Patrick Grainville

Patrick Grainville
Patrick Grainville est né en 1947 à Villers (Normandie). En 1976, il a obtenu le prix Goncourt pour Les Flamboyants. Bison est son vingt-quatrième roman.

Avis (7)

  • Couverture du livre « Falaise des fous » de Patrick Grainville aux éditions Seuil

    Dominique JOUANNE sur Falaise des fous de Patrick Grainville

    Projecteur sur la vie française de 1868 à 1927 vue sous le prisme des artistes peintres et écrivains de l’époque. Patrick Grainville signe une œuvre dense et monumentale, un travail à couper le souffle et qui force l’admiration, en abreuvant le lecteur d’érudition sous une plume...
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    Projecteur sur la vie française de 1868 à 1927 vue sous le prisme des artistes peintres et écrivains de l’époque. Patrick Grainville signe une œuvre dense et monumentale, un travail à couper le souffle et qui force l’admiration, en abreuvant le lecteur d’érudition sous une plume talentueuse.

    Les 642 pages de ce roman se tournent à la vitesse de l’actualité qui a couvert cette période entre 2 siècles, du cheval à l’avion, de la naissance de l’impressionnisme au cubisme, une suite de tableaux dépeignant la société, ses progrès industriels et ses drames sociaux dont la débâcle de 1870, les révoltes populaires, l’affaire Dreyfus, l’émancipation des femmes, la fin du tsarisme, les mouvements politiques, les actions syndicalistes ou encore la guerre de 14-18 suivie d’une rancœur allemande qui va marcher de plus en plus bras tendus vers un führer habité par une sourde fureur.

    Dans cette lecture, une forme de réalisme du vécu est saisissante. Pour ce faire, l’auteur campe un narrateur et c’est ce narrateur, Charles Guillemet, qui va nous livrer ce témoignage biographique époustouflant.

    « J’étais revenu d’Algérie en 1867, à 20 ans, après quelques mois de mission avortée. Je m’étais engagé par esprit d’aventure. (…) Lors d’une énième opération des rebelles, j’avais fini par être blessé d’une balle me blessant le fémur. »

    Orphelin, Charles revient chez son oncle à Rouen. Cet oncle, Armand, riche commerçant dans l’import- export, propriétaire terrien, va le prendre sous son aile et le protéger.
    « L’oncle Armand gardait, à cette époque, une apparence assez froide, contrôlée. Mais je sais aujourd’hui que derrière ce rempart de neutralité il avait un réel souci de moi et se sentait responsable vis-à-vis de sa sœur. Peut-être coupable… (…) Quand je fus rétabli, il comprit que je me plaisais au bord de la mer. Il me confia l’entretien de la maison et la responsabilité de deux fermes. Mon travail consistait en gardiennage, en visites, prises de décisions de travaux, agrandissements, réparations. En vérifications de comptes. …) Puis il m’acheta un voilier.»

    Dès lors, installé dans une maison d’Etretat, Charles va alors faire des rencontres majeures dont celle de Monet débutant, peignant la mer. Courbet qu’il va adorer. Sa voisine, la femme d’un riche industriel visionnaire qui en devenant sa maitresse va l’initier aux beautés de l’art.

    Patrick Grainville va emmêler une sensualité à fleur de peau et de cœur entre les deux familles voisinant et faire intervenir, dans des pans biographiques importants, tous les artistes qui sont venus à Etretat ou dans sa région et ils sont nombreux et majeurs : Monet, Courbet, Manet, Boudin, Degas, Flaubert, Maupassant, Hugo, Proust, Picasso, etc. Exprimer leurs folies sur une falaise… Que d’intellectualité, de savoir transmis et offert au lecteur avec la générosité d’un écrivain érudit.

    Le nattage amoureux et familial va permettre à l’auteur de donner la parole à des avis divergents à ces gens de fortune bourgeoise à l’éducation critique et intellectuelle. Une vue éclairée sur tous les sujets majeurs de l’époque avec une forte lumière sur l’affaire Dreyfus « Naufrage français collectif » et la guerre de 14-18.

    On vit les débats et l’affaire Dreyfus avec une réalité étonnante.
    On apprend que Degas est un fervent et actif antisémite… mais on reconnait son talent d’artiste.

    Le beau-fils de Charles Guillemet va traduire l’horreur des tranchées dans la Meuse et être un de ceux qui creusaient des tunnels sous ceux creusés par les Allemands et être victime d’une déflagration d’où il va sortir, traumatisé. On entend le bruit, on sent la terre, on voit le sang, les blessures des chocs psychologiques. On voit tous ces lits de blessés en Normandie… Patrick Grainville a une plume exceptionnelle….

    « Le 5 septembre 14, à la tête de ses hommes, le lieutenant de réserve Charles Péguy, en pantalon rouge, jaillit à découvert, face à l’ennemi. Nul ne comprendra la prodigalité désespérée de sa mission, de cet état qui a fiché une balle en plein front à la plus belle prose, à la plus belle folie. »

    Courbet, le révolutionnaire, sera condamné par Mac Mahon et laissera cette peinture de chair qui lui ressemble, jouisseur, bon vivant, rieur, extraverti à l’opposé de Monet intraverti et bougon. Pourtant, Monet qui est le seul à ne pas avoir peint de nus, aura été le seul à supporter Hugo dans son combat dreyfusard.

    Monet voué totalement à son œuvre. A 74 ans il commence les Nymphéas et créée sa grande œuvre pendant la guerre et va vers un style nouveau et abstrait et révolutionnaire mais Charles aime plus Courbet révolutionnaire politiquement scandaleux avec ses nus alors que Monet n’en a jamais peints.

    Il est impossible de résumer une fresque historique d’une telle ampleur mais oui, elle peut être dite magistrale, incontournable. Elle fait nous découvrir, aimer l’art de la peinture et de la littérature. Nous grandir. Nous faire comprendre la folie dévastatrice de guerres et combats imbéciles qui ont eu lieu dans notre pays et ailleurs mais surtout, Patrick Grainville parle de cette folie positive, celle nécessaire à la création, celle de Monet face aux Nymphéas, celle de Courbet, celle qui hante chaque artiste, et chacun de nous, après tout, face à l’amour et à la beauté. Et c’est beaucoup.

    « C’est fini avec Rimbaud, Flaubert, Maupassant, Proust, Courbet, Monet, Manet, Mallarmé, Bonnard, Apollinaire, Picasso… L’art est leur unique transcendance. »

    Patrick Grainville est un artiste écrivain érudit, généreux et talentueux que l’on ne peut que remercier de livrer aux lecteurs un tel ouvrage ! Un tel travail.

  • Couverture du livre « Falaise des fous » de Patrick Grainville aux éditions Seuil

    Anne-Marie Lemoigne sur Falaise des fous de Patrick Grainville

    Etretat, sa falaise, peinte par Monet, l'un des nombreux « fous »créateurs d'art . Ville de villégiature pour Parisiens fortunés, peintres et écrivains .

    C'est l'épicentre de ce roman-monument, qui court de 1868 à 1927, période de bouleversements artistiques et politiques.

    Récit à la...
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    Etretat, sa falaise, peinte par Monet, l'un des nombreux « fous »créateurs d'art . Ville de villégiature pour Parisiens fortunés, peintres et écrivains .

    C'est l'épicentre de ce roman-monument, qui court de 1868 à 1927, période de bouleversements artistiques et politiques.

    Récit à la première personne, dont le narrateur, par ses liaisons avec deux riches parisiennes découvre le monde de l'art, de la littérature et se trouve le témoin du passage du réalisme à l'impressionnisme.
    Roman d'apprentissage, au schéma classique d'un héros introduit dans un univers nouveau dont les initiatrices sont des femmes.

    L'ouvrage dépasse de très loin le simple romanesque.
    Une documentation variée, précise, plonge le lecteur au sein d'une action foisonnante, le fait côtoyer les grands noms qui ont marqué de leur empreinte les arts et la politique.

    L'écriture luxuriante de Grainville sublime le contenu de son ouvrage. Sa plume se fait ici pinceau. Sa sensibilité artistique lui permet de rendre visibles les toiles qu'il décrit, d'en restituer nuances et effets.

    Une fresque érudite et généreuse dont l'intérêt est à la fois romanesque, historique, esthétique et littéraire .

  • Couverture du livre « Falaise des fous » de Patrick Grainville aux éditions Seuil

    Mireille B sur Falaise des fous de Patrick Grainville

    Orphelin de mère, de père inconnu, « amputé de l’âme » en Kabylie, puis accueilli par un oncle en Normandie, à 20 ans, Charles Guillemet, le narrateur se positionne comme le témoin d’une période de tous les possibles.
    1870, c’est la fin du Second Empire, puis, une année plus tard...
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    Orphelin de mère, de père inconnu, « amputé de l’âme » en Kabylie, puis accueilli par un oncle en Normandie, à 20 ans, Charles Guillemet, le narrateur se positionne comme le témoin d’une période de tous les possibles.
    1870, c’est la fin du Second Empire, puis, une année plus tard l’insurrection de la Commune et un pays divisé. Parallèlement, émerge une forme artistique libérée qui s’exprime dans les toiles de Monet et des Impressionnistes, et un mouvement littéraire engagé avec Victor Hugo, Zola et autres combattants de la haine antisémite, mus par une vision progressiste.
    D’une plume virtuose, Patrick Grainville peint une fresque romanesque majestueuse. Au côté intime et sensible de l’histoire du narrateur, il conjugue avec brio le fait historique à l’histoire de l’art et de la littérature, animée par ce vent de folie qui a fait émerger les plus grands talents, dans une période où la prospérité du pays semblait acquise mais la stabilité politique fragile. Ce tableau est parfaitement sculpté dans un style aux accents de l’époque, au vocabulaire riche, enluminé des plus beaux effets artistiques et des portraits les plus emblématiques.

  • Couverture du livre « Falaise des fous » de Patrick Grainville aux éditions Seuil

    Valérie L. sur Falaise des fous de Patrick Grainville

    Ce volumineux roman embrasse presque soixante ans de l'art normand. Notre narrateur vit à Etretat et nous raconte sa vie et surtout ses rencontres amoureuses et artistiques. Entre Mathilde, la parisienne plus vieille avec qui il vécut une longue aventure plus ou moins tolérée par le mari et...
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    Ce volumineux roman embrasse presque soixante ans de l'art normand. Notre narrateur vit à Etretat et nous raconte sa vie et surtout ses rencontres amoureuses et artistiques. Entre Mathilde, la parisienne plus vieille avec qui il vécut une longue aventure plus ou moins tolérée par le mari et Anna, la fille dudit mari, avec qui il vécut une autre aventure qui lui valut les foudres du père, il nous parle de ces artistes qu'il a rencontrés ou dont il entend parler dans cette période qui va de 1868 à 1927.
    Ce roman est une déclaration d'amour à ma Normandie ou plutôt à celle de Monet, de Maupassant et de Flaubert. On y croise nombre d'artistes qui ont écrit sur et séjourné en Normandie. C'est aussi le reflet d'une époque riche en événements. Grainville réussit un acte littéraire difficile, décrire l'acte de peindre et le résultat. C'est extrêmement précis et documenté sur l'époque et les histoires de cœur, si on peut les appeler ainsi car le narrateur y parle surtout de sexe, en délicatesse et me semble-t'il, surtout par pudeur, ajoutent un soupçon d'âme à ce qui aurait pu n'être qu'une démonstration. La plume de Grainville, que je découvre avec ce roman, est agréable à lire. C'est un roman qui demande d'avoir du temps devant soi et que je recommanderais sans nul doute lors d'un séjour à Etretat. C'est tout de même très dense et certains s'y perdront sans doute. Il faut à mon avis, deux conditions pour aimer ce roman, aimer la Normandie et la peinture.

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