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Jean Rolin

Jean Rolin
Né en 1949 à Boulogne-Billancourt, Jean Rolin a passé son enfance entre la Bretagne et le Sénégal. Son oeuvre, qui se construit ici et ailleurs, fait alterner romans et récits. Il a publié une vingtaine d'ouvrages, dont L'Organisation (Gallimard, prix Médicis 1996), L'Explosion de la durite (2007... Voir plus
Né en 1949 à Boulogne-Billancourt, Jean Rolin a passé son enfance entre la Bretagne et le Sénégal. Son oeuvre, qui se construit ici et ailleurs, fait alterner romans et récits. Il a publié une vingtaine d'ouvrages, dont L'Organisation (Gallimard, prix Médicis 1996), L'Explosion de la durite (2007) et Un chien mort après lui (2009), tous deux chez POL.

Avis sur cet auteur (34)

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    Couverture du livre « La clôture » de Jean Rolin aux éditions Gallimard

    Dominique Jouanne sur La clôture de Jean Rolin

    Une immersion originale dans le nord parisien entre boulevard extérieur, voies ferrées et périphérique.

    Jean Rolin a choisi d’arpenter le boulevard du Maréchal Ney qui va de Saint Ouen à Aubervilliers. Il va longer le périphérique, traverser des terrains vagues en friche pour rejoindre les...
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    Une immersion originale dans le nord parisien entre boulevard extérieur, voies ferrées et périphérique.

    Jean Rolin a choisi d’arpenter le boulevard du Maréchal Ney qui va de Saint Ouen à Aubervilliers. Il va longer le périphérique, traverser des terrains vagues en friche pour rejoindre les énormes piliers des ponts à la rencontre de gens qui y sont installés.

    Ce faisant, il nous rapporte une belle ébauche biographique de Michel Ney, ce soldat fidèle et infidèle à l’Empereur Napoléon 1er, ses batailles, ses victoires et ses défaites, sa vie familiale et amicale et celle de l’homme proche de la brute épaisse sans grand esprit ni bon goût. Semblant inconscient du danger, Ney est habité par une violence sanguinaire aveugle qui le fera prendre des risques inconsidérés et gagner des combats improbables.
    Doté d’un égo qui le fait tourner en girouette, il est attiré par la voix du plus fort, sans opinion personnelle bien tranchée. Assoiffé de reconnaissance et de fortune, il obtiendra une renommée glorieuse mais qui par de mauvais choix politiques, le conduiront à la ruine, la fuite puis l’échafaud.

    A la grande Histoire, l’auteur mêle l’actualité des quartiers et chemins parcourus en nous faisant partager ses rencontres et les batailles pour survivre que se livrent SDF, prostituées, immigrés en mal d’identité et leurs Bérézina. Toutes gens qui, à l’instar de Michel Ney, ont connu leur gloire avant la déchéance qui s’offre à eux sur les trottoirs, sous les ponts, dans les barres de HBM (habitat bon marché) qui deviendront par la suite des HLM.

    De la porte de Clignancourt à la porte de la Chapelle, de ronds-points en abribus, de grillages en dépôts, de fête de la musique en victoire de la Coupe du monde de foot, de 14 juillet en Saint Sylvestre, de terrasses de bistrots et McDo en chambres d’hôtels minables et sordides, la plume de Jean Rolin décrit des vues saisissantes sur les réseaux routiers et ferrés, sur des carrefours où se pressent prostitution et trafics en tous genres.

    Il va à la rencontre de la zone, un monde toutefois bien organisé, qui vit dans le tumulte des rails et des moteurs. « Lorsqu’il fait chaud à Paris, et que l’air est pollué, ces deux phénomènes sont toujours légèrement amplifiés dans l’espace qui s’étend entre les extérieurs et le périphérique. »

    Il nous rapporte ses conversations et se lie de sympathie avec certaines personnes rencontrées.

    Il dénonce la violence gratuite des jeunes délinquants qui foutent le feu ci et là par désœuvrement, bêtise et besoin d’une affirmation d’eux-mêmes. (Déçus de ne trouver que des yaourts dans une camionnette de livraison, ils l’incendient).

    Il note les espaces herbeux, les friches, ce talus de la rue de la Clôture où une prostituée d’origine bulgare a été retrouvée sans vie, le corps lardé de coups de couteau.

    La plupart des prostituées qu’il voit, sont des très jeunes filles venues en France de l’étranger, soit de l’Est européen soit d’Afrique, avec la promesse d’études ou d’un boulot sérieux de baby-sitting ou autre et se retrouvent piégées par des types violents et sans scrupules qui les forcent à tapiner sous mille et une menaces.

    Ce livre qui débute en 1998 et se termine à l’aube de l’année 2000, n’a pas pris une ride.

    Seul le tramway aujourd’hui, nous facilite le parcours que Jean Rolin a fait à pied le long de ce boulevard des Maréchaux. Il a osé s’approcher au plus près de l’exclusion humaine et sa précarité pour la restituer sans fard, noir sur blanc.

    Son regard vigilent et bienveillant lui fera noter en fin de livre, cette très jeune fille africaine, assise sur une couverture à l’intérieur du Centre de réception, des lunettes sur le nez, plongée dans un livre qu’ « on aurait aimé savoir quel était ce livre, et ce qu’il avait pour mériter d’être lu dans des conditions si précaires ».

    C’est sans se départir de son ton caustique ni de sa mélancolie qui marquent l’ensemble de ses écrits couronnés de prix littéraires en pagaille dont le Médicis et le grand prix de littérature Paul-Morand pour l'ensemble de son œuvre, que l’auteur livre ici, un roman sans fiction exceptionnel qui nous oblige à regarder notre propre environnement sans baisser les yeux et sans détour.

    Comment rouler sur le périphérique dorénavant sans penser à Michel, Daniel, Gérard, Roger et les autres. Comment regarder un agent de sécurité africain sans penser à Lito... Comment aller en vacances en Bulgarie sans penser à Ginka Trifonova…

    Doué d’un talent d’écrivain érudit hors du commun et d’une intelligence du cœur qui sue sous chacun de ses mots, l’humanisme de Jean Rolin, sons sens de la fraternité et de la liberté, sa tolérance et son respect envers la race humaine sont à saluer chapeau bas.

    PS. J’attends avec impatience le 20 août 2020, date de sortie de son dernier livre « Le pont de Bezons ».

    Allez-y ! Au-delà du plaisir de l’écriture, (Prix de la langue française en 2013), lire Jean Rolin, est un enrichissement personnel !

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    Couverture du livre « Vu sur la mer ; petites chroniques maritimes et fluviales » de Jean Rolin aux éditions Table Ronde

    Dominique Jouanne sur Vu sur la mer ; petites chroniques maritimes et fluviales de Jean Rolin

    Une gourmandise absolue pour tous ceux qui aiment les voyages et les bateaux.

    Recueil de quinze courts reportages de voyage publiés dans divers journaux et magazines tels Géo, Lui, Le Journal littéraire, Le Monde ou Libération, qui nous emporte, sous l’œil attentif et la plume d’exception de...
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    Une gourmandise absolue pour tous ceux qui aiment les voyages et les bateaux.

    Recueil de quinze courts reportages de voyage publiés dans divers journaux et magazines tels Géo, Lui, Le Journal littéraire, Le Monde ou Libération, qui nous emporte, sous l’œil attentif et la plume d’exception de Jean Rolin, aux quatre coins du globe, de port en port, sur fleuves, mers et océans.

    Je ne saurai dire l’article que je préfère. J’ai aimé les lire tous mais mon attention s’est portée sur «Conteneurs 1 et 2 » après ma lecture de « Travellers » de Tanguy Viel et Christian Garcin et aussi «Traversée » de Francis Tabouret. Décidément ces porte-containers me font de l’œil et Jean Rolin globe-trotter érudit nous raconte aussi leur histoire dans l’Histoire…

    « Une fois de retour sur la terre ferme, ce qui peut arriver de plus fâcheux à un conteneur, à part d’être volé ou égaré, c’est d’attirer l’attention de la douane. Cette administration dispose au Havre d’une cellule spécialisée, la Celtic (Cellule d’étude et de lutte contre les trafics illicites par conteneurs), dont l’une des tâches consiste à étudier les connaissements accompagnant les conteneurs transitant par le port normand, et à y déceler des indices de telle ou telle entorse à la légalité. Les plus fréquentes ne concernent ni la traite des femmes — comme dans la magistrale saison 2 de la série télévisée américaine The Wire (« Sur écoute ») — ni celle des Chinois congelés — comme dans la scène qui ouvre Gomorra, le livre de Roberto Saviano sur la Camorra napolitaine —, mais la contrefaçon, celle-ci ne se contentant plus d’imiter les articles de luxe, mais inondant le marché de produits de base, destinés par exemple à l’alimentation, ou aux soins corporels, ayant un impact sur la santé de leurs consommateurs. »

    J’ai allumé ‘Vidéo à la demande’ et découvert cette série (« The wire ») effectivement géniale, favorite d’Obama et saluée par la critique. Jean Rolin a le don de me rappeler mon ignorance et de m’instruire…

    Car oui, quand on le lit, à chaque fois, on est un peu plus riche intellectuellement tout en riant sous son regard caustique, critique, ironique, gentiment moqueur dont la plume érudite et talentueuse raconte l’ordinaire sans rater le petit détail qui nous embarque toujours sur un gros ‘contenant’.

    J’ai bien aimé « Les forbans de la mer de Sulu » pour des raisons personnelles, ayant loué plusieurs années d’affilée sur une petite île, à quelque année de différence, un bungalow au-dessus des papayers surplombant cette dite mer bleue turquoise aux plages de sable farine. Mais mise en garde, jamais je ne suis allée à Palawan, fief des rebelles, et encore moins sur ces bateaux qui font la traversée entre Malaisie et Philippines. Mais lui, Jean Rolin, il y a été, pas dans les guérillas (il n'est pas reporter de guerre) mais dans l’écho des M16 dont les rafales de balles tiraient sur les cocotiers… Son œil est acerbe quand à décrire l'ambiance qui règne là-bas et très juste. Loin de n'être que tout sexe and rock'n roll... Mais quand même, Monsieur Rolin, aller, à l'époque, trainer ses tongs là où vous avez été pourrait se traduire en Anglais par « looking for trouble »…

    Merci pour tous ces écrits originaux, exotiques et captivants. Un moment de lecture réjouissant.
    Sans oublier de saluer l'illustration de couverture signée Loustal...

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    Couverture du livre « L'organisation » de Jean Rolin aux éditions Gallimard

    Dominique Jouanne sur L'organisation de Jean Rolin

    Années 1970. Rétrospective d’une jeunesse idéaliste qui avait la foi en un monde meilleur.

    L’autodérision et les grands éclats de rire zébrant ce livre, font écran à une ironie amère et mélancolique de l’échec révolutionnaire soixante-huitard tout en en dévoilant discrètement des systèmes de...
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    Années 1970. Rétrospective d’une jeunesse idéaliste qui avait la foi en un monde meilleur.

    L’autodérision et les grands éclats de rire zébrant ce livre, font écran à une ironie amère et mélancolique de l’échec révolutionnaire soixante-huitard tout en en dévoilant discrètement des systèmes de manipulation qui in fine, ont fait des victimes dans notre société française avec un nombre important de jeunes qui ont quitté leurs études, qui pour beaucoup sont tombés dans la came et/ou l’alcool, les braquages et la case prison, ou sont devenus manœuvres et au mieux, artisans, artistes, aventuriers, journalistes et écrivains pour les plus doués.

    De Mao à Sainte Rita en passant par l’IRA, la Bosnie et le Che, l’usine LIP à Besançon et les manifs pour le Chili d’Allende, je ne peux m’empêcher de penser que Jean Rolin a voulu honorablement et sincèrement, mettre la Foi dans tous ses états, cette Foi par laquelle on est prêt à tout sacrifier jusqu’au dépouillement et l’errance totale. N’oublions pas que le parti maoïste auquel il appartenait, (et duquel il s’est fait évincer) est (toujours et plus que jamais) tentaculaire et que ses bonnes âmes sont déracinées pour aller ci et là prêcher la bonne parole et conquérir le monde… Le chemin de la Foi (quelle qu’elle soit) est loin d’être un long fleuve tranquille… car on n’y trouve pas que des amis et les inimitiés et malentendus peuvent conduire à des situations embarrassantes… Les organisations (et en l’occurrence ‘L’organisation’) sont en général, assez strictes et paranos…

    C’est aussi l’histoire de l’échec et son cuisant ressenti : échec de 68, échec du parti Mao en France, échec de l’IRA, échec de la Bosnie, échec du Che, échec des désintos, échecs amoureux, échec des attentats programmés et ses missions d’infiltrer des entreprises en province ont elles aussi échouées.

    Jean Rolin, révolutionnaire ne me convainc pas et d’ailleurs justement, ne cherche pas à être convainquant et même en est dans ce livre, presque à se dédouaner. Qu’il déteste l’injustice et les inégalités et qu’il a suivi des mouvements de foule (comme beaucoup de monde à l’époque et d’ailleurs beaucoup de nos jours…) et s’est plus ou moins investi dans des mouvances politiques de l’époque, aux idéaux toutefois totalitaires, révèle plus un jeune homme au cœur tendre, un peu perdu dans le nombre de propositions pour un progrès social et la protection des défavorisés. Car enfin, faire ce grand écart : Mao – Sainte Rita… Du coup, cette tête brûlée devient un personnage attachant avec ses déboires amoureux et ses attentats ratés.

    Jean Rolin a pris du temps avant de verser cette encre-là puisque le livre est sorti en 1996 (et a reçu le Prix Médicis). Quoiqu’il en soit, il nous donne à lire un récit passionnant et formidablement bien écrit (comme d’habitude) qui au-delà d’une part autobiographique qui chercherait une justification explicative (sinon expiatoire) à son vécu lors des années post 68, grave toute une époque de notre ‘H’istoire.

    Malgré tout je trouve son implication dans la cause politique beaucoup moins « clear cut » que celle de son frère, Olivier Rolin, qui lui, est beaucoup plus « cash » sur la question de son militantisme passé. (Voir ‘Tigre en papier’ et encore des interviews très récents sur le Net).

    Toujours est-il que l’un et l’autre se sont éloignés du maoïsme, déçus forcément, au point de ne pouvoir s’empêcher de mettre les choses à plat, noir sur blanc, et de les livrer au public. De nos jours, ils sont entrés dans une zone de confort matériel assez douillette semble-t-il, au sein d’un monde d’intellos bien cadenassé et nous réjouissent avec des plumes d’exception en écrivant l’Histoire et des histoires dans de très beaux romans de voyage.

    La photo de couverture représentant Anne Wiazemsky et Jean-Pierre Léaud dans La Chinoise de Jean-Luc Godard en 1968 m’a fait penser à ce jeune vendeur, il y a quelques jours, à l’ombre de la mosquée de Paris devant une pile de Coran…

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    Couverture du livre « Crac » de Jean Rolin aux éditions P.o.l

    Jean François SIMMARANO sur Crac de Jean Rolin

    Il y a dans pratiquement tous les films de John Woo un envol de colombes au ralenti qui sont plus un message d'espoir qu'une marque de fabrique du style apparition d'Alfred Hitchcock dans ses longs métrages.
    Chez Jean Rolin, ce sont les chiens errants qui à un moment donné de ses romans...
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    Il y a dans pratiquement tous les films de John Woo un envol de colombes au ralenti qui sont plus un message d'espoir qu'une marque de fabrique du style apparition d'Alfred Hitchcock dans ses longs métrages.
    Chez Jean Rolin, ce sont les chiens errants qui à un moment donné de ses romans apparaissent et nous rappellent que ces "chiens jaunes" dans les pays en guerre sont des animaux domestiques en plein retour à l'état sauvage. Il y a là un symbole fort qui désigne et interpelle l'humanité toute entière.
    Le remarquable avis de Dominique JOUANNE sur cette page comblera tous les disciples littéraires de Jean Rolin qui comme moi ne manquent jamais son rendez-vous annuel.