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Ursula Kovalyk

Ursula Kovalyk

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    Couverture du livre « L'écuyère » de Ursula Kovalyk aux éditions Intervalles

    Yves Pol sur L'écuyère de Ursula Kovalyk

    Karolína vit avec sa mère et sa grand-mère dans la Tchécoslovaquie de la fin des années 1980. Lorsque sa grand-mère meurt, elle se retrouve souvent seule, sa mère travaille et fréquente beaucoup d’hommes. La jeune fille fugue alors et se lie d’amitié avec Romana et Matilda dans un centre...
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    Karolína vit avec sa mère et sa grand-mère dans la Tchécoslovaquie de la fin des années 1980. Lorsque sa grand-mère meurt, elle se retrouve souvent seule, sa mère travaille et fréquente beaucoup d’hommes. La jeune fille fugue alors et se lie d’amitié avec Romana et Matilda dans un centre équestre. Il y a aussi Arpi qui lui fait découvrir les Pink Floyd et la cigarette.

    La vie d'une petite fille devenue adolescente dans ces années-là qui virent le passage du régime totalitaire à la démocratie. La vie de Karolína est relativement détachée du régime politique, même si, les leçons apprises par coeur à la gloire du parti, les règles strictes, les conditions de vie sont bien présentes et n'encouragent pas à l'ouverture d'esprit ni à l'épanouissement. Elle l'est beaucoup moins sur le passage à l'adolescence, sur les rivalités entre enfants. Et puis il y a les rencontres, avec Romana d'abord, puis avec le cheval incarné ici par un vieil et doux étalon nommé Cecil.

    Uršuľa Kovalyk écrit là son deuxième roman paru chez Intervalles après le très bon Femme de seconde main, déjà traduit par les mêmes garçons. Court roman très différent du précédent, puisque ici, c'est une adolescente mal dans sa peau qui s'exprime. La romancière use d'une langue simplifiée, directe, qui va au plus court et raconte son histoire en moins de 130 pages sans que rien ne manque. Les situations sont parfois tragiques, parfois comiques, le langage est cru sans être grossier. Des exemple ?

    "Une fois que j'ai appris à parler et que ma cervelle a fonctionné à plein, j'ai demandé à quoi ressemblait mon grand-père. Mamie a alors souri mystérieusement avant de sortir du tiroir une photo sur laquelle on voyait un grand monsieur avec une fine moustache noire sous le nez. Il avait les cheveux gras, tenait un chapeau dans la main et une jeune femme avec deux longs traits noirs en guise de sourcils s'appuyait contre lui. Elle portait elle aussi un chapeau, mais le sien était orné de magnifiques fleurs. Mamie a dit que Grand-père était un beau gosse doublé d'un sacré queutard. [...] Elle [Mamie] lui [maman] disait qu'elle avait un clitoris à la place du cerveau. Je m'imaginais qu'elle avait une très belle fleur dans la tête, quelque chose comme un glaïeul." (p.13/14)

    L'humour est parfois plus tragique, plus noir. Karolína étant doté d'un caractère fort, elle ne se fait pas que des amis et doit se défendre contre des attaques pas toujours fines. C'est un roman à la fois caustique et poétique, drôle et émouvant, celui d'une jeune fille qui se métamorphose en même temps que son pays. Uršuľa Kovalyk est une romancière à découvrir rapidement, une plume singulière et riche.

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    Couverture du livre « Femme de seconde main » de Ursula Kovalyk aux éditions Intervalles

    Yves Pol sur Femme de seconde main de Ursula Kovalyk

    D'après l'éditeur, l'excellent maison Intervalles, Uršuľa Kovalik est slovaque et "depuis longtemps impliquée dans la défense du droit des femmes et dans l'aide aux sans-abris. Elle dirige également une troupe de théâtre composée de personnes sans domicile fixe. Femme de seconde main est son...
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    D'après l'éditeur, l'excellent maison Intervalles, Uršuľa Kovalik est slovaque et "depuis longtemps impliquée dans la défense du droit des femmes et dans l'aide aux sans-abris. Elle dirige également une troupe de théâtre composée de personnes sans domicile fixe. Femme de seconde main est son premier roman traduit en français", et c'est fort dommage car si les autres sont aussi bons que celui-ci, il est plus que temps de découvrir cette auteure, ou alors, si je prends ce constat avec mon optimisme naturel, c'est une excellente nouvelle, car ça me fera plein de textes à découvrir lorsqu'ils seront traduits. Uršuľa Kovalik part d'une idée simple, les gens dans les grandes villes sont seuls accaparés par leur travail ou dans le cas de ses héros, gêné par leur maladie ou acheteuse compulsive qui ne vit que pour cela. Sur ce constat, elle bâtit son histoire et la société de Gabriela qui vend de l'amitié et rien que cela, pas de sexe. Elle-même est seule avec sa chienne Hilda et son nouveau travail est sans doute aussi important pour elle que pour ses clients.
    Très habilement, la romancière parle de la solitude, de la difficulté de vivre très isolé et très chichement, de l'anonymat des grandes villes, d'une génération de trentenaires qui semble en difficulté, sans vrai repère dans ce pays jamais nommé mais dont on imagine aisément qu'il est le sien, la Slovaquie, qui fut jusqu'en 1993, une partie de la Tchécoslovaquie communiste.
    Les personnages de Uršuľa Kovalik sont très présents, Gabriela en tête, mais ses clients itou, tous avec leur forte personnalité et leurs blessures visibles ou enfouies, et l'on apprendra à les connaître tout au long du roman.
    Deux-cent soixante-dix pages auraient pu paraître longues, et c'est au moment où l'on commence à y penser que l'auteure crée le rebondissement qui relance son histoire qui prend ainsi une tournure et une dimension différentes. Uršuľa Kovalik s'attarde aussi pas mal sur des descriptions de lieux, de la nature, de personnes, de situations pas forcément en rapport direct avec son histoire mais qui apportent un côté décalé, comme lorsqu'une conversation ou une réunion de travail nous ennuient -qui n'a jamais vécu cela?- et qu'on regarde dehors si les lieux le permettent où que notre esprit divague à la suite d'un mot entendu ou d'une attitude d'un collègue, c'est sain et naturel -enfin, ça l'est pour moi, j'espère ne pas être le seul dans ce cas, ça m'arrive souvent (j'espère que mon chef ne lit pas mon blog).
    Une auteure et un roman à découvrir qui débute justement par une des descriptions dont je parlais à l'instant, non dénuée d'humour, un humour présent malgré un thème pas toujours gai, un humour parfois noir, grinçant qui donne à la lecture un goût de légèreté tout en faisant passer le message :
    "La peinture marron fécal et bon marché des murs de l'agence pour l'emploi semblait ce matin-là un soupçon moins merdâtre. L'écorce rigide d'une branche, parsemée d'un jaune fluorescent, dessinait une longue ligne oblique sur le crépi du bâtiment. Des tickets de bus usagés traînaient au bord du trottoir, tels des vieillards desséchés sur une plage naturiste. Personne ne se pressait." (p.5)

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