Thierry Beinstingel

Thierry Beinstingel
Thierry Beinstingel, né à Langres en 1958, est cadre dans les télécommunications. Il a publié trois romans, Central (2000), Composants (mention du prix Wepler, 2002) et Paysage et portrait en pied-de-poule (2004).

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Avis (12)

  • Couverture du livre « Vie prolongée d'Arthur Rimbaud » de Thierry Beinstingel aux éditions Fayard

    Henri-Charles Dahlem sur Vie prolongée d'Arthur Rimbaud de Thierry Beinstingel

    Ceux qui suivent la carrière de Thierry Beinstingel ne seront pas surpris de voir l’auteur s’emparer de la vie d’Arthur Rimbaud. «Faux Nègres » était un titre emprunté à l’auteur des Illuminations et cette plongée dans les Ardennes était déjà l’occasion pour lui d’évoquer le poète et, sans...
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    Ceux qui suivent la carrière de Thierry Beinstingel ne seront pas surpris de voir l’auteur s’emparer de la vie d’Arthur Rimbaud. «Faux Nègres » était un titre emprunté à l’auteur des Illuminations et cette plongée dans les Ardennes était déjà l’occasion pour lui d’évoquer le poète et, sans doute, de poser les jalons de ce roman qui imagine ce qui se serait passé si le jeune homme n’était pas mort à l’hôpital de la Conception de Marseille le 10 novembre 1891 d’une tumeur au genou.
    À la suite du fâcheux concours de circonstances, la dépouille d’un pauvre hère est confondue avec celle du poète et sa sœur Isabelle se voit confier le cadavre d’un inconnu qu’elle va accompagner jusqu’à sa dernière demeure.
    Pendant ce temps Arthur Rimbaud se remet de sa maladie et voit là l’opportunité de commencer une nouvelle vie. Il s’appellera Nicolas Cabanis et, s’il a une jambe en moins, il a aussi une vie à rattraper.
    Il prend la direction du nord, veut se rapprocher de ses terres natales mais rester fidèle à sa promesse de ne plus écrire de poésie. Par étapes, il va devenir un entrepreneur respecté sous le pseudonyme de Nicolas Cabanis. Il seconde d’abord un horloger, avant de s’associer avec l’exploitant d’une carrière de marbre.
    De sa vie antérieure, il ne veut rien retenir, si ce n’est une dette envers Djami qui l’a accompagné durant ses expéditions. En se faisant passer pour un ami africain d’Arthur, il va prier sa sœur Isabelle de lui faire parvenir une somme d’argent. Cette dernière sera du reste la seule à connaître le subterfuge et à rendre visite à Nicolas, à partager quelques instants de cette nouvelle vie.
    Si elle croise Marie, l’épouse de Nicolas, suivra la naissance de leurs enfants et comprendra la douleur de son frère quand sa jeune épouse mourra, elle mettra davantage d’énergie à faire vivre l’œuvre du poète. On la voit contacter éditeurs, journalistes, écrivains pour reprendre point par point ce qui se publie. Elle souligne les erreurs, les contresens, argumente, va chercher des informations et corrige. Un acharnement qui ira jusqu’à énerver Verlaine, mais permettra aussi de ne pas oublier les merveilleux textes qu’il a laissés. Son beau-frère, Paterne Berrichon, sera lui aussi un ardent défenseur et illustrateur de sa vie et de son œuvre, lançant par exemple la souscription au monument à Arthur Rimbaud et rassemblant écrivains et artistes.
    Nicolas lui a choisi de tirer un trait sur ce passé. Et si, en parcourant la presse, il découvre ce qu’on dit de lui, il n’en retire qu’amertume et incompréhension. Ses exégètes font tous abstraction des quinze années en Afrique qui l’avaient profondément changé. Il était devenu «un homme courageux qui construisait sa vie dans ces contrées inhospitalières.»
    Tout juste peut-il esquisser un sourire en découvrant le texte de son ancien professeur de rhétorique Georges Izambard retraçant les facéties de son élève. Les hommages et même les rééditions de ces textes ne l’intéressent plus. Les poètes sont « maudits car on décide pour eux, on parle en leur nom, mais toujours derrière eux, toujours en retard.»
    Il s’intéresse davantage à l’économie, aux progrès des techniques. Il n’a de cesse de développer son entreprise, d’installer des machines, d’associer des compétences.
    Pour Thierry Beinstingel, cet engagement total apporte la preuve que l’homme n’a pas changé. Il a déjà été meneur d’hommes en tant que poète, en «traînant à sa suite les rimailleurs hésitants», puis en tant que négociant en Afrique où il a su s’entourer des «caravaniers les plus hardis» et désormais en tant que gérant, en dirigeant «cent métiers».
    Mais cette belle carrière va se heurter à la folie des hommes. La Première Guerre mondiale va le plonger de un grand dénuement, victime et témoin, seul et entouré de centaines de morts et de blessés.
    Pourtant l’auteur du Bateau Ivre saura une fois encore rebondir et se glisser «avec entrain et sans regret dans sa troisième vie».
    S’il apparaît que l’exofiction – un genre littéraire qui crée une fiction à partir d’éléments réels – marque une tendance lourde de cette rentrée littéraire, alors on peut se réjouir. Surtout si tous les romans sont de la veine de celui-ci, à savoir solidement documentés. Car ce n’est qu’ainsi que l’uchronie prend tout son sens, en crédibilisant le scénario imaginé. C’est le cas ici et c’est pourquoi je vous conseille la découverte de cette vie prolongée.
    http://urlz.fr/41O9

  • Couverture du livre « Vie prolongée d'Arthur Rimbaud » de Thierry Beinstingel aux éditions Fayard

    michel carlier sur Vie prolongée d'Arthur Rimbaud de Thierry Beinstingel

    Les 100 premières pages

    On est un peu déstabilisé au début de cette uchronie , Arthur Rimbaud qui ressuscite , ça surprend , surtout quand on éprouve une passion pour le poète .
    Alors voilà : à la suite d'une erreur d'un employé ivre , c'est le cadavre d'un clochard qui s'en va rejoindre le...
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    Les 100 premières pages

    On est un peu déstabilisé au début de cette uchronie , Arthur Rimbaud qui ressuscite , ça surprend , surtout quand on éprouve une passion pour le poète .
    Alors voilà : à la suite d'une erreur d'un employé ivre , c'est le cadavre d'un clochard qui s'en va rejoindre le caveau familial des Rimbaud à Charleville .
    Quant au poète , contrairement à ce que pensait la médecine , il guérit , il est unijambiste certes , mais il part de Marseille sous un nom d'emprunt .
    Il n'a alors de cesse de se rapprocher de ses Ardennes natales , sans toutefois désirer revoir de près sa famille , à l'exception de sa sœur qui l'a veillé à Marseille .
    Il finit par trouver un travail dans une carrière de pierre en tant que gestionnaire .
    Malgré quelques réticences au début , je me suis laissé embarquer dans cette histoire complètement rêvée .
    Et puis , heureux hasard , le jour où j'ai reçu le livre , je portais un T-shirt à l'effigie de Rimbaud ...

    Chronique complète
    Ce roman est bien conçu , il est bien écrit , les lieux et les sentiments des personnages sont bien décrits .
    On sent qu'il y a un travail de documentation important sur les conditions de vie fin 19ème siècle , aube du vingtième , et sur l'environnement culturel de l'époque , on découvre au passage un spécialiste de l'œuvre de Rimbaud , Paterne Berrichon .
    Et puis on devine aisément une bonne connaissance de la poésie rimbaldienne , le livre est truffé de citations extraites de ses poèmes . On prend vraiment plaisir à se plonger dans ce roman .
    Ce qui me gêne un peu , c'est le titre du roman , plutôt rebutant , pourquoi pas "la deuxième vie d'Arthur Rimbaud" ?
    D'une certaine manière , ce livre est un hommage rendu à l'œuvre de Rimbaud , mais surtout au personnage , "l'homme aux semelles de vent" . Sa vie est déjà un roman à elle seule .
    Et pour finir , je ne résiste pas à cette anecdote à propos de Charleville et du musée consacré à Arthur Rimbaud : en 2011 , après avoir donné un concert solo (avec deux danseuses de ballet ) dans le cadre du festival du Cabaret Vert (autre hommage au poète) , Peter Doherty a fait réveiller le conservateur du musée à trois heures du matin pour s'imprégner de la poésie de Rimbaud .
    Je crois qu'Arthur Rimbaud aurait adoré ...

  • Couverture du livre « Vie prolongée d'Arthur Rimbaud » de Thierry Beinstingel aux éditions Fayard

    Nicole Tribouilloy sur Vie prolongée d'Arthur Rimbaud de Thierry Beinstingel

    Rendez-vous de la page 100
    C’est avec réserve que j’ai commencé ce roman. Je me méfie des biographies inventées de personnes célèbres qui sont souvent extrapolations sans intérêt.
    Ce roman est une bonne surprise. Tout d’abord parce que l'auteur ayant imaginé qu'Arthur Rimbaud a changé...
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    Rendez-vous de la page 100
    C’est avec réserve que j’ai commencé ce roman. Je me méfie des biographies inventées de personnes célèbres qui sont souvent extrapolations sans intérêt.
    Ce roman est une bonne surprise. Tout d’abord parce que l'auteur ayant imaginé qu'Arthur Rimbaud a changé d’identité, le personnage historique ne vient pas faire écran au personnage littéraire.
    De plus, l’auteur arrive à mélanger habilement l’épopée de Nicolas avec le destin et les écrits d’Arthur Rimbaud. Il se sert de ce qui a existé pour créer du nouveau. Il ancre son roman dans la France de la fin du dix-neuvième siècle. Réalité et imagination concoctent un texte très intéressant.
    Pour l’instant, je lis avec plaisir ce roman, en espérant qu’il ne s’essouffle pas dans les trois cents pages qui restent.

    Chronique :
    Pourquoi vouloir prolonger la vie d’Arthur Rimbaud, lui qui a déjà eu deux vies distinctes et riches ?
    Thierry Beinstugel nous donne sa réponse : « Honorer, c’est figer et c’est toujours trahir. Ca commence par les difficultés de la représentation, l’infidélité des arts, mieux vaut l’abstrait, la fiction ou le roman pour imaginer et rendre. »
    Il imagine donc une fiction : Rimbaud ayant survécu à sa maladie, vit sous une fausse identité pendant trente ans. Il se marie, a trois enfants, réussit professionnellement. Et grâce à cette histoire, il nous dresse le portrait d’une époque, il nous cite l’œuvre du poète, il nous raconte sa vie (la vraie), il nous parle de l’acte de créer, il nous décrit une légende qui s’ébauche.
    Et tout cela par petites touches, intégré dans l’histoire, dans un style élégant au vocabulaire riche et précis.
    En refermant le livre, j’ai eu l’impression de mieux comprendre la complexité d’Arthur Rimbaud dont on a dit tout et son contraire. Les citations, toutes placées habilement en résonnance avec cette troisième vie de Rimbaud m’ont rappelé des lectures d’adolescence, m’ont permis d’entrer dans ces textes pas très faciles, de savourer ces quelques lignes comme des pépites, d’aller me plonger dans les poèmes entiers.
    Derrière la fiction, on sent une documentation solide, que ce soit littéraire, historique et sociologique.
    J’ai retenu beaucoup de bonnes raisons de lire ce livre :
    - L’intrigue qui m’a embarquée sans un moment d’ennui dans les trente ans de la vie de Nicolas/Arthur, maniant avec subtilité le rapport entre fiction et réalité ;
    - La biographie documentée et experte qui se construit tout au long du texte ;
    - L’œuvre de Rimbaud, citée à bon escient. Il est inutile d’être un lecteur averti de la poésie de Rimbaud pour apprécier ces citations ;
    - L’analyse du rapport de l’artiste à la création. Cette analyse n’est pas exhaustive, mais elle permet à chacun de réfléchir sur la place de la création dans la vie ;
    - Le plaisir d’un texte bien écrit, jamais pesant malgré des descriptions érudites, bien construit, qui ne m’a pas lâchée au fil des 400 pages.
    Le livre s’est autant adressé à ma réflexion qu’à mon émotion. Ou plus exactement, il m’a permis de connaître par l’imagination et les sentiments. Objectif atteint, Monsieur Beinstingel.
    Je n’ai pas été bouleversée, j’ai été conquise.

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