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Rigoni Stern Mario

Rigoni Stern Mario
Mario Rigoni Stern Enfance et adolescence sous la Grande Guerre, guerre en Russie, retour chez soi, travail, réflexions sur l'écriture, sur la force magique de la nature : Mario Rigoni Stern (1921-2008) aborde chaque question avec la clarté de ceux qui ont assisté à l'un des moments les plus d... Voir plus
Mario Rigoni Stern Enfance et adolescence sous la Grande Guerre, guerre en Russie, retour chez soi, travail, réflexions sur l'écriture, sur la force magique de la nature : Mario Rigoni Stern (1921-2008) aborde chaque question avec la clarté de ceux qui ont assisté à l'un des moments les plus dramatiques de l'histoire. Une œuvre précieuse et émouvante (Le Sergent dans la neige, L'Année de la victoire, Les Saisons de Giacomo), mais aussi un homme d'une très haute conscience morale.

Avis sur cet auteur (4)

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    Couverture du livre « Histoire de Tönle » de Rigoni Stern Mario aux éditions Verdier

    Les Lectures de Cannetille sur Histoire de Tönle de Rigoni Stern Mario

    Le plateau d’Asiago, situé sur les Préalpes de Vénétie, entre Vicence et Trente, est un lieu de mémoire un peu particulier. Au Moyen Age vient s’y installer une minorité ethnique d’origine bavaroise, les Cimbres. D'abord reconnue culturellement autonome par la République de Venise, cette...
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    Le plateau d’Asiago, situé sur les Préalpes de Vénétie, entre Vicence et Trente, est un lieu de mémoire un peu particulier. Au Moyen Age vient s’y installer une minorité ethnique d’origine bavaroise, les Cimbres. D'abord reconnue culturellement autonome par la République de Venise, cette communauté est englobée en 1815 dans le royaume lombard-vénitien, vassal de l’Empire d’Autriche, et, considérée à tort comme pro-allemande pendant la première guerre mondiale – cette petite partie des Alpes est en l’occurrence totalement dévastée en 1916 par la plus grande bataille de montagne de l’Histoire –, fait ensuite les frais de la politique d’italianisation menée par les fascistes. Ainsi s’éteint alors quasiment la langue cimbre, un isolat comme l’est le basque dans les Pyrénées.

    C’est en ces lieux au passé si singulier que naît et vit Mario Rigoni Stern. Lui qui grandit dans les ruines de la Grande Guerre se passionne pour les Alpins, dans lesquels il s’engage en 1938. Fait prisonnier par les Allemands, il s’évade, rentre à pied à Asiago et, quelque vingt ans plus tard, se lance dans l’écriture de ce qu’il considérera toujours modestement comme une œuvre mémorialiste, mais qui le classera parmi les auteurs classiques de la littérature contemporaine italienne. Premier volet d’une trilogie, Histoire de Tönle se nourrit de souvenirs rapportés ou vécus, faisant avec nostalgie la part belle à sa montagne d’origine, à la vie rude, pauvre, mais libre, des paysans et bergers habitués à n’y connaître ni maîtres ni frontières, jusqu’à ce que, ne laissant qu’une terre ravagée et pour longtemps inhabitable, la guerre ne vienne en sonner définitivement le glas.

    Berger, Tönle mène, en cette seconde moitié du XIXe siècle et comme, avant lui, tant de générations, l’existence rythmée par les saisons, par les travaux agricoles et par les traditions de son village. Pour joindre les deux bouts, mais aussi peut-être un peu parce que cette montagne à la frontière du royaume d'Italie et de l'Empire austro-hongrois appelle à l’aventure, il se fait contrebandier, colporteur, et sillonnant à pied toute l’Europe Centrale, exerce les mille métiers – soldat, mineur, jardinier, gardien de chevaux... – que ses boucles itinérantes mettent sur sa route avant de toujours le ramener auprès des siens et de ses moutons, sur ces alpages ailleurs desquels il ne saurait vivre longtemps. Lorsqu'en 1914 la guerre éclate et commence par lui rogner les ailes en le confinant du côté italien, il ne se doute pas encore qu'en plein sur la ligne de front, il ne restera bientôt plus grand chose des villages bombardés du plateau d'Asiago. Refusant de se joindre à la population déplacée, il restera le plus longtemps possible auprès de son troupeau, avant de connaître un sort fortement calqué sur celui de l’auteur lors du conflit suivant, mais à la conclusion immensément plus tragique. La guerre ne se contente pas de tuer et de détruire : elle accélère aussi les mutations de la société, tournant définitivement certaines pages. Sur le plateau d’Asiago si longtemps préservé, c’est le chant du cygne d’un mode de vie et d'une identité culturelle ancestrale qui mène au désespoir le vieux Tönle…

    La narration sans fioritures de Mario Rigoni Stern redonne vie à ces hommes et à ces femmes d’un autre siècle avec un réalisme et une authenticité sans défaut. L’on pense à Frison-Roche pour un certain nombre de points communs entre les deux hommes et leur œuvre. Quand, entre deux récits de montagne et d’aventure saharienne, l’écrivain français nous conte la sédentarisation forcée des Lapons, au même moment de l’autre côté des Alpes, l’auteur italien s‘attache à la mémoire du tout petit peuple cimbre, partageant, au fil de son écriture habitée et au travers d’un personnage clairement son alter ego, la nostalgie d’un homme épris de nature et de liberté pour qui la modernité fait figure de prison. Une bien belle redécouverte que nous permettent les éditions Gallmeister avec cette toute nouvelle traduction.

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    Couverture du livre « Histoire de Tönle » de Rigoni Stern Mario aux éditions Verdier

    Elizabeth Pianon sur Histoire de Tönle de Rigoni Stern Mario

    Une histoire qui se termine à la fin de la seconde guerre mondiale.
    C’est celle du berger Tönle et ça se passe sur le plateau d’Asiago, à la frontière de l’Italie et de l’empire austro-hongrois.
    Tönle a mené une vie de contrebandier, revenant régulièrement auprès de sa femme et de ses...
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    Une histoire qui se termine à la fin de la seconde guerre mondiale.
    C’est celle du berger Tönle et ça se passe sur le plateau d’Asiago, à la frontière de l’Italie et de l’empire austro-hongrois.
    Tönle a mené une vie de contrebandier, revenant régulièrement auprès de sa femme et de ses enfants.
    Une vie rude et harassante, au milieu des conflits entre pays.
    Dépaysement total dans les rudes montagnes, sur fond de guerre et de débrouille.
    Même s’il ne fut pas tout rose, ce fut un beau voyage dans le passé en compagnie de Tönle.

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    Couverture du livre « Le sergent dans la neige » de Rigoni Stern Mario aux éditions 10/18

    Dominique Jouanne sur Le sergent dans la neige de Rigoni Stern Mario

    Témoignage autobiographique remarquable d’un soldat italien envoyé avec son bataillon de tirailleurs alpins par Mussolini en 1943 pour soutenir l’armée allemande sur les rives du Don en Russie.

    Ce livre fait partie des rares ouvrages dont les premières lignes, les premières pages nous font...
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    Témoignage autobiographique remarquable d’un soldat italien envoyé avec son bataillon de tirailleurs alpins par Mussolini en 1943 pour soutenir l’armée allemande sur les rives du Don en Russie.

    Ce livre fait partie des rares ouvrages dont les premières lignes, les premières pages nous font comprendre immédiatement qu’on tient entre les mains un récit d’exception. Puissance d’écriture saluée par le monde littéraire international à raison, Primo Lévi entre autre, écrit que c’est un « miracle que Rigoni soit parvenu à garder son authenticité dans notre époque de fous ».

    Plus que les batailles acharnées, l’auteur dépeint avec les mots simples d’un talent hors norme, d’une voix de conteur posé, l’atmosphère humaine aux prises avec les combats, la faim, les longues marches, le froid glacial, les paysages enneigés, l’épuisement, la douleur physique ce, avec un regard constant sur la nature et un esprit de tolérance envers les Hommes. Il décrit la force et la ténacité que l’Humain a en lui. Sans jamais perdre de vue son humanité. Sans jamais maudire ni juger. C’est un hymne à la survie. A la vie. A vouloir vivre. Une lutte constante à ne pas mourir.
    « Maintenant et à l’heure de notre mort… »

    C’est une vibration intime qui dévoile une âme profondément pure malgré les conditions impensables d’atrocité relatées dans ses souvenirs de guerre qui transforme des hommes en pantins désarticulés proches de la folie pour ceux restés en vie…

    Au-delà de nous faire découvrir cette part d’Histoire de la 2eme guerre mondiale, toutefois peu connue, l’auteur a voulu laisser une trace de tous ces gens simples, compagnons et adversaires, pris dans le marasme des guerres sans savoir vraiment ce qu’ils y font au juste, ce qu’ils combattent et pourquoi, et le plus souvent simples victimes d’absurdités politiques.

    Un texte bouleversant et magnifique.

    Un bonheur de ne pas être passée à côté de cet auteur, un des grands écrivains italiens du XXe siècle disparu en 2008 qu’on ne peut que regretter et pour qui la presse internationale a rendu un vibrant hommage mérité.

    « Dans cette isba venait de se créer entre les soldats russes, les femmes, les enfants et moi, une harmonie qui n'avait rien d'une armistice. C'était quelque chose qui allait au-delà du respect que les animaux de la forêt ont les uns pour les autres. Pour une fois, les circonstances avaient amené des hommes à savoir rester des hommes. »

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    Couverture du livre « Sentiers sous la neige » de Rigoni Stern Mario aux éditions La Fosse Aux Ours

    Yv Pol sur Sentiers sous la neige de Rigoni Stern Mario

    Recueil de nouvelles construit en trois parties, la première étant plutôt des nouvelles romancées dans lesquelles parfois l'auteur se met en scène (elles paraissent plus romancées car l'auteur s'exprime par l'intermédiaire d'un narrateur en "il"), la deuxième est plus autobiographique (il...
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    Recueil de nouvelles construit en trois parties, la première étant plutôt des nouvelles romancées dans lesquelles parfois l'auteur se met en scène (elles paraissent plus romancées car l'auteur s'exprime par l'intermédiaire d'un narrateur en "il"), la deuxième est plus autobiographique (il s'exprime avec "je") et la troisième raconte le rapport que Mario Rigoni Stern entretient avec la nature dans sa vie quotidienne.
    Comme à chaque fois qu'il s'agit de nouvelles, je n'excelle point à les décrire et donner mon avis (si tant est que je puisse exceller en quoi que ce soit d'ailleurs). Les histoires qui m'ont le plus touché sont celles de la première partie, plus romancées car mettant en scène des personnages qu'on pense fictifs, mais qui vivent des situations réelles, celles qu'ont vécues des soldats italiens pendant la guerre.
    - ... comme tu es maigre , frère ! : la nouvelle qui ouvre le livre raconte l'errance d'un soldat évadé d'un camp de prisonniers en Prusse et qui marche des jours et des jours pour tenter de rallier son village, à la fin de la guerre. Il traverse des paysages qui ont changé, rencontre des Partisans pas toujours bien intentionnés, des civils qui l'aident. "A chaque coin de rue son regard tombait sur les ruines des bombardements, mais ça ne le troublait pas vraiment. Depuis des années, et sur des milliers de kilomètres, il n'avait vu que ruines et cadavres." (p.27)
    - Polenta et froumage, c'est bong... : sans doute la plus jolie des nouvelles, celle dans laquelle un vieil homme, ancien soldat qui ne marche plus beaucoup demande à sa petite fille d'aller sur les lieux de sa guerre en tant que Partisan. Il lui demande de regarder, de revoir certaines personnes et de tout lui raconter à son retour.
    - Ensorcellement : Lorenzo est un ouvrier sérieux et très qualifié, il travaille dans une scierie. Ouvier modèle jusqu'à ce que "Les yeux d'une jeune femme [pointent] sur lui. Plus profonds que le ciel nocturne, plus lumineux que le soleil sur la neige, humides comme ceux d'une jeune biche." (p.59)
    - Auberge de frontière : l'histoire d'une auberge au fil des ans de sa naissance en tant qu'abri pour la garde sanitaire en 1613 jusqu'aux toutes dernières années, sur la route qui relie la Vénétie au Tyrol.
    Dans toutes les nouvelles du livre il est question du pays de Mario Rigoni Stern, né en 1921 à Asagio, en Vénétie au Nord-est de l'italie (et mort au même endroit en 2008). Tout le relie à la tradition des bergers, de la polenta et du fromage à une certaine manière de vivre (ou art de vivre) à l'ancienne, où prendre du temps n'était pas un luxe ou un privilège. De la nostalgie et beaucoup de tendresse pour le pays et ses habitants humains et tous les autres animaux, oiseaux, écureuils, chevreuils, ... Beaucoup de poésie également, notamment dans la nouvelle intitulée Neige dans laquelle il décrit toutes les neiges de son pays de celle qui commence à tomber en octobre jusqu'à celle qui peut subvenir parfois en été.
    Un texte tout en sobriété, aucun mot n'est en trop, pas de grandes envolées pour décrire ses montagnes, ses marches ou la guerre. C'est du direct point dépourvu de poésie, des textes qui même lorsqu'ils sont plus anodins restent d'une qualité exceptionnelle.
    Mario Rigoni Stern est un écrivain incontournable en Italie, ami de Primo Levi, qui a lui aussi connu la guerre, les camps et dont les thèmes d'écriture principaux sont tous présents dans ce recueil. De lui, j'avais déjà lu et aimé Histoire de Tönle.