Zakhar Prilepine

Zakhar Prilepine
Zakhar Prilepine est né en 1975 dans un petit village de la région de Riazan. Vigile dans une boîte de nuit puis manutentionnaire et barman, il s'est engagé dans les deux guerres tchétchènes en 1996 et 1999. A son retour, il a travaillé comme rédacteur en chef d'une revue people prenant le temps ... Voir plus
Zakhar Prilepine est né en 1975 dans un petit village de la région de Riazan. Vigile dans une boîte de nuit puis manutentionnaire et barman, il s'est engagé dans les deux guerres tchétchènes en 1996 et 1999. A son retour, il a travaillé comme rédacteur en chef d'une revue people prenant le temps d'écrire son premier roman Pathologies (éditions des Syrtes, 2007). Auteur de la “première ?uvre dans la littérature russe qui montre la guerre en Tchétchénie telle quelle est”, il a reçu le Natsionalny, le prix du meilleur livre de l'année en 2005. Résidant à Nijni-Novgorod, rédacteur en chef de l'édition régionale de Novaïa Gazeta, le journal où écrivait Anna Politkovskaïa, la journaliste assassinée, et d'un bureau d'information, il a soutenu la coalition anti-pouvoir L'Autre Russie. Militant politique proche de Limonov, il a été l'un des principaux organisateurs des premières manifestations contre Poutine et les fraudes électorales. Il est d'ailleurs l'un des personnages du Limonov d'Emmanuel Carrère. Actes Sud a publié son roman San'kia (2009), et son recueil de nouvelles Des chaussures pleine de vodka chaude (2011).

Avis sur cet auteur (3)

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    Couverture du livre « De gauche, jeune et méchant » de Zakhar Prilepine aux éditions La Difference

    Colette LORBAT sur De gauche, jeune et méchant de Zakhar Prilepine

    Zakhar Prilepine, vous me causez un sacré dilemme. Dans ce livre, quelle est votre part de mauvaise foi ? Vous voulez toujours avoir raison. Ce livre est écrit à l’aune de votre fierté d’être russe et je le comprends pleinement. Votre écriture est belle, elle m’a emballée. J’y ai senti de...
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    Zakhar Prilepine, vous me causez un sacré dilemme. Dans ce livre, quelle est votre part de mauvaise foi ? Vous voulez toujours avoir raison. Ce livre est écrit à l’aune de votre fierté d’être russe et je le comprends pleinement. Votre écriture est belle, elle m’a emballée. J’y ai senti de l’urgence, de la colère. Je ne vais pas vous le cacher, votre écriture peut être jubilatoirement verte : « Vous avez peut-être envie de me mordre. Mordez-vous les couilles chers opposants. Encore que je me demande où vous iriez les chercher. » J’ai, de temps à autre, fermé le livre parce que agacée par vos écrits, votre mauvaise foi. Une fois ma lecture terminée, j’ai laissé les choses se décanter, j’ai repensé à certains passages, à certains ressentis immédiats qui furent les miens.
    Oui, la Russie est immense et, comme en Chine, la valeur de l’humain n’est pas la même que chez nous, ce qui est plus difficile à admettre dans nos pays européens. « L’homme russe –sous entendu impérial-, ce sont les espaces sauvages et les horizons inatteignables qui l’ont créé et éduqué ».
    Vous pestez contre cette mondialisation qui a pour nom l’ultralibéralisme et je vous comprends. Comme vous, je pourfends cette unification mondiale au nom de la modernité, donc, du capitalisme et du libéralisme. « Le néolibéral mondial a violenté l’Afrique, l’Asie, la Russie et l’Amérique latine et, après ça, il vient parler de tolérance. Menterie et hypocrisie ». « Pourtant l’impression que laisse la lecture du livre (Une semaine en décembre de Sebastian Faulks), c’est que rien ne différencie ces gens de nous autres, pas un cheveu ! Les mêmes soucis, la même absurdité, la même fuite dans les échanges virtuels, la même peur –si ce n’est plus- de perdre son travail ». La période stalinienne n’est pas non plus votre tasse de thé russe. Vous voudriez une société qui ne laisse pas ses vieux sur le bord de la route à mendier pour manger,
    Sans faire de bruit, je vais passer sur le garçon de café français pour parler d’un sujet qui vous fâche (encore un !), les maisons de retraite. Et oui, cher Monsieur, en ville les appartements sont plus petits, les enfants travaillent, sont devenus citadins, ont besoin de leur liberté… Oui, oui je sais « les maisons pour personnes âgées sont une réalisation bien connue des pays dits civilisés. Dans les sociétés traditionnelles, autrement dit, la société attardée, elles sont bien plus rares. Jusqu’à des temps récents, nous étions manifestement une société attardée. »
    Un de nos chanteurs français, que j’aime beaucoup, Jean Ferrat a chanté cette désertification des campagnes. Cela remonte aux années 60 ! « Les jeunes veulent aller au bal, il n’y a rien de plus normal que de vouloir vivre sa vie ».

    Vous rouspétez après la sédentarisation des jeunes, l’obésité qui les gagne, l’oisiveté, les jeux en ligne… Contre la baisse de la natalité, contre les femmes qui travaillent, contre l’avortement…
    Dites, Monsieur Prilepine, seriez-vous contre le travail des femmes ? Il me semble me rappeler que, du temps de l’URSS, les femmes travaillaient déjà. Lors d’un voyage, tiens, juste au moment de l’explosion nucléaire de Tchernobyl, mon mari et moi avions sympathisé avec notre guide (qui ne s’appelait pas Nathalie !). Elle travaillait, était divorcée (mari ingénieur, mais violent et alcoolique) donc, ce n’est pas nouveau !
    Seriez-vous contre l’avortement ? « En Russie, soit dit en passant, on procède à un million deux cent mille avortements par an. Il est clair qu’une partie d’entre eux répond à des considérations médicales, mais ce n’est pas la majorité, et de loin… Il n’existe donc pas d’autres méthodes de contraception ? C’est quoi cet avortarium que nous avons créé ici ? Et votre argument massue « Etes-vous convaincu que vous-mêmes étiez désirés ? Peut-être que vous non plus, il n’aurait pas fallu vous mettre au monde ? » Oui cher Zakhar, je ne fus pas une enfant désirée et je l’ai entendu souvent, trop souvent dans mon enfance pour que cela ne laisse pas de trace.
    Vous reprochez à l’homme russe son manque de grandeur, d’ambition : « L’homme n’a plus très envie d’aller dans le cosmos. Même se reproduire ne figure pas vraiment à son programmer. » Vous regrettez son narcissisme : « l’homme russe est tenu d’être beau, pas d’avoir l’air d’une femme américaine. », de se ramollir, de trop manger, de trop penser à lui et pas assez à la collectivité, « Nos désirs pèsent aujourd’hui plus lourd que ne pesaient jadis des villages entiers avec tous leurs habitants. » Vous réglez vos comptes avec les media, surtout le contenu de la nouvelle télévision russe (vous savez, l’uniformatisation nous a permis de voir de « très beaux » programmes de téléréalité !). Un dirigeant de TF1, une chaîne populaire française disait « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ». Fallait le dire !!
    Vous fustigez votre « classe créative », (dénomination qui recouvre les couches moyennes éduquées se réclamant du néolibéralisme dit la note de Monique Zoldian) nous avons nos bobos. Ce sont les mêmes ou peu s’en faut.
    Ce que j’ai aimé plus particulièrement chez vous ? Le soin et l’amour que vous portez à votre famille « Chaque famille nombreuse se sent comme konioukhov au milieu de l’océan. Le bonheur dans les cœurs et tout autour, les éléments déchaînés ». Je suis d’accord avec vous lorsque vous écrivez : « Celui qui a eu une enfance véritablement heureuse… a été immunisé contre le malheur pour la vie entière. J’en suis convaincu. »

    Oui, Zakhar Prilepine, je ne suis pas toujours d’accord avec vous, mais vous m’avez ouvert une fenêtre sur votre pays, la Russie. Je comprends que si vous râlez ainsi c’est de voir votre grand pays partir à vau-l’eau. Ce que j’ai aimé dans ce livre ? C’est que vous êtes un homme debout. Au fait, de gauche, oui « Etre de gauche est juste. Etre de gauche signifie être libre et audacieux. Talentueux, ouvert et sûr de soi » ; jeune, certainement puisque non résigné ; méchant, non, plutôt virulent, ironique, mordant, désireux de voir la Russie prendre une autre direction et s’occuper de son peuple.
    Autant le livre de Sergueï Chargounov."Une autre idée de la Russie" fut comme un verre de bon bordeaux (j'adore) gouleyant qui laisse un très bel arrière-goût ; autant « De gauche, jeune et méchant » ressemble plus à un verre de gnole qui râpe, mais ne s’oublie pas.

    Sur mes étagères m’attend « Le singe noir ». J’espère y prendre autant de plaisir.

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    Couverture du livre « De gauche, jeune et méchant » de Zakhar Prilepine aux éditions La Difference

    Yves Pol sur De gauche, jeune et méchant de Zakhar Prilepine

    On peut sans doute reprocher beaucoup de choses à Zakhar Prilepine, j'y reviendrai plus tard, mais ce qui est sûr c'est qu'il est franc, direct, cru et parfois brutal, et ça c'est plutôt un compliment. Sa langue est sans fioriture et un chat est appelé un chat. Son opposition au pouvoir russe...
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    On peut sans doute reprocher beaucoup de choses à Zakhar Prilepine, j'y reviendrai plus tard, mais ce qui est sûr c'est qu'il est franc, direct, cru et parfois brutal, et ça c'est plutôt un compliment. Sa langue est sans fioriture et un chat est appelé un chat. Son opposition au pouvoir russe actuel est permanente, argumentée et virulente. Il n'est pas nostalgique de la période URSS -comment pourrait-on regretter les temps staliniens ?- mais il remarque que depuis la perestroïka de Gorbatchev débutée en 1985, et plus particulièrement depuis 1989 et l'effondrement de l'empire soviétique, les Russes vivent moins bien : "Nous nous en souvenons et comment ! Nous n'étions pas bien loin, nous y avons goûté, même que nous en avons gardé un arrière-goût dans la bouche. Ce sont pendant ces années où, pour la première fois après plusieurs décennies, on a vu des centaines de milliers de vieilles gens jetés à la rue faire la manche dans les passages, tandis que des centaines de milliers d'autres retraités défilaient dans les rues en maudissant les "démocrates", en tapant sur des casseroles." (p.163) Certains vivent mieux, les plus riches sont toujours plus riches mais les plus pauvres plus pauvres. Cette ouverture sur l'Occident a chamboulé la société russe, la mondialisation l'a frappée de plein fouet et a laissé beaucoup d'habitants sur le bord de la route. Zakhar Prilepine aimerait revenir à une société plus juste, plus humaine, basée sur les relations entre hommes et non pas sur le profit pour quelques uns, c'est son engagement à gauche, au Parti National-Bolchevique. Je partage largement son avis sur cette question, là où je ne le suis plus c'est sur son nationalisme qui me gène beaucoup : opposer sans cesse les Russes aux Européens, plus ceci ou moins cela, ne me sied point. Il semble oublier ou ne pas savoir qu'en Europe, des voix s'élèvent comme la sienne, mais avec la chance d'avoir des chefs d'état plus démocrates que V. Poutine (moins c'est compliqué). Je n'aime pas le nationalisme en général qu'il soit de France ou d'ailleurs. Je suis heureux d'être français, je suis persuadé que c'est une énorme chance, mais je n'en tire aucune fierté particulière et il ne me viendrait pas à l'esprit, pour attiser l'orgueil national de tirer sur d'autres nationalités. Il me semble que c'est un mauvais calcul, on doit pouvoir faire changer les choses sans se monter les uns contre les autres, sans se construire en opposition.

    Autre point qui me dérange, c'est le vieux schéma qu'il a en tête entre les hommes et les femmes. Je ne l'accuse pas de machisme, bien au contraire, il a une profonde admiration pour les femmes et sait le vrai rôle qu'elles tiennent tant dans la famille que dans la société, mais il reste avec l'idée que l'homme doit être fort, viril et évidemment pas efféminé (mais aucune trace d'homophobie dans ses propos).

    Il sait se faite tendre lorsqu'il parle de sa famille, Les trois âges de la vie d'un homme est une chronique poétique et très bien vue sur l'éducation des enfants, tout à fait en phase avec ce que j'en pense et ce que j'essaie de faire à la maison. Beaucoup d'autres points qu'il aborde méritent attention et réflexion à laquelle il participe en donnant son point de vue.

    Bref, je ne suis pas toutes les idées de Zakhar Prilepine mais, j'en conseille très fortement la lecture, pour voir une autre facette de la Russie que l'on croit trop souvent soumise à son président, pour lire des textes forts bien troussés, bourrés de références russes -expliquées en bas des pages- qui tirent sur tout le monde et dressent le portrait d'une société russe qui va mal, et sans doute plus globalement d'une société mondiale qui ne se porte pas mieux.

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    Couverture du livre « Je viens de Russie » de Zakhar Prilepine aux éditions La Difference

    Yves Pol sur Je viens de Russie de Zakhar Prilepine

    Ces chroniques écrites en 1999 et 2011 sont de diverses longueurs, d'intérêt varié et de compréhension plus ou moins évidente. Ce sont des articles politiques, Zakhar Prilepine est très engagé contre le régime actuel, contre les libéraux et l'ouverture au capitalisme sans garde-fou, sociétales,...
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    Ces chroniques écrites en 1999 et 2011 sont de diverses longueurs, d'intérêt varié et de compréhension plus ou moins évidente. Ce sont des articles politiques, Zakhar Prilepine est très engagé contre le régime actuel, contre les libéraux et l'ouverture au capitalisme sans garde-fou, sociétales, sociales, littéraires, selon les humeurs et les envies de l'écrivain. Elles ont toutes en commun de parler de la Russie d'aujourd'hui, parfois sur un mode revendicatif, parfois en parlant de l'histoire de ce pays et de ses habitants pour mieux tenter d'expliquer les raisons pour lesquelles selon lui, le capitalisme sauvage de ces vingt dernières années ne fonctionne pas. Z. Prilepine ne prétend pas avoir raison, il prétend avoir des opinions, des avis ni plus légitimes ni moins que les avis des gouvernants actuels, et souhaite les exprimer sans crainte pour lui ou pour les siens. Car en Russie, il ne fait pas bon être contre V. Poutine : contrôles fréquents, intimidations pour les actes les plus insignifiants.
    Ces chroniques sont un excellent moyen de se faire une idée non passée par le filtre des médias et politiques occidentaux : on est avec quelqu'un de l'intérieur, comme disait Francis Cabrel qui n'a rien -enfin peut-être m'avancé-je- de russe mais c'était juste pour montrer l'étendue de ma connaissance en matière de chanson française ! Z. Prilepine vit en Russie avec femme et enfants, il participe à la vie littéraire, intellectuelle, politique de ce pays qu'il aime tant, au point parfois de virer carrément nationaliste, et là, j'avoue que je coince un peu ; bon, du chauvinisme, pourquoi pas, on aime bien dire du bien de son pays quand il le mérite, mais dans quelques chroniques je trouve qu'il va un peu loin. Ceci étant, la Russie a été tellement décriée que tenter de la rétablir aux yeux de tous est une tâche quotidienne à laquelle s'emploie aisément l'auteur. Il reste fidèle à ses idées qui sont de ne pas jeter tout le passé de son pays avec Staline et ses millions de morts.

    Dans ses écrits, il n'est pas tendre, ni avec Gorbatchev ou Eltsine que nous voyons en Occident comme les précurseurs de l'ouverture du pays à la liberté, ni avec V. Poutine, ni avec les apparatchiks du pouvoir actuel ou les courtisans. Il peut cependant l'être dès qu'il parle de sa vie d'enfant, de sa bien-aimée et de ses enfants et de son pays, de sa culture. C'est un livre instructif, parfois excessif qui me renvoie une image assez fidèle de celle que j'avais avant du peuple russe : "Je raconte qu'il existe un mythe sur l'attirance intime des Russes pour une main de fer, le despotisme et la tyrannie. Mais que les Russes se rappellent et n'apprécient pas moins la clémence de leurs dirigeants que n'importe laquelle de leurs décisions autoritaires." (p.81) Un mythe qui n'en est pas vraiment un, comme il le montre dans ces textes : son peuple aime avoir à sa tête des hommes forts, puissants qui savent montrer qu'ils ont de l'audace et qu'ils n'ont pas peur, il aime aussi les voir humains, et c'est sur ce paradoxe que Vladimir Poutine forge sa stature et son pouvoir qu'il n'est manifestement pas prêt de perdre au vu des derniers événements en Crimée particulièrement et plus largement en Ukraine.