Lionel Duroy

Lionel Duroy
Lionel Duroy est l'auteur d'une douzaine de livres dont Écrire, Le Cahier de Turin, Des hommes éblouissants, Trois couples en quête d'orages et Priez pour nous, ces deux derniers ayant été adaptés pour le grand écran. En 2010, le succès de son roman Le Chagrin lui apporte une reconnaissance à la ... Voir plus
Lionel Duroy est l'auteur d'une douzaine de livres dont Écrire, Le Cahier de Turin, Des hommes éblouissants, Trois couples en quête d'orages et Priez pour nous, ces deux derniers ayant été adaptés pour le grand écran. En 2010, le succès de son roman Le Chagrin lui apporte une reconnaissance à la mesure de son talent. Depuis il a publié Colères et L'Hiver des hommes, deux nouveaux succès de librairie.

Articles (2)

Avis (81)

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    Couverture du livre « Eugenia » de Lionel Duroy aux éditions Julliard

    Jean-Paul Degache sur Eugenia de Lionel Duroy

    Mihail Sebastian, né Iosif Hechter, est mort le 29 mai 1945, à 38 ans. Andrei apprend la triste nouvelle à Jana (Eugenia), sa sœur, qui a tant aimé cet écrivain célèbre pour ses pièces de théâtre.

    Lionel Duroy lance ainsi un roman qui m’a absorbé du début à la fin, tant il regorge de...
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    Mihail Sebastian, né Iosif Hechter, est mort le 29 mai 1945, à 38 ans. Andrei apprend la triste nouvelle à Jana (Eugenia), sa sœur, qui a tant aimé cet écrivain célèbre pour ses pièces de théâtre.

    Lionel Duroy lance ainsi un roman qui m’a absorbé du début à la fin, tant il regorge de sensibilité, d’émotion et de vérité puisque, si son héroïne est fictive, tous les événements qu’elle affronte sont authentiques. C’est elle qui raconte avec passion, tendresse et précision.

    Eugenia est une plongée dans les années noires, des années trente à la seconde guerre mondiale en Roumanie. Au travers de l’amour de cette jeune fille pour un grand écrivain, c’est toute la montée du fascisme en Europe qui ressort, avec pour objectif l’élimination, l’extermination des juifs pendant que l’armée roumaine participe au siège de Stalingrad.
    Dans le pays, les juifs sont « soit immensément riches… soit misérables ». Ceux qui ont réussi le doivent curieusement à une mesure discriminatoire car il leur est interdit de posséder la terre… En 1919, sous la pression de la France, les juifs avaient pu enfin devenir officiellement roumains mais, pour beaucoup, « ils ne seraient jamais de véritables roumains. »
    1935 : Madame Costinas, professeure de littérature, recommande à ses élèves dont fait partie Eugenia Rădulescu, de lire Mihail Sebastian, un écrivain juif ! Nous sommes dans la ville de Jassy, à l’est du pays, près de la Bessarabie, la Moldavie aujourd’hui. L’antisémitisme se concrétise par une scandaleuse agression des étudiants chrétiens contre les « youpins ». Ils vont jusqu’à pénétrer de force dans l’université où Mihail Sebastian intervient à la demande de Mme Costinas. L’écrivain est molesté, frappé à coups de bâtons mais reste digne et veut comprendre ceux qui le haïssent.
    Eugenia a deux frères. Stefan, le plus âgé s’engage aux côtés des extrémistes alors qu’Andrei, le plus jeune, reste proche de sa sœur qui part à Bucarest rejoindre sa professeure. C’est l’occasion pour l’auteur de détailler la situation politique du pays avec un roi (Carol II) qui nomme à la tête du gouvernement, un homme déclarant : « La Roumanie aux Roumains » et traite les juifs de « sangsues. » Eugenia se souvient du massacre des juifs de Chisinău, en Bessarabie, en 1903, et elle craint que ça recommence.
    Hélas, la situation se dégrade rapidement et ce livre m’a plongé dans la vie politique et culturelle d’un pays soi-disant neutre en 1939 mais qui vend son pétrole à l’Allemagne nazie ! En septembre 1941, les juifs doivent porter l’étoile jaune. Eugenia, devenue journaliste, partage son amour pour Mihail avec l’actrice Leny Caler. Lionel Duroy cite des passages du journal de l’écrivain, étayant bien un récit poignant, déchirant grâce à une Eugenia se battant pour plus de justice et d’équité dans une époque qui trouve, hélas, des échos aujourd’hui.
    L’armée rouge occupe la Bessarabie et la Hongrie réclame la Transylvanie. Le général Antonescu est au pouvoir. Carol II abdique en faveur de son fils de 19 ans, Michel 1er. Antonescu s’entoure des plus extrémistes dont Stefan qui déverse sa haine : « Des juifs partout, des métèques en veux-tu, en voilà, tout ce petit monde occupé à nous manger la laine sur le dos. »
    L’inévitable est en route. On a souvent parlé de Shoah par balles en Europe de l’est mais là ce sont les Roumains eux-mêmes qui massacrent les juifs avec la complicité des nazis. Aux côtés d’Eugenia, j’ai ressenti toute l’horreur du pogrom de Jassy qui vit périr 13 266 personnes dont 40 femmes et 180 enfants.
    Après avoir ajouté qu’Eugenia nous emmène aussi avec la Résistance roumaine, il faut dire aussi que ce livre fait rencontrer Curzio Malaparte, journaliste et écrivain italien qui a détaillé dans Kaputt beaucoup d’horreurs commises durant la seconde guerre mondiale.

    Eugenia : un livre à lire absolument !

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    Couverture du livre « Eugenia » de Lionel Duroy aux éditions Julliard

    Vincent Beaulieu sur Eugenia de Lionel Duroy

    C'est un roman singulier que nous livre Lionel Duroy, parce qu'il diffère de la plupart de ceux qu'il a écrits depuis Le chagrin, Priez pour nous, Vertiges, où sous les traits de son double en littérature il se raconte, s'interrogeant sans cesse sur l'amour, ce qui le fait exister ou se déliter,...
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    C'est un roman singulier que nous livre Lionel Duroy, parce qu'il diffère de la plupart de ceux qu'il a écrits depuis Le chagrin, Priez pour nous, Vertiges, où sous les traits de son double en littérature il se raconte, s'interrogeant sans cesse sur l'amour, ce qui le fait exister ou se déliter, les relations familiales...
    Roman singulier parce qu'il prend place en Roumanie entre 1935 et 1945 et s'ancre dans l'Histoire. Et cependant, les thèmes chers à Duroy n'en sont pas absents. Il est question de l'amour que porte Eugenia, brillante étudiante roumaine, au romancier et dramaturge juif Mihai Sebastian, mais que lui ne sait pas témoigner. Il est question des relations d'Eugenia avec sa famille, alors que son frère aîné a rejoint les Légionnaires de la Garde de Fer, alors que la conscience politique de ses parents n'a pas subi l'heureuse influence d'une enseignante, comme c'est le cas pour Eugenia.
    Eugenia devenue journaliste s'oppose à ses parents qui ne s'indignent pas des positions antisémites de son frère et de celles que prend peu à peu le régime, menaçant celui qu'elle aime et qui ne veut quitter la Roumanie parce que cette guerre et les menaces qui pèsent sur lui sont aussi une raison de vivre (plus forte que la présence d'Eugenia ?). Ses parents ne sont pas des barbares, pas eux, ils sont la voix silencieuse du discours dominant en Roumanie, d'inspiration nazie. L'Allemagne nazie prend ses aises en Roumanie après la rupture du pacte germano-soviétique et chacun alors s'accommode tant bien que mal de cette collaboration : sympathisants antisémites par habitude ou par lâcheté, résistants actifs, collaborateurs passifs, coupables pendant le pogrom de Jassy.
    Eugenia croise, avec Sebastian qui les considère toujours comme ses amis, des écrivains tels Nae Ionescu, Camil Petrescu, Mircea Eliade, Emil Cioran, dont l'antisémitisme, plus éclairé que celui de leurs compatriotes - ce sont des intellectuels, et ils connaissent la confession de Sebastian - est plus effroyable et condamnable (je ne lirai pas Cioran). Eugenia croise encore Curzio Malaparte, dans une fonction de journaliste-écrivain un peu trouble, dont on ne sait vraiment quelle cause il sert, sinon la sienne peut-être.
    C'est aussi une partie de l'histoire de la Roumanie que nous donne à découvrir Duroy, prise dans l'étau entre nazis et soviétiques, gouvernée par le "Pétain roumain", Antonescu. Et ce parallèle n'est pas le dernier intérêt du livre...

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    Couverture du livre « L'absente » de Lionel Duroy aux éditions Julliard

    Christlbouquine sur L'absente de Lionel Duroy

    Un homme, Augustin, divorce et perd la maison dans laquelle il se sent en paix et où il a toujours pu écrire.
    A partir de là, sa vie prend une direction totalement imprévue dans une sorte de fuite éperdue pour retrouver sa sérénité, ses repères et un lieu pour se réfugier et poursuivre son...
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    Un homme, Augustin, divorce et perd la maison dans laquelle il se sent en paix et où il a toujours pu écrire.
    A partir de là, sa vie prend une direction totalement imprévue dans une sorte de fuite éperdue pour retrouver sa sérénité, ses repères et un lieu pour se réfugier et poursuivre son travail d’écriture.
    A la recherche de la première phrase de son prochain roman dont son sujet sera sa mère, il part sur les routes, de Verdun à Bordeaux sur les traces de sa famille.
    Il ira même jusqu’à se faire embaucher, sous une fausse identité, dans le domaine familial bordelais.
    Durant cette fuite, remontent à la surface son enfance, la relation de haine qu’il entretenait avec sa mère et l’histoire de sa famille déchue.
    Augustin s’interroge, cherche à comprendre l’histoire de cette femme qu’il pense haïssable et qui a fait de lui l’homme et l’écrivain qu’il est devenu et qui raconte sa famille comme un exorcisme à ses chagrins et ses incompréhensions d’enfant.
    Un road-movie captivant et non dénué d’humour qui amène Augustin à rencontrer des personnages surprenants et à reconstituer la vie éparpillée de sa mère, victime (consentante ?) et bourreau d’un mari beau parleur et menteur qui les a conduit à la ruine, jusqu’à la révélation du secret familial fondateur de sa famille. Un excellent roman de Lionel Duroy.

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    Couverture du livre « Eugenia » de Lionel Duroy aux éditions Julliard

    Nicole Grundlinger sur Eugenia de Lionel Duroy

    Voilà un petit moment que, malgré quelques coups de cœur, je n'avais pas eu sous les yeux un tel roman. Un de ceux qui dépassent justement les qualificatifs banalisés (c'est vrai, un coup de cœur qu'est-ce que ça veut dire en fait ? On le ressent sur le coup et puis... qu'en reste-t-il quelques...
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    Voilà un petit moment que, malgré quelques coups de cœur, je n'avais pas eu sous les yeux un tel roman. Un de ceux qui dépassent justement les qualificatifs banalisés (c'est vrai, un coup de cœur qu'est-ce que ça veut dire en fait ? On le ressent sur le coup et puis... qu'en reste-t-il quelques semaines plus tard à part un bon souvenir ?), un de ceux qui donnent à réfléchir mais pas seulement. Qui interpellent, qui rappellent, qui dérangent aussi. Je n'avais encore jamais lu Lionel Duroy. C'est le sujet du livre - la Roumanie dans les années 1935 à 1945 - et un article très efficace de Josyane Savigneau dans le magazine Lire du mois de mars qui m'ont conduite en librairie. Reste maintenant à vous donner envie de faire de même...

    L'auteur se glisse donc dans la peau d'Eugenia, jeune femme qui, lorsque nous faisons sa connaissance en 1945 tente de retracer par écrit les dix années qu'elle a traversées aux côtés de l'homme qu'elle aimait, le grand écrivain Mihaïl Sebastian qui vient de décéder, victime d'un banal accident de la circulation. Cruelle ironie du sort, lui qui vient d'échapper à la guerre et aux persécutions particulièrement terribles envers les juifs dans cette Roumanie où l'antisémitisme est pratiquement inscrit dans les gènes. Eugenia a d'ailleurs grandi dans une famille où les thèses nationalistes accaparaient les discussions, et pour elle, c'était normal. Jusqu'à ce qu'en 1935, alors lycéenne, elle ne commence à se poser des questions. D'abord sous l'influence de sa professeure de littérature, qui va jusqu'à inviter Sebastian à rencontrer ses élèves alors que les mesures contre les juifs vont déjà à l'encontre de ce type d'initiative. Ensuite en prenant spontanément la défense de l'écrivain face aux étudiants nationalistes venus pour l'agresser et le jeter dehors. Entre 1935 et 1945, nous assistons à l'éveil de la conscience d'Eugenia, amoureuse de Mihaïl mais surtout témoin des atrocités qui agitent le pays sous l'influence des nationalistes, gonflés à bloc par la montée des mêmes courants en Europe et précipités au pouvoir par des généraux opportunistes et admirateurs d'Hitler. Eugenia quitte sa ville de Jassy, devient journaliste à Bucarest, témoin bien impuissant avant de trouver le moyen de se lancer elle aussi dans la lutte armée.

    Voilà pour la toile de fond. A partir de là, ce que l'auteur construit est remarquable. Il part du Journal de Mihaïl Sebastian dont les extraits jalonnent le roman et parvient à ressusciter la vie sociale et intellectuelle du Bucarest des années d'avant-guerre tout en montrant la compromission de la plupart des intellectuels roumains, adeptes ou sympathisants des thèses nationalistes et surtout antisémites, n'hésitant pas à les afficher sans vergogne devant leur "ami" Sebastian. Il revient sur l'incroyable terreau renfermé par ce pays dont il retrace également les principaux événements historiques parmi lesquels il tente de trouver des explications - "De tous les peuples d'Europe, les Roumains, si fiers de leur sang, sont ceux qui haïssent le plus les juifs. Pourquoi ? Que viennent toucher les juifs de si douloureux dans le cœur des Roumains ? Je ne sais pas." Des idées si bien ancrées qu'il ne se trouvera personne pour s'opposer à l'horrible pogrom de Jassy auquel nous assistons avec le regard d'Eugenia, effondrée de constater le comportement de ses voisins, amis et bien sûr de sa famille. Et puis, Lionel Duroy pose la question du rôle de l'écrivain au milieu de tout ça, en le comparant également à celui du journaliste. De Sebastian qui lutte pou continuer à créer à Malaparte qui parcourt l'Europe sous la couverture d'un journaliste pour recueillir la matière de son futur roman, quelle expression adopter pour témoigner ?

    "Le journalisme est impuissant à rendre compte de notre incroyable complexité car ce qu'on devine d'une personne n'est pas considéré comme une information". Constat amer fait par Eugenia qui fera elle-même l'expérience de la difficulté d'écrire et de livrer avec justesse ses impressions parfois fugaces. Questionnement également sur l'impuissance à éclairer les consciences malgré les écrits, les témoignages en tous genres... Découragement de s'apercevoir que l'on n'apprend malheureusement pas de l'Histoire.

    "Qu'étions-nous en train de vivre ? Etait-ce cela qu'on appelait un pogrom ? J'avais beaucoup lu sur celui de Chisinau, en 1903, sans imaginer qu'un tel déchainement puisse se renouveler un jour. Puisque la chose avait eu lieu, qu'elle avait horrifié le monde entier, elle ne se reproduirait plus. Ainsi pensons-nous, nous figurant que l'expérience d'une atrocité nous prémunit contre sa répétition".

    Soixante-dix ans après, la question reste d'actualité. Mais le point peut-être le plus important que soulève l'auteur c'est celui de l'angle choisi pour témoigner et rendre compte. Un élément primordial dans le cheminement d'Eugenia d'abord sceptique et réticente face à la théorie soutenue par Mihaïl qui souligne l'importance d'écouter les bourreaux parce que "les victimes émeuvent mais elles ne nous donnent pas les clés de la haine (...). Aujourd'hui (...) c'est le discours des bourreaux qu'il faut faire entendre, celui-là seul peut prévenir le reste du monde de ce qui se prépare ici et peut-être éviter une nouvelle catastrophe".

    Avec ce roman, on entre de plein fouet dans la mécanique qui conduit à la haine, une mécanique qui n'est pas l'apanage de quelques monstres mais d'êtres humains qui nous ressemblent. Lionel Duroy n'est pas le premier à le dire mais sa démonstration est d'autant plus forte qu'elle nous fait sentir à quel point la démocratie et la paix sont fragiles. Si on en apprend beaucoup sur l'histoire tumultueuse de la Roumanie, c'est avant tout de l'humanité dont il s'agit. Et pour une lumineuse Eugenia, combien de moutons retranchés derrière la peur de l'autre ou attirés par les sirènes mensongères des promesses nationalistes ?

    Heureusement, on croise aussi des personnages enthousiasmants comme le fantasque Prince Bibesco - représentant du cosmopolitisme qui régnait alors à Bucarest - qui nous offre une superbe déclaration d'amour aux juifs "J'aime passionnément les juifs et j'ose espérer qu'ils ne quitteront pas la Roumanie. Je les aime passionnément parce qu'ils éloignent l'horizon. Songez à ce que serait le monde sans eux : une mosaïque de petits peuples à l'esprit étriqué, retranchés derrière leurs frontières et s'adonnant cycliquement à la guerre pour quelques hectares supplémentaires. (...) Je les aime passionnément parce qu'ils incarnent à mes yeux la diversité culturelle et l'immensité du monde quand partout nous nous heurtons à de petits patriotes à béret basque et chemise verte, brune ou noire, dont le grand rêve semble se résumer à nous faire marcher au pas au son de leurs sinistres fanfares."

    J'ai du mal à arrêter là tant ce roman est formidable, tant je l'ai parsemé de post-it destinés à me rappeler des passages percutants et propices à réflexion. Voilà certainement le livre qui m'a le plus marquée depuis la rentrée de janvier et restera dans doute un de mes livres de l'année. C'est intelligent, captivant, interpellant, bouillonnant. Un grand roman.

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