Paul Greveillac

Paul Greveillac

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Avis (7)

  • Couverture du livre « Maîtres et esclaves » de Paul Greveillac aux éditions Gallimard

    Christine MESTIK sur Maîtres et esclaves de Paul Greveillac

    La Chine vue de l'intérieur à travers le destin de Tian Kewei, un enfant de la révolution au destin particulier...

    C'est avec un grand plaisir que je me suis laissé embarquer dans ce voyage au cœur de la Chine rurale et féodale de la fin des années 40, dans cette région du Sichuan où la...
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    La Chine vue de l'intérieur à travers le destin de Tian Kewei, un enfant de la révolution au destin particulier...

    C'est avec un grand plaisir que je me suis laissé embarquer dans ce voyage au cœur de la Chine rurale et féodale de la fin des années 40, dans cette région du Sichuan où la tradition millénaire conditionne depuis toujours les rapports humains et sociaux, pour y découvrir sous la plume experte et poétique de Paul Greveillac, les membres de la famille Tian.
    On y fait rapidement la connaissance de Tian Kewei, le fils unique d'un couple de "paysans riches" né en octobre 1950, juste un an après la République Populaire. Bientôt, la Chine millénaire et immobile va se mettre en mouvement, trembler de ses premiers soubresauts révolutionnaires et la vie quotidienne de notre petite famille va s'en trouver bouleversée... Bientôt, la collectivisation des terres, la suspicion, les dénonciations, la famine, l'autocritique instaurée en système, la "justice" populaire et ses dérives, la mort souvent prévisible et inévitable vont faire leur apparition dans le petit village de Kewei, que son père a tout de même réussi à initier en secret à l'art.
    Dès lors, l'âme d'artiste de Tian Kewei, héritée d'un père qu'il devra même aller jusqu'à renier, va guider son destin. Traversant les péripéties de la révolution culturelle, l'enfant va connaître la famine, la misère, la peur, la soumission, la séparation, la solitude puis la chance d'être distingué, Pékin, les fonctionnaires influents qui peuvent d'un trait de crayon vous propulser ou au contraire vous effacer. Ce roman nous emmène dans les coulisses de ce que fut la Chine de Mao Sedong, le dogme du Petit Livre Rouge et les aléas des luttes de pouvoir qui bousculent sans cesse la vie des hommes et bien sûr en particulier celle de Tian Kewei qui essaie de se faire une place dans le monde des arts et de la propagande d'Etat. Nous y suivons le cours de sa vie, son mariage, la naissance de son fils avec lequel le lien est à la fois fort et ténu...
    Parfois légèrement indigeste en raison de la complexité des descriptions "politiques", de l'entrée en grâce ou en disgrâce des protagonistes, j'ai parfois trouvé quelques longueurs et confesse avoir lu en diagonale quelques chapitres du derniers tiers. J'aurais également aimé une fin plus fouillée plus proche des personnages que l'on a suivi au cours du roman.
    Cependant, ce roman foisonnant, complexe, touffu m'a tenu en haleine et m'a permis une plongée en apnée dans cette Chine des années 50 à 80, au travers de la plume remarquable de Paul Greveillac un auteur dont j'ai aimé les tournures poétiques (au point que je l'ai pensé d'origine asiatique), les ellipses, le lyrisme. Sans aucun doute, un roman qui mérite, malgré les quelques bémol cités plus haut, une place de choix au sein de cette rentrée littéraire 2018!

  • Couverture du livre « Maîtres et esclaves » de Paul Greveillac aux éditions Gallimard

    Lindsay Hardy sur Maîtres et esclaves de Paul Greveillac

    Avis de la page 100

    Aimantée par les 100 premières pages, j'ai littéralement dévoré les prémices de la vie du jeune Kewei. Avec force de détails et de poésie, Paul Greveillac manie une langue superbe pour nous faire voyager dans l'impitoyable Chine Maoïste. Entre famine, gardes rouges et...
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    Avis de la page 100

    Aimantée par les 100 premières pages, j'ai littéralement dévoré les prémices de la vie du jeune Kewei. Avec force de détails et de poésie, Paul Greveillac manie une langue superbe pour nous faire voyager dans l'impitoyable Chine Maoïste. Entre famine, gardes rouges et propagande, la vie du protagoniste n'est pas de tout repos. Heureusement, il peut compter sur la légèreté de son père, paysan et peintre amateur, qui l'initie à la sensibilité de l'art et la contemplation. Puis au côté de Li Fang et Gao, il connaîtra l'amour et l'amitié comme la tristesse et l'impuissance. La vie de Kewei ne fait que commencer !

    Sous couvert de Révolution Culturelle, de Grand Bond en avant et de régime communiste, le romancier livre l'histoire touchante et fascinante d'un peintre en devenir. Entre odeur de terre et goût du sang, j'ai hâte de savoir ce que l'avenir réserve au jeune Kewei. Va-t-il épouser Li Fang ? Vivre de sa passion ? Mais à quel prix ? Vite, la suite !

    Critique :

    Dans cette fresque historique de la Chine de Mao à nos jours, Paul Greveillac propose de suivre la vie du peintre Tian Kewei avec son lot de malheurs et si peu de bonheur. En maniant une langue riche et poétique, il a réussi à me faire voyager dans l’impitoyable Chine maoïste, dépeindre un régime politique et social, mais aussi retranscrire l’ambiance délétère qui envahit peu à peu ce pays. Car malgré la rudesse de la vie dans la campagne chinoise de 1950, Kewei peut compter sur la légèreté de son père, paysan et peintre amateur, qui l’initie à la sensibilité de l’art et de la contemplation sous couvert des critiques maternel. Quel avenir pour cet enfant promis au dur labeur ?

    Alors que la Révolution Culturelle est en marche, la collectivisation des terres bat son plein, flanquée de la famine qui va avec. En perdant successivement les habitants de son village jusqu’à son père, Kewei subit de plein fouet l’effet du Grand Bond en avant qui secoue la Chine sans perdre pour autant son attrait pour le dessin, au grand dam de sa mère. Et si ce don si souvent décrié, devenait un jour son salut ? Repéré par un garde rouge, Kewei est bientôt envoyé aux Beaux-Arts… Entre rééducation, gardes rouges et propagande, la vie du protagoniste n'est pas de tout repos. L’auteur écrit avec force de détails le basculement de cet être amoureux de dessin, peu à peu gangréné par un régime totalitaire, qui va perdre lentement ses racines.

    Aimantée par l’enfance et l’adolescence du personnage, qui font la première grande partie du roman, je l’ai moins été par la suite. Tandis que le romancier en bousculant les émotions plante son décor rural au pied de l’Himalaya, les longueurs en milieu de roman ont eu raison de moi. Changements politiques, manœuvres et luttes de pouvoir prennent le pas sur les couleurs de l’enfance pour lentement détruire les idéaux d’un jeune prodige. Toutefois, l’espoir renaît avec la progéniture de Kewei, soumis aux bouleversements d’une nouvelle génération.

    Transmission ratée, désillusions ou encore crise identitaire, ce vibrant portrait est bien plus qu’un hommage à toutes celles et ceux qui ont participés au « futur » chinois. Ici, la culture revêt ses plus beaux habits pour se débattre et exister par elle-même. Alors que l’art est relégué au rang de propagande, Paul Greveillac l’utilise comme témoin d’un temps passé pour expliquer. C’est donc avec lyrisme que la plume de l’écrivain m’a montré la tendresse, mais aussi la passivité de ce peintre au potentiel artistique mal exploité, trop exploité ? Des sentiments refoulés de Kewei, j’ai malgré moi ressenti une vague d’empathie envers cette vie soumise et décharnée.

  • Couverture du livre « Maîtres et esclaves » de Paul Greveillac aux éditions Gallimard

    Itzamna Librairie sur Maîtres et esclaves de Paul Greveillac

    Explorateurs de la rentrée littéraire 2018 -
    La République Populaire de Chine naît le 1er octobre 1949. Tian Kewei, lui, arrive tout juste un an plus tard, en octobre 1950, dans une famille de "paysans riches", une classe qu'il portera comme un fardeau sa vie durant et qu'il tentera de faire...
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    Explorateurs de la rentrée littéraire 2018 -
    La République Populaire de Chine naît le 1er octobre 1949. Tian Kewei, lui, arrive tout juste un an plus tard, en octobre 1950, dans une famille de "paysans riches", une classe qu'il portera comme un fardeau sa vie durant et qu'il tentera de faire oublier en gravissant progressivement les échelons du système maozedong.

    "Paysans riches" : un terme bien impropre pour désigner ces petits paysans pauvres propriétaires de leur masure et d'un petit lopin de terre qui leur permet tout juste de nourrir la famille. Sauf qu'à l'époque du "Grand bond en avant" conçu par le grand Mao Zedong, il n'est plus question de propriété privée : la nouvelle politique économique conduite entre 1958 et 1960 avait pour but notamment de stimuler la production par la collectivisation de l'agriculture. Sauf que ce grand projet, conduit à marche forcée et dans la contrainte, n'a pas eu le succès escompté. Tian Kewei a 8 ans quand la grande famine se déclare. Longtemps cachée au monde par le gouvernement chinois, il s'avère que cette famine a provoqué la mort d'environ 35 à 45 millions de personnes entre 1958 et 1963 (dont la moitié au cours de la dernière année). Dans ce contexte dramatique, Mao Zedong tient son pays d'une main de fer, à grand renfort de propagande et d'exécutions sommaires, et publiques.

    C'est dans ce contexte que grandit Kewei, entre les rêves de son père, artiste dans l'âme, menacé par la ligne terrifiante du parti, des gardes rouges comme de l'armée populaire de Chine, et sa mère qui tente de faire survivre sa famille et de cacher les errances de son mari. Accusé d'être un droitier, le père de Kewei prend plaisir à parcourir la campagne, à observer et peindre la nature, les paysages… des sujets interdits par les consignes du Petit livre rouge, qui forgeront les prémices de la Révolution Culturelle quelques années plus tard.

    Pour sauver sa peau d'abord, et celle de sa famille, pour survivre et pouvoir manger, Tian Kewei s'écarte peu à peu des traces de son père et peint dans le respect des consignes culturelles et politiques. Il transmet une image souriante et victorieuse de la Chine populaire de Mao. Sa soif de reconnaissance et de sécurité, son ambition aussi, en feront bientôt un instrument discipliné et zélé de la Révolution Culturelle engagée par Mao.

    Tian Kewei est un instrument de l'Histoire et à travers sa vie, Paul Greveillac nous immerge dans la Chine de Mao. C'est ce que j'ai adoré dans ce récit dense, d'une très grande richesse historique : traverser l'histoire d'un pays sur les épaules de personnages si vivants, ambigus parfois, effrayés souvent, ayant des convictions… tels que Kewei, sa femme Li Fang pétrie de traditions et d'un sens de l'honneur exacerbé, puis leur fils Xiazhi, membre d'une génération sacrifiée de la Nouvelle Chine.

    Il vous faudra aimer l'Histoire, la politique et ses méandres douteux, il vous faudra vous intéresser aussi à l'Art et à cette frontière entre création et propagande où Tian Kewei excelle. Le volet historique est particulièrement riche et merveilleusement traduit à travers le parcours de Kewei. J'ai parfois frôlé l'indigestion, mais j'ai chaque fois été relancée par les récits des personnages de ce récit, principaux comme secondaires. J'ai été passionnée par le récit qui est fait de la propagande, des aléas de la position de chacun dans le système, du rôle de la censure…

    Il faut dire que la plume de Paul Greveillac est un ravissement : j'aime ce qu'elle raconte mais je suis également très touchée par la manière dont elle le dit. Poétique, elle convoque des images tellement vivantes et réalistes, que ce soient les paysages de cette Chine en plein bouillonnement, ou les peintures décrites. J'ai découvert de nombreux artistes dans ce roman touffu, réels ou tout droit sortis de l'imagination de l'auteur. J'ai découvert une histoire de la Chine qui m'était totalement inconnue, en dehors de ce drame de la place Tian Anmen en 1989 dont je n'avais finalement pas su grand chose. Les massacres de la jeunesse en révolte contre la corruption d'une Chine de l'après révolution culturelle, et qui firent entre 1 000 et 7 000 morts selon les sources, seront le point final de ce récit au goût d'épopée.

    En conclusion, les 357 pages qui ont suivi mon premier avis à la page 100, ne m'ont pas déçue ! J'ai retrouvé dans ce récit tout ce que j'apprécie en littérature : la langue, le contenu, la densité historique, la précision des personnages, la richesse du récit, la poésie des images… Une magnifique découverte. Et oui, on peut dire un coup de cœur.


    Pour mémoire : avis de la page 100

    Direction la Chine de l'après seconde guerre mondiale où les gardes rouges tentent de faire table rase du passé pour construire le nouveau citoyen chinois. Et voici un livre qui commence bigrement bien ! Grâce à l'écriture de l'auteur d'abord, magnifique. J'aime quand les auteurs se donnent la peine de travailler la langue, au-delà de l'histoire, cherchent à mettre de la poésie dans leur texte. Et là, j'ai été emporté dès les premières lignes.
    Le récit, ensuite, qui mêle petite et grande histoire, et ça, j'adore. L'auteur nous conduit ici dans un village du Sichuan de l'après guerre quand la Chine veut montrer au monde que le modèle collectiviste prôné par le parti peut devenir la référence : guerre des idées et de territoire (Tibet), la grande Révolution traverse le moindre village, au détriment de la population, sommée de servir son grand dessein.
    J'ai hâte de connaître le destin de Kewei et, surtout, d'avoir son regard sur sa vie et son parcours, au crépuscule de celle-ci. A suivre...

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