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Santiago H. Amigorena

Santiago H. Amigorena

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Avis sur cet auteur (36)

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    Couverture du livre « Le ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena aux éditions P.o.l

    Mumu Dans le Bocage sur Le ghetto intérieur de Santiago H. Amigorena

    C'est avec confiance que j'ai abordé ce roman dont on a beaucoup parlé lors de la rentrée littéraire de Septembre 2019, il recueillait de nombreuses excellentes critiques, le sujet était intéressant et peu traité : comment vit-on loin de ses proches en temps de guerre et plus encore quand...
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    C'est avec confiance que j'ai abordé ce roman dont on a beaucoup parlé lors de la rentrée littéraire de Septembre 2019, il recueillait de nombreuses excellentes critiques, le sujet était intéressant et peu traité : comment vit-on loin de ses proches en temps de guerre et plus encore quand ceux-ci sont les victimes d'une répression sans pitié.

    A la manière d'un tango, mon ressenti comporte plusieurs tempos. 

    J'ai dévoré les premières pages, suivant Vicente et ses amis Sammy et Ariel dans leur exil dès 1928 à Buenos Aires, découvrant leur amitié et les existences qu'ils s'étaient construites dans ce pays, m'attachant également à leur parfaite intégration dans cette nouvelle patrie. Vicente s'est forgé presque une nouvelle identité, se sentant argentin désormais comme il avait été polonais et formant Rosita et leurs trois enfants une famille heureuse jusqu'à ce que les inquiétudes, les questionnements de Vicente concernant le sort de sa mère et de son frère, Berl, restés en Pologne prennent le dessus au fur et à mesure que le temps passe, que les lettres se font plus rares et que les rares informations collectées dans la presse laissent présager le pire sur le devenir des juifs de Pologne et donc de sa famille.

    Une lecture sur la Shoah, l'Holocauste, le génocide quelque soit le nom qu'on donne à de tels actes, est toujours une lecture éprouvante et il n'y a pas de banalisation d'émotions. Autant de récit, autant de douleur, cela reste une plaie ouverte pour l'humanité d'autant plus quand se pose la question de la non dénonciation, du laisser-faire, de la responsabilité et dans le cas présent celle de Vicente qui oscille entre n'avoir pas tout fait pour sauver sa famille et son désir de se bâtir une nouvelle vie.

    J'ai été un peu surprise par l'écriture, certes fluide et tout à fait en accord avec les pensées et ruminations du personnage qui perd peu à peu la parole pour n'être que dans sa prison  intérieure mais à plusieurs reprises j'ai eu le sentiment de répétitions, d'un amoncellement de phrases, certes comme les pensées qui tournent en boucle mais qui à force alourdissaient le récit.

    L'auteur incorpore des informations historiques sur la façon dont la "solution finale" a été programmée et mise en œuvre par Hitler et ses sbires. Si vous n'avez jamais rien lu sur cette période, sur les faits, sur la manière de procéder vous allez apprendre sa génèse et son processus mais pour ma part, ayant déjà beaucoup lu et vu sur cette période, j'ai trouvé que cela "dispersait" le récit et j'aurai préféré qu'il reste plus axé sur ce qui me parait le plus important : le ressenti des "exilés" juifs quand ils ont eu connaissance de ce qui se produisait en Europe alors qu'ils vivaient en liberté.

    D'autres thèmes sont abordés : l'identité : religieuse, ici la judéité et devient-on citoyen du pays où l'on vit ou reste-t-on à jamais citoyen du pays de ces racines, des questionnements qui deviennent vitaux pour Vicente allant jusqu'à la presque folie, à l'enfermement intérieur, à se couper du monde qui l'entoure et de sa propre famille, ne s'exprimant plus et se plongeant dans le jeu comme moyen de se perdre, de tout perdre, jusqu'à envisager de disparaître.

    "Vicente allait éprouver une double haine de lui-même : il allait se détester parce qu'il s'était senti polonais et il allait se détester davantage encore parce qu'il avait voulu être allemand. Il allait éprouver une double haine de lui-même que jamais le fait de se sentir juif n'allait soulager. "Pourquoi jusqu'aujourd'hui j'ai été enfant, adulte, polonais, soldat, officier, étudiant, marié, père, argentin, vendeur de meubles mais jamais juif ? Pourquoi je n'ai jamais été juif comme je le suis aujourd'hui -aujourd'hui où je ne suis plus que ça." Comme tous les Juifs, Vicente avait pensé qu'il était beaucoup de choses jusqu'à ce que les nazis lui démontrent que ce qui le définissait étaient une seule chose : être juif.(p69)"

    Comment vivre libre, heureux quand d'autres sont opprimés d'autant plus quand il s'agit de vos proches et que vous avez le sentiment de ne pas avoir tout fait pour les sauver ? Se trouver des raisons à sa passivité, allant parfois par leur faire porter une part de responsabilité dans leur décision de rester mais ne pas malgré tout trouver la paix intérieure.....

    C'est un témoignage fort, éprouvant par la torture psychologique du personnage, son sentiment de culpabilité de vivre alors que ses proches souffrent, meurent, qu'il se refuse à croire l'incroyable alors que les rares lettres de sa mère lui confirment l'inimaginable, d'autant plus qu'il touche la famille maternelle de l'auteur qui s'autorise à présent à l'évoquer.

    Un roman que je recommande, qui n'est pas un coup de cœur, mais qui permet d'aborder cette période de l'histoire sous un autre angle.

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    Couverture du livre « Le ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena aux éditions P.o.l

    Marie Hélène Fasquel sur Le ghetto intérieur de Santiago H. Amigorena

    Un roman-témoignage qui mêle la petite et la grande histoire de façon très touchante, en particulier lorsque le narrateur souligne des faits historiques majeurs et des événements de la vie du protagoniste ou de sa famille, alternant les approches et soulignant l’absurdité et l’horreur de la...
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    Un roman-témoignage qui mêle la petite et la grande histoire de façon très touchante, en particulier lorsque le narrateur souligne des faits historiques majeurs et des événements de la vie du protagoniste ou de sa famille, alternant les approches et soulignant l’absurdité et l’horreur de la guerre.
    Un roman simple, humble mais d’une force inouïe.
    Un déchirement vu par un jeune expatrié, qui se sent coupable de ne pas partager le malheur de sa mère, de sa famille, de son peuple, qui vit son exil comme un abandon honteux.
    Il ne s’était pas particulièrement senti juif jusqu’à ce moment-là.
    « Qu’est-ce qui nous fait sentir une chose plutôt qu’une autre ? Qu’est-ce qui fait que parfois nous disons que nous sommes juifs, argentins, polonais, professeurs, chanteurs de tango ou joueurs de football ? Qu’est-ce qui fait que parfois nous parlons de nous-mêmes en étant si certains que nous ne sommes qu’une seule chose, une chose simple, figée, immuable, une chose que nous pouvons connaître et définir en un seul mot ? » (pp. 30-31)
    Face à l’horreur et à l’enfer de ne pas savoir, d’imaginer ce que vivent les Juifs dans toute l’Europe, Vicente se tait.

    « Et il marchait, et il pensait – et de nouveau tous les mots lui devenaient insupportables. » (p. 92)
    Un roman qui analyse l’antisémitisme et le sort des Juifs en Allemagne et dans les territoires occupés par les nazis, mais aussi les réactions de la communauté internationale et les sentiments de ceux qui étaient à l’étranger quand c’est arrivé, qui ont échappé au massacre et qui ne peuvent rien faire pour les leurs.
    Ceci explique le ghetto intérieur que Vicente crée et dans lequel il s’enferme pour ne plus ressentir la culpabilité, la rage, la peine indicible lorsqu’il pense aux siens.
    « Il acceptait, depuis des mois déjà, de se nourrir, de respirer. Il acceptait, depuis des jours et des jours, de vivre, de rester en vie. N’en était-ce pas déjà assez ? N’en était-ce pas déjà trop ? » (p. 102)
    L’incompréhension est aussi au cœur de ce roman.
    « Onze millions de personnes à assassiner. Peut-on penser l’impensable ? Peut-on comprendre l’incompréhensible ? » (p. 107) « Il aspirait à un silence si fort, si continu, si insistant, si acharné, que tout deviendrait lointain, invisible, inaudible – un silence si tenace que tout se perdrait dans un brouillard de neige. » (p. 122)
    S’extraire d’un monde qui le fait souffrir, et retourner en enfance en quelque sorte car la neige symbolise pour lui l’enfance et la Pologne.
    « Et de cette fuite immobile, dans cette quête incessante de l’ignorance, dans ce choix funeste d’une mort lente et méticuleuse, une seule chose allait lui permettre de survivre : le jeu. » (p. 163)
    En conclusion, un livre à lire sur une période historique clé, sur l’enfer vécu par tout un peuple, sur l’enfer d’un ghetto intérieur faute d’habiter le ghetto de Varsovie, sur la culpabilité des survivants. Un texte très fort !

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    Couverture du livre « Le ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena aux éditions P.o.l

    frconstant sur Le ghetto intérieur de Santiago H. Amigorena

    Le ghetto intérieur… un titre percutant pour un roman qui l’est bien plus encore.
    Santiago H. Amigorena, auteur argentin vivant actuellement en France, écrit ici un livre poignant sur la Shoa, sur l’identité juive, la culpabilité et le silence.
    Vicente Rosenberg est arrivé en Argentine en...
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    Le ghetto intérieur… un titre percutant pour un roman qui l’est bien plus encore.
    Santiago H. Amigorena, auteur argentin vivant actuellement en France, écrit ici un livre poignant sur la Shoa, sur l’identité juive, la culpabilité et le silence.
    Vicente Rosenberg est arrivé en Argentine en 1928. Il a rencontré Rosita Szapire cinq ans plus tard. Vicente et Rosita se sont aimés et ils ont eu trois enfants. Mais lorsque Vicente a su que sa mère allait mourir dans le ghetto de Varsovie, il a décidé de se taire. Ce roman raconte l’histoire de ce silence – qui est aussi devenu le mien, dit Santiago H. Amigorena en quatrième de couverture.
    Et le silence, l’auteur connait. Muet de naissance, il le vit dans ses tripes depuis longtemps. Ce qui ne l'a pas empêché, il est vrai, de s'exprimer à travers son oeuvre romanesque et les nombreux scénarios de film qu'il a signé. Un coup d’œil sur sa bibliographie suffit à nous en convaincre.
    Dans ce 10e roman, le silence est celui de la culpabilité de l’homme, Vicente Rosenberg, qui s’est toujours promis de revenir un jour vers sa famille à Varsovie. Mais, happé par le quotidien, l’espoir d’un monde de paix, les projets d’une vie de famille, d’une réussite professionnelle, il n’a pas pu entendre ce que disait sa mère dans ses lettres. Envoyées d’un Varsovie, terrain de jeux de l’antisémitisme nazis et des froids calculs d’anéantissement total d’un monde juif, ces besoins exprimés, ces manques et demandes apparaissent, de nos jours, comme d'évidentes alarmes. Comment de tels signaux n'ont-ils pas été mieux perçus ? Comment n’ont-ils pas déclenché les réflexes moraux à mettre en œuvre ? Voilà bien une réflexion bien-pensante qui ne tient pas compte des méandres de l'esprit capable de se construire tant de verrous et de cadenas face à l'impensable, l'inadmissible et pourtant bien réel quotidien du ghetto de Varsovie. Ce roman retrace la parallèle descente en abîme de l'Europe des années 30-40 et celle d'un émigré juif qui peine à se définir comme tel, sent que le monde bascule, mais ne sait comment contrecarrer ce glissement, cette perte d'humanité.
    Un roman puissant. Un angle d’approche de la Shoa original qui ne peut laisser indifférent. Peut-on imaginer cette ghettoïsation intérieure ? Peut-on deviner les forces de destruction qui murent un homme, un mari, un père, un fils dans un silence qui ne laisse aucune place à l’avenir, à la renaissance ? Santiago H. Amigorena nous donne d’y croire, même sans tout comprendre. Et il nous invite à nous laisser interpeller par le questionnement de Vicente Rosenberg. Qu’est-ce qu’être juif ? Et pour ceux qui ne le sont, qu’est-ce qui justifie l’antisémitisme et le silence devant celui-ci ?
    Avec une écriture simple, construite sur la juxtaposition de phrases courtes, de propositions qui marquent l’enchaînement logique de la pensée, l’auteur nous donne accès à la construction d'une réflexion vitale et aux questions qu’elle suscite, aux peurs ou envies de fuites qu’elle révèle. Le style de S. H. Amigorena nous prend par la main et nous conduit au cœur de ce silence, ghetto intérieur qui ne manquera pas de nous bousculer à propos de la vie, des choix à poser, des paroles à dire, des silences à partager.
    Un grand roman de cette rentrée littéraire de fin 2019 ! Je ne peux qu'en conseiller la lecture, de même que celle des excellentes critiques lues dans la Presse ou sur les sites de partages littéraires.

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    Couverture du livre « Le ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena aux éditions P.o.l

    Papyrus sur Le ghetto intérieur de Santiago H. Amigorena

    Ce roman est un cri silencieux.
    Comment exprimer ce que les mots ne peuvent pas dire?
    Vicente comprend depuis l'Argentine où il s'est expatrié qu'il ne peut rien… Et alors qu'il pensait s'être totalement émancipé de son passé polonais, de sa famille juive polonaise, de sa judéité, Vicente est...
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    Ce roman est un cri silencieux.
    Comment exprimer ce que les mots ne peuvent pas dire?
    Vicente comprend depuis l'Argentine où il s'est expatrié qu'il ne peut rien… Et alors qu'il pensait s'être totalement émancipé de son passé polonais, de sa famille juive polonaise, de sa judéité, Vicente est impitoyablement rattrapé par la culpabilité.
    Ne pas savoir, savoir, ne pas vouloir savoir. Vicente découvre le sentiment d'impuissance devant l'inconcevable projet nazis d'extermination programmée et industrielle du peuple juif.
    « Réagir de façon adéquate à l'incommensurable était impossible. Et celui qui exige cela des victimes devrait exiger du poisson jeté sur la rive qu'il se dépêche de se faire pousser des jambes pour retourner à petits pas dans son élément humide. »
    Günther Anders, Nous, fils d'Eichmann
    C'est par les courtes et sporadiques lettres de sa mère, retenue dans le ghetto de Varsovie avec son frère aîné, sa femme et son neveu, que Vicente va peu à peu plonger dans la conscience du drame qui se joue en Europe, une conscience si coupable qu'elle va le perdre à sa propre vie, qu'elle va l'entraîner au néant, le faire sombrer dans le grand vide de l'absence et de l'impuissance.

    Figurant dans beaucoup de sélections pour les prix de la rentrée littéraire 2019, le ghetto intérieur, malgré quelques passages que j'ai ressentis comme une sorte d'écholalie, parfois un peu lassante, est à mon avis une œuvre littéraire qui vient s'ajouter à la liste des grands textes dédiés à la mémoire de la Shoah. Certains extraits nous livrent une réflexion d'une très grande qualité. Bouleversant.

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