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Livre(s) tagué(s) : Himaya

  • http://memogrames.skynetblogs.be/archive/2016/09/26/himaya-roman-d-une-musicienne-inspiree.html


    Himaya, jeune médecin parisienne d’origine sahraouie,
    connaît un destin exceptionnel, à travers une existence dont
    les périples la conduisent d’un camp gitan à la bourgeoisie
    européenne puis à l’ashram, en Inde, dans lequel elle con-
    naîtra son éveil.
    Vénérée comme un marabout dans son pays d’origine,
    dans lequel elle aura longtemps exercé comme guérisseuse,
    c’est en se prosternant devant sa tombe que son fils rebelle,
    Mahimo, l’auteur de l’ouvrage, trouve enfin sa mission de
    vie.
    Traversant de nombreuses sociétés plus ou moins pluri-
    culturelles, le roman laisse se côtoyer autant de différentes
    médecines, comme plusieurs visions du monde, au travers
    d’us et coutumes parfois radicalement opposés.


    Extrait du roman…


    Il manquait des saveurs dans l’air, comme la blanche suavité d’une brise exhalant la fleur d’oranger, l’ardente et mûre moiteur des rouges bougainvilliers, la caresse fruitée d’un
    pâle chèvrefeuille, la chaleur mordorée des dunes de sable
    circonscrites par la brunité du roc, l’amertume des transpirations animales ou l’âcre écume immaculée de l’océan…
    Ici, l’âme était grise, terne le ciel, fades les las immeubles

    HIMAYA
    Colette MOUREY
    Genre : roman

    Collection : Horus
    Données pratiques :
    format 13 x 17 cm –164 pages

    ISBN : 978-2-930698-
    EAN : 9782930698

    Prix TTC : 15,00 €





    SERVICE DE PRESSE : Pour obtenir le roman de Colette MOUREY
    en service de presse, Mesdames et Messieurs les journalistes
    nous adresserons un mail à memogrames@yahoo.fr

    http://memogrames.skynetblogs.be.

    HIMAYA

    Roman de Colette MOUREY

    DOSSIER DE PRESENTATION - Interview




    INTERVIEW


    Colette Mourey, vous avez un magnifique parcours musical. Après des études de musicologie à la Sorbonne, vous
    avez été d’abord guitariste classique, mais aussi pianiste. Vous avez enseigné l'écriture, l'esthétique et la didactique
    de la musique, notamment à l'Université de Franche-Comté, et êtes une compositrice féconde, avec plus de mille
    œuvres jouées dans le monde entier. Vous avez aussi publié plusieurs ouvrages de réflexion sur l’art musical. Et là,
    vous voilà subitement romancière, avec une héroïne qui n’est même pas musicienne, mais médecin. Himaya est un
    bref roman, mais d’une écriture intense et pure. Un ovni littéraire dans une carrière musicale : que se passe-t-il ? La
    musique ne vous inspire-t-elle plus ?


    Très régulièrement, au cours de ma carrière musicale, j’aurai chanté et fait chanter et, surtout, j’ai été amenée à
    composer de nombreux cycles de mélodies, sur les textes d’immenses poètes : Victor Hugo, Verlaine, Butor et bien
    d’autres : pour moi, il n’y a pas antinomie entre littérature et musique, mais deux arts, très souvent unis dans
    l’histoire (par exemple, dans le lied, l’opéra, la cantate, l’oratorio…) et extraordinairement complémentaires. Cela dit,
    à travers la composition vocale, j’ai pris conscience qu’il était tout aussi intéressant d’écrire, vu sous l’angle littéraire,
    que de composer, d’un point de vue strictement musical.
    Evidemment, je ne souhaite aucunement abandonner la composition : nantie d’une double expérience, je cons-
    tate que les discours musical et littéraire obéissent à des principes extrêmement voisins, et je m’intéresse, d’ailleurs,
    tout particulièrement, aux rapports entre les mots et les sons (au premier plan dans la poésie et dans la mélodie vo-
    cale) et aux rapports structurels parfaitement analogues que l’on retrouve dans les œuvres achevées (elles réalisent
    toutes un invariant, un « nombre » fondateur), que ce soient des symphonies ou des romans (je travaillais à une symphonie, en écrivant Himaya).
    Ensuite, pourquoi un roman ? – qui est, en fait, dans Himaya, très exactement un « récit poétique », un peu
    comme une « parabole des temps modernes » : l’idée a certainement germé d’une intense envie de « raconter », plus
    que de simplement « évoquer », comme dans les poèmes que j’écris fréquemment (Une publication de mon poème :
    « Le Phare de Joinville » a même eu lieu, dans une revue pour enfants, alors que j’étais encore à l’école élémentaire).
    Et de voir si ladite narration était autant possible - en employant des mots et des phrases, et aussi efficace que
    cela l’est en musique (même purement instrumentale) !
    Enfin, il y a eu cette amitié avec l’immense poète et écrivain Michel Butor, tandis que je composais sur ses textes,
    qui a très certainement contribué à raviver mes souhaits profonds : comme je l’ai déjà raconté, dans une vision fulgurante, j’avais à peine trois ans et demi que je savais que j’écrirais et que, pour une part, ce serait de la musique. En
    fait, on connaît son destin, beaucoup plus et beaucoup plus tôt qu’on ne le croit !
    Je profite maintenant de ma récente retraite pour consacrer tout mon temps à approfondir parallèlement les deux
    types d’écritures. Peut-être, d’ailleurs, en tirerai-je un ouvrage d’esthétique comparative ?


    Votre couple était ami avec le romancier Michel Butor, décédé cet été. Et la poésie de ce dernier vous a inspiré des
    créations musicales. Pouvez-vous nous en parler brièvement et nous expliquer pourquoi ces passerelles entre littérature et musique ?


    J’ai écrit de nombreux cycles de mélodies, sur des poèmes de Michel Butor : les « Chansons de la Rose des Voix »
    (en 5 tomes), « Mers et Monts », les « Chansons Spiraliques », « Les Esprits du Val », « Sous l’écorce vive » (tome 1),
    « Tango » et bien d’autres, tous ces cycles de mélodies étant publiés aux Editions Reift et aux Editions Soldano.
    J’aime énormément le langage de Michel Butor, et sa poésie non ponctuée, si musicale et tellement évocatrice –
    avec ces correspondances cachées qu’il tisse entre les mots et l’extraordinaire originalité du choix de ceux-ci,
    m’aura, durant toutes ces dernières années, inspirée à de multiples reprises.
    Ce qui est très curieux, c’est que, lorsque nous nous sommes rencontrés, Michel Butor ne savait pas que
    j’écrivais, au plan littéraire (et de la poésie, que je note depuis toujours, et un premier roman) et, de mon côté, je ne
    savais pas qu’il était un excellent musicien, violoniste, chanteur à l’occasion, infiniment mélomane et souvent entou-
    ré de nombreux musiciens ! Bref, il n’y avait qu’une moitié de chemin à parcourir, que ce soit dans un sens ou dans
    l’autre !
    Nous préparons activement un « Hommage à Michel Butor », pour 2016-2017, en réunissant, dans des concerts,
    les œuvres de tous les compositeurs qui auront écrit sur ses textes, et il avait accepté, durant ces événements,
    d’assurer la voix de récitant. Nous donnerons les concerts sans lui, malheureusement, mais avec nos pensées les
    plus profondes pour l’immense écrivain qu’il était et la splendide image humaine – si humble et si cordiale, qu’il nous
    laisse ! C’est, probablement, ce que l’on appelle, par-delà la mort, un « héritage » …
    Mon mari est le scientifique, parmi tous ces littéraires et ces artistes, passionné d’acoustique : il a écrit, parmi de
    nombreux autres ouvrages, aux Editions Marc Reift, un « Précis d’Acoustique Musicale » et travaille thématiquement
    sur « de l’acoustique à la musique ». D’où son rôle essentiel, dans les projets que nous élaborons, puisqu’il apparaît
    doublement comme un expérimentateur et un théoricien et peut, par exemple dans les Salons, expliquer ce que les
    gens appellent « solfège » par une approche phénoménale qui leur parle tout de suite.

    HIMAYA

    Roman de Colette MOUREY

    DOSSIER DE PRESENTATION – Interview (suite 1)






    Pourquoi avoir choisi une héroïne médecin, et non musicienne ? D’où, dans Himaya, les choix médicaux sont au
    premier plan : là aussi, plusieurs cultures se heurtent. Quelle est votre opinion profonde sur ce sujet ?

    Le personnage principal, Himaya, est une femme qui « s’en est sortie » : ayant vécu sa scolarité depuis une cité
    banlieusarde – un milieu défavorisé, elle a brillamment réussi, durant ses années universitaires, jusqu’à même op-
    ter pour une voie scientifique et devenir médecin urgentiste. Donc, elle donne une image très positive de la femme,
    d’autant plus qu’elle a toujours aimé et respecté son milieu familial, s’y investissant beaucoup, durant toute son
    adolescence.
    Effectivement, tout au long de l’ouvrage, plusieurs approches de la médecine s’opposent constamment : celle
    que l’héroïne a apprise à l’Université et qui découle de méthodes investigatrices « scientifiques », le plus souvent
    incontestable, mais qui abuse de l’argument d’autorité et s’est finalement trop éloignée de la nature et de l’« ho-
    lisme » qui y prévaut.
    Par opposition, la médecine gitane et la médecine sahraouie – toutes deux traditionnelles, basées sur l’oralité
    et la longévité culturelle, placent au premier plan le pouvoir de l’esprit sur le corps : que ce soient les passes magnétiques de la vieille gitane ou la puissance de la méditation que pratique Himaya ; toutes deux aussi privilégient
    les simples et se contentent d’éléments prélevés dans la nature, qu’elles utilisent dans leur intégrité, tels qu’ils se
    présentent : ce qui nous ramène à l’essentielle organicité du lien qui existe entre nos enveloppes corporelles et
    Gaïa la Terre, puisque nos corps sont originellement « harmonieusement » intégrés au monde qui les environne, et «
    harmoniquement » formés des mêmes éléments de base.
    Bien évidemment, le roman ne tranche pas – je ne prends pas parti : d’autant plus que la recherche contemporaine tend à opérer la synthèse entre les traditions du monde entier et les découvertes modernes, jetant continuellement des ponts entre une médecine dite « classique » et le domaine que l’on a qualifié (à tort et à raison) de «
    médecines douces ».
    L’idéal restant de tendre vers une médecine « holistique » : qui prenne en compte la personnalité dans son entièreté et son intégrité, chaque être humain vivant sur des équilibres qui lui sont propres.

    Vous abordez aussi la thématique des « mariages arrangés », d’où la rupture de l’héroïne d’avec sa famille :
    quel est le message du roman dans ce domaine ?

    Effectivement, Himaya ne peut pas se résoudre à accepter le mariage que ses parents lui ont arrangé : elle en
    tombera malade, ce qui rendra impossible sa célébration et ce qui lui permettra d’achever ses études et de
    s’engager dans la vie professionnelle occidentale. Il est tout à fait normal que cela ait généré une rupture d’avec
    son milieu d’origine, qui reste très traditionnel.
    Personne n’a tort, personne n’a raison : c’est plutôt le clivage « traditions-modernité », qui se lit à travers
    l’ensemble du récit, une modernité techniquement inéluctable, progressant à une vitesse foudroyante, certes in-
    dispensable à l’espèce humaine, et des traditions qui correspondent à des besoins psychosociologiques fonda-
    mentaux, qui comblent le vide de l’âme, qui ont un profond pouvoir sécuritaire, notamment, et qui s’avèrent, pour
    cela, parfois irremplaçables - outre leur faculté d’engendrer la cohésion et de répondre, très simplement, aux questions existentielles, par des paraboles qui constituent une première étape de formulation, dans l’évolution de la
    pensée humaine.
    C’est sûrement le personnage de Daniel, qui a le dernier mot : il est laïc et républicain, et lui a la faculté intellectuelle de philosopher, ce qui reste à développer, pour ce qui est de l’ensemble de la population.
    Himaya choisit ses mariages : à notre époque, c’est normal ! Il faut cependant se rappeler que, dans notre civilisation occidentale aussi, les mariages arrangés ont longtemps prévalu.
    Depuis que nous avons conscience de notre droit fondamental à être libres (rappelons le rôle qu’a joué la Révolution Française), nous savons que nous pouvons par nous-mêmes choisir nos engagements, quels qu’ils soient.
    C’est un sentiment qui a grandi parallèlement à l’école romantique (cette apparition brutale du « je » et d’un « je »
    tourmenté et passionné, dans l’art et la littérature, dès le début du dix-neuvième siècle, donnant naissance à
    l’intimisme des premiers lieder) et qui est d’autant plus prégnant aujourd’hui que l’égo est (trop) souvent au premier plan, dans nos sociétés occidentales.

    Himaya n’est pas la narratrice de son cheminement. Vous avez choisi son fils pour raconter sa vie. Pourquoi ?
    Pourquoi pas soit un narrateur extérieur, soit vous directement ?

    Sans en être bien conscient, Mahimo va incarner très exactement ce pont entre modernité - puisqu’il a été élevé dans un pays occidental à l’esprit cartésien, et tradition - parce que, à travers l’adoration qu’il voue à son oncle Aksil et les beaux souvenirs qu’il a de sa mère, sa rébellion continuelle - qui le mène jusqu’à la prison, va le pousser ultimement à se dépasser : peu à peu, en étudiant leurs us et coutumes, dans ce village saharien qui est le
    berceau de sa famille, il devient un héros parce qu’il a conquis deux mondes, le moderne et l’ancien, et un écrivain,
    parce qu’il a trouvé les écritures inachevées de sa mère et qu’il va conduire à son terme la quête qu’elle avait engagée.

    HIMAYA

    Roman de Colette MOUREY

    DOSSIER DE PRESENTATION – Interview (suite 2)






    Quant à toute mère – si l’on revient à l’image de la femme, c’est tout à fait vrai qu’elle se réalise – aussi, à travers ses enfants, dont l’éducation aura constitué une grande partie de sa mission !
    Enfin, contrairement à certains préjugés, Mahimo ne craint pas d’écouter une femme, d’apprendre d’elle –
    mais cela reste prégnant, en général, dans la culture originelle du Sahara.
    Dans le temps du roman, chaque temps individuel s’éprouve indépendamment des autres temps, comme si
    aucun événement ne pouvait jamais tout à fait coïncider : c’est un choix délibéré de ma part, et c’est aussi pour ce-
    la qu’une même tâche est remplie par deux personnages successifs, Himaya et Mahimo. Nous passons : les missions, comme les œuvres, restent !
    Ici, j’ai choisi la transparence, observant en silence mon petit monde : il n’y a aucun jugement, dans cet ouvrage, tous les personnages ont leur faisceau de raisons et témoignent surtout - comme je le souligne dans le der-
    nier chapitre, des méandres tortueux de ces chemins qui nous conduisent, pas à pas, à l’amour fraternel véritable.
    Pas de narrateur omniscient non plus, parce que le sujet est grave – ces errements auxquels nous conduisent
    une polyculturalité quand elle est mal vécue, et parce que, aussi, l’amour ne peut se partager que par une forme
    d’immanence : c’est important que le lecteur évolue de façon autonome, à partir du contact direct qu’il noue avec
    les pensées elles-mêmes des personnages, qui se présentent à lui en l’absence de toute médiation apparente – de tout point de vue extérieur, en communiant d’âme à âme.


    Il n’y a aucun rapport entre ce que vous aviez écrit, avant Himaya, et ce roman : ou établissez-vous des liens ?


    Jusqu’ici, à part mes cours, j’ai principalement proposé et rédigé des ouvrages tournant autour de la musicologie : esthétiques, comme : « Vous avez dit classique ? » ou « Vous avez dit Baroque ? », ou plus fondamentalement
    de recherche, comme « L’Intelligence Musicale », qui étudie cette forme d’intelligence, « Essai sur le son mental – de résonner à raisonner », qui analyse le substrat sonore de la pensée, « Résonance », qui pèse l’importance du
    phénomène physique de résonance, et « Synergies – de l’espace sonore à l’espace urbain » qui traite de
    l’irremplaçabilité citoyenne de la pratique d’un art collectif, comme de la contemplation des œuvres et des monuments sociaux dont l’humanité aura jalonné son évolution. J’ai aussi écrit des ouvrages sur la médiation culturelle (« Vers une approche des écrits musicaux ») et sur la pratique de la relaxation, à l’usage des musiciens (« Séance quotidienne de relaxation-concentration »). Par le développement de l’intelligence musicale, j’ai démontré qu’on se reliait à une forme d’intelligence plus
    large : conjointement cénesthésique, synesthésique, émotionnelle et sentimentale, ce qui nous rend mieux perméables à nos intuitions profondes, en complément d’une réflexion plus strictement intellectuelle et conceptuelle.
    Notre pensée, dans sa complétude, incarne tous les aspects que je viens de citer et ils sont indissociables.
    J’ajouterai que l’art, en général, accroît nos facultés imaginatives, ce qui est absolument indispensable dans tous
    les domaines, dont la science (l’intuition est responsable des plus grandes inventions humaines).
    Imagination et intuition s’avèrent souvent des qualités dites « féminines » (un peu à tort, d’ailleurs), tandis qu’on
    considérera comme masculin l’intellect (là aussi, c’est, bien sûr, contestable). La vérité est dans cette remarque
    préliminaire que formule notre héroïne : à savoir que « Dieu » (ou l’intelligence cosmique au sens large, sans connotation) revêt un double aspect « masculin » et « féminin ». Bâtis à l’image de ces forces créatrices qui nous ont modelés, nous sommes tous, comme le démontre si bien la psychologie moderne, à la fois « masculins » (nous avons
    des traits plus masculins) et « féminins » (la part de féminité en nous reste essentielle à notre équilibre).
    Si on allie les qualités féminines et masculines de notre esprit, on est immanquablement immédiatement con-
    duits, comme dans l’interprétation et la composition musicales, à syntoniser l’action de nos deux hémisphères cérébraux, en particulier (c’est à peine plus complexe, en fait), ce qui nous conduit à une complétude de la pensée
    vers laquelle il est important de tendre, comme à une utilisation plus globale de l’organe qui la produit.
    Si l’on considère la question d’un point de vue historique, depuis l’aube des temps, c’est l’image de la déité féminine, de la Mère nourricière, de la Terre-Mère inspiratrice, qui parcourt les cultures premières du monde entier.
    Or, nos civilisations modernes ont tendance à lui préférer une vision en apparence trop exclusivement masculine, évoquant un « Dieu » dont on oublie que le concept se réfère à une entité unitaire, certes, mais par laquelle se
    réalise une synthèse de la bipolarité que nous percevons dans l’univers : effectivement, l’intelligence cosmique se
    traduit par des énergies doublement « masculines » et « féminines », « yin » et « yang » …
    La femme incarne un rôle parfaitement symétrique à celui de l’homme et leurs missions sont indissolublement
    liées depuis la nuit des temps.
    D’où ce travail autour de l’image féminine, si fragile dans le monde contemporain : la femme incarne un véritable « pont » entre traditions et modernité, puisqu’elle reste le pilier familial et domestique, tout en pouvant et devant s’exprimer corollairement sur la scène publique, autant professionnelle que politique, réflexive et spirituelle…
    Cette mise en scène du rôle de la femme, qui demeure tout au long du roman multiforme et ouverte, m’apparaît comme aussi essentielle, finalement, que l’étude de notre patrimoine culturel, artistique et musical ou une réflexion plus large sur notre devenir et notre destinée.

    HIMAYA

    Roman de Colette MOUREY

    DOSSIER DE PRESENTATION – Interview (suite 3)







    Ce roman sera-t-il une parenthèse, une respiration alternative et retournerez-vous ensuite à vos compositions
    musicales et à vos écrits spécialisés de musicologue ou avez-vous l’intention de poursuivre, parallèlement à la musique, cette aventure littéraire ?


    En fait, je mène les trois démarches de front.
    Dans mon ordinateur, il y a en ce moment une symphonie en relecture, un ouvrage sur le romantisme musical, mon manifeste : « Principes de l’hypertonalité » et le roman suivant, qui est presque terminé.
    Dans « Résonance », j’ai insisté sur ces « translations » que l’on pouvait opérer, à partir des données brutes : lorsqu’une connaissance nous parvient, encodée d’une façon ou d’une autre, on la ramène à son état premier pour la réencoder différemment ensuite, tout à fait similaire à elle-même, à travers un autre langage et dans un
    autre champ disciplinaire. C’est, d’ailleurs, tout à fait analogue à ce qui se passe dans nos ordinateurs, que nous avons inventés et structurés par mimétisme avec le fonctionnement de notre pensée humaine.
    C’est aussi cela, que je suis en train de vivre – toutes mes vocations s’unissant, finalement ; et, j’en tirerai un livre sur l’école (« L’école, la vie ») - en chantier en ce moment, sachant que les transpositions que j’effectue quotidiennement sont la voie royale vers une interdisciplinarité intégrale.
    Je peux l’exprimer encore autrement : lorsque j’écrivais Himaya, j’avais constaté avec surprise (et une joie rétrospective, parce que j’avais déjà travaillé sur « Résonance »), que les vecteurs discursifs et la structure étaient exactement pareils à ceux de la symphonie - très différente, qui s’élaborait dans le même temps – j’alternais les deux.


    Vous n’avez jamais écrit de chanson ?


    En fait, j’en ai écrit un peu, mais très peu : je suis plutôt un compositeur « sérieux » et je reste hantée par la
    mélodie et le lied, ainsi que les cycles de mélodies et de lieder, le plus souvent accompagnés au piano, ou plus largement polyphoniques, ce qui m’en a fait éditer de nombreux.
    Cela dit, un jour, je reprendrai mes carnets de poèmes et, les tournures simples et populaires m’intéressant
    aussi, je verrai si je peux en faire des chansons, que l’on aurait plaisir à fredonner au coin de la rue !


    Donc, votre prochain roman, déjà presque finalisé, sera lui aussi consacré à un destin féminin. Vous parlez de femmes par facilité, parce que vous êtes vous-même femme - un premier roman est toujours très personnel si pas autobiographique - ou ce choix cache-t-il un dessein secret, voire une démarche militante féministe ?


    Effectivement, l’héroïne du roman suivant est une hôtesse de caisse d’origine asiatique, qui habite une « cité » banlieusarde européenne ; quant au troisième, il met en scène, dans un univers essentiellement rural, des femmes agricultrices et évoluant dans le monde artisanal – artisans elles-mêmes ou femmes d’artisans.


    De façon personnelle, je pense avoir vécu entre deux univers : dans ma prime enfance, la femme était encore très soumise, travaillait peu souvent (ou pour aider son mari, ou par une nécessité absolue) de façon à incarner
    la stabilité domestique et familiale de son « foyer ». C’étaient les exemples que j’avais sous les yeux.
    Par bonheur, le lycée et l’Université, lieux très ouverts, nous auront insufflé d’autres ambitions, sans restriction aucune ! A ma génération, nous avons toutes embrassé une vie professionnelle, avec enthousiasme !
    Et puis, au vu des récents événements, la question de la place de la femme semblerait être aujourd’hui posée à nouveau et son statut fragilisé.
    Je ne suis pas féministe (la génération de ma mère l’aura été beaucoup plus intensément) : je milite pour un respect mutuel entre hommes et femmes, qui peuvent tous effectuer des tâches semblables, tout en ayant, bien entendu - et heureusement ! leurs spécificités.
    C’est une immense joie, pour une femme, que d’être l’ange gardien de son foyer, que d’assurer la subsistance de son époux et de ses enfants, que d’élever ses enfants…Cela dit, cela ne lui interdit pas de jouer d’autres
    rôles, à l’extérieur de chez elle, qui contribuent d’ailleurs immensément à rendre intelligente l’éducation qu’elle
    offrira à ses petits.
    D’un autre côté, l’homme, en tant que père, joue lui aussi un rôle crucial envers ses enfants. Il participe aux
    tâches journalières - souvent c’est lui qui bricole et effectue les travaux de force.
    Et, bien heureusement, parce que c’est le sens de la vie à deux, la plupart du temps, les époux s’associent dans toutes les tâches, jardinent ensemble, vivent ensemble à la maison, sortent ensemble…

    HIMAYA

    Roman de Colette MOUREY
    DOSSIER DE PRESENTATION – Interview (suite 4)





    - Etes-vous optimiste quant à l’évolution du statut de la femme au 21e siècle ou plutôt atterrée par le sort
    qu’on lui réserve trop souvent, sous le poids des traditions : tantôt voilée, ne pouvant sortir seule, interdite de
    conduire un véhicule, tantôt simple objet sexuel, victime de viols collectifs, à qui l’on veut interdire d’avorter,
    même en cas de viol, d’inceste ou de risque médical, ou encore traitée comme une main-d’œuvre docile et bon
    marché ?
    Effectivement, je suis d’autant plus atterrée que je suis née dans un Maroc qui reste pour moi lumineux : on a
    toujours eu, dans mon enfance catholique pratiquante, d’immenses amis musulmans modérés (comme c’était le plus souvent le cas, à ce moment-là) – j’oserai dire que, durant mes jeunes années, c’était plutôt la religion catholique qui faisait preuve d’intolérance !
    Je rappelle juste que, à l’époque, à la messe, les femmes portaient un foulard, tandis que les hommes se dé-
    couvraient…
    Je ne suis pas contre une tradition, n’importe laquelle : je sais qu’elle peut contribuer à donner du sens à la vie.
    Mais je milite activement pour la laïcité, une neutralité totale de l’espace public (dès que vous portez un in-
    signe quelconque, le dialogue devient impossible) et un amour fraternel universel, que la fonction publique traduit
    par les mots « neutralité bienveillante » - ce qui me semble le minimum dont on doit, à chaque instant, témoigner !
    La femme n’est pas en danger en occident, même si toutes sortes d’interdictions et de signes distinctifs commencent à devenir trop voyants : incompatibles qu’ils sont avec l’esprit très ouvert de nos démocraties !
    Mais les femmes restent très infériorisées et beaucoup trop souvent violentées dans l’immense majorité du
    monde : ces fillettes qui n’ont pas le droit à la scolarisation, ces femmes qui sont mutilées, battues, lapidées…
    Dans le même temps, une partie de nos jeunes ne réalise pas la chance d’habiter un pays de respect et de
    droit : lorsque des bandes se livrent à des viols collectifs, on retourne à la barbarie des temps anciens - la violence
    et le sadisme, d’ailleurs, ne pouvant entraîner qu’une violence redoublée !
    Là, et pour les protéger d’eux-mêmes, nous devons, dans toutes nos décisions, nous souvenir que nous appartenons à des états fraternels et justes et que, pour qu’ils le restent, la punition se doit d’être exemplaire !
    J’y ajouterai toute l’aide psychosociale qu’il faut apporter aussi, l’éducation restant le grand remède – c’est le « Chassez l’ignorance » de Victor Hugo, qui aura aujourd’hui repris tout son sens ! Le mot « respect » doit absolument dominer nos relations !


    Les prénoms de vos personnages auraient-ils un rapport avec un leitmotiv littéraire ? Et, pourquoi Himaya ?
    Pourquoi ce prénom est-il modifié trois fois dans le récit ?


    Dans le roman, la majorité des personnages ont des prénoms culturellement connotés, qui les rattachent à des
    traditions et à des religions. Seuls deux prénoms échappent à ce type d’enracinement culturel : j’ai choisi « Himaya » et « Mahimo », les prénoms des deux personnages centraux, de façon à ce qu’ils aient une portée universelle, qu’ils accèdent au rang de symboles, au-delà de tout clivage, et ne puissent provoquer aucun amalgame,
    aucune assimilation. Je souhaite que l’ouvrage conserve la portée la plus générale possible.
    On ne sait pas bien pourquoi ses parents ont prénommée Himaya un peu en marge de leurs traditions (sa-
    chant, par ailleurs, que c’est un prénom - très peu usité, à la fois masculin et féminin) : elle est l’aînée, c’est un tout jeune couple, dont on devine l’idéal spirituel, ils vivent chez eux, ne connaissant pas encore cet exil dans lequel ils seront plongés plus tard.
    On a l’impression que le père devient plus étroitement dogmatique après leur exil : les conditions de vie sont difficiles et l’attachement à ladite tradition lui permet de garder des repères qui sont essentiels pour lui (qui souffre) – et, finalement, pour ses enfants, qu’il prénomme de façon plus conventionnelle, et qui s’intègrent de façon équilibrée, à la fois ouverte et enracinée, dans cette société qui ne correspond pas à leur culture d’origine.
    « Himaya » se fait décerner, par les enfants de son second mariage, un prénom à la mode dans la bourgeoisie
    européenne de l’époque : « Marie-Anne », ce qui la fait souffrir - mais elle accepte pour un temps cette assimilation forcée, par amour pour son mari.
    Son éveil en Inde la rebaptise : « Mukta » (« celle qui connaît l’âme des êtres et des choses ») – c’est son pre-
    mier prénom d’initiée.
    Dans la foulée, lorsqu’elle intègre parfaitement l’enseignement de la médecine sahraouie que leur inculque
    Maryam, elle devient naturellement récipiendaire de ce prénom, « Maryam », qui l’insère dans la longue lignée de
    la Tradition guérisseuse, à la mort de son initiatrice.
    Enfin, et parce qu’elle a connu l’extase, dans sa vieillesse, elle est, au bout du compte, localement adorée
    comme « La Mère Vénérable » - ce qui est son ultime nom.

    A noter qu’elle aussi aura choisi un prénom inusuel et non connoté pour son fils, le narrateur, Mahimo.
    Oui, très certainement, on peut redoubler le prénom correspondant à l’état civil par d’autres qui seront liés à
    une initiation : on apprend, d’ailleurs, autant de toute initiation que de toute démarche d’investigation plus carté-
    sienne – l’important restant d’opérer des synthèses et de demeurer, constamment, suffisamment réflexif.


    Le roman véhicule-t-il d’autres messages ?


    Dans nos sociétés pluriculturelles, il demeure difficile d’approcher l’altérité : l’idéal restant que ce soit, comme
    dans ce roman, sans aucun jugement, sans aucune « étiquette » a priori. La diversité fait la richesse de nos nations, quand elle est vécue dans un équilibre social.
    Himaya aura connu la cité banlieusarde, puis le campement gitan, comme la haute bourgeoisie : elle ne con-
    naît pas plus de contentement dans le dernier cas - l’argent ne fait pas le bonheur. Les nomades dépeints sont
    heureux – plus, peut-être, que les personnages pauvres de cette cité que notre urbanisme égoïste aura volontairement marginalisée et ghettoïsée, mais qui peuvent s’en sortir, tout de même, puisqu’Himaya est médecin et que ses frères et sœurs ont tous un avenir professionnel (il est vrai qu’on est alors à l’orée des années 1980). Il faut reconnaître qu’aujourd’hui s’y ajouterait un chômage plus prégnant – c’est le thème de mon second roman.
    Enfin, l’ouvrage dépasse le fait religieux en proposant deux alternatives : tout d’abord – et c’est mon « Alceste », ce personnage de « Daniel », qui est laïc et républicain et travaille à une neutralité de l’espace public en s’attachant, dans le dévouement le plus total, à développer sans cesse le bien commun ; ensuite, c’est Himaya elle-même, qui connaît ce profond éveil spirituel qui l’ouvre à une gnose qui dépasse infiniment tout dogme édicté : chacun peut, en effet, par la méditation et la pratique quotidienne de la compassion, dépasser sa réalité première et grandir, jour après jour, devenant un personnage de Paix pour son entourage – comme Himaya.

    Pourquoi donc, alors que vous habitez Besançon, choisir un éditeur belge qui, de surcroît, publie plus volontiers
    des essais philosophiques, des monographies et des études historiques que des romans ?


    Pourquoi le choix de la Maison d’Editions Memogrames ? Parce que je travaille énormément sur la citoyenneté, pour le roman suivant – depuis la « cité-Etat » antique jusqu’à ce quartier excentré moderne qui rattroupe trop souvent tous les états de la misère humaine, et que, du coup, je m’étais intéressée à d’autres ouvrages du même éditeur.
    Et, surtout, en réalisant que nous avons un idéal intellectuel et spirituel commun : à savoir, bien connaître ses
    racines (être « centré ») pour se projeter dans l’avenir avec une philosophie véritablement humaniste (pouvoir, en pleine conscience, se « décentrer », avec compassion et respect, rebondir et rester ouvert).
    C’est, dans le même temps, un vif remerciement à la Belgique, qui avait lancé ma carrière de jeune interprète
    en guitare classique, par le biais du Festival de Bruxelles, et où résident maintenant nos enfants et petits-enfants.


    Le mot de la conclusion : qu’attendez-vous, finalement, de votre étude de la Femme ?


    La Femme – les femmes – incarne au plus près cet amour et cette souffrance parfois immense que nos sociétés vivent au quotidien : c’est elle qui nourrira l’enfant, qui créera de toutes pièces un foyer accueillant, qui confortera, par sa sérénité, sa descendance ; en même temps, elle peut et elle doit jouer un rôle très actif, professionnellement, politiquement, philosophiquement, spirituellement…et sa place dans la société aurait pu tellement se fragiliser, ces dernières années !
    Je rappelle, pour conclure, que nous avons tous en nous une part « féminine » et une part « masculine », cet
    amalgame d’« abandon – acceptation » et de « force active » qui nous pousse en avant : aimons tous en nous nos qualités et féminines (l’intelligence sensitive, l’intelligence du cœur, l’intuition…) et masculines (la propension à l’action et à la conceptualisation), puisque, tous, nous possédons tous ces traits, et qu’une pensée complète englobe tous les aspects précités.
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