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Mohamed Mbougar Sarr

Mohamed Mbougar Sarr

Mohamed Mbougar Sarr est un romancier sénégalais d'expression française. Son premier roman Terre Ceinte reçoit en 2015 le prix Ahmadou-Kourouma au salon du livre de Genève puis le Grand prix du roman métis de Saint-Denis-de-

Avis sur cet auteur (40)

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    Couverture du livre « La plus secrète mémoire des hommes » de Mohamed Mbougar Sarr aux éditions Philippe Rey

    Colette LORBAT sur La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr

    Diégane Latyr Faye, jeune écrivain sénégalais « promesse à suivre de la littérature africaine francophone » vit en France et poursuit son cursus universitaire. Il découvre le livre de T.C. Elimane « Le labyrinthe de l’inhumain » et, là, une grosse déferlante s’empare de lui. « Son livre tenait...
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    Diégane Latyr Faye, jeune écrivain sénégalais « promesse à suivre de la littérature africaine francophone » vit en France et poursuit son cursus universitaire. Il découvre le livre de T.C. Elimane « Le labyrinthe de l’inhumain » et, là, une grosse déferlante s’empare de lui. « Son livre tenait de la cathédrale et de l’arène ; nous y entrions comme au tombeau d’un dieu et y finissions agenouillés dans notre sang versé en libation au chef-d’œuvre. Une seule de ses pages suffisait à nous donner la certitude que nous lisions un écrivain, un hapax, un de ces astres qui n’apparaissent qu’une fois dans le cille d’une littérature. » Mais quel est donc cet ouvrage et à quoi ressemble son auteur ? C’est à la fois un chef d’œuvre et un livre maudit. A sa sortie, il fut encensé par les critiques et son auteur qualifié de « Rimbaud nègre », puis vilipendé parce que un chercheur a parlé de plagiat et, enfin, tombé dans l’oubli total

    Faye part à la recherche de l’homme perdu, de l’histoire « Celle des livres perdus dans un couloir du temps, pas même maudits, mais simplement oubliés, et dont les cadavres, les ossements, les solitudes jonchent le sol de prisons sans geôliers, balisent d’infinies et silencieuses pistes gelées ». Son auteur ne s’est jamais montré et a disparu dans la nature .

    Au cours de son enquête, de sa quête, il rencontre celles et ceux qui l’ont connu, côtoyé, ses amis, maîtresses, éditeur éditrice… Au premier rang Siga D que le narrateur appelle « l’araignée-mère », écrivaine « On ne rencontre pas Elimane. Il vous apparaît. Il vous traverse. Il vous glace les os et vous brûle la peau. C’est une illusion vivante. J’ai senti son souffle sur ma nuque, son souffle surgi d’entre les morts ».

    Chaque rencontre donne lieu à un nouveau livre dans le livre (Tiens, cette construction n’est pas sans me rappeler le livre de martin Mongin « Francis Rissin », mais là s’arrête la concordance).

    Dans ce grand livre protéiforme, il est question de négritude, littérature française, de langue française, d’histoire, d’histoires, de contes, de légendes, de la vie, de l’amour, de la mort.

    Je vais suivre le conseil du colocataire et ami de Faye, « N’essaie jamais de dire de quoi parle un grand livre ». ou ce qu’en dit Faye lui-même « C’est une histoire qu’il est à la fois impossible de raconter, d’oublier, de taire. »

    Mohamed Mbougar Sarr, quel livre ! Vous mélangez les littératures africaine, française avec brio. Vous nous racontez avec un immense talent des histoires que, pour certaines, j’ai eu besoin de lire à voix haute, de les raconter en quelque sorte. Oui, l’oralité n’est jamais loin, tout comme la recherche du mot juste et beaucoup d’exigences. J’espère vraiment que vous ne suivrez pas l’exemple d’Elimane et que ce ne sera pas votre dernier livre.

    Un prix Goncourt très mérité, exigeant. Un livre qui parle de littérature avec un vocabulaire recherché, des phrases qui vous hérissent les poils des bras (dans le bon sens du terme). Un livre qui parle de la place de la littérature et de l’écrivain dans notre société

    Une véritable déclaration d’amour à la littérature. Un grand, très grand coup de cœur. La littérature francophone en sort grandie

    Laissez-vous emporter, embarquer en tournant les pages, perdez-vous, vous vous retrouverez sur la bateau, blotti entre deux pages, à vous repaître de la belle écriture de Mohamed Mbougar Sarr, suivre les méandres de sa quête, ses rebondissements qui en font également ce que l’on appelle, en bon français, un page-turner.

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    Couverture du livre « La plus secrète mémoire des hommes » de Mohamed Mbougar Sarr aux éditions Philippe Rey

    Marie Kirzy sur La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr

    Chaque page de ce roman ruisselle de littérature, il l'expire et l'inspire sans jamais la présenter comme séparée de la vie, mais à l'intérieur de la vie. Dans La plus secrète mémoire des hommes, il n'est question que de livres, d'écrivains, de notre rapport intime à la littérature, de notre...
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    Chaque page de ce roman ruisselle de littérature, il l'expire et l'inspire sans jamais la présenter comme séparée de la vie, mais à l'intérieur de la vie. Dans La plus secrète mémoire des hommes, il n'est question que de livres, d'écrivains, de notre rapport intime à la littérature, de notre façon de lire les textes et de les recevoir. Ainsi présentée, on peut se dire que ce texte va être un peu poseur, sûrement pédant, assurément ennuyeux. Que nenni ! J'ai été complètement emportée par le souffle puissamment romanesque de cet éblouissant roman, envoutée même par une sorte de magie qu' infuse une prose inventive et flamboyante, en perpétuel mouvement.

    C'est l'histoire d'une quête, celle d'un livre maudit. Dès qu'il le découvre, le jeune écrivain sénégalais Diégane, monté à Paris plein d'ambition, en est possédé. Il décide d'enquêter sur son mystérieux auteur devenu paria : T.C. Elimane, lui aussi Africain francophone, a connu la gloire en 1938 avant d'être balayé par une accusation de plagiat et de disparaître. Etait-il " un écrivain absolu ? un plagiaire honteux ? un mystificateur génial ? un assassin mystique ? un dévoreur d'âmes , un nomade éternel ? un libertin distingué ? un enfant qui cherchait son père ? un simple exilé malheureux qui a perdu ses repères et s'est perdu ? " Cette quête, au départ littéraire, se double très rapidement d'une quête existentielle : Diégane veut trouver l'Homme en lui, un sens à sa vie, une direction comme pour se ressusciter.

    Le roman se déploie à travers un siècle d'histoire France / Sénégal, déambule à travers les fléaux du XXème siècle ( les tranchées de la Première guerre mondiale, la Shoah, la colonisation ), révélant à Diégane vérités et illusions. La construction très borgésienne de ce livre-monde est vertigineuse, multipliant les mises en abyme. Un jeu de pistes entre enquête policière, témoignages de ceux qui ont croisé Elimane et sont toujours hantés par lui, et roman initiatique, le tout saupoudré d'une touche de magie inquiétante et de fantastique étrange. Les légendes se fracassent les unes aux autres, les récits s'enchâssent, se mêlent pour tenter de cerner le fantôme de l'écrivain disparu, échafaudant très progressivement un portrait ambigu et parcellaire. La vérité est toujours plurielle dans cette structure polyphonique qui n'assène jamais mais laisse toute sa place au lecteur pour imaginer et douter sans pour autant jamais le perdre d'une époque à l'autre et d'un narrateur à l'autre, de France à Sénégal en passant par l'Argentine.

    Cette narration labyrinthique rend parfaitement compte de l'histoire complexe des liens franco-africains, toujours avec subtilité, sans manichéisme mais fermeté lorsque est convoquée par exemple la mémoire des tirailleurs sénégalais. Surtout, le récit dépasse brillamment l'étouffante question de ce face à face Occident / Afrique pour ne parler que de littérature et de la condition de l'écrivain, à la fois magnifique et misérable. le roman rend hommage à cette littérature africaine d'expression française et redirige le regard vers Yambo Ouologem, écrivain malien qui a inspiré le personnage fictif d'Elimane. Il a été le premier romancier africain à recevoir le Prix Renaudot en 1968 pour le Devoir de violence qui suscite nombreuses polémiques car il remet en cause l'Afrique mythifiée célébrée par la poésie senghorienne et la Négritude. Accusé d'avoir plagié Graham Greene et André Schwartz-Bart, il choisit de vivre en reclus.

    Un thriller littéraire palpitant, stimulant et malicieux d'une impressionnante maitrise. Sans déguisement ni futilité ( mais sans être dénué d'humour ), tout y est dense et fait sens pour construire un chant d'amour dédié au pouvoir intemporel de la littérature. Formidable !

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    Couverture du livre « La plus secrète mémoire des hommes » de Mohamed Mbougar Sarr aux éditions Philippe Rey

    Chantal Lafon sur La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr

    Ainsi souffle la littérature en une pluie d’étoiles de sagesse.
    Ce livre a une couverture très inspirée et inspirante, c’est déjà un souffle avant même cette plongée dans l’écrit.
    La prestation de l’auteur dans La Grande Librairie m’a éblouie.
    C’est un roman tellement nourri dont la...
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    Ainsi souffle la littérature en une pluie d’étoiles de sagesse.
    Ce livre a une couverture très inspirée et inspirante, c’est déjà un souffle avant même cette plongée dans l’écrit.
    La prestation de l’auteur dans La Grande Librairie m’a éblouie.
    C’est un roman tellement nourri dont la magnificence de la langue vous happe et la construction gigogne vous intrigue, qu’il ne va pas être simple d’en faire une recension.
    Roman divisé principalement en trois livres, eux-mêmes subdivisés.
    Dans le premier livre, le lecteur fait la connaissance de Diégane Latyr Faye (double de Mbougar Sarr ?) jeune Sénégalais faisant partie de la « jeune garde des écrivains africains vivant à Paris », un noyau intellectuel qui ne vit pas seulement dans la littérature, ils s’interrogent, s’interpellent, et vivent d’une façon plutôt libre.
    C’est dès lors le récit de récits de cette communauté haute en couleur, c’est une énergie qui fuse, l’ambition d’être reconnu par le milieu parisien et ses multiples déchirements sont mis en scène tantôt drôle, tantôt triste.
    Dans cette multitude de sensations, Diégane Latyr Faye a eu connaissance d’un livre de T.C. Elimane Le labyrinthe de l’inhumain (pendant imaginaire de : Le Devoir de violence de Yambo Ouologuem), il devient possédé par l’idée de se procurer cet ouvrage.
    L’Araignée-mère, Siga D. écrivaine sénégalaise vivant à Amsterdam de passage à Paris sera la bonne fée qui lui prêtera ce précieux ouvrage.
    Après lecture et relecture, échange avec ses camarades il n’aura de cesse que de découvrir ce qui se cache derrière ce livre.
    Le deuxième livre sera cette quête jusqu’au-boutiste.
    « On cherche T.C. Elimane, et un précipice silencieux s’ouvre soudain sous nos pieds comme un ciel à l’envers. Comme une gueule sans fond. Devant moi aussi ce gouffre s’est ouvert. J’ai basculé. La chute a eu lieu…La chute… »
    Une quête qui va le mener loin : mémoire de la colonisation, Première Guerre mondiale, Deuxième Guerre mondiale et la Shoah…
    L’auteur n’écrit pas la biographie de cet auteur duquel il s’inspire, il va plus loin en mêlant réalité et fiction il fait œuvre littéraire.
    « Un grand livre n’a pas de sujet et ne parle de rien, il cherche seulement à dire ou découvrir quelque chose, mais ce seulement est déjà tout, et ce quelque chose aussi est déjà tout. »
    Il écrit la comédie, la tragédie, la poésie et c’est en jouant habilement de ces registres qu’il plonge ses lecteurs dans les méandres de la mémoire des hommes.
    Il dit ce monde à part, la Littérature, avec une ironie mordante :
    « Il y avait le réel ; il y avait tout cet océan de merde dehors, et nous, écrivains africains dont le continent nageait dedans, nous parlions du Labyrinthe de l’inhumain au lieu de nous battre concrètement pour l’en sortir. »
    Et finalement cette quête est-elle autre qu’une quête de soi-même dans le vaste monde où le mal, le doute, la trahison de soi et des autres est l’aventure suprême pour savoir que nous sommes chacun qu’infiniment minuscule.
    C’est ambitieux dans le propos mais par le travail d’écriture, qui nous dit que ce jeune écrivain fait confiance à l’intelligence de ses lecteurs pour faire la part des débats intellectuels, du niveau d’abstraction de certaines phases, car ce n’est pas une lecture linéaire. Le lecteur se laisse porter, embarquer par un suspense bien mené avec des rebondissements, une enquête cérébrale qui nous tient en haleine.
    La profondeur du propos est une hymne à la littérature, car l’auteur a de vraies références, qu’il sait utiliser, ainsi il construit un pont entre Afrique et France et au-delà encore.
    Des dialogues enlevés et ciselés :
    « — Tu ne vois pas qu’on se ressemble comme deux demi-lunes d’une fesse ?
    — Possible.
    — A la bonne heure !
    — Ne t’enflamme pas si vite. Toutes les moitiés de fesse ne se ressemblent pas. La raie du cul n’est pas un miroir. »
    Comme les grands livres, celui-ci est inclassable car protéiforme, foisonnant et érudit, audacieux et ambitieux, sensuel et sur vitaminé, virtuose il vous narre le présent, le passé et le futur.
    L’auteur n’abolit pas les frontières, il érige un pont littéraire entre les continents, sans limites et sans frontières, en un long chant d’amour à la Littérature.
    En conclusion reprendre le propos d’un protagoniste :
    « On ne devrait jamais approcher de trop près les artistes qu’on aime. Admirer de loin, en silence : c’est l’élégance qu’il faudrait avoir. »
    ©Chantal Lafon

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    Couverture du livre « La plus secrète mémoire des hommes » de Mohamed Mbougar Sarr aux éditions Philippe Rey

    Joëlle Buch sur La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr

    Voici LE roman incontournable ces jours-ci puisqu’il vient d’obtenir le Prix Goncourt 2021. J’avais commencé à le lire avant l’annonce du prix. J’avoue avoir eu quelques difficultés à entrer dans le roman. C’est un roman choral, de multiples voix s’emmêlent pour raconter l’histoire de cet...
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    Voici LE roman incontournable ces jours-ci puisqu’il vient d’obtenir le Prix Goncourt 2021. J’avais commencé à le lire avant l’annonce du prix. J’avoue avoir eu quelques difficultés à entrer dans le roman. C’est un roman choral, de multiples voix s’emmêlent pour raconter l’histoire de cet écrivain TC Elimane et de son livre paru en 1938, le « Labyrinthe de l’inhumain ». Il m’a fallu un peu de concentration pour rassembler les morceaux du puzzle et comprendre quel personnage prenait la parole au fil des chapitres. En effet, le narrateur n’est pas toujours identifiable, en tout cas pas dès la première phrase et cela peut perturber la lecture. Je me suis laissée prendre par le roman dans la deuxième partie quand Siga D. raconte l’histoire de sa famille au Sénégal, celle de son père plus précisément, Ousseynou Koumakh. C’est la partie la plus romancée, sorte de conte où plane un soupçon de magie noire.
    Plusieurs personnes enquêtent sur cet écrivain, Elimane, accusé de plagiat. Cette affaire va être retentissante à l’époque et produire de nombreux articles dans la presse. Elle va même pousser la maison d’édition à retirer tous les livres de la vente, avant de fermer. L’auteur disparaît, ne fait aucun commentaire ou démenti. Un mystère plane autour de lui. Puis la guerre arrive et bouleverse tout.
    Le roman s’ouvre en 2018 avec un jeune auteur sénégalais, Diégane Latyr Faye qui est obsédé par ce livre et veut savoir ce qui est arrivé à Elimane. Il partage ce livre introuvable avec un cercle de jeunes auteurs africains. Ensuite se succèdent les témoignages de Marème Siga D., l’Araignée-mère, de Brigitte Bollème, journaliste qui a publié une enquête sur ce livre, de Thérèse Jacob, l’éditrice, et de la poétesse Haïtienne, sorte de bienfaitrice de Siga D. qui a connu Elimane.
    Elimane est insaisissable. Toute la vie de Diégane tourne autour de cette quête. Il se pose de nombreuses questions sur le sens de la littérature et de l’écriture, sur la relation des pays colonisés avec les pays colonisateurs, la culture blanche et sa suprématie sur la culture africaine. Il cherche à savoir dans ces nombreux témoignages ce qui relève de la légende et la part de vérité.
    Je comprends le choix du Goncourt. Ce roman est intelligent, drôle, dense. L’écriture est belle. Un roman original et atypique mais qui ne conviendra pas à tous les lecteurs. Le risque étant d’en perdre quelques-uns dans la première partie.

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