Muriel Cerf

Muriel Cerf
Muriel Cerf (4 juin 1950, Paris - 19 mai 2012, Anet) est révélée à 23 ans par L'Antivoyage, premier livre salué par André Malraux, Bertrand Poirot-Delpech et Roger Caillois. Elle est l'auteur de plus de 35 romans dont Le Diable vert, Une passion, Les Rois et les Voleurs, Le Verrou, La Femme au ch... Voir plus
Muriel Cerf (4 juin 1950, Paris - 19 mai 2012, Anet) est révélée à 23 ans par L'Antivoyage, premier livre salué par André Malraux, Bertrand Poirot-Delpech et Roger Caillois. Elle est l'auteur de plus de 35 romans dont Le Diable vert, Une passion, Les Rois et les Voleurs, Le Verrou, La Femme au chat, L'Étoile de Carthage, Une vie sans secret (Grand Prix de la SGDL). Son essai Bertrand Cantat ou le chant des automates (Écriture, 2006) provoqua une vive polémique.

Avis (3)

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    Couverture du livre « L'antivoyage » de Muriel Cerf aux éditions Actes Sud

    Marie Hélène Fasquel sur L'antivoyage de Muriel Cerf

    ’ai lu L’Antivoyage avec bonheur. Il s’agit d’une quête initiatique, d’un voyage physique mais également d’un voyage au plus profond de soi.
    A travers ce récit authentique, Muriel Cerf nous décrit une réalité triviale avec des mots triviaux et tente de nous faire comprendre à travers cette...
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    ’ai lu L’Antivoyage avec bonheur. Il s’agit d’une quête initiatique, d’un voyage physique mais également d’un voyage au plus profond de soi.
    A travers ce récit authentique, Muriel Cerf nous décrit une réalité triviale avec des mots triviaux et tente de nous faire comprendre à travers cette violence verbale le choc qu’elle ne cesse de ressentir au contact de la société indienne si différente de la nôtre.
    L’auteure, par son écriture très originale, personnelle, voire unique, joue de la juxtaposition d’un style lyrique, voire poétique, et de termes crus et familiers, retranscrivant –en refusant d’utiliser des mots propres pour rendre compte de la réalité - l’opposition entre sa vie d’Européenne et la pauvreté extrême de l’Inde.
    « […] je ne veux pas de filtre entre ce monde et moi. Que les angles droits restent droits même s’ils sont moins confortables. » (p. 43)
    Cette jeune femme (qui a 24 ans lors de la publication du récit) traduit le choc indescriptible qu’elle a vécu et délibérément cherché, en utilisant des images souvent pénibles d’une société minée par des traditions qui condamnent à la misère certaines classes sociales.
    « Pas dégoûtée, mais saturée L’Inde malade, viscérale, empoisonnée, me remonte à la gorge. J’ai besoin du grand vent et des paquets de mer moussonneuse qui pleuvent sur la rambarde […] » (p. 61)
    « Montées en troisième classe par masochisme et curiosité, on ne sait plus où ne pas regarde […] » (p. 62)
    « La misère à ce degré donne un tel vertige d’impuissance que la raison y chavire et l’estomac avec. » (p. 64)
    Son texte exprime également une révolte - largement en vogue à cette époque - contre son milieu naturel, contre la France crispée sur ses valeurs, contre les illusions, la culpabilité, la société de consommation (déjà…),...
    « […] l’embarrassant fatras de tout ce qu’on m’a appris en Europe, le pressentiment d’un équilibre cyclique. Je me sens optimiste comme un bouddha, pleine de l’espoir de renaître au cœur d’un bouton de lotus au-dessus d’un étang ou dans un champ de patates en Normandie, pour devenir bouillie mélangée à la salive de la terre, et exploser en fleur à chaque printemps, particule brassée par la circulation de la vie qui germe et pourrit sans fin. » (p. 41)
    Le contexte du roman est clairement celui des années 70, les années de l’anti tout (anti pouvoir, anti bourgeoisie etc.) et exprime une attitude qui se révèlera avec le temps chez les Occidentaux plus comme une posture que comme un socle de convictions véritablement ancrées, le marxisme s’effritant au profit de l’ascenseur social !
    Mais ce qu’il faut retenir c’est que Muriel Cerf cherche avant tout sa propre vérité, un sens à donner à sa vie.
    « J’ai envie de lui crier casse-cou : s’il espère s’initier au bouddhisme tantrique en courant d’un monastère à l’autre pour filmer des moines, il va droit vers l’échec le plus total. On n’arrache pas des secrets immémoriaux à des gens qui ont voué leur vie à la recherche de la vérité en les regardant manger leur riz et faire du yoga tous les matins. […] C’est ici tout de suite, la vérité, et si on ne la trouve pas en regardant en soi-même, c’est que quelque chose cloche. » (p. 202)
    Un roman à redécouvrir pour le témoignage d’une époque qui reste fascinante, pour le voyage passionnant que nous effectuons avec Muriel (Inde, Népal, Singapour…), pour l’écriture remarquable de cette jeune femme qui ne craignait pas l’aventure et pour cette quête de liberté dans tous les domaines y compris la liberté sexuelle. En fin de compte un message fort et toujours d’actualité !

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    Couverture du livre « Brillants soleils t.1 ; bien-aimées » de Muriel Cerf aux éditions Ecriture

    Sandrine Blicq sur Brillants soleils t.1 ; bien-aimées de Muriel Cerf

    Bon…. Ce livre…. Ce roman… non il ne faut pas le voir comme un roman mais comme une expérience. Une expérience de lecture de compréhension et de non-compréhension. Il faut accepter cette sorte d'écriture automatique, il faut accepter de lire et de ne pas tout lire, tout voir, trop. Trop est le...
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    Bon…. Ce livre…. Ce roman… non il ne faut pas le voir comme un roman mais comme une expérience. Une expérience de lecture de compréhension et de non-compréhension. Il faut accepter cette sorte d'écriture automatique, il faut accepter de lire et de ne pas tout lire, tout voir, trop. Trop est le résumé de cette lecture, dur aussi.

    Ce qui en fait une lecture un peu frustrante. Parce qu'on se rend compte que tout ne passe pas. On emmagasine plein de termes, de mots, de phrases qui sont jetés, qui forment le récit et c'est trop. C'est tout ce qu'il y a dans une tête, tous ces mots qui viennent, mots d'une érudite, ce qui les rends difficiles à suivre.
    C'est magnifique, c'est d'une poésie brutale, pas hyper accessible oui mais important.

    C'est dur, le propos est dur, l'histoire aussi mais tout reste dans un nuage. Il y a une barrière entre ce qu'il se passe et nos yeux. C'est très étrange, l'histoire de maltraitance, de viol sur des gamines, ça passe au second niveau. le plus important dans cette histoire est l'amour de ces deux sœurs. C'est un amour très fort et très noir qui les unit, qui les décrit.

    Du coup, la frustration vient du fait que tout est en profondeur, la narratrice, une des sœurs, balance son flux de pensées, ce qu'elle voit, ce qu'elle ressent un peu. Mais la profondeur des sentiments, des horreurs, de la vie malgré tout est cachée. C'est au lecteur de le découvrir en se laissant aller dans ce texte dense.

    Je suis ravie d'avoir fait cette lecture, ce plongeon même si c'était douloureux.

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    Couverture du livre « Brillants soleils t.1 ; bien-aimées » de Muriel Cerf aux éditions Ecriture

    MlleJuin sur Brillants soleils t.1 ; bien-aimées de Muriel Cerf

    Dans « Brillants soleils », Muriel Cerf installe son récit au cœur de l’Eure et Loir, à Anet, où elle a elle même fini sa vie. Dans ce décor rural, entre châteaux et forêts, elle met en lumière le destin de deux jeunes filles, Saskia et Lara, sœurs au combien proches mais que tout oppose...
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    Dans « Brillants soleils », Muriel Cerf installe son récit au cœur de l’Eure et Loir, à Anet, où elle a elle même fini sa vie. Dans ce décor rural, entre châteaux et forêts, elle met en lumière le destin de deux jeunes filles, Saskia et Lara, sœurs au combien proches mais que tout oppose physiquement. L’une, l’ainée, est blonde, jolie et longiligne, l’autre, la cadette, est brune, ingrate et potelée.
    Toutes deux ont grandi auprès d’un père bon mais effacé et d’une mère instable mentalement qui, sur fond de frustration et de résignation, jalouse la beauté de son aînée et mène la vie dure à sa seconde fille dont la banalité la désespère.
    Habituée à ne pouvoir compter que l’une sur l’autre, elles forment un couple fusionnel et leur relation dépasse les limites du simple cadre familial. Aussi, lorsque leur père meurt dans un bête accident de voiture et que leur mère se remarie par intérêt avec un riche héritier russe à l’apparence peu engageante et aux mœurs plus que douteuses, elles font front ensemble, à leur façon. L’homme, qui éprouve une fascination malsaine pour la blondeur et la candeur de Saskia – qui n’est encore qu’une jeune fille -, use de ruses, de menaces et de violence pour mettre la main sur elle et la soumettre à ses pulsions destructrices. Fort de son statut de patriarche et sachant que sa nouvelle femme est prête à tout pour les garder, lui et sa fortune, auprès d’elle, il n’hésite pas à multiplier les « rendez-vous » dans la cave de la demeure familiale avec celle qui l’obsède et à soudoyer sa sœur pour qu’elle se taise et, comble de la manipulation et de l’horreur, pour qu’elle soit le témoin privilégié de ses actes. Et quand Freda, la mère, décède de façon subite , le piège semble se refermer de façon inéluctable sur les sœurs, au cœur de ce village où tout le monde se connaît et semble savoir, mais où personne ne parle ni n’agit.
    Mais le destin est imprévisible et la partie n’est finie que lorsque toutes les cartes ont été abattues…

    Vous l’aurez compris, ce dont il est question dans ce roman est lourd et violent.
    L’histoire de ses deux sœurs a des airs de tragédie grecque, leur destin se jouant sur la scène de ce village au passé prestigieux, sous les yeux de tous les habitants, tout à la fois spectateurs de leur infortune et chœur qui entretient la rumeur, et les dieux semblent prendre un malin plaisir à mettre sur leur route une succession de personnages plus vils les uns que les autres, se riant sans doute de leurs mésaventures.
    Le personnage principal au centre de ce tourbillon de sentiments néfastes est Saskia, jeune fille dont la beauté évidente attire le tout-venant et éveille l’envie comme la jalousie, fascine, envoûte et fait perdre la tête à ceux qui la convoitent. Sa mère, qui souhaitait mettre au monde une enfant au traits d’actrice de cinéma, a été la première prise dans ses filets et, finalement dépassée par l’attrait de sa progéniture, l’a dans un premier temps jalousée avant d’y voir la solution à ses problèmes, le ticket gagnant du bonheur tant attendu. Pour Anton Tcharkov, le beau-père inattendu, Saskia est la réponse à ses immorales attentes, l’incarnation parfaite de son idéal féminin, et la seule raison qui l’a poussé à se marier. Les gens du village l’admirent autant qu’ils la fuient, à la fois attirés et méfiants à l’égard de cette fille qui paraît ne rien avoir en commun avec eux et leur renvoie à la figure, par sa simple présence, leur médiocrité. Enfin, aux yeux de Kevin Dobbs, le garçon croisé un soir de fête de la Saint-Jean, elle représente l’émoi amoureux et charnel qui marque au fer rouge et obsède, même des années après, et l’histoire d’amour impossible qui, alors qu’on ne s’y attend plus, devient enfin réelle.
    Tous évoluent autour d’elle, comme aimantés par son irréelle beauté, tous en sont dépendants d’une façon ou d’une autre, alors qu’elle-même ne semble porter d’intérêt à rien ni personne en dehors de sa sœur, laissant la vie glisser sur elle sans jamais trouver de prise.
    Et au cœur de cet entrelacs de relations malsaines, biaisées dés l’origine, émerge, toujours intact, le lien entre les sœurs qui, bien que particulier, est le seul élément stable dans la tempête. Saskia est la seule à voir de la beauté en sa sœur et la seule également à pouvoir l’instruire, et bien qu’elle ait un ascendant non négligeable sur elle, elle ne s’en sert pas à ses dépends. Lara, qui trouve souvent refuge dans la forêt, loin de l’agitation, voue un amour sans bornes à sa sœur, la considère comme sa compagne et éprouve une extrême jalousie à l’égard des hommes qui l’approchent. Toutes deux semblent être, dans leurs différences et par leur relation intense, les deux faces d’une même médaille: à jamais opposées et inséparables.

    Alors… pour être honnête, ce fut une lecture difficile à bien des niveaux.
    La forme déjà. Le livre, présenté comme le plus personnel de Muriel Cerf, s’ouvre sur une note extrêmement touchante de l’auteure, écrite peu de temps avant sa mort, dont le style sans fard ne peu qu’émouvoir le lecteur. Mais tout de suite après, le roman débute et la plume change du tout au tout, sans que l’on s’y attende le moins du monde, le style devenant soudain foisonnant, brouillon même, souvent confus et complexe. Les phrases sont extrêmement longues, plusieurs idées s’y bousculant sans que rien ne l’annonce, et même si le narrateur principal semble être Lara, la sœur cadette, l’auteure se permet régulièrement d’intervenir avec force références littéraires, théâtrales, linguistiques et artistiques de haut niveau. Il n’y a pas réellement de fil narratif, et à ce sujet, Muriel Cerf donne elle-même son point de vue:

    « Allez, on reprend le foutu FIL NARRATIF – ce quelque chose de très nu auquel nous accrochons nos rêves et l’essence de nous-mêmes – pardon, j’étais dans mes pensées, déjà affreusement adultes. Quant au fil narratif – ici, j’en appelle aux Parques autant qu’à vous et votre bonne volonté à me lire -, je ferai ce que je veux avec; je vous l’entortillerai, je vous le bouclerai comme le cheveu autour du fer à friser, je le laisserai tomber comme une volute de miel tombant sur du miel, je vous le vrillerai en sarment de vigne, parce que rien ne se passe linéairement, on ment aux gens là-dessus, tout s’encoquille et se crée à chaque inappréciable seconde et ce qu’il faut, au moins, c’est respecter, non le linéaire – qui est à mourir d’ennui parce qu’il est faux – mais le vertical, là où chutent les fils à plomb, ou mieux, beaucoup mieux, essayer d’être entre les deux, à la fois roide et souple comme la spire du cauri […]. »

    C’est donc, de ce point de vue là, une lecture exigeante qui demande une attention de tous les instants ( et un dictionnaire à portée de main ).
    Le fond ensuite. Une sombre histoire de famille sur fond de violences sexuelles incestueuses c’est, bien évidemment, le genre de livre et de récit qui n’a rien de léger et qui remue les tripes. Certains passages sont vraiment durs, violents parce que bruts et réalistes, et il devient nécessaire de donner un peu de souffle à la lecture en refermant un peu le roman.
    Et, je dois l’avouer, je n’ai pas encore compris le pourquoi du choix de cette histoire malgré les tentatives répétées de l’auteure de mettre le lecteur sur la voie. Je crois avoir saisi l’aspect fataliste du récit, sa ressemblance avec une classique tragédie grecque ( où, alors que tout semble joué, survient le Deus Ex Machina ), l’importance des liens entre les différents personnages – à l’image de ceux qui unissent les Hommes en général, dans ce qu’ils ont de plus sombre cependant -, le rôle important du lieu où se déroule le fil du destin… mais je suis encore perplexe quant à la finalité de tout ceci. Et ça m’embête parce que je suis du genre à aimer savoir où je vais.
    Malgré ça, malgré tout ce qui peut apparaître comme négatif, c’est une lecture riche qui ne peut laisser indifférent ( beaucoup ont sûrement abandonné en cours de route, l’idée m’a moi-même effleurée ). A réserver à un public averti cependant ( et érudit ai-je envie de dire ).

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