Olivier Rolin

Olivier Rolin
Né en 1947, Olivier Rolin est un auteur largement traduit. Son œuvre est constituée d'une vingtaine de romans, dont les très remarqués L'Invention du monde (1993), Port-Soudan (1994, prix Femina) et Tigre en papier (2002, prix France Culture). Il est également auteur de récits de voyage et de nom... Voir plus
Né en 1947, Olivier Rolin est un auteur largement traduit. Son œuvre est constituée d'une vingtaine de romans, dont les très remarqués L'Invention du monde (1993), Port-Soudan (1994, prix Femina) et Tigre en papier (2002, prix France Culture). Il est également auteur de récits de voyage et de nombreux reportages. Il a découvert la Russie en 1986. Depuis, il y est retourné une vingtaine de fois.

Avis (17)

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    Couverture du livre « Veracruz » de Olivier Rolin aux éditions Verdier

    Marie-Laure VANIER sur Veracruz de Olivier Rolin

    Assis au bar El Ideal, calle Morelos, Veracruz, le narrateur attend.
    Elle ne viendra pas. Et il le sait.
    Il s’était rendu au Mexique pour une conférence sur Proust. C’est à la fin d’une soirée tequila qu’il vit apparaître « le feu follet, la gueule d’amour ». Autrement dit, la passion. «...
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    Assis au bar El Ideal, calle Morelos, Veracruz, le narrateur attend.
    Elle ne viendra pas. Et il le sait.
    Il s’était rendu au Mexique pour une conférence sur Proust. C’est à la fin d’une soirée tequila qu’il vit apparaître « le feu follet, la gueule d’amour ». Autrement dit, la passion. « C’était un amour-faucon. Surprise et rapidité…étaient sa loi. » Sa disparition brutale sans autre forme de sevrage laisse un homme perdu, hébété, cherchant un sens à tout cela, observant « les cercles que décrivaient les vautours, leur vitesse, leur rayon, la façon dont ils se croisaient, s’enchaînaient l’un à l’autre ». Afin de comprendre. Mais, les signes ont-ils un sens ?
    Un jour, alors que le temps commençait à s’étirer et l’homme à se fondre dans l’alcool, il reçoit, par la poste, quatre récits. Qui les envoie ? Elle ? Peut-être un signe ?
    Trois hommes et une femme pensent et s’observent en silence. A travers leur monologue, nous entrons dans l’univers de la tragédie.
    A moins que, sans y prendre garde, nous y ayons déjà mis les pieds. Avant, je veux dire, dès le début.
    Le temps se resserre brutalement dans cette pièce étouffante. L’action tendue vers un seul but semble soudain figée.
    Deux mots transpirent : amour et mort.
    On entend au loin un ouragan qui se prépare, à moins qu’il soit déjà passé. On ne sait plus s’il est dehors ou s’il est là, rampant discrètement vers sa proie.
    La femme retient à peine un désir insondable de vengeance : « Me farder moi de leur sang, y tremper mes mains, mes mains si fines, aux doigts qui se recourbent comme des arcs, comme des dards de scorpions, me maquiller d’écarlate, me parer de leur vie finie, me souiller de leur mort- m’ont-ils assez souillée. »
    Qui est cette Erinye, ivre de sang et de fureur, cette « dévastation qui approche. » ? Quelle souffrance a-t-elle endurée, muette de douleur, pour cracher un tel venin de haine ? Est-ce cette femme qu’il a aimée ? Se peut-il que ce soit ses mots ?
    Les hommes la regardent, ivres de violence et d’envie. Ils la désirent infiniment, et se taisent. Qui sont-ils ? Quel crime innommable ont-ils commis pour susciter une telle fureur destructrice ?
    La tension dévore ce huis-clos étouffant. On sent l’imminence de la catastrophe. Elle est là, pèse de tout son poids. Impossible d’y échapper.
    La tragédie, vous dis-je…
    Le texte est d’une beauté époustouflante. Pour ma part, je l’ai lu et relu. C’est nécessaire. Il est court et dense. On ne s’en lasse pas.
    Et puis, il cache quelque chose, un message, peut-être le sens de cette passion : vient-elle se loger dans un « ordre des choses », est-elle une réalité qui s’est peu à peu, avec le temps, parée de fiction, une étoile filante venant d’ailleurs et n’allant nulle part ? Une rencontre dénuée de sens et qu’il est vain de chercher à comprendre, laissant le narrateur seul avec ses questions, terriblement conscient qu’ « il n’y aura jamais de paix. ». « Nous voulons toujours que tout ait un sens…. Nous nous épuisons à ce rêve de maîtrise au lieu de vivre tout simplement… Le monde se joue aux dés à chaque instant. Il est un kaléidoscope dont les éclats colorés se recomposent pour former de nouvelles figures. »
    La littérature tente alors de lui donner un ordre. Elle écrit le monde, le recompose, l’ordonne, essaie de le traduire avec des mots. Mais après coup et donc trop tard.
    « Ce que nous appelons le monde n’existe que comme une fable », les récits sont des mensonges qui proposent un sens et nous rassurent peut-être.
    Mais au fond, nous ne sommes pas dupes.
    On sait, sans le dire, que le moment merveilleux est passé et a disparu.
    A jamais.

    http://lireaulit.blogspot.fr/

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    Couverture du livre « Veracruz » de Olivier Rolin aux éditions Verdier

    Dominique JOUANNE sur Veracruz de Olivier Rolin

    Du grand Olivier Rolin !
    « La littérature est une tromperie sans fin. Rien en vérité n’empêchait que ces histoires de désirs infâmes, d’inceste, de viol et de mort eussent été imaginées par l’esprit caché derrière ces yeux de miel sombre qui paraissaient faits pour éprouver et donner de la...
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    Du grand Olivier Rolin !
    « La littérature est une tromperie sans fin. Rien en vérité n’empêchait que ces histoires de désirs infâmes, d’inceste, de viol et de mort eussent été imaginées par l’esprit caché derrière ces yeux de miel sombre qui paraissaient faits pour éprouver et donner de la joie. »
    Une plume trempée dans une laque rouge de Chine pour ce roman très noir remarquablement bien écrit. Un bestiaire maléfique accentue la tonalité très sombre des 4 récits en insert : serpent corail, araignées, blattes, méduses, papillons démons, chauve-souris… « … de quoi épaissir le brouet de Mac Beth. »
    Ne serait-ce que par le titre, Veracruz est une invitation au voyage mais aussi, à partager la réflexion d’un écrivain sur la littérature. Olivier Rolin reconnu en art d’autobiographie déguisée, nous livre un récit d’amour captivant, violent et nostalgique. « L’amour malheureux exacerbe la faculté herméneutique presque jusqu’à la démence, il semble que chaque phrase puisse et doive avoir un sens caché, que les mots sont susceptibles de basculer comme des dalles donnant accès à des passages secrets. »

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    Couverture du livre « Le météorologue » de Olivier Rolin aux éditions Points

    Yannick FRANCOIS sur Le météorologue de Olivier Rolin

    Après avoir fini ce livre, j'ai enfourché mon vieux vélo rouge, arpentant le front de mer, croisant des retraités boitillant, des couples enlacées, de jeunes parents attendris par leur progéniture: tous ignorant du privilège de la liberté d'aller et venir, de penser, de s'exprimer, de...
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    Après avoir fini ce livre, j'ai enfourché mon vieux vélo rouge, arpentant le front de mer, croisant des retraités boitillant, des couples enlacées, de jeunes parents attendris par leur progéniture: tous ignorant du privilège de la liberté d'aller et venir, de penser, de s'exprimer, de vivre!
    Olivier Rolin s'appuie sur la biographie d'Alexeï Féodissievitch Vangengheim, météorologue russe, pour nous faire découvrir cette sombre et abominable période de purges, pour réfléchir sur la responsabilité éventuelle de certains intellectuels européens et pour magnifier le sens de l'honneur, de l'amitié et de la famille.
    Ce scientifique est un homme ordinaire, condamné à dix années de détention en camp, pour un motif futile, voire inexistant, comme des milliers d'autres hommes ordinaires. La correspondance de ce prisonnier avec sa famille est émouvante; des dessins arithmétiques et des devinettes pour sa fille, des mots d'espoir pour sa libération prochaine, quelques lignes d'anéantissement devant cette injustice.
    L'horreur se fait corps: une exécution sommaire, au fond d'un fossé, avec des centaines de compagnons d'infortune.
    La vérité est longue à parvenir à l'épouse et à la fille: des années s'écoulent dans l'illusion d'un retour impossible. Cet homme paisible meurt une seconde fois, après la disparition de Staline, à l'annonce de la terrible nouvelle à sa famille.
    Habilement construit en alternant passé et présent, faits précis et réflexions personnelles, précisions géographiques et récits historiques, ce roman finit non par un épilogue mais par une chute...celle de la fille inconsolable de ce père aimant, en 2011. Les petits textes et dessins qui suivent m'ont beaucoup ému.
    Un livre extraordinaire pour un homme ordinaire au destin tragique.
    Je remonte sur mon vélo et je pédale à fond, contre le vent, contre la haine, contre la mort.

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    Couverture du livre « Le météorologue » de Olivier Rolin aux éditions Points

    Jean François SIMMARANO sur Le météorologue de Olivier Rolin

    Excellente surprise que ce récit d'Olivier Rolin sur un scientifique météorologue russe, passionné par son métier et dont la foi dans le système soviétique parait inaliénable malgré son arrestation en 1934 suite à une dénonciation qui est à l'époque le sport préféré à Moscou. S'en suit un...
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    Excellente surprise que ce récit d'Olivier Rolin sur un scientifique météorologue russe, passionné par son métier et dont la foi dans le système soviétique parait inaliénable malgré son arrestation en 1934 suite à une dénonciation qui est à l'époque le sport préféré à Moscou. S'en suit un parcours classique une fois dans les griffes du NKVD, déportation, goulag en Sibérie, exécution de nuit au fond d'une forêt après quatre ans de galère, de doutes et de désespoir.
    Rolin traite le sujet avec l'objectivité et la distance nécessaire pour ne pas glisser vers un pathos presque inévitable, rendant encore plus attachant ce personnage acquis à la cause du petit père du peuple et qui jour après jour devra admettre l'absurdité horrifique de la paranoïa du leader soviétique et de son entourage, dont chacun des bourreaux deviendra à son tour victime.
    Comme souvent chez Rolin, une écriture à la fois documentaire et digne des meilleurs romans historiques.

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