Primo Levi

Primo Levi

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Avis (39)

  • Couverture du livre « Si c'est un homme » de Primo Levi aux éditions Pocket

    Mumu Dans le Bocage sur Si c'est un homme de Primo Levi

    Il y a des livres dont on sait qu'il nous faut les lire. Celui-ci était sur mes étagères depuis très très longtemps mais il faut choisir le moment pour le lire car on sait qu'on ne ressortira pas indemne, même si l'on connaît les faits, qu'on a déjà lu des témoignages entre autre celui de Simone...
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    Il y a des livres dont on sait qu'il nous faut les lire. Celui-ci était sur mes étagères depuis très très longtemps mais il faut choisir le moment pour le lire car on sait qu'on ne ressortira pas indemne, même si l'on connaît les faits, qu'on a déjà lu des témoignages entre autre celui de Simone Veil, que c'est une plaie qui ne se refermera jamais.

    Au moment où je rédige cette chronique je ne peux m'empêcher de songer qu'il y a des coïncidences (et ce n'est qu'une coïncidence) troublantes. En rentrant hier soir d'un comité de lecture, j'apprenais que Marceline Loridan-Ivens, autre voix-témoin des atrocités des camps de déportation, nous quittait. Comme Simone Veil, Primo Levi et elle (et d'autres anonymes ou non) œuvraient inlassablement pour que l'on n'oublie pas, jamais.

    J'ai refermé ce livre avec un profond sentiment d'indignation vis-à-vis des bassesses humaines. Jusqu'où peut aller la folie humaine, les atrocités perpétrées par certains qui au-delà des souffrances physiques vont jusqu'à s'attaquer à l'âme de l'homme, le ramener plus bas que terre, n'être plus rien, transparent, ignoré, n'être plus qu'un numéro 174 517 tatoué sur la peau qui, même pour les survivants, restera la trace de leur passé.

    Ils nous enlèveront jusqu'à notre nom : et si nous voulons le conserver, nous devrons trouver en nous la force nécessaire pour que derrière ce nom, quelque chose de nous, de ce que nous étions, subsiste. (p34)

    Marquer des êtres humains comme on marque un troupeau et encore ceux-là avaient une petite chance de survie d'un jour, quelques jours..... Les courts numéros étaient peu nombreux à son arrivée. Tenir un jour de plus relevait de l'exploit, de petite magouilles, d'entraide et parfois de haine et Primo Levi narre de façon presque urgente, comme si ce genre de souvenirs pouvaient s'oublier (Si c'est un homme a été publié 2 ans après sa sortie du camp).

    La redoutable sélection, ceux qui vont rester, ceux qui vont disparaître,  les exécutions, la potence, les travaux inhumains dans le froid qui finissent de détruire les corps qui n'ont déjà plus l'apparence d'êtres humains, la Faim omniprésente, trouver un peu plus que l'ordinaire pour tenir, pour ne pas faire partie des faibles qui disparaîtront à la prochaine sélection, les rivalités, les kapos et puis l'attente insoutenable des libérateurs, sans pratiquement aucune ressource. Le compte à rebours est lancé : qui les verra, qui vivra ce jour tant attendu et après......

    Primo Levi veut rendre hommage à tous ceux qui n'en sortiront jamais et à ceux qui une fois sortis, n'ont pas survécu parce que le passé encore trop présent, parce que le passé a laissé trop de traces, trop de douleurs, parce que même pour l'auteur survivre a été un combat à l'époque mais aussi après (il s'est suicidé en 1987).

    Le récit se divise en deux parties : son arrestation, le voyage vers l'enfer, l'arrivée, la découverte et la vie dans le camp. Le processus d'annihilation totale des êtres humains est extrêmement bien restituée, disséquée : la méthode, la dureté des traitements, la lucidité du narrateur sur son environnement.

    Les loques ne se révoltent pas. (p288)

    Primo Levi a ensuite jugé intéressant de partager dans un appendice à la fin du livre les principales questions qui lui étaient posées lors de conférences ou de rencontres afin de témoigner, d'expliquer inlassablement, ce dont il avait été témoin afin d'espérer qu'un jour cela ne puisse pas se reproduire.... Il explique parfaitement pourquoi et comment les nazis pensèrent et mirent en œuvre l'anéantissement des juifs, les peuples connaissaient-ils l'existence de ces camps, a-t-il retrouvé des survivants qui partageaient son bloc.

    J'ai trouvé intéressant sa réponse à la question :

    On ne trouve pas trace de haine à l'égard des Allemands (...) ni même de désir de vengeance. Leur avez-vous pardonné ?
    La haine est assez étrangère à mon tempérament. Elle me paraît un sentiment bestial et grossier, et dans la mesure du possible, je préfère que mes pensées et mes actes soient inspirés par la raison ; c'est pourquoi je n'ai jamais, pour ma part, cultivé la haine comme désir primaire de revanche, de souffrance infligée à un ennemi véritable ou supposé, de vengeance particulière. (p277)

    On ressent à la fois l'implacabilité des faits, l'absurdité (parfois avec une pointe d'humour) de certaines consignes, certains réglements, l'humiliation permanente, la faim, le froid, la promiscuité,  ne nous faisant part uniquement de ce qu'il a vécu, vu, entendu, se jugeant privilégié car ayant survécu grâce à sa formation de chimiste qui lui a permis les derniers mois d'avoir un poste "enviable" dans le camp, de tenir mais aussi la douleur, un sentiment de culpabilité qui l'envahissent petit à petit, car au-delà du quotidien du camp c'est aussi un regard sur notre humanité, ce que l'homme peut devenir : bourreau, victime.

    Ce livre est un témoignage écrit dans l'urgence de faire connaître au monde l'horreur, il n'y a pas une recherche d'écriture, la construction du récit est chronologique, dans la restitution d'un vécu, comme un journal des 9 mois vécus à Auschwitz et comme il le dit lui-même dans sa préface :

    J'ai eu la chance de n'être déporté à Auschwitz qu'en 1944, alors que le gouvernement allemand, en raison de la pénurie croissante de main-doeuvre, avait déjà décidé d'allonger la moyenne de vie des prisonniers à éliminer, améliorant sensiblement leurs conditions de vie et suspendant provisoirement les exécutions arbitraires individuelles (...) Il me semble inutile d'ajouter qu'aucun des faits n'y est inventé. (p7-8)

  • Couverture du livre « Si c'est un homme » de Primo Levi aux éditions Pocket

    Nath Bertrand sur Si c'est un homme de Primo Levi

    « Alors, pour la première fois, nous nous apercevons que notre langue manque de mots pour exprimer cette insulte : la démolition d'un homme. En un instant, dans une intuition quasi prophétique, la réalité nous apparaît : nous avons touché le fond. Il est impossible d'aller plus bas: il n'existe...
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    « Alors, pour la première fois, nous nous apercevons que notre langue manque de mots pour exprimer cette insulte : la démolition d'un homme. En un instant, dans une intuition quasi prophétique, la réalité nous apparaît : nous avons touché le fond. Il est impossible d'aller plus bas: il n'existe pas, il n'est pas possible de concevoir condition humaine plus misérable que la nôtre. Plus rien ne nous appartient: ils nous ont pris nos vêtements, nos chaussures, et même nos cheveux; si nous parlons, ils ne nous écouteront pas, et même s'ils nous écoutaient, ils ne nous comprendraient pas. Ils nous enlèveront jusqu'à notre nom: et si nous voulons le conserver, nous devrons trouver en nous la force nécessaire pour que derrière ce nom, quelque chose de nous, de ce que nous étions, subsiste. »



    J’évoque souvent ici de « lectures nécessaires ». Elles le sont pour moi dès l’instant où elles évoquent des notions qui me semblent aussi indispensables que vitales, à savoir la Liberté, l’Egalité, la Fraternité et la Paix.

    J’ai envie aujourd’hui de vous rappeler une œuvre magistrale. De celles que l’on ne peut oublier. La preuve, elle reste gravée dans ma mémoire depuis mes années lycée, il y a… quelque temps. Un texte qu’il convient de transmettre, de partager, encore et toujours. Un grand « classique ». Il s’agit de « Si c’est un homme » de Primo Levi.

    Il est bien difficile, j’en suis consciente, d’en extirper la substantifique moelle, tant aborder ce témoignage est compliqué, car il est si… (vous mettrez dans ces pointillés ce que vous en aurez retenu), que plaquer des mots dessus pourrait revenir à le banaliser. Et pourtant !

    Primo Levi est un rescapé d’Auschwitz. L’un des rares juifs a avoir survécu à l’horreur. Il témoigne de l’indicible, de l’inadmissible totalement admis dans un pays soumis au régime nazi.

    Si c’est un homme n’est pas un énième témoignage sur l’horreur concentrationnaire. L’auteur aborde le sujet sans haine. Pour dire. Pour perpétuer ce devoir de mémoire qui me semble indispensable en ces temps où l’extrémisme le plus nauséabond répand d’infects effluves, partout dans le Monde. Le sujet, dans toute son horreur, est abordé d’un ton neutre, quasi journalistique, ce qui ne fait qu’accroître ce sentiment d’effroi qui vous saisit au fil des pages.

    Primo Levi livre donc là un témoignage unique, parsemé d’allusions à la Divine Comédie de Dante, notamment le chant d’Ulysse. Il parvient à déposer des traces humaines au plus profond d’un cloaque d’inhumanité. Sans doute pour survivre. Certainement pour dire. Pour qu’à notre tour, nous disions.

    « La conviction que la vie a un but est profondément ancrée dans chaque fibre de l’homme, elle tient à la nature humaine »

  • Couverture du livre « Si c'est un homme » de Primo Levi aux éditions Pocket

    Caro Caro sur Si c'est un homme de Primo Levi

    C’est le livre Une vie, de Simone Veil, qui m’a donné envie de découvrir ce « classique » que je n’avais jamais lu. Non que je sois particulièrement passionnée par cette sombre période historique, ni que je cherche à tout prix à accumuler les témoignages, mais les mots de Simone Veil, qui...
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    C’est le livre Une vie, de Simone Veil, qui m’a donné envie de découvrir ce « classique » que je n’avais jamais lu. Non que je sois particulièrement passionnée par cette sombre période historique, ni que je cherche à tout prix à accumuler les témoignages, mais les mots de Simone Veil, qui s’étend très peu sur sa propre expérience à Auschwitz finalement, m’ont touchée et donné envie de lire un récit plus circonstancié si l’on peut dire.

    Primo, ingénieur chimiste, est raflé avec d’autres juifs de Turin. Il est envoyé au camp d’Auschwitz en février 1944. De cet univers d’hommes jeunes (les femmes, enfants et vieux ont vite disparu de leur vue), il raconte la promiscuité, la faim, le travail harassant. Mais aussi l’organisation qui étonnamment découle inexorablement de toute assemblée d’êtres humains, peu importe leurs conditions de vie. Une organisation dont il faut très vite comprendre les rouages, les règles, sous peine de se faire voler son pain, battre encore plus, affecter aux tâches les plus pénibles, subir la « sélection »… Une organisation avec une hiérarchie qui peut protéger ou malmener, des règlements en dehors de toute humanité, des amitiés fortes aussi, malgré tout.

    Entre ceux qui ont irrémédiablement perdu leur part d’humanité, ceux qui pensent la garder en étant plus brutaux que nécessaire, ceux qui luttent pour leur vie, pour l’avenir ou tout simplement pour arriver au lendemain, ceux qui se pensent supérieurs… c’est un condensé de l’humanité dans toutes ses composantes, dans des conditions de vie extrêmes.

    Dans une écriture très forte, oscillant entre détachement et précision naturaliste, Primo Levi décrit très bien le processus de déshumanisation mis en oeuvre par les nazis, et toute l’horreur des mécanismes mis en oeuvre. C’est un témoignage incontournable sur un épisode historique insoutenable, mais qu’il faut néanmoins garder en mémoire…

    L’édition que j’ai lue comportait une partie documentaire avec une interview de l’auteur, une préface de livre, et des réponses (à destination des lycéens) répondant aux questions qui lui ont le plus souvent été posées. J’ai beaucoup apprécié ces compléments, qui permettent en effet d’ajouter des éléments d’information sur l’époque ou le ressenti de Primo Levi à d’autres moments.

    https://mesmotsmeslivres.wordpress.com/2018/02/27/si-cest-un-homme-de-primo-levi/

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