Julie Esteve

Julie Esteve
Julie Estève est née en 1979 à Paris. Après des études de droit et d'histoire de l'art, elle collabore avec de nombreux magazines et participe à plusieurs catalogues d'exposition. Moro-sphinx est son premier roman.

Avis (35)

  • Couverture du livre « Simple » de Julie Esteve aux éditions Stock

    Nicole Grundlinger sur Simple de Julie Esteve

    Bon, ce deuxième roman de Julie Estève je l'attendais avec une rare impatience et une belle curiosité. Depuis ma rencontre percutante avec Lola, l'héroïne de Moro-sphinx, son premier roman, un vrai choc de lecture qui possédait tous les ingrédients laissant penser qu'on découvrait là une sacrée...
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    Bon, ce deuxième roman de Julie Estève je l'attendais avec une rare impatience et une belle curiosité. Depuis ma rencontre percutante avec Lola, l'héroïne de Moro-sphinx, son premier roman, un vrai choc de lecture qui possédait tous les ingrédients laissant penser qu'on découvrait là une sacrée écrivaine. Mais, le passage du premier roman à la suite n'est pas toujours évident alors, à l'impatience s'ajoute une petite dose d'appréhension, c'est normal.

    Elle disparait vite, cette appréhension. Dès les premiers mots en fait : "Antoine Orsini est mort et le soleil n'y peut rien". Reste à savoir qui était Antoine Orsini, parce que pour le reste "On ne dira pas ici comment il est mort. Ce qui l'a tué. On écoutera, dans les odeurs de maquis, de marjolaine sauvage, la voix d'un homme qui pour certains ou le reste du monde, n'en était pas tout à fait un". Ça y est ? Vous êtes parti chercher le livre ?... Pas mal comme premières pages, hein ? De toute façon je ne vous en raconterai pas plus sur l'histoire d'Antoine. Je vous dirai juste que l'action se situe en Corse, qu'Antoine est surnommé le baoul du village (une sorte d'idiot en patois), que sa meilleure amie et interlocutrice privilégiée est une chaise qu'il trimballe partout et qu'il ne jure que par son copain Magic. Sachez également qu'Antoine aimait beaucoup Florence Biancarelli et que lorsque celle-ci a été retrouvée morte, forcément, les soupçons se sont tournés vers lui. Avec tout ça, rassurez-vous, vous ne savez rien.

    Julie Estève crée ici un héros inoubliable en parvenant à nous le rendre proche, à nous faire entrer dans sa tête sans que jamais le trait n'ait l'air forcé ou incongru. C'est du grand art. On suit l'histoire par les yeux et la voix d'Antoine en même temps que l'on découvre la perception et les réactions extérieures. Cette mise en parallèle des "normaux" et du baoul, c'est aussi l'occasion de renverser les points de vue entre innocents et coupables. Elle réussit à mixer fraicheur et perversion dans l'analyse des sentiments, servie en cela par l'ambiance particulière de ce territoire qui est ici plus qu'un élément contextuel, presque un personnage à part entière. Ce qu'elle fait a l'air simple alors que c'est d'une complexité incroyable. Le cheminement auprès d'Antoine a quelque chose de captivant et l'intrigue est aussi prenante qu'un polar.

    En seulement deux romans, Julie Estève nous colle deux sacrés personnages dans la tête, tellement différents l'un de l'autre et pourtant tout aussi marquants. Il y a une force dans son univers, entrevue dans Moro-sphinx et confirmée ici, une forme d'audace aussi à créer hors des sentiers (re)battus en compagnie de personnalités qui interpellent par leur singularité. Tous ceux qui ont lu Moro-sphinx sont dans mon cas et vont se précipiter sur Simple. Pour les autres, n'attendez surtout pas plus longtemps pour faire connaissance avec cette plume exceptionnelle.

  • Couverture du livre « Simple » de Julie Esteve aux éditions Stock

    Mumu Dans le Bocage sur Simple de Julie Esteve

    Je me souviens lors de la rentrée littéraire avoir lu beaucoup de chroniques sur ce roman mais j'ai attendu un peu avant de la découvrir, je savais de quoi il parlait, je voulais choisir le bon moment pour le lire. Pourquoi, un pressentiment, une prémonition que sais-je mais je me doutais qu'il...
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    Je me souviens lors de la rentrée littéraire avoir lu beaucoup de chroniques sur ce roman mais j'ai attendu un peu avant de la découvrir, je savais de quoi il parlait, je voulais choisir le bon moment pour le lire. Pourquoi, un pressentiment, une prémonition que sais-je mais je me doutais qu'il allait avoir de l'effet sur moi. Bonne pioche. Dès les premières lignes j'ai été embarquée, bouleversée, émue, intriguée, interpellée :

    On ne dira pas ici comment il est mort. Ce qui l'a tué. On écoutera dans les odeurs de maquis, de marjolaine sauvage, la voix d'un homme qui, pour certains ou le reste du monde, n'en était pas un tout à fait. (p5)

    Le décor est planté : on est en Corse avec son côté sauvage, mystérieux, rude,  nature, dans un petit village où tout le monde se connaît, ou certains ont des côtés obscurs, comme Pierre qui parfois porte une cagoule. Et puis comme parfois dans les petits villages où tout le monde se connaît, il y a un être différent, un simple, vous savez l'idiot du village, celui dont on rit, celui dont on se moque, celui sur lequel on se venge, le responsable de tous les maux. 

    Là dans ce village c'est Antoine Orsini de son vrai nom, car il a un nom, un prénom même si les autres l'oublient, qui erre de rue en rue, qui furète, qui observe, qui voit mais ne comprend pas toujours tout, mais qui ne peut partager avec personne ses pensées, ses découvertes car personne ne l'écoute, personne ne le comprend, personne ne s'intéresse à lui, c'est le baoul comme ont dit là-bas :

    Et alors ils vont gueuler ferme-la le mongol ! Voilà ce qu'ils vont dire à coup sûr, oh ! je sais bien comment ils m'appellent, y a tellement de mots sales dans la langue en français pour causer de moi ! (p6)

    Ce que j'ai particulièrement apprécié dans ce court roman, c'est le travail d'écriture de Julie Estève : se glisser dans la peau d'Antoine, restituer ses pensées, son parler, ses émotions et sentiments, avec réalisme avec ses mots à lui pour nous parler de ce qu'il subit dans sa famille, de son père alcoolique violent, de l'abandon de la part de Pierre, son frère qui a d'autres préoccupations, de Tomasine, sa sœur, qui a fui le village dans l'espoir d'une carrière à Paris.

    On a tous rencontré un Antoine enfin moi j'en ai déjà rencontré, dans un village, un quartier, celui dont tout le monde se moque, livré à lui-même, ignoré de tous mais reconnu par eux dès qu'il se passe quelque chose d'anormal dans la communauté.

    Dès le début du récit, Julie Estève n'y va pas par quatre chemins, on comprend qu'Antoine est mort et même mort on crache encore sur sa tombe, mais lui il va revenir pour nous révéler, à sa manière, l'histoire de sa vie.

    Je n'en dirai pas plus, 116 pages, c'est court mais là c'est intense, moi cela m'a noué le cœur et les "tripes", on sent le drame arrivé, Antoine ne cache rien, il est naïf, il dit les choses comme elles sont, il éprouve des sentiments et les exprime, pas toujours bien, pas toujours au bon moment, pas toujours à la bonne personne, ne distinguant pas ce qu'il faut dire et ce qu'il faut taire et pourtant il détient des vérités. Quand il n'y a pas personne pour l'entendre il part dans la nature, il arpente les collines, il connaît les chemins et il parle à ceux qui peuvent l'entendre : les arbres, une chaise ou Magic, son seul ami....

    L'écriture est délicate mais précise et percutante, dans le choix des mots pour restituer l'univers de cet homme, le milieu où il vit, l'ambiance, le parler de chaque personnage. Un exemple, page 108, la succession des mots pour faire ressentir, et c'est très réussi, l'effondrement du monde d'Antoine......

    Les dernières pages m'ont chavirée : douleur, tristesse, gâchis, injustice, mais aussi colère sur nous, notre société, sa violence, quelques derniers mots, phrases, chanson sur fond de vérité, qui ne sera jamais révélée.

    Quand je découvre un tel roman, je sais pourquoi je lis, pourquoi j'aime lire : pour partir pour un voyage dans les émotions, dans la vie, retrouver des sensations éprouvées, des sentiments vécus, écrits avec justesse, avec poésie mais aussi efficacité, nous faire rêver parfois mais aussi confronter à notre société, aux humains dans toute leur beauté parfois mais aussi dans toute leur noirceur.

    Merci à Julie Estève de m'avoir alpaguée, émue, d'avoir si bien raconté Antoine, le simple qui était un poète à sa manière, qui aimait Florence, qui n'aurait pas fait de mal à une mouche et pourtant la souffrance il connaît,  elle fait partie de sa vie mais il ne l'exprime pas ainsi. Il raconte, il nous raconte, sans jugement, simplement ce qu'il vit.

    Il avait ce rêve qui dévorait tout. Il faisait avec des fleurs des bouquets qu'il donnait aux autres. Les autres le traitaient de fillette, comme si être une petite fille était une vieille honte. En grandissant, les insultes ont pris du poids, la cruauté des galons. (p110)

  • Couverture du livre « Simple » de Julie Esteve aux éditions Stock

    nathalie vanhauwaert sur Simple de Julie Esteve

    C'est l'enterrement d'Antoine Orsini. Qui ça, me dites-vous ? Antoine Orsini ?

    Ah oui le baoul, c'est comme cela qu'on l'appelait dans le village.


    Nous sommes dans un village de montagne corse. Antoine se souvient et nous raconte sa vie, enfin pas à nous mais à cette chaise trouée en...
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    C'est l'enterrement d'Antoine Orsini. Qui ça, me dites-vous ? Antoine Orsini ?

    Ah oui le baoul, c'est comme cela qu'on l'appelait dans le village.


    Nous sommes dans un village de montagne corse. Antoine se souvient et nous raconte sa vie, enfin pas à nous mais à cette chaise trouée en plastique blanc qu'il avait trouvée.


    Antoine lui raconte sa vie. A la marge, il était. C'était le "simplet" du village, différent des autres, il était la cause de tous les maux.


    Antoine nous parle de son enfance. Cadet de trois enfants, à la maison il était déjà rejeté.


    A l'école, les enfants étaient cruels avec lui, c'était le marginal que seule Mademoiselle Madeleine avait aimé, mais elle était au cimetière aujourd'hui ! tout comme son amie Florence Biancarelli qu'il avait retrouvée morte sous les pins l'été 87.


    Mais qu'était-il arrivé ? Ses souvenirs, ils nous les conte comme ils lui reviennent, dans le désordre, lui qui un peu chapardeur, un petit peu voyeur savait tout ce qui se passait dans ce village.


    Avec lucidité, poésie , il nous partage ses émotions, les secrets du village.


    La construction est particulière, un peu déstabilisante au départ mais toute appropriée au récit. Une écriture poétique, un style bien propre qui nous permet d'entrer en quelque sorte dans la tête du "baoul", de le comprendre.


    Un très joli récit sur la différence, le regard des autres, c'est si facile de juger, de rendre responsable de tous les maux celui que l'on ne connaît pas, ne comprend pas. C'est facile d'être jugé coupable lorsqu'on est différent.


    C'est une LC avec ma binôme Julie des Petites lectures de Scarlett. J'ai été séduite par l'histoire, la sensibilité et la poésie apportée au personnage, en est-il de même pour elle ?


    Son avis se trouve ici



    Ma note : 8/10



    Les jolies phrases



    Faut savoir qu'un ennemi, c'est toujours un autre être humain. Par exemple, ça peut pas être un arbre. Jamais entendu dire mon plus grand ennemi, c'est les figuiers !


    La mort c'est un trou ! On tombe dedans mais ça dure combien de temps la chute, et au bout du trou y a quoi, on arrive où, quand on touche le fond, est-ce qu'on peut remonter, est-ce qu'on a le droit de recommencer, avoir une autre naissance, est-ce qu'on peut choisir qui on sera plus tard ou c'est le hasard et on est attribué au pif...


    ...peut-être le trou c'est du vide, pas grand-chose, trois fois rien, mais sans le vide, y aurait pas le reste et alors ce serait le néant !

    https://nathavh49.blogspot.com/2018/10/simple-julie-esteve.html

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