Amour propre

Couverture du livre « Amour propre » de Sylvie Le Bihan aux éditions Lattes
  • Date de parution :
  • Editeur : Lattes
  • EAN : 9782709664134
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

Giulia n'a hérité de sa mère que son prénom, italien comme elle, et son amour pour Malaparte. Elle a grandi seule avec son père et avec les livres du grand écrivain. Elle est devenue mère, elle est devenue professeure d'université, spécialiste de Malaparte. Ses enfants ont grandi, ils ont encore... Voir plus

Giulia n'a hérité de sa mère que son prénom, italien comme elle, et son amour pour Malaparte. Elle a grandi seule avec son père et avec les livres du grand écrivain. Elle est devenue mère, elle est devenue professeure d'université, spécialiste de Malaparte. Ses enfants ont grandi, ils ont encore besoin d'elle,  mais c'est elle qui a besoin de vivre sans eux maintenant  : elle ne fuit pas comme sa mère a fui dès sa naissance, elle fuit pour comprendre ce qu'elle a hérité de cette absente, ce qu'elle a légué, elle, mère si présente, à  ses enfants.
Elle répond à l'invitation d'un ami universitaire et part seule à la Villa Malaparte à Capri pour écrire un livre. L'oeuvre du grand écrivain, ce qu'elle lit, découvre de l'auteur dans cette maison mythique, sa solitude, le silence de la maison où sont passés tant d'hommes et de femmes qu'elle admire, tout cela sert sa quête  : quelle mère a-t-elle été, quelle éducation a-t-elle reçu et a-t-elle donné  ? Et une question plus grave et plus essentielle  peut-être  : a-t-elle aimé ses enfants  ? Les aiment-elles tout en regrettant la vie qu'elle aurait pu avoir sans eux  ? Etait-elle faite pour être mère ou est-elle faite comme sa mère pour la liberté, l'absence de responsabilités  ?

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  • "Aimer est un sentiment profondément égoïste, car ce n'est que lorsqu'on se retrouve dans l'autre, en terrain connu, en osmose avec nos valeurs, que l'on peut aimer et cela nécessite une forte dose d'intégrité, même avec ses enfants. C'est pourquoi j'ai toujours privilégié l'amour "propre",...
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    "Aimer est un sentiment profondément égoïste, car ce n'est que lorsqu'on se retrouve dans l'autre, en terrain connu, en osmose avec nos valeurs, que l'on peut aimer et cela nécessite une forte dose d'intégrité, même avec ses enfants. C'est pourquoi j'ai toujours privilégié l'amour "propre", vierge de tout lien de sang, celui qui impose le recul nécessaire à l'objectivité, à l'appréciation des autres seulement pour ce qu'ils font de ceux qu'ils sont".

    Sujet casse-gueule, m'avait dit l'auteure avec appréhension avant de m'envoyer son dernier roman. Ça tombe bien, moi, les sujets courageux, j'aime ça. Et quand ça touche à la maternité, sujet féminin par excellence mais sujet souvent contraint par une certaine norme sociale, ça m'interpelle. La norme. Les codes. Les schémas que l'on se doit de répéter sous peine d'être montré du doigt, voilà qui me hérisse le poil. Alors, ce roman qui avance sans fard, ose poser au grand jour des questions "honteuses" ou "scandaleuses" selon les jugements, ce roman m'apparait comme salutaire, jouissif et Ô combien utile.

    D'abord parce qu'il envoie bouler la langue de bois, le consensus selon lequel la maternité serait la plus belle chose au monde, épanouissante, indispensable à la réalisation d'une femme. Ensuite parce que jamais il ne remet en question l'amour qu'une mère porte à ses enfants. Il s'agit plus de statut, de parcours personnel, de sensation contrainte, et surtout d’ambiguïté. Car, non, la maternité ne coule pas de source, contrairement aux images d'Epinal. Oui, une femme peut souffrir d'être engluée dans un rôle de mère qu'elle n'a pas réellement choisi, dans lequel elle s'est engagée en se laissant simplement glisser sur une pente tracée par d'autres.

    C'est la situation dans laquelle se trouve Giulia, qui n'attend qu'une chose : que ses trois grands enfants quittent le nid afin qu'elle puisse enfin se réapproprier sa vie. Elle les a élevés quasiment seule, a mené en parallèle une belle carrière universitaire. Professeur d'italien, la langue de sa mère, Laura, qui n'a pourtant que très peu vécu avec elle. Envolée un beau jour en confiant la petite Giulia aux bons soins de François, son père. Laura avait une passion pour Curzio Malaparte ; Giulia prépare un livre sur lui et s'apprête à séjourner dans la fameuse Villa Malaparte sur l'île de Capri. Au moment de son départ, elle est en froid avec ses deux fils dont les choix la heurtent et la renvoient aux questions sur l'éducation qu'elle s'est attachée à leur donner, sur son "investissement" en quelque sorte. Cette vie qu'elle leur a dédié, ce temps qu'elle aurait peut-être pu consacrer à autre chose...

    "Il n'existe pas qu'une façon d'envisager sa maternité, il y en a des milliers. On y apporte son enfance, ce sac à dos bien lourd parfois, on y ajoute ses espoirs et ses projets avant d'être confrontée à ce qui est".

    D'une île à l'autre. De Capri à Belle-Ile où vit François, l'ancrage familial. D'un anticonformisme à l'autre. Malaparte, écrivain et reporter controversé, complexe, multiple mais qui a imposé son parcours, suivi son instinct. Laura qui a choisi la liberté, une autre forme de liberté, loin des contraintes du lien maternel. Le cheminement de Giulia passe par ces deux bans de terre cernés par la mer, avec cette sensation d'être coupé du monde. Elle n'a pas choisi la fuite, mais l'attente. Ou plutôt les attentes.

    Si ce roman est une réussite, c'est parce qu'il saisit parfaitement la complexité de sa thématique, rejetant toute affirmation péremptoire ou opinion prémâchée. Avec la question de la maternité se pose celle de la famille, de ce qui la constitue, ce qu'on en attend, ce que l'on doit aux membres qui la composent. Nul doute que ce livre fera écho aux parcours et aux doutes de nombreuses femmes, quel que soit leur âge et leur situation. Il donne aussi une furieuse envie d'aller explorer l’œuvre de Malaparte (personnage croisé récemment dans Eugenia de Lionel Duroy) et bien sûr de filer à Capri.

    La force du propos ne serait rien sans l'efficacité du style, à la fois sobre, imagé et précis, acéré quand il le faut, et soudain plus rond, plus souple, un temps alangui pour mieux repartir à l'assaut.

    Casse-gueule ? Peut-être, mais avec beaucoup de classe.

    "Pour moi, juger c'est nier l'intime, c'est oublier l'intention, qu'elle soit poétique ou cruelle, c'est refuser le paradoxe humain, les glissements et les dérapages qui forcent l'équilibre, c'est effacer les courbes, les esquisses de liens ténus entre fantasmes et réalités".

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  • http://leslivresdejoelle.blogspot.com/2019/03/amour-propre-de-sylvie-le-bihan.html

    Giulia, quarante-six ans, est professeur de littérature italienne à la Sorbonne, spécialiste de l'écrivain Curzio Malaparte. Fille unique, elle a été élevée par un père taiseux après le départ de sa mère Laura...
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    http://leslivresdejoelle.blogspot.com/2019/03/amour-propre-de-sylvie-le-bihan.html

    Giulia, quarante-six ans, est professeur de littérature italienne à la Sorbonne, spécialiste de l'écrivain Curzio Malaparte. Fille unique, elle a été élevée par un père taiseux après le départ de sa mère Laura alors qu'elle n'avait que huit mois. Laura est partie en laissant à sa fille un livre de Malaparte, son écrivain préféré. Son père a vécu toute sa vie avec le fantôme de Laura sans jamais refaire sa vie et Giulia n'a jamais su pourquoi elle l'avait quittée ni ce qu'elle était devenue.

    Giulia a elle-même trois enfants qu'elle a élevés seule. Elle pense que leur départ prochain va lui offrir la liberté de vivre sa vie de femme, elle pense qu'elle va enfin passer à autre chose après avoir donné le maximum pour eux.

    Giulia répond à l'invitation d'un ami universitaire et part seule à Capri pour écrire un livre sur Malaparte, cet écrivain qui la passionne comme il passionnait sa mère Laura. Il lui est proposé de s'installer dans la maison refuge de l'écrivain, la Villa Malaparte à Capri, elle pourra ainsi s'imprégner de l'esprit de Curzio dans la maison qu'il a bâtie et où il a vécu mais n'est-elle pas aussi et surtout à la recherche de sa mère? elle qui se dit " Je suis là pour oublier la mère et renouer avec la femme"

    Sylvie Le Bihan aborde dans ce roman un sujet tabou en mettant en scène une mère et ses doutes face à la maternité, une mère qui a conscience d'avoir enfanté sous la pression sociale, qui analyse ses déceptions dans l'expérience de la maternité malgré l'amour inconditionnel qu'elle porte à ses enfants, une mère qui parvient à se dire " j'ai eu des enfants et je le regrette". Elle pense aux années où elle a dû s'oublier, à sa liberté sacrifiée, à sa solitude acceptée par contrainte, à la pression qu'elle s'est mise pour être une mère parfaite, à son angoisse de ne pas être à la hauteur, au sentiment d'échec qu'elle ressent face à certains des choix de ses enfants et s'interroge : cela fait-il d'elle une mère indigne comme la sienne qui a rapidement compris qu'elle n'était faite pour être mère?
    Au travers de l'introspection de Giulia, Sylvie Le Bihan ose questionner la maternité et soulève des questions qui dérangent et qui font énormément réfléchir. Dans la solitude de son séjour à Capri, Giulia va éprouver des sentiments paradoxaux car ses enfants lui manquent, elle va repenser à l'éducation libérale qu'elle a tenté de donner à ses enfants, à sa fille qu'elle a éduquée en "amazone" alors qu'elle a élevé ses fils dans la douceur. Elle va se poser des questions essentielles : a-t-elle aimé ses enfants ? Les aiment-elles tout en regrettant la vie qu'elle aurait pu avoir sans eux ? Était-elle faite pour être mère?
    Une histoire de quête identitaire, une héroïne forte mais assaillie de doutes, des personnages secondaires riches, le mythe de la grossesse merveilleuse et de la plénitude de la maternité démolis, un lieu terriblement envoûtant, une maison mythique qui sont des personnages à part entière, un Malaparte controversé et énigmatique, la rencontre à Capri d'une Maria pleine de sagesse, une incursion dans une autre île, bretonne cette fois, une réflexion profonde sur la maternité, une écriture d'une grande limpidité, l'art du retournement final font de ce texte un roman très fort à lire avec la distance nécessaire pour comprendre la voix discordante de Sylvie Le Bihan dans un monde où les mères sont sous pression.
    Un sujet audacieux parfaitement maitrisé, un roman dérangeant comme je les aime !
    A noter la couverture très réussie : une vue sur les roches des Fariglioni d'une fenêtre de la Casa Malaparte.

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