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Joy Sorman

Joy Sorman
Joy Sorman est l'auteur de sept livres chez Gallimard, parmi lesquels Boys, Boys Boys, Prix de Flore 2005 (Folio n°4571), Comme une bête (Folio n°5678) et La peau de l'ours (Folio n °6081, parution février 2016).

Avis sur cet auteur (34)

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    Couverture du livre « À la folie » de Joy Sorman aux éditions Flammarion

    Domi Mots sur À la folie de Joy Sorman

    « Le chocolat, je l’aime à la folie, je t’aime à la folie. »
    Après avoir lu ce passionnant docu de Joy Sorman, le lecteur ne prononcera plus ces mots avec autant d’insouciance ou de passion.

    En immersion durant un an, en hôpital psychiatrique, l’auteure a le regard de Candide, notre...
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    « Le chocolat, je l’aime à la folie, je t’aime à la folie. »
    Après avoir lu ce passionnant docu de Joy Sorman, le lecteur ne prononcera plus ces mots avec autant d’insouciance ou de passion.

    En immersion durant un an, en hôpital psychiatrique, l’auteure a le regard de Candide, notre regard.
    Sans à priori, sans jugement, avec beaucoup d’empathie, elle laisse parler les patients du pavillon 4B : Robert, Maria, Franck, Jessica ( Calamity Jane ) Igor, Nadia et tous les autres.
    Elle n’occulte pas la maladie, les pathologies, elle remarque surtout les souffrances.
    Franck : « J’ai fumé trop de shit, mes yeux sont partis à l’arrière de ma tête, ils se sont collés au fond de mon crane, et ils me regardaient, ils me surveillaient, c’était insupportable. J’avais trop de délires en moi, et aussi le cadavre d’un jumeau que j’avais avalé dans le ventre de ma mère parce que j’étais le plus fort des deux, le plus volontaire. »

    Elle rapporte avec beaucoup de précision et d’objectivité les souffrances des patients :
    - L’absence d’objets personnels (« Si l’inventaire est une mesure de précaution, il dépouille aussi les patients de toute propriété. (… ) Confisquer à un patient psychotique ses effets personnels peut tragiquement enflammer son anxiété. »)
    - L’importance du langage, du geste, du temps que le soignant peut consacrer ou pas, au patient, de sa proximité. (« Quand le moindre geste est de soin, son interruption peut être bouleversante, dramatique. Quand le moindre geste est aussi du langage, (…) sa disparition est une forme de maltraitance, une manière brutale de se détourner. Ici, le moindre geste compte, soigne, peut anéantir aussi. »
    - l’importance de l’origine sociale, du niveau de vie familial
    « Fabrice (infirmier) reconnait dans cette histoire singulière, un invariant, un poncif de la psychiatrie : l’individu atteint est bien souvent le symptôme d’une famille malade qui ne peut conserver sa cohérence et sa légitimité qu’en désignant un de ses membres comme l’élément perturbateur, le ferment du désordre. »

    Portraits de patients, mais aussi des soignants : les infirmiers(ères) Catherine, Miguel, Barnabé, l’infirmier bouddhiste chaleureux, l’ASH (agent de service hospitalier ou femme de ménage), Adrienne, la plus proche des malades, Eva, la psychiatre.

    Tous expliquent leur difficulté de travail. Depuis l’ASH à la psychiatre en passant par les infirmiers, les aides-soignantes.
    - Les tâches administratives de plus en plus chronophages
    Catherine est infirmière : « le métier s’est réduit à peau de chagrin, le chagrin des soignants, celui des patients et de leurs familles. (… ) Désormais, la moindre initiative doit être validée par l’ordinateur, le dossier du patient doit être consulté avant toute décision. (… ) On nous a confisqué toute liberté d’évaluation. Dix fois par jour, retourner au poste informatique, cliquer sur l’onglet du patient et obtempérer aux ordres du médecin qui légifère à distance sur les actes les plus anodins du quotidien. »
    - Le pouvoir tout puissant et croissant des gestionnaires et inversement proportionnelle, la diminution de la possibilité d’initiative des soignants :
    Miguel est infirmier : « là-haut, dans les bureaux, ils ne veulent pas comprendre que le temps du soin n’est pas celui des procédures. Si un patient veut une feuille et des crayons pour dessiner dans sa chambre, en dehors des heures officielles d’ergothérapie, il faut demander une autorisation. Le temps de la demander et de l’obtenir, le patient a renoncé et il est passé à autre chose, et il est trop tard pour soigner avec délicatesse et précision. »
    - Tous insistent sur le manque de moyens.
    Adrienne, l’ASH : « En vingt ans, j’ai vu la situation empirer, le manque d’argent et de considération s’aggraver. »

    Joy Sorma est un témoin de ce temps renfermé, entre parenthèses.
    « Ici, on dort assis ou debout autant que couché. Ici, tout se fige dans la glace des neuroleptiques et de l’enfermement. Le temps aussi est une banquise, à moins qu’il ne soit de la mélasse, un truc qui colle et se distend. A force, ce n’est même plus du temps, mais une masse informe qu’on voit glisser dans les couloirs, telle une créature de Miyazaki. »

    Le ton est juste, sincère, elle s’interroge sur la façon de soigner la folie, et quelle folie ? Qui est fou, par rapport à quelles normes ?
    « Ainsi en 1952, comme au Moyen-âge, on ne sait toujours pas soigner la folie, le Largactil n’étant qu’un médicament du cerveau pas de l’esprit, mais on peut enfin traiter les symptômes sans tuer le patient, le soulager en même temps qu’on soulage la société et les médecins, qu’on ramène le calme, le sédater pour que les infirmiers ne soient plus de simples gardiens mais aussi des soignants, qu’ils aient moins peur, et ayant moins peur, ils se mirent à penser mieux , à trouver le temps et la disponibilité d’esprit nécessaires pour inventer de nouvelles thérapies. »

    Une prison chimique, efficace mais douloureuse et deshumanisante pour tous les enfermés de l’HP.
    Endormir, morceler, mais pas soigner
    « Tous ceux qui sont ici contre leur volonté ont brisé un pacte, quelque chose s’est mal passé, pour eux ou pour les autres et on a considéré qu’on ne pouvait pas laisser faire, que ça ne pouvait plus durer. On compte alors sur l’ordre de l’hôpital pour résorber le désordre des individus. On compte sur l’internement pour réduire la part de violence de toute folie. Mais on sait bien que rien n’est plus dur qu’un crâne, et que si le cerveau se mâte, l’esprit s’échappe toujours. »


    Un témoignage passionnant et sincère qui se lit comme un docu.
    A lire !

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    Couverture du livre « À la folie » de Joy Sorman aux éditions Flammarion

    Anita Millot sur À la folie de Joy Sorman

    Pendant un an, tous les mercredis, l’auteure a pu circuler librement dans le pavillon 4B (hôpital psychiatrique) Deux particularités qu’elle notera d’emblée : odeurs et chaleur constantes …

    Joy Sorman a interviewé, tour à tour, les résidents (Franck, Maria, Youcef, Robert, Julia, Bilal,...
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    Pendant un an, tous les mercredis, l’auteure a pu circuler librement dans le pavillon 4B (hôpital psychiatrique) Deux particularités qu’elle notera d’emblée : odeurs et chaleur constantes …

    Joy Sorman a interviewé, tour à tour, les résidents (Franck, Maria, Youcef, Robert, Julia, Bilal, Samantha, Esther, Arthur, Lucette, Adel, Jessica, Stéphanie, Asia, Thérèse, Viviane, Igor, Pauline, Megan, Jacques, Jordan) et le personnel (Catherine, Sarah, Miguel, Barnabé, Eva, Adrienne, Lea, Fabrice, Claudine, Anita, Danièle) en toute impartialité.

    Les malades ont entre 18 et 82 ans, ils sont schizophrènes, bipolaires, en proie à des délires de persécution ou des hallucinations, dépressifs ou encore suicidaires.

    L’auteure pointe du doigt – sans jugement aveugle – le manque de personnel, les traitements pas toujours appropriés, les privations de liberté basiques (téléphone ou cigarettes mis à disposition à heures fixes) promenades dans le jardin impérativement accompagnées, règles incompréhensibles au cours des repas, etc …) Une profonde détresse chez les malades – comme chez les soignants bien souvent dépourvus de moyens …

    Un témoignage percutant, qui se veut le plus neutre possible. Une très belle écriture, un choix de mots mûrement réfléchi. Un récit à la fois factuel et puissant qui dénonce sans condamner vraiment – aussi paradoxal que cela puisse paraitre. Un très beau texte sur une triste réalité, qu’il faut être prêt à accueillir.

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    Couverture du livre « Sciences de la vie » de Joy Sorman aux éditions Seuil

    Emma C sur Sciences de la vie de Joy Sorman

    Ninon Moise est une jeune fille en apparence parfaitement normale. Mais elle descend d’une longue lignée de femmes maudites qui a débutée au moyen-âge.
    Toutes les filles ainées de chaque génération sont frappées plus ou moins cruellement par des maladies soudaines et inexpliquées.

    Ninon, à...
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    Ninon Moise est une jeune fille en apparence parfaitement normale. Mais elle descend d’une longue lignée de femmes maudites qui a débutée au moyen-âge.
    Toutes les filles ainées de chaque génération sont frappées plus ou moins cruellement par des maladies soudaines et inexpliquées.

    Ninon, à 17 ans, n’échappe pas à la règle et se trouve affligé d’un mal mystérieux qui brule la peau des ses bras sans laisser de traces et lui interdit tout contact.

    Ninon décide qu’elle ne se laissera pas faire par cette malédiction et s’enfoncera dans le labyrinthe des spécialités médicales et autres médecines parallèles.

    Ninon élevée par sa mère au milieu des histoires de sorcières et de malédiction de ses ancêtres va construire son propre chapitre, sa personnalité autour de ce corps qu’elle ne reconnaît plus et des souffrances qu’il lui inflige.

    L’auteur mêle le parcours de Ninon (de la science pure à l’ésotérisme) aux histoires des personnages forts de sa famille.

    Un très beau questionnement sur la filiation, la transmission et la construction de soi.

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    Couverture du livre « Sciences de la vie » de Joy Sorman aux éditions Seuil

    Joëlle Guinard sur Sciences de la vie de Joy Sorman

    http://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2018/02/sciences-de-la-vie-de-joy-sorman.html

    Ninon, dix-sept ans, appartient à une famille atteinte par un mal étrange. Une malédiction familiale frappe les filles aînées depuis le 16eme siècle, cette malédiction prend des formes différentes suivant les...
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    http://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2018/02/sciences-de-la-vie-de-joy-sorman.html

    Ninon, dix-sept ans, appartient à une famille atteinte par un mal étrange. Une malédiction familiale frappe les filles aînées depuis le 16eme siècle, cette malédiction prend des formes différentes suivant les générations, elles sont atteintes de maladies les plus improbables.

    Pour sa part, Esther, la mère de Ninon, est atteinte d'une absence de vision des couleurs. Friande du récit des épopées familiales, Esther raconte chaque soir à Ninon un nouvel épisode de la saga familiale, Esther se considère comme la gardienne de la mémoire familiale et a établi l'arbre généalogique de la famille sur 500 ans. Tout va bien pour Ninon jusqu'à ce que se révèle brutalement chez elle une hypersensibilité de la peau au niveau des bras, une sensation de brûlure alors que sa peau est intacte, une douleur insupportable au moindre effleurement. Une allodynie tactile dynamique est diagnostiquée.

    Enfermée dans sa chambre, Ninon perd sommeil et appétit, et reste isolée lorsqu’elle doit retournée au lycée. Elle ne trouve soulagement qu'avec l'alcool et la marijuana, parfois elle s'inflige d'autres douleurs pour surpasser son mal et devient terriblement irascible. La douleur l'épuise, la rage ne la quitte pas, fatigue et solitude l'accablent. Sa mère la soutient comme elle peut mais ne se révolte pas contre la fatalité comme Ninon.

    Ne voulant pas subir sans rien faire cette malédiction familiale, Ninon devient obsédée de la consultation médicale, consulte un médecin spécialiste de la douleur, un ergothérapeute qui lui prodigue des frottements avec une peau de lapin... Toutes les tentatives de traitement restent vaines, elle poursuit la ronde des médecins à la recherche d'une explication, d'un traitement. Elle a souvent l'impression de ne pas être prise au sérieux et éprouve de la colère face à l’attitude des médecins qui considèrent sa maladie comme un symptôme mineur ou lui conseillent de consulter un psychiatre pour cette douleur qu'ils jugent psychosomatique.

    Un récit proche du conte sur un sujet très original qui interroge notre rapport à la douleur et au monde médical. Joy Sorman traduit à merveille le drame de Ninon frappée d'un mal invisible qui a pour seul symptôme la douleur très subjective, elle nous fait ressentir l'enfermement de Ninon centrée sur elle-même et sur sa douleur. J'ai apprécié ce roman à l'écriture fluide et suis ravie d'avoir découvert cette auteure que je n'avais encore jamais lue.