À vif

Couverture du livre « À vif » de Kery James aux éditions Editions Actes Sud
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  • Genre : Poésie Théâtre
  • Thème : Théâtre
  • Prix littéraire(s) : (non disponible)
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  • n texte puissant, qui secoue les clichés et qui interpelle le lecteur sur la responsabilité de l'état  et des citoyens des banlieues sur leur condition. C'est écrit avec intelligence, sans compromis, une réflexion nourrie et crue qui ne peut laisser personne indifférent. La plume de Kery James...
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    n texte puissant, qui secoue les clichés et qui interpelle le lecteur sur la responsabilité de l'état  et des citoyens des banlieues sur leur condition. C'est écrit avec intelligence, sans compromis, une réflexion nourrie et crue qui ne peut laisser personne indifférent. La plume de Kery James que je connaissais comme rappeur est émouvante, touchante, remuante. Il a l'art de me toucher et de m'émouvoir, la force de toucher là où il faut, de traiter les sujets qui divisent avec une classe rare.

    Ce texte est court, 48 pages mais tout y est, tout est à sa place, je ne changerais pas une virgule. Je l'ai lu d'une traite et j'en redemandais encore. Je l'ai fini il y a déjà deux semaines et il me trotte encore dans la tête et j'ai envie qu'un maximum de personnes le lisent, je le conseille dès que je peux. J'aime le fait de tordre le cou à tout les à priori et les certitudes de certains sur les banlieues et particulièrement sur les jeunes de ces banlieues. Il y a carrément des passages du livre que j'ai déjà pensé, dit avec d'autres mots, notamment sur les talents incroyables que l'on trouve dans les cités, les jeunes qui réussissent alors qu'ils en sont issus. De manière plus personnelle, je le vis au quotidien, mes enfants ayant grandi en banlieue,  se sont vus conseillés de ne pas tenter des grandes études, on leur a fait comprendre que vu leur adresse c'était déjà joué d'avance. Ils se sont battus et ont eu leur bac avec mention et l'un fait Khâgne et l'autre une Licence d'anglais en commerce international. Je suis fière d'eux car ils n'ont pas cédés, ils n'ont pas acceptés que l'on décide pour eux. Parenthèse fermée, revenons au texte, c'est très bien écrit et  c'est très malin de l'avoir fait sous forme de plaidoirie, cela donne un rythme, on  s'imagine même le ton, les attitudes des deux protagonistes. L'un va défendre l'état et l'autre les citoyens.

    Une joute verbale de haut niveau, des mots qui ont du sens, une parole envoûtante, un beau texte et un sujet traité avec brio, Un thème: «L'État est-il seul responsable de la situation actuelle des banlieues?» ! j'ai adoré ! Il réussi à ne pas être redondant, blasant. On retrouve en plus Lettre à la République que j'adore et que je ne résiste pas à vous faire partager.

    A tous ces racistes à la tolérance hypocrite
    Qui ont bâti leur nation sur le sang
    Maintenant s'érigent en donneurs de leçons
    Pilleurs de richesses, tueurs d'africains
    Colonisateurs, tortionnaires d'algériens
    Ce passé colonial c'est le vôtre
    C'est vous qui avez choisi de lier votre histoire à la nôtre
    Maintenant vous devez assumer
    L'odeur du sang vous poursuit même si vous vous parfumez
    Nous les Arabes et les Noirs
    On est pas là par hasard
    Toute arrivée a son départ !
    Vous avez souhaité l'immigration
    Grace à elle vous vous êtes gavés, jusqu'à l'indigestion
    Je crois que la France n'a jamais fait la charité
    Les immigrés c'n'est que la main d'oeuvre bon marché
    Gardez pour vous votre illusion républicaine
    De la douce France bafouée par l'immigration africaine
    Demandez aux tirailleurs sénégalais et aux harkisQui a profité d'qui ?
    La République n'est innocente que dans vos songes
    Et vous n'avez les mains blanches que de vos mensonges
    Nous les Arabes et les Noirs
    On est pas là par hasard
    Toute arrivée a son départ !
    Mais pensez vous qu'avec le temps
    Les Négros muteraient, finiraient par devenir Blancs ?
    Mais la nature humaine a balayé vos projets
    On ne s'intègre pas dans le rejet
    On ne s'intègre pas dans les ghettos français, parqués
    Entre immigrés, faut être censés
    Comment pointer du doigt le repli communautaire
    Que vous avez initié depuis les bidonvilles de Nanterre
    Pyromane et pompier, votre mémoire est sélective
    On n'est pas venu en paix, votre histoire est agressive
    Ici, on est mieux que là-bas, on le sait
    Parce que décoloniser pour vous c'est déstabiliser
    Et plus j'observe l'histoire beh moins j'me sens redevable
    Je sais c'que c'est d'être Noir depuis l'époque du cartable
    Bien que je n'sois pas ingrat, j'n'ai pas envie de vous dire merci
    Parce qu'au fond c'que j'ai, ici, je l'ai conquit
    J'ai grandi à Orly dans les favelas de France
    J'ai "fleury" dans les maquis j'suis en guerre depuis mon enfance
    Narcotrafic, braquage, violence... Crimes !
    Que font mes frères si c'n'est des sous comme dans Clear... stream
    Qui peut leur faire la leçon ? Vous ?
    Abuseurs de biens sociaux, détourneurs de fond
    De vrais voyous en costard, bande d'hypocrites !
    Est-ce que les Français ont les dirigeants qu'ils méritent ?
    Au coeur de débats, des débats sans coeur
    Toujours les mêmes qu'on pointe du doigt dans votre France de rancoeur
    En pleine crise économique, il faut un coupable
    Et c'est en direction des musulmans que tous vos coups partent
    J'n'ai pas peur de l'écrire : La France est islamophobe
    D'ailleurs plus personne ne se cache dans la France des xénophobes
    Vous nous traitez comme des moins que rien sur vos chaînes publiques
    Et vous attendez de nous qu'on s'écrive "Vive la République !"
    Mon respect s'fait violer au pays dit des Droits de l'Homme
    Difficile de se sentir Français sans le syndrome de Stockholm
    Parce que moi je suis Noir, musulman, banlieusard et fier de l'être
    Quand tu m'vois tu mets un visage sur c'que l'autre France déteste
    Ce sont les mêmes hypocrites qui nous parlent de diversité
    Qui expriment le racisme sous couvert de laïcité
    Rêvent d'un français unique, avec une seule identité
    S'acharnent à discriminer, les mêmes minorités
    Face aux mêmes électeurs, les mêmes peurs sont agitées
    On oppose les communautés, pour cacher la précarité
    Que personne ne s'étonne si demain ça finit par péter
    Comment aimer un pays, qui refuse de nous respecter
    Loin des artistes transparents, j'écris c'texte comme un miroir
    Que la France s'y regarde si elle veut s'y voir
    Elle verra s'envoler l'illusion qu'elle se fait d'elle-même
    J'suis pas en manque d'affection
    Comprends que j'n'attends plus qu'elle m'aime !
    VERDICT

    Je le conseille plutôt deux fois qu'une, c'est un petit bijou ! Une réussite et un texte intelligent ! Coup de coeur pour moi, je le ferai lire aux collégiens, lycéens et autres étudiants.

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