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Regis Messac

Regis Messac
Né en 1843, R égis M essac est un pacifiste convaincu. Critique littéraire, traducteur et romancier durant les années 1930, il fut gagné par un pessimisme acide, imaginant des contre-utopies dans Quinzinzinzili (1935, L'Arbre vengeur 2007, La Petite Vermillon 2017), La Cité des Asphyxiés (193... Voir plus
Né en 1843, R égis M essac est un pacifiste convaincu. Critique littéraire, traducteur et romancier durant les années 1930, il fut gagné par un pessimisme acide, imaginant des contre-utopies dans Quinzinzinzili (1935, L'Arbre vengeur 2007, La Petite Vermillon 2017), La Cité des Asphyxiés (1937) ou le posthume Valcrétin (prochainement réédité aux éditions de L'Arbre vengeur), récits qui présentent une vue panoramique de socié- tés futures ou parallèles. Arrêté par les allemands, Régis Messac est mort en Allemagne en 1945.

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    Couverture du livre « Quinzinzinzili » de Regis Messac aux éditions L'arbre Vengeur

    Les Ô grimoiriens sur Quinzinzinzili de Regis Messac

    Si ce livre est un OVNI, alors que doit-on penser de Régis Messac ?

    Quoi qu’il en soit, ce livre est surtout un cristal. Avec des défauts, certes, mais qui propose un prisme pour regarder notre société sous un autre jour, légèrement déformant, certes, pessimiste, certes, mais aussi tellement...
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    Si ce livre est un OVNI, alors que doit-on penser de Régis Messac ?

    Quoi qu’il en soit, ce livre est surtout un cristal. Avec des défauts, certes, mais qui propose un prisme pour regarder notre société sous un autre jour, légèrement déformant, certes, pessimiste, certes, mais aussi tellement actuel.

    Le personnage de Gérard Dumaurier est, avant toute chose, profondément agaçant. Seul adulte rescapé, on pourrait s’attendre à ce qu’il prenne les choses en main, ou au moins qu’il essaye. Bref, qu’il soit capable de se montrer responsable. Mais non, pas du tout. Tout au long du livre, il ne quitte pas sa position d’observateur, tout en se permettant de juger les enfants, qu’il décrit de façon très négative, tout juste capables de « pleurnicheries » et de « criailleries », « piaulant » et « geignant ». Visiblement, il déteste radicalement cette « poignée de galopins, ignares, ahuris, vicieux, superstitieux et peureux ». On peut d’ailleurs se demander ce que masque cette agressivité. Ne serait-ce pas de l’envie, celle de pouvoir regarder la vie juste comme elle se présente ?

    Gérard Dumaurier semble à la fois incarner le scientifique, qui se met en retrait et observe, prétendant à l’objectivité par sa non-intervention, l’archiviste, qui cherche à rassembler et à préserver – mais pour qui, demande-t-il plusieurs fois – et, en tant que représentant de l’ancienne société – celle dans laquelle vit Régis Messac, celle qui, dans le livre, disparait à l’occasion de la catastrophe -, il montre que l’humanité de 1935 est loin d’être parfaite. Sa position de simple témoin, qu’il revendique pourtant, est difficilement tenable, puisqu’en même temps, Dumaurier est plongé dans la situation, dont il ne peut réellement s’abstraire. Et pourtant, comme tous les pays et leurs populations, en 1935, il regarde son monde courir à sa perte sans réagir ! Enfin, l’attitude de Dumaurier n’est pas sans rappeler la façon dont certains explorateurs regardaient avec dédain des populations considérées comme attardées.

    On le comprend rapidement, l’objet du livre n’est pas de nous faire vivre l’aventure de ces survivants. Les descriptions restent sommaires, la psychologie des différents personnages n’est pas approfondie. Le sujet est ailleurs… et d’une modernité redoutable !

    En effet, que font ces enfants, dès leur sortie du carcan qui était le leur dans la société ? Ils commencent par inventer une religion, autour d’un dieu, Quinzinzinzili, transcription libre de la deuxième ligne du Notre Père (dans sa version latine) : « Qui es in caelis » (Qui êtes aux cieux). Ainsi, le premier réflexe du groupe, pour se rassurer, est de se rassembler autour d’incantations à destination de forces extérieures, invisibles, et, visiblement, absentes. Plus loin dans le livre, Quinzinzinzili se manifeste au travers de deux miracles qui n’en sont pas : les enfants lui attribuent le déclenchement du fusil qui permet de tuer le loup, et la résurrection de l’un d’entre eux, qui a seulement eu la chance de tomber d’une falaise sur des draps tendus avant la catastrophe, et qui amortissent sa chute.

    En parallèle, ils inventent collectivement un langage, par déformation des mots qu’ils entendaient mais ne comprenaient pas, à commencer par leur nom. Et qui dit langage dit groupe, ensemble. Pour survivre, ils doivent faire corps : c’est pour répondre à cette nécessité vitale qu’ils collaborent.

    Mais cette cohérence initiale vole rapidement en éclat. Le troisième « objet » social que réinventent ces enfants, c’est la violence, le meurtre et la guerre. Leur subsistance à peine assurée, il est temps de se battre pour prendre le pouvoir. Et c’est ici que l’un des personnages, celui d’Ilayne, la seule fille du groupe, prend toute sa place. Elle comprend très rapidement le pouvoir que lui donne sa rareté. Alors même qu’elle ne mesure pas à quel point la survie de l’humanité dépend d’elle, elle perçoit rapidement à quel point sa sexualité peut devenir un enjeu central pour les membres du groupe, dont elle peut tirer profit… et elle ne s’en prive pas !

    Le constat de Régis Messac peut sembler terriblement pessimiste : livrés à eux mêmes, les enfants se rassurent avec la religion, créent une langue, véhicule commun de leurs besoins, mais se déchirent dans la violence, et sont aisément manipulables si l’on joue avec leurs appétits charnels. Mais qui peut dire que ce constat n’est pas d’abord et avant tout terriblement réaliste ? Qui n’y retrouve pas certains épisodes vécus ?

    Une lecture au premier degré de ce livre serait sans doute décevante. Mais elle constitue surtout une formidable occasion de réflexion sur des questions universelles, comme, par exemple : qu’est-ce donc qu’être un humain ? On peut également y trouver un contre-point aux réflexions des penseurs du XVIIIe, Rousseau, Montesquieu, Rousseau, Hobbes, Locke… qui s’interrogeaient sur l’existence d’un « état de nature », sur l’importance d’un « contrat social », sur les modes possibles d’organisation sociale…

    Enfin, on peut voir dans ce livre une réflexion sur la vanité de l’homme, qui veut toujours croire que ses choix sont importants pour l’humanité, pour la Terre, pour les siècles à venir. Qu’ils soient importants individuellement, c’est évidemment indéniable, mais quelle prétention de vouloir croire que nos décisions ont une quelconque importance au-delà de nous-mêmes ! Et peut-être Gérard Dumaurier porte-t-il ce message que, finalement, rien n’est réellement important. Qu’il agisse ou qu’il n’agisse pas, qu’il se débatte ou ne se débatte pas, quelle importance ? Et on peut alors conclure, avec lui :

    « Oh, et puis…

    Qu’est-ce que ça peut me faire ?

    M’en fous. Quinzinzinzili !

    Quinzinzinzili ! »