Louise Erdrich

Louise Erdrich
Considérée comme l'un des grands écrivains américains contemporains, Louise Erdrich est l'auteur d'une œuvre majeure, forte et singulière, avec des romans comme Dans le silence du vent, La chorale des maîtres bouchers, Ce qui a dévoré nos cœurs ou La malédiction des colombes. Récompensée par de n... Voir plus
Considérée comme l'un des grands écrivains américains contemporains, Louise Erdrich est l'auteur d'une œuvre majeure, forte et singulière, avec des romans comme Dans le silence du vent, La chorale des maîtres bouchers, Ce qui a dévoré nos cœurs ou La malédiction des colombes. Récompensée par de nombreux prix littéraires, elle a été distinguée en 2012 par le prestigieux National Book Award et, en 2015, par le Library of Congress Award. Tous ses livres sont publiés aux Éditions Albin Michel.

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Avis (32)

  • Couverture du livre « Larose » de Louise Erdrich aux éditions Albin Michel

    isav sur Larose de Louise Erdrich

    Lors d'une chasse au cerf, au coeur d'une réserve Ojibwé du Dakota du Nord, Landreaux Iron tue par accident Dusty, le jeune fils de cinq ans de ses voisins et amis fermiers, les Ravish. Pour respecter une ancienne coutume indienne, la famille de Landreaux va donner son propre fils LaRose, du...
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    Lors d'une chasse au cerf, au coeur d'une réserve Ojibwé du Dakota du Nord, Landreaux Iron tue par accident Dusty, le jeune fils de cinq ans de ses voisins et amis fermiers, les Ravish. Pour respecter une ancienne coutume indienne, la famille de Landreaux va donner son propre fils LaRose, du même âge, aux parents en deuil. Cet enfant, portant l'héritage des quatre générations de LaRose qui l'ont précédé, va faire émerger un chaos de colère et d'amour, au sein de ces deux familles.
    C'est ce cheminement que l'auteure nous raconte, empreint de l'inépuisable connaissance de la nature que les indiens continuent à perpétuer, dans le monde moderne auquel ils appartiennent désormais. Guidés par les esprits de leurs ancêtres, les personnages vont devoir faire preuve de force et de tolérance, pour se reconstruire et passer sans violence, de la douleur au pardon.
    Cette histoire belle et émouvante nous interpelle en tant que parent : est-il imaginable de renoncer à son propre enfant ou de remplacer un enfant perdu par un autre ?
    Née en 1954 dans le Minnesota, Louise Erdrich est une figure emblématique de la littérature amérindienne. Avec ce nouveau roman, elle nous plonge dans une culture dont elle est, par ses origines maternelles, la mémoire vivante. A travers la vie dans une réserve, les liens entre familles indiennes et le poids des traditions ancestrales, ce récit est le témoignage d'une Amérique précolombienne faite du mélange de ses peuples natifs.
    Croisant le présent et le passé, le réel et le surnaturel, Louise Erdrich fait preuve d'une remarquable maîtrise de l'écriture, tout en poésie.
    Un roman envoûtant qui nous transporte, avec beaucoup d'émotion et de sensibilité, au coeur de l'héritage culturel amérindien.

  • Couverture du livre « Larose » de Louise Erdrich aux éditions Albin Michel

    Mumu Dans le Bocage sur Larose de Louise Erdrich

    J'ai découvert Louise Erdrich avec Dans le silence du vent après la lecture d'une chronique d'elle que j'avais lue dans America.

    Une deuxième lecture de cette auteure que l'on me recommandait sur les réseaux sociaux et dont je sors avec un avis peut-être plus mesuré.

    Le thème principal du...
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    J'ai découvert Louise Erdrich avec Dans le silence du vent après la lecture d'une chronique d'elle que j'avais lue dans America.

    Une deuxième lecture de cette auteure que l'on me recommandait sur les réseaux sociaux et dont je sors avec un avis peut-être plus mesuré.

    Le thème principal du roman est le deuil  : la perte d'un enfant peut-elle être remplacée par un autre enfant, du même âge, enfant fils de celui qui a accidentellement tué votre propre enfant ? Montrer ainsi que l'on subit la même douleur en perdant soi-même un enfant.

    Le thème est fort et apparemment lié à une tradition dans la communauté indienne où se déroule l'action.

    Le récit est découpé en plusieurs parties qui vont de 1879 à 2003, ne respectant pas l'ordre chronologique, mais les entremêlant mais je n'ai aucune difficulté concernant les différentes époques sauf parfois pour me retrouver dans les LaRose(5 générations je crois)..... difficulté liée au même prénom, porté indifféremment par filles (le plus souvent) ou garçon pour la dernière génération

    Les LaRose sont souvent doués d'une intelligence et d'une connaissance sur la nature, les plantes mais aussi sur les animaux et l'espèce humaine et le dernier de la lignée est particulièrement philosophe, observateur et intuitif, malgré son jeune âge.

    L'auteure développe énormément sur la vie des deux familles, amies par le passé, les Iron (dont fait partie Landreaux responsable du décès accidentel de l'enfant) et les Ravich, qui respecteront la tradition du don d'enfant et dont LaRose est le dernier descendant. Elles sont opposées dans leur style de vie mais très semblables dans le sens où les femmes sont les éléments dominants : Emmaline, enseignante, respectueuse des traditions et Landreaux, kiné, qui a connu l'addiction à la drogue, laissent beaucoup de libertés à leurs enfants, tandis que Nola et Peter Ravich sont plus rigoureux, strictes, organisés.

    Elle traite également les thèmes de l'amour, de la perte mais aussi de la vengeance, du pardon, de la nature, des traditions et des croyances. Il flotte continuellement des zones de mystères, d'histoires d'ancêtres, la transmission est présente même si l'on comprend à plusieurs reprises de sa perte au fil du temps et des ravages du monde moderne mais aussi de la perte d'identité de la communauté.

    La vie dans les réserves est largement évoquée avec les ravages que l'arrivée des hommes blancs ont provoqué parmi elles.

    Elle était archaïque et avait surgi de la terre en ébullition. Elle avait sommeillé, mené une vie latente dans la poussière, s'était élevée en fin brouillard. La tuberculose s'était élancée en une vague impétueuse pour s'unir à la chaleur de la vie. Elle était présente dans chacun des nouveaux mondes et dans tous les anciens. D'abord elle aima les animaux, puis aussi les personnes. Parfois elle se posait dans une prison de tissus humains séparée par un mur des frondes nourricières du corps. Parfois elle s'élançait, filait sans entraves, creusait des galeries dans les os ou métamorphosait les poumons en dentelle raffinée. Parfois elle allait n'importe où. Parfois elle n'arrivait à rien. Parfois elle élisait domicile dans une famille, ou bien démarrait ses voyages sans répit dans une école où les enfants dormaient côte à côte. (p263)

    La vie des hommes et de la nature sont intimement liées, Louise Erdrich se plaît à entremêler les situations où la nature (faune et flore) est omniprésente et symbole de leur liberté, du respect perdu, de leur perte d'identité et de pouvoir.

    De là, il aperçoit de la colline et plonge son regard dans l'essence même de cette ville de réserve. Défoncé et mentalement anéanti comme il l'est, il voit dans chaque cœur. La douleur, éparpillée partout, monte en flamboyant des puits profonds que sont les poitrines de son peuple. A l'ouest les cœurs des morts battent encore, ils brûlent et jettent de douces lueurs vertes dans leurs cercueils. Ils font jaillir de la terre une lumière pale. Et au sud il y a les bisons que la tribu a achetés dans un but touristique. Un rassemblement sombre. Leurs cœurs eux aussi embrasés par l'horrible message de leur extinction. Leur assemblée fantomatique, désormais. Comme nous, ils déambulent et tournent en rond dans un petit enclos d'herbe, et engraissent. Comme nous, cœurs visibles pareils à des lampes dans la poussière. (p465)



    Elle apprit à nettoyer les maisons des Blancs au cours du programme extrascolaire, à racler au couteau la poussière coagulée dans les recoins. A polir les veines grises des sols en marbre. Elle faisait aussi reluire les boiseries et étinceler les chauffe-eau en cuivre. Et puis elle avait une très jolie écriture et savait décomposer des grands nombres en facteurs premiers. Elle connaissait les fleuves du monde et les guerres qu'avaient menées les Grecs, les Romains, les Américains, écrasant les Anglais puis les Sauvages. Une liste de races qu'elle dut mémoriser plaçait la blanche au sommet, ensuite la jaune, la noire et enfin la sauvage. Selon le programme scolaire, son peuple se trouvait au bas de l'échelle. (p281)

    L'histoire est bien construite, les personnages se dévoilent tout au long du récit et l'on obtient les réponses pour certains que vers la toute fin. D'autres comme le prêtre Travis, sont récurrents dans les deux livres que j'ai lus, ancien soldat ayant combattu et blessé, qui trouve refuge dans la religion. Par contre je n'ai pas trop compris l'utilité de créer entre lui et une des deux femmes, une relation amoureuse....

    Louise Erdrich a une écriture magnifique, très descriptive, elle met en place très vite le fond du livre : la perte, le deuil, l'absence et la tentative de réconciliation mais peut-on réparer en s'amputant soi-même de la présence d'un enfant. Les deux familles vont souffrir : toutes les deux de l'absence même si elle n'est pas similaire mais aussi chez Nora d'une dépression dont les enfants vont être les témoins et les sauveurs.

    J'ai beaucoup aimé tout ce qui touchait aux enfants, leur complicité, leur espièglerie, leurs relations et particulier celle qui unit Maggie et LaRose et qui démarrait pourtant bien mal.

    J'ai, même si je donne une note similaire, préféré Dans le silence du vent : l'histoire m'a plus touchée, émue, où j'ai trouvé les personnages plus captivants, l'intrigue m'a plus tenue en haleine. Dans LaRose j'ai moins été dans l'attente de découvrir ce que chacun cachait ou était réellement. Dans celui-ci l'environnement culturel, générationnel et symbolique y est très présent, mais l'ayant déjà trouvé dans ma première lecture, j'y ai été moins sensible cette fois-ci.

    Cela n'enlève rien à la qualité de la narration : un souffle romanesque, une écriture fluide, accessible et une construction intéressante sachant tenir le lecteur jusqu'au bout et avec la découverte d'une ethnie qui se perd, dont bientôt il ne restera que peu de témoins.

    Le lendemain, elle vit un ours occupé à déterrer une sorte de racine à côté d'un marécage. Une autre fois, un renard bondit, monta en arc de cercle haut dans l'herbe et s'en fut en trottinant, une souris dans la gueule. Des cerfs allaient au pas, tous les sens aiguisés, s'arrêtant pour remuer les oreilles et flairer les senteurs avant de s'aventurer à découvert. Elle regarda la terre voler derrière un blaireau qui creusait un terrier. Des souris à pattes blanches aux yeux adorables, des hirondelles bleues fendant l'air, des faucons lancés dans un vol libre mystique, des corbeaux cabriolant sur des courants aériens aussi solides que d'invisibles poutres d'équilibre. Elle commença à se sentir davantage chez elle dehors que dedans. (p310)

  • Couverture du livre « Dans le silence du vent » de Louise Erdrich aux éditions Lgf

    Mumu Dans le Bocage sur Dans le silence du vent de Louise Erdrich

    Le récit est avant tout l'apprentissage de la vie d'un jeune garçon, Joe surnommé Oups par son grand-père Mooshum, confronté à la brutalité, la violence et l'injustice mais aussi la vie de la communauté amérindienne parquée dans une réserve où leurs droits sont restreints, dont les terres ont...
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    Le récit est avant tout l'apprentissage de la vie d'un jeune garçon, Joe surnommé Oups par son grand-père Mooshum, confronté à la brutalité, la violence et l'injustice mais aussi la vie de la communauté amérindienne parquée dans une réserve où leurs droits sont restreints, dont les terres ont été confisquées, volées et où les non-amérindiens ont tout pouvoir, où règne l'injustice envers cette communauté qui, ne l'oublions pas, était présente lors de la découverte du continent. 

    De la même façon que Joe arrache des pousses d'arbres autour de sa maison, il va s'investir d'une mission : celle de sauver sa famille, touchée par un dramatique événement, qui transforme la douceur familiale en cahot.

    Des petits arbres avaient attaqué les fondations de notre maison. Ce n'étaient que de jeunes plants piqués d'une ou deux feuilles raides et saines. Les tiges avaient tout de même réussi à s'insinuer dans de menues fissures parcourant les bardeaux bruns qui recouvraient les parpaings. Elles avaient poussé dans le mur invisible et il était difficile de les extirper.

    Joe découvrira que son père, qu'il admire n'est qu'un juge de petite affaires se résumant à des conflits dans la communauté, que sa mère si vivante se transformera en fantôme silencieux, que le couple uni qu'ils formaient est au bord de la désintégration et que tout l'équilibre de sa vie est compromis.

    Il aurait mieux valu n’importe quoi plutôt qu’elle prenne l’escalier dans cette suspension glacée des sentiments. Elle portait une robe bleue toute simple, ce soir-là. Pas de bas. Une paire de mocassins noirs Minnetonka. Tout en montant marche après marche, elle regardait droit devant elle et sa main tenait fermement la rampe. Ses pas étaient silencieux. Elle semblait flotter. Mon père et moi l’avons suivie jusqu’à la porte de la chambre, et je crois qu’en la regardant nous avons tous les deux eu l’impression qu’elle s’élevait vers un lieu d’extrême solitude dont on risquait de ne jamais la ramener.

    Trouver le coupable va devenir son obsession et  va mettre à jour des dossiers sombres, des trafics , des non-dits, des révélations dans lesquelles celle que l'on a répudiée car différente va sauver celui qui va se transformer en monstre, où la justice ne sera pas rendue à la hauteur du crime, où la trahison peut survenir de personne que l'on aimait....

    Je devais faire ce que je devais faire. Cet acte était devant moi. Dans l'étrange lumière, une sensation d'affolement m'a à ce point submergé que les larmes me sont montées aux yeux et qu'un seul son étranglé, un sanglot peut-être, un déchirement de souffrance, a jailli de ma poitrine. J'ai croisé les poings dans les mailles du tricot et les ai pressées contre mon cœur. Je ne voulais pas laisser échapper le son. Je ne voulais pas donner une voix à ce bouillonnement de sensations. Mais j'étais nu et tout petit face à sa puissance. Je n'avais pas le choix. J'ai étouffé les sons que je produisais de sorte que je sois seul à les entendre sortir de mon corps, répugnants et étrangers. Je me suis allongé par terre, j'ai laissé la peur me recouvrir, et essayé de continuer à respirer pendant qu'elle me secouait comme un chien secoue un rat.

    L'auteure porte un regard sans complaisance  mais aussi avec tristesse sur une communauté qu'elle connaît parfaitement puisqu'elle en fait partie (mère amérindienne et père germano-américain) et s'inspire, je pense, de ses propres souvenirs pour construire ce roman. Elle relate les traditions et croyances de son peuple en intégrant entre autre des petits contes, légendes, racontées  par Mooshum, des cérémonies de purification, mais en intégrant également la présence d'un personnage blanc, le père Travis, qui lui aussi a ses souffrances, ses blessures.

    La narration est faite par Joe lui-même, adulte, qui porte un regard à la fois bienveillant? indulgent sur l'enfant qu'il était, sur sa famille avec les figures marquantes de Clémence et Edward, sa tante et son oncle, Sonja et Whitey qui tiennent la station-service, elle, objet de tous ses fantasmes d'adolescent et lui, jaloux et alcoolique élève des chevaux et surtout Mooshum, le grand-père, passeur de légendes, d'histoires et mémoire de la famille.

    Durant ma lecture j'ai beaucoup pensé aux deux romans de Harper Lee :  Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur , Va et poste une sentinelle,ou Le cœur est un chasseur solitaire  et Frankie Addams de Carson Mc Cullers qui sont aussi des romans d'apprentissage dans la littérature américaine, à travers un événement familial ou douloureux, le jeune adolescent passe de l'enfant à l'âge adulte.

    C'est une écriture limpide, pleine d'émotions, de sensations, tendre envers ce jeune garçon brutalement confronté au désarroi de ses parents, au silence qui entoure le drame, on sent la tension montée, l'intrigue est bien construite, le regard lucide sur la perte de repères de certains : alcool, violence, désœuvrement dûs pour la plupart à la perte de leurs terres, traditions, dignités mais aussi à la perte des immensités, de la nature et de ses habitants, à son respect.

    J'ai aimé l'ambiance de cette communauté, des réunions chamaniques, où tout le monde se connaît, s'entraide ou pas, le respect des ancêtres, l'écoute des jeunes pour perpétuer les souvenirs qui risquent de disparaître.

    Parler d'un peuple, son peuple à travers une fresque romanesque est une façon de continuer à exister, à perpétuer leur savoir et leur rendre justice dans leurs luttes. Ils restent des voix que portent les livres et que ces voix entendent dans le souffle du vent.

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