécu toute sa vie avec le fantôme de Laura sans jamais refaire sa vie et Giulia n'a jamais su pourquoi elle l'avait quittée ni ce qu'elle était devenue.

    Giulia a elle-même trois enfants qu'elle a élevés seule. Elle pense que leur départ prochain va lui offrir la liberté de vivre sa vie de femme, elle pense qu'elle va enfin passer à autre chose après avoir donné le maximum pour eux.

    Giulia répond à l'invitation d'un ami universitaire et part seule à Capri pour écrire un livre sur Malaparte, cet écrivain qui la passionne comme il passionnait sa mère Laura. Il lui est proposé de s'installer dans la maison refuge de l'écrivain, la Villa Malaparte à Capri, elle pourra ainsi s'imprégner de l'esprit de Curzio dans la maison qu'il a bâtie et où il a vécu mais n'est-elle pas aussi et surtout à la recherche de sa mère? elle qui se dit " Je suis là pour oublier la mère et renouer avec la femme"

    Sylvie Le Bihan aborde dans ce roman un sujet tabou en mettant en scène une mère et ses doutes face à la maternité, une mère qui a conscience d'avoir enfanté sous la pression sociale, qui analyse ses déceptions dans l'expérience de la maternité malgré l'amour inconditionnel qu'elle porte à ses enfants, une mère qui parvient à se dire " j'ai eu des enfants et je le regrette". Elle pense aux années où elle a dû s'oublier, à sa liberté sacrifiée, à sa solitude acceptée par contrainte, à la pression qu'elle s'est mise pour être une mère parfaite, à son angoisse de ne pas être à la hauteur, au sentiment d'échec qu'elle ressent face à certains des choix de ses enfants et s'interroge : cela fait-il d'elle une mère indigne comme la sienne qui a rapidement compris qu'elle n'était faite pour être mère?
    Au travers de l'introspection de Giulia, Sylvie Le Bihan ose questionner la maternité et soulève des questions qui dérangent et qui font énormément réfléchir. Dans la solitude de son séjour à Capri, Giulia va éprouver des sentiments paradoxaux car ses enfants lui manquent, elle va repenser à l'éducation libérale qu'elle a tenté de donner à ses enfants, à sa fille qu'elle a éduquée en "amazone" alors qu'elle a élevé ses fils dans la douceur. Elle va se poser des questions essentielles : a-t-elle aimé ses enfants ? Les aiment-elles tout en regrettant la vie qu'elle aurait pu avoir sans eux ? Était-elle faite pour être mère?
    Une histoire de quête identitaire, une héroïne forte mais assaillie de doutes, des personnages secondaires riches, le mythe de la grossesse merveilleuse et de la plénitude de la maternité démolis, un lieu terriblement envoûtant, une maison mythique qui sont des personnages à part entière, un Malaparte controversé et énigmatique, la rencontre à Capri d'une Maria pleine de sagesse, une incursion dans une autre île, bretonne cette fois, une réflexion profonde sur la maternité, une écriture d'une grande limpidité, l'art du retournement final font de ce texte un roman très fort à lire avec la distance nécessaire pour comprendre la voix discordante de Sylvie Le Bihan dans un monde où les mères sont sous pression.
    Un sujet audacieux parfaitement maitrisé, un roman dérangeant comme je les aime !
    A noter la couverture très réussie : une vue sur les roches des Fariglioni d'une fenêtre de la Casa Malaparte.

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