Leni Zumas

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Avis (10)

  • Couverture du livre « Les heures rouges » de Leni Zumas aux éditions Presses De La Cite

    Chantal LAFON sur Les heures rouges de Leni Zumas

    Sélection de janvier 2019 du Grand Prix Elle
    A propos de ce livre j’entends les mots dystopie : récit de fiction d’un monde utopique ou uchronie : récit événements fictifs à partir d’un point de départ historique. Pour ma part je crois que l’auteur décrit un monde qui existe déjà, si nous...
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    Sélection de janvier 2019 du Grand Prix Elle
    A propos de ce livre j’entends les mots dystopie : récit de fiction d’un monde utopique ou uchronie : récit événements fictifs à partir d’un point de départ historique. Pour ma part je crois que l’auteur décrit un monde qui existe déjà, si nous rassemblons à travers les pays, les différents interdits faits aux femmes et l’interdiction de vivre différemment même dans nos démocraties, il me semble que nous en sommes là. Cela n’est pas exposé en vitrine, mais cela pointe du nez dangereusement.
    D’emblée le lecteur est confronté à une écriture âpre, râpeuse et à des descriptions dures, découpées au scalpel. Femme je suis et me suis toujours battue pour vivre le plus libre possible, et j’ai eu mal au ventre de multiples fois pendant ma lecture.
    De quoi s’agit-il, à travers le portrait de quatre femmes :
    — Ro, 42 ans, professeur et biographe d’une exploratrice islandaise du XIXème siècle. Elle souhaite avoir un enfant et pour cela se prête à de multiples procédés pour être enceinte. Un véritable parcours du combattant.
    « Il faut que ça marche cette fois-ci. Elle se tiendra assise à son bureau pendant les cours, veillant à ne pas bouger un seul muscle, soucieuse d’éviter tout mouvement intempestif du bassin ; les ovules flotteront alors en toute liberté dans les fluides des trompes, sans croiser le moindre obstacle ; et un ovule touché par le sperme accueillera un unique spermatozoïde envahisseur, prêt à fusionner et à se fragmenter. »
    —Susan, mère au foyer, ne supporte plus le ronron de sa vie ou plutôt le chaos quotidien, où elle ne s’épanouie pas.
    « Au cours de l'heure écoulée, les enfants : se sont roulés par terre en se tapant dessus ; ont mangé un reste de pop-corn mélangé à du yaourt au citron ; demandé à l'épouse s'ils pouvaient regarder encore la télé ; vu leur demande rejetée ;
    navigué et joué avec leurs peluches : renversé le lampadaire ; perdu un cil ; demandé à l'épouse pourquoi son anus flotte dans l'espace alors qu'il devrait être dans son derrière ; frappé et palpé ;
    demandé à l'épouse ce qu'il y avait pour le dîner ; appris qu'il y aurait des spaghettis ; demandé à l'épouse quelle est à son avis la meilleure sauce pour des spaghettis à la fesse. »
    — Mattie, meilleure élève de Ro, 16 ans génie des mathématiques et enceinte dès sa première fois.
    « Pourvu qu’il soit souillé de sang. D’un flot de glaires noires, rouges striés de noir. Elle baisse son slip. Blanc comme neige. »
    — Gin, marginale, guérisseuse, surtout femme blessée, malmenée, qui a dû abandonner sa fille. Dire si elle guette, si elle s’évertue à aider les femmes afin qu’elles ne subissent pas ce qu’elle vit.
    « Elle a été déçue d'apprendre le nom de la fille - un prénom si convenable. Le sien n'est pas mieux. Au fil des années, les gens lui ont demandé : C'est Virginie ? Jennifer ? Non, Gin tout court. Le nom d'une parente ? Non, d'un alcool. Ah ! très drôle, mais en fait, ça vient d'où ? En vérité, c'était bien le gin, l'alcool préféré de sa mère. »
    La construction du livre est déstructurée comme notre monde, chacune est plus souvent désignée par sa fonction que par son prénom, le livre est brutal et j’ai souvent pensé à ses manifestants contre la GPA, l’IVG et toutes ses progrès qui sont des possibilités de maîtriser sa vie, oui des « libertés » que je mets entre guillemets car le parcours à faire et les conséquences sont lourds à porter.
    En filigrane, Ro nous offre son travail de biographe sur cette exploratrice islandaise, femme libre mais qui finalement exerce sa liberté à son seul profit.
    J’aurais aimé que cette partie soit plus développer dans ses comparaisons et que le concept de liberté soit mis en exergue de façon plus radicale.
    Un livre qui est un signal d’alerte et qui montre que les libertés des femmes doivent être en permanence sous surveillance afin qu’elles ne disparaissent.
    Un monde qui apparaît robotisé et lobotomisé pour moi ce n’est pas une fiction.
    ©Chantal Lafon-Litteratum Amor 27 novembre 2018.

  • Couverture du livre « Les heures rouges » de Leni Zumas aux éditions Presses De La Cite

    Margot Cotrez sur Les heures rouges de Leni Zumas

    « Les heures rouges » est une dystopie féministe et engagée. Les États-Unis viennent d'adopter une loi qui vise à interdire l'avortement ainsi que la PMA et l'adoption aux femmes seules, dans un avenir très proche.
    Ce livre est une fiction mais c'est une situation qui pourrait arriver car le...
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    « Les heures rouges » est une dystopie féministe et engagée. Les États-Unis viennent d'adopter une loi qui vise à interdire l'avortement ainsi que la PMA et l'adoption aux femmes seules, dans un avenir très proche.
    Ce livre est une fiction mais c'est une situation qui pourrait arriver car le droit à l'avortement n'est jamais acquis ; preuve en est : Trump s'est attaqué à ce droit en interdisant le financement d'ONG qui soutiennent l'avortement ainsi que les subventions aux plannings familiaux qui pratiquent les IVG. C'est pour cette raison que cela en fait un livre choc et fort, qui ne peut laisser insensible car il faut se battre pour conserver ce droit qui n'est pas acquis.

    L'auteure fait le choix d'utiliser plusieurs voix. Nous suivons le destin de plusieurs femmes qui habitent dans l'Oregon près de Salem. Elles sont courageuses et bouleversantes, à travers des parcours de vie très différents les uns des autres :
    Une enseignante quadragénaire, célibataire souhaite avoir un enfant en ayant recours à la PMA et qui en parallèle rédige la biographie d'une pionnière Eivor Minervudottir, une exploratrice islandaise du 19ème siècle dont nous suivons aussi le destin.
    Une jeune adolescente se retrouve enceinte et veut avorter en passant au Canada.
    Une femme en couple qui a deux enfants et désire changer de vie
    Une femme avec des talents de guérisseuse, qualifiée de sorcière car elle vit isolée dans les bois en marge de la société, fait le choix d'aider les femmes en leur prescrivant des potions qu'elle réalise avec des plantes.

    « Les heures rouges » est un ouvrage qui amène à la réflexion et qui rappelle que dans une société patriarcale, les droits des femmes peuvent reculer et ne sont jamais totalement acquis.
    C'est un roman d'actualité résolument engagé et poétique qui m'a beaucoup plu. J'ai trouvé la construction du livre très intéressante.
    L'auteure nous fait suivre des femmes différentes et nous permet de nous rendre compte des difficultés que doivent affronter chacune d'elles.

    J'ai beaucoup aimé la solidarité entre ces femmes qui est mis en avant, à travers le récit.
    Je me suis beaucoup attachée au personnage de la guérisseuse pour qui j'ai ressenti de l'empathie de par son enfance, sa solitude et son envie d'aider les autres.
    J'ai eu un gros coup de coup de cœur pour ce livre passionnant et humain dont l'auteure a su aborder le droit des femmes dans une fiction avec beaucoup d'intelligence et d'émotion.

  • Couverture du livre « Les heures rouges » de Leni Zumas aux éditions Presses De La Cite

    Mumu Dans le Bocage sur Les heures rouges de Leni Zumas

    Quatre femmes, quatre vies, quatre passés, quatre avenirs plus une cinquième qui vécut au 19ème siècle, voilà ce dont nous parle Leni Zumas.

    Après l’élection d’un nouveau président (tiens tiens, ne serait-il pas fait allusion au 45ème) une nouvelle loi est promulguée : sous 10 jours ,...
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    Quatre femmes, quatre vies, quatre passés, quatre avenirs plus une cinquième qui vécut au 19ème siècle, voilà ce dont nous parle Leni Zumas.

    Après l’élection d’un nouveau président (tiens tiens, ne serait-il pas fait allusion au 45ème) une nouvelle loi est promulguée : sous 10 jours , l’avortement, la procréation assistée et l’adoption seront possible que pour les couples (un père et une mère pour tous) pour les autres cela relèvera du délit, les femmes vont devoir trouver des solutions, imaginer des stratagèmes pour résoudre leurs problèmes. Car il s’agit bien d’une affaire de femmes, en voyant la couverture on se doute du climat de ce roman.

    En utilisant la dystopie pour nous parler de la maternité sous des formes différentes, on ne peut s’empêcher de penser à La Servante Ecarlate de Margaret Atwood …. bien sûr mais j’ai trouvé que l’auteure, en prenant quatre femmes à notre époque, quatre vies et âges différents et quatre situations que peuvent connaître (tout du moins pour trois) qu’elles peuvent connaître ou avoir connues, abordait la féminité, la place dans la société et la maternité sous des angles différents.

    Roberta (Ro) , professeur d’histoire qui rédige une biographie sur Eivor, exploratrice islandaise du 19ème siècle mais qui enchaîne PMA sur PMA sans succès, qui ne veut qu’être mère, seule, Susan, la femme au foyer qui ne supporte plus la vie qu’elle mène entre son mari Didier, collègue de Ro,et ses deux enfants, qui devient un robot sans âme, Mattie, l’adolescente, brillante élève de Ro qui est enceinte d’un « infiltré » dans son corps dont elle veut se débarrasser à tout prix et Gin, la guérisseuse, celle qui vit loin de la civilisation mais dont la civilisation a besoin pour résoudre les questions insolvables, celle que l’on montre du doigt, celle dont on se méfie parce qu’elle peut vous ensorceler mais qui a en sa possession les médecines ancestrales.

    Elle peut simplement se sentir en harmonie avec elle-même sans expliquer pourquoi, ni s’en excuser, sans concocter un plaidoyer pour démonter l’argument qui voudrait qu’elle ne soit pas vraiment heureuse et se leurre pour se protéger. (p37)

    En prenant certaines références comme le choix de la ville de Salem, célèbre pour son procès de sorcières au 17 siècle, l’auteure installe un climat de tension ets’attaque à la condition féminine et à une régression de ses droits par une société puritaine.

    J’étais un peu perdue au début de ma lecture : une exploratrice islandaise du XIXème siècle sans tête de chapitres, des textes courts avec des ratures, les quatre femmes n’étant évoquées que par leur fonction : la jeune fille, la guérisseuse, la biographe, l’épouse, les réduisant à une fonction m’a d’abord interrogées. Des bribes d’information mais c’est assez vague, on ne comprend pas tout de suite le lien entre toutes ces femmes.

    Mais au fil des pages on comprend que cette exploratrice dont Ro rédige la biographie, dont on suit la dernière expédition, va guider notre lecture dans les méandres d’un monde qui replonge dans l’obscurantisme.

    Il est question de maternité, de stérilité, d’avortement

    Elle plante les deux pouces dans son centre, où réside l’infiltré, cette chose. Pourvu qu’ils ne la laissent pas traîner au fond d’un seau. (p315)

    mais aussi de condition féminine, de violence, de chasses aux sorcières, dans un monde où la femme peine à trouver une place, sa place, à disposer de sa vie, de son corps, où la société juge sans chercher à comprendre, où les lois sont le plus souvent faites par des hommes.

    Les hommes n’ont d’ailleurs que peu de place dans ce roman, aucun rôle sauf celui peut être d’avoir érigés les lois. Un monde d’hommes pour des lois qui concernent principalement les femmes.

    Le parallèle entre la vie de Eivor, cette exploratrice qui ira jusqu’au bout de sa quête et les vies de ces femmes qui cherchent à donner un sens à leur vie, le sens qu’elle souhaite elle-même y donner est très judicieux car au lieu de penser que le monde évolue avec le temps, on se rend compte qu’il régresse plus qu’il n’avance. Il apporte un souffle de poésie, on voit à quel point le choix des mots est important pour sa rédactrice.

    Chaque personnage est particulièrement attachant : Roberta et Gin, les plus fortes, déterminées, Susan dans sa décision à mettre fin à une situation qui la mine mais ne trouve pas les mots ni le moment propice, Mattie, jeune fille qui réalise mal ce qui lui arrive. Elle sont fascinantes car fortes ou faibles, elles sont déterminées.

    Une fois compris la démarche de l’auteure quant aux personnages et la construction du récit, j’ai beaucoup aimé et me suis impliquée dans la démarche de ces quatre femmes et en tant que femme on ne peut que comprendre le ressenti de chacune, la révolte, même celui de Gin, qui détient bien des secrets, qui a été initiée par sa tante, Temple, guérisseuse elle-même et qui reste très présente…..

    Chacune a des douleurs, des secrets qui sont habilement distillés au fur et à mesure du récit, qui nous éclaire sur leurs caractères, leurs pensées et leurs décisions.

    J’ai évoqué les thèmes abordés mais il y a également la solitude, le choix, les hasards de la vie qui font que parfois on se trouve d’un côté ou de l’autre de la décision.

    C’est une évocation forte et belle de la condition féminine, avec ses peurs, ses craintes, ses doutes, ses luttes.

    N’être ni l’une ni l’autre

    Elle ne veut pas limiter sa vie à « en avoir un »

    Ni à « ne pas en avoir un »

    Cesser de réduire la vie à une case à cocher, à une case de calendrier

    Cesser de secouer la tête

    Aller à la manifestation en mai

    Faire plus que de participer à une manifestation

    Accepter de ne pas savoir

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