In Koli Jean Bofane

In Koli Jean Bofane

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Avis (9)

  • Couverture du livre « La belle de Casa » de In Koli Jean Bofane aux éditions Actes Sud

    Anna D'ANTONIO sur La belle de Casa de In Koli Jean Bofane

    Ichrak est retrouvée morte au petit matin par son ami Sese Tshimanga. La plus belle fille du quartier de Cuba, à Casablanca, ne fera plus tourner les têtes de tous les mâles du coin.

    Le commissaire Mokhtar Daoudi ouvre une enquête mais n’ira pas très loin dans ses investigations.
    Résoudre...
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    Ichrak est retrouvée morte au petit matin par son ami Sese Tshimanga. La plus belle fille du quartier de Cuba, à Casablanca, ne fera plus tourner les têtes de tous les mâles du coin.

    Le commissaire Mokhtar Daoudi ouvre une enquête mais n’ira pas très loin dans ses investigations.
    Résoudre le meurtre d’une fille, soit disant aguicheuse, vivant avec sa mère, folle, ne fera pas avancer sa carrière de policier.

    L’auteur, In Koli Jean Bofane, nous dresse un portrait haut en couleur des habitants des quartiers Cuba et Derb Taliane. « La Belle de Casa » fourmille de gens plus ou moins honnêtes dans la vie. Il est un conteur hors pair, avec un vrai sens du dialogue. Il a un humour caustique, bien aidé par certaines paroles du rappeur Booba :

    « La rue m’a rendu fou, je suis fou d’elle
    Je n’ai d’yeux que pour elle
    La seule qui me convienne
    Je suis tombé pour elle »

    « Rien à foutre, si tu parles mal, on va t’allumer
    J’veux pas faire la paix mais j’veux bien fumer le calumet. » (page 107)

    Le personnage qui va servir de fil rouge dans le livre est bien sûr Ichrak. Elle est révoltée par la concupiscence des hommes. Elle ne supporte plus ces regards appuyés du fait de sa belle silhouette. Elle veut être respectée dans ce monde machiste.
    L’absence du père, dès sa naissance, la hante. Est-ce qu’il habite le quartier, Casablanca ou était-il un étranger de passage ?

    Ichrak vit avec sa mère, Zahira. A l’âge de sa fille, elle aussi, était considérée comme la plus belle fille du quartier. Elle a un don pour prédire l’avenir. Beaucoup de personnes viennent la voir.

    Et puis, on fait la connaissance de Sese Tshimanga. Venu du Congo pour immigrer en France ou en Belgique, son passeur l’a largué au large du Maroc, en plein océan Atlantique.

    « Quand Sese avait embarqué, l’Algérien lui avait pris près de la moitié de son argent en dollars. La sorte de cachot qu’il lui avait offerte était un réduit dans la cale du sardinier. Il ne pouvait même pas s’y allonger complètement. Le voyage lui avait paru long, mais finalement il ne l’était pas assez, car une nuit Farès lui ouvrit la porte après lui avoir fait ramasser son sac…. Farès, d’une bourrade, venait de le faire chuter dans un canot pneumatique aussi flétri qu’un ballon de baudruche après une nuit de fête agitée. » (pages 15-16)

    Il vit de petits « boulots » et essaie d’entraîner Ichrak dans sa combine.

    « Parce que Sese était ce qu’on appelle un brouteur, un genre de cyber-séducteur africain. Un de ces types - très jeunes, souvent - qui entretiennent une cour avec quelques dizaines, parfois même des centaines, de femmes amoureuses, pratiquant une drague forcenée dans le but de leur soutirer de l’argent en jouant sur les stéréotypes de l’Afrique indigente…. » (page 20)

    Nous avons ici les trois principaux personnages du livre d’In Koli Jean Bofane.

    L’auteur nous dépeint, aussi, ces petites frappes, toujours prêtes pour un sale coup, du moment que ça paie bien : Nordine Guerrouj et Yacine Barzak.
    Les riches ne sont pas épargnés : Saqr al-Jasser, millionnaire saoudien venu faire des affaires à Casablanca. Il veut construire des immeubles de luxe à la place des quartiers Cuba et Darb Taliane, pauvres et délabrés.
    Son homme de main est une femme : Farida Azzouz.

    « Parce qu’à Casablanca, la pauvreté était insolente, elle ne se dissimulait pas derrière un périphérique, elle faisait face à la richesse, celle qui s’affichait par des parois de béton et de verre conçues par des architectes prestigieux. » (page 18)

    En toile de fond souffle le Chergui, appelé le Sirocco en Europe, qui peut rendre fou n’importe qui.

    « Chergui déferlait sur le pays et les peuples s’y étaient accommodés de génération en génération depuis des millénaires. Ces derniers temps, pourtant, le vent perdait de sa suprématie sur les terres qu’il traversait jadis…. le Changement climatique pouvait désormais exposer clairement sa volonté de s’accaparer du pouvoir sur le globe…. Tout ce à quoi Chergui aspire, c’est survoler la Méditerranée en passant par Gibraltar, les Baléares, poursuivre vers la Provence, la Sicile, le Mezzogiorno et accomplir le destin qui lui a été assigné en devenant Sirocco dans ces contrées-là. » (page 37)

    Dans ce livre, l’auteur développe certains thèmes : la corruption immobilière, la concupiscence masculine, la précarité des migrants. Il situe son histoire à Casablanca mais, au fond, ces thèmes sont universels.

    Je ne peux pas finir ma critique sans parler de la superbe couverture du livre. Avoir Keziah Jones, en photo, c’est de la bombe comme pourrait le dire le rappeur Booba.

  • Couverture du livre « La belle de Casa » de In Koli Jean Bofane aux éditions Actes Sud

    NADIA D'ANTONIO sur La belle de Casa de In Koli Jean Bofane

    Pour ce livre de la rentrée littéraire 2018, (encore un que j'ai pu lire en avant-première grâce à ma librairie où je participe aux clubs de lecture mensuels), « La Belle de Casa » de In Koli Jean Bofane, ce qui m’est d’abord venu en premier à l’esprit, c’est qu’il s’agit d’une belle galerie de...
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    Pour ce livre de la rentrée littéraire 2018, (encore un que j'ai pu lire en avant-première grâce à ma librairie où je participe aux clubs de lecture mensuels), « La Belle de Casa » de In Koli Jean Bofane, ce qui m’est d’abord venu en premier à l’esprit, c’est qu’il s’agit d’une belle galerie de portraits dans un décor africain, à Casablanca.
    Mais l’histoire commence par un drame, qui est l’un des sujets principaux  : « Sitôt le drame connu, un même cri retentit dans tout le quartier Derb Taliane : « Ichrak metet ! Ichrak est morte ! Et Sese Tshimanga voulut être celui qui l’annoncerait à Mokhtar Daoudi. » (p.7), selon qui « être flic à Casablanca était une situation plus délicate qu’ailleurs parce que le niveau de vie était extrêmement élevé dans la ville. » (p.61)

    On se trouve donc, tout de suite, plongé dans cette sombre histoire. Il faut dire que Ichrak était très populaire par sa beauté incomparable, son charme qui rendait les hommes fous d’elle, un certain magnétisme…
    Quant à Sese, il démontre un grand talent de manipulateur de femmes afin de leur soutirer de l’argent avec des prétextes délirants. C’est qu’il ne manque pas d’esprit...
    Quand il rencontre la divine Ichrak, il essaie de l’entraîner dans son job douteux, ce qu’elle fait un certain temps seulement.

    Dans cet ouvrage, l’auteur nous décrit de nombreux personnages avec pour chacun, les penchants bons ou mauvais, le tout parsemé d’un humour truculent et même grinçant.
    Avec l’enquête criminelle, c’est aussi la description de cette société marocaine, où l’argent, le pouvoir, ainsi que le sexe, ont une place importante. Concernant l’argent, il ne va qu’aux riches pendant que les pauvres deviennent encore plus pauvres.

    Mais il y a également le regard que porte l’écrivain sur de nombreux problèmes, tels que la corruption immobilière avec, notamment, la belle Madame Farida Azzouz qui veut faire table rase de certains quartiers de la ville pour y construire son empire : « Il est vrai que Mme Azzouz était en position de force. Il avait besoin des terrains débarrassés de ces foutus immeubles qui ne faisaient que pourrir le paysage. Pour boucler le dossier de son investissement, il ne lui restait qu’à s’assurer ces quelques ares. Et cette garce prétendait qu’elle devait d’abord faire évacuer… « (p.113 ).

    Outre le meurtre à élucider, cette corruption, les escrocs, les roublards, s’ajoute le problème des migrants avec leur précarité, ce qui est évoqué de temps en temps : « « J’ai des amis, gambiens, nigérians, érythréens, qui sont passés par la Libye, et ils m’ont dit qu’on attrapait les migrants dans le désert. «  (p.97).

    Reste le sujet principal : qui était vraiment Ichrak, cette « Belle de Casa » et qui l’a tuée ? On sait que sa mère l’a élevée seule, qu’elle était donc sans père. Ici, la question de la paternité va se poser d’une façon étonnante : suspense.

    Avec ce livre que je trouvais petit (204 pages), j’ai été étonnée par tout ce que l’écrivain nous a révélé. Et quand j’ai lu qu’on lui attribuait un « talent de conteur, son art du dialogue et des portraits », je ne peux que confirmer. En effet, pour ce qui est des dialogues, ils sont particulièrement originaux avec toutes les expressions africaines.

    Je n’ai pas pu résister à retranscrire les dernières lignes qui ne révèlent pas le dénouement : «« Casa se remettait des perturbations de ces derniers jours mais, à Derb Taliane, l’ombre d’Ichrak était encore présente. Au quartier Cuba, son souvenir restait vivace, il consumait les chairs rue Souss, (…) Ainsi l’éternité s’exprimait et la voix métallique du muezzin, portée par les vents de l’Atlantique, rappelait à tous que l’infini n’appartient ni aux chiens ni aux hommes, il est l’apanage des âmes, seules. Qui oserait nier cela ? Personne. Pas, en tout cas, dans la ville de Casablanca, que l’on nomme aussi ad-Dar al Bayda. » 

    Rajouter autre chose serait superflu et ainsi se termine ma chronique écrite en écoutant souffler le vent Chergui….

  • Couverture du livre « La belle de Casa » de In Koli Jean Bofane aux éditions Actes Sud

    Christelle Grelou sur La belle de Casa de In Koli Jean Bofane

    Rendez-vous de la page 100

    J’ai commencé la lecture du livre de In Koli Jean Bofane sans aucun a priori et sans connaître l’auteur, je l’avoue.
    Et le charme a tout de suite opéré. Une intrigue qui démarre dès les premières lignes, des personnages bien campés et auxquels on s’attache vite,...
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    Rendez-vous de la page 100

    J’ai commencé la lecture du livre de In Koli Jean Bofane sans aucun a priori et sans connaître l’auteur, je l’avoue.
    Et le charme a tout de suite opéré. Une intrigue qui démarre dès les premières lignes, des personnages bien campés et auxquels on s’attache vite, beaucoup d’humour et une écriture fluide, tout cela m’a rapidement happée et j’ai hâte de savoir où me mènera le dénouement à travers les rues de Casablanca !

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