Gautier Battistella

Gautier Battistella

Gautier Battistella est né à Toulouse en 1976. Son premier roman, Un jeune homme prometteur (Grasset, 2014) a notamment reçu les prix Québec-France et Jean-Claude Brialy. Ce que l’homme a cru voir est son deuxième roman.

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Avis (14)

  • Couverture du livre « Ce que l'homme a cru voir » de Gautier Battistella aux éditions Grasset Et Fasquelle

    Amandine Cirez sur Ce que l'homme a cru voir de Gautier Battistella

    Lien :

    Le livre s’ouvre sur une lettre, courte. Une lettre d’adieu d’un homme, Simon, à un autre, Toni. Le décor est posé. Simon Reijik, petit fils d’immigré Polonais, a quitté sa terre natale du Sud-Ouest pour rejoindre Paris, dans cette grande ville où « on y croise des gens sans jamais...
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    Le livre s’ouvre sur une lettre, courte. Une lettre d’adieu d’un homme, Simon, à un autre, Toni. Le décor est posé. Simon Reijik, petit fils d’immigré Polonais, a quitté sa terre natale du Sud-Ouest pour rejoindre Paris, dans cette grande ville où « on y croise des gens sans jamais les rencontrer. On ne côtoie que leurs ombres, leurs odeurs parfois. » Il a choisi un métier solitaire, comme lui. Simon Reijik efface les réputations numériques. Rechercher, traquer, nettoyer. Que pas un scandale pour ses clients ne reste sur la toile.
    Simon Reijik s’est marié avec Laura, professeure de lettres, marquée par dix années passées sous le joug d’un pervers narcissique. Simon, lui, est l’homme calme. Il est ce que l’on appelle un taiseux. Sa femme ne sait pas grand-chose de sa vie, son enfance. On pourrait penser que c’est son métier qui veut cela mais on comprend rapidement qu’il y a bien trop d’ombres au tableau pour que ce ne soit qu’une déformation professionnelle, à commencer par ces petites confiseries qu’il s’enfile selon la situation : Prozac, Xanax, Zoloft, Seropram, morphine…

    Si cette vie bien rangée et sa petite routine médicamenteuse semblent lui convenir, le faire rentrer dans le moule, un appel pourrait bien changer le cours des choses et le ramener vingt ans en arrière. À Verfeil, cette terre gasconne de l’enfance. À ce passé qu’il tentait de fuir. À ce père qui petit-déjeune à la vodka glacée. À cette mère qui n’a jamais pardonné. Ce petit frère, Benjamin...
    La mort a un pouvoir bien plus grand que n’importe quel effort mis en place pour oublier… Alors quand il retourne sur sa terre natale pour enterrer ce vieil ami, ce frère Antoine (alias Toni) à qui il avait dit adieu, ce sont tous les fantômes, les morts, les murmures et les non-dits qui vont refaire surface. C’est le temps que l’on remonte. La quête que l’on mène. C’est le « Je » qui entre en scène. C’est, ce que l’homme a cru voir…

    Il m’est difficile de mettre des mots sur ce roman, sur cette exploration de vie, tant sa force, sa lucidité s’est insinuée en moi pour me confronter à mes propres souvenirs. À ces silences familiaux. Lambeaux dansant parfois dans ma mémoire. Trous noirs. Et les carapaces sont tenaces n’est-ce pas ? Sommes-nous un jour prêts à réveiller ce que l’on a mis tant d’années à tenter d’effacer ?
    Le passé dont la mémoire trie les données pour en oublier des pans entiers, de douleurs, mais qui revient frapper, toujours. Comme s’il attendait, là, dans l’ombre, une raison pour refaire surface. Vous torturer mais vous libérer aussi d’une certaine manière de ces démons depuis tant d’années endormis.
    Certaines familles sont expertes en la matière. Certaines personnes en ont fait leur bouclier. Comme Simon en qui j’ai reconnu un semblable. Dans tous ses silences. Dans toutes ses failles. Dans sa tendresse aussi. Celle qui le constitue et celle qu’il porte à ceux qui l’entourent. Quand la carapace se fissure et qu’il extrait petit à petit les souvenirs doux et amers d’une vie passée, d’un village et de ces visages qui se rappellent à lui. Il y a de la douceur, de la bienveillance qui toujours s’immisce au cœur d’un chaos intérieur.

    Derrière cette histoire peut-être un peu rocambolesque, Gautier Battistella se saisit à la perfection de ces lieux, ces odeurs, ces inconscients sensoriels et nostalgiques qui réveillent les souvenirs et leurs douleurs, faisant danser son personnage, funambule errant, au bord de l’abîme. Il nous dresse le tableau d’une vie de village où tout le monde connaît tout le monde, où personne n’oublie rien. Le poids d’une histoire familiale, sociale, contenue dans une toile aux couleurs sombres où le vivant (homme et terre) et le mort s’entrechoquent. Entre un passé torturé que Simon a tenté d’oublier jusqu’à en déformer les souvenirs, et un présent vivotant, incomplet. Quel sera le futur, le dénouement ? C’est la question que l’on se pose tout au long de ce récit qui nous happe, nous aspire. Les phrases tranchent et claquent. Nous titillent. On assemble le puzzle. On le défait. La pièce n’est pas au bon endroit. Spirale infernale et addictive qui met à mal nos certitudes.

    Ce que l’homme a cru voir c’est ce passé qui explose tout en nuances. C’est l’enfance qui pèse sur un homme et sa construction. C’est la douleur tapie derrière la nostalgie qui coule dans les veines. Ces rancœurs, cette culpabilité, ces fantômes qui pénètrent les nuits et que n’importe quelle petite confiserie ne parvient plus à balayer.
    C’est l’histoire des Hommes servie par une écriture charnelle et subtile qui dans ses fulgurances vous colle des frissons.

  • Couverture du livre « Ce que l'homme a cru voir » de Gautier Battistella aux éditions Grasset Et Fasquelle

    regine recchiuti sur Ce que l'homme a cru voir de Gautier Battistella

    LIVRE 55

    CE QUE L’HOMME A CRU VOIR DE GAUTIER BATTISTELLA 234 PAGES EDITIONS GRASSET 22 AOUT 2018

    UN LIVRE EXCELLENT

    Résumé :

    Simon Reijik a refait sa vie. Son métier : effacer les réputations numériques, libérer les hommes de leur passé. Lui-même croyait s’être affranchi de son...
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    LIVRE 55

    CE QUE L’HOMME A CRU VOIR DE GAUTIER BATTISTELLA 234 PAGES EDITIONS GRASSET 22 AOUT 2018

    UN LIVRE EXCELLENT

    Résumé :

    Simon Reijik a refait sa vie. Son métier : effacer les réputations numériques, libérer les hommes de leur passé. Lui-même croyait s’être affranchi de son histoire, jusqu’au coup de téléphone d’une inconnue. Simon abandonne sans explication sa femme Laura, et retourne sur les lieux où il a grandi.
    Il retrouve près de Toulouse cette terre gasconne, si attachante qu’on la dit amoureuse. Il l’avait fuie, elle ne l’a jamais quitté. Les acteurs de son enfance, vivants et morts, se rappellent à lui. C’est l’heure des comptes. Le voici contraint d’accomplir le chemin qu’il a refusé de suivre vingt ans auparavant. Simon a cru voir, il s’est trompé. On ne sait jamais ce que le passé nous réserve.
    Un parcours initiatique d’une grande puissance, porté par une écriture charnelle, sensible, intense.

    Mon avis :

    Pour être franche, au départ, j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. Et d’un seul coup, j’ai été happée. Simon est un homme complexe, noyé dans ses calmants. Nous allons pas à pas retourner dans le passé avec lui et faire la connaissance de son petit frère qui le hante.

    Pourra-t-il pardonner à Antoine, son meilleur ami ?

    Et Antoine doit-il être pardonné ?

    Peut-on recoller les morceaux de vingt ans d’absence ?

    Peut-on renouer avec ses parents après une si longue absence ?

    Et surtout, pourquoi Simon est-il parti si jeune ?

    Ce récit est rempli de rebondissements, d’émotions, de sensibilité. Je le recommande fortement.

    Courez, volez chez votre libraire.

  • Couverture du livre « Ce que l'homme a cru voir » de Gautier Battistella aux éditions Grasset Et Fasquelle

    Henri-Charles Dahlem sur Ce que l'homme a cru voir de Gautier Battistella

    Explorateurs de la rentrée littéraire 2018 – Ma chronique:

    « Je sais ce qu’ils pensent de moi, les autres. On ne peut empêcher personne. Je croyais qu’un jour, je ne les entendrais plus. Je me suis trompé. Ils hurlent à voix basse. On me regarde par-derrière. On chuchote « pauvre garçon »,...
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    Explorateurs de la rentrée littéraire 2018 – Ma chronique:

    « Je sais ce qu’ils pensent de moi, les autres. On ne peut empêcher personne. Je croyais qu’un jour, je ne les entendrais plus. Je me suis trompé. Ils hurlent à voix basse. On me regarde par-derrière. On chuchote « pauvre garçon », ce n’est pas de moi qu’ils parlent. Ils racontent des tas de mensonges. J’ai peur de finir par les croire. Je me regarde dans le miroir, j’ai changé. Le matin, j’ai la bouche pâteuse, mauvaise haleine. Je commence à perdre mes cheveux. Je ne dors plus. Je n’en peux plus de grelotter sous le soleil. La fièvre, en été. Tu les entends, aussi ? Ces voix, le jour et la nuit. Dis-moi que je ne suis pas le seul à devenir fou… Le matin va se lever. Mon sac est prêt. Je n’ai pas peur, aucun regret. Puisqu’ici, on refuse d’oublier, j’irai là où on ne me connaît pas. Ne me cherche pas. Nous ne nous reverrons plus. Bonne chance, Toni.
    Simon. »
    Le second roman de Gautier Battistella s’ouvre sur ce courrier énigmatique adressé par Simon à Toni. Et s’il conservera son mystère une grande partie du livre, il livre aussi quelques indices que l’auteur nous dévoilera au fur et à mesure du déroulement de l’histoire familiale de Simon, de ses parents et grands-parents.
    Gregor Reijik, le grand-père, est chronologiquement, le premier à entrer en scène. Né en 1921 en Pologne, il survivra au carnage de la seconde Guerre mondiale, aux exactions des troupes allemandes et parviendra à prendra le chemin de l’exil. Traversant toute l’Europe, il finira par arriver en France, à Carmaux, puis à Verfeil. C’est dans cette localité de Haute-Garonne que la famille va prendre racine. C’est aussi là que se trouvent les réponses aux questions qui vont se poser durant toute la première partie du roman. C’est là aussi que Simon va revenir après l’annonce de la grave maladie de Toni. Il tentera de revoir son ami avant sa mort ; on comprend vite tout ce que ce séjour remue de souvenirs et d’émotions. 
    Derrière l’image du jeune homme prometteur, pour reprendre le titre du premier roman de Gautier Battistella, se cache une profonde faille. Si Simon a choisi de partir pour Paris, c’est aussi pour s’inventer une nouvelle vie.
    Sa profession, effacer les traces numériques gênantes de ses clients, n’a du reste rien à voir avec le hasard. Simon « offrait des zones d’ombre aux victimes et, si besoin, leur inventait un passé de rechange. Une autre vie possible. Il maquillait leur fuite. La vérité n’est souvent qu’une question d’éclairage. »
    Et suivant l’éclairage, on pouvait trouver sa vie plutôt réussie. Une profession gratifiante et bien rémunérée, une épouse professeur de lettres de 35 ans, un appartement de cent vingt mètres carrés sur deux étages, avenue Ledru-Rollin et deux chats, Clyde et Bonnie 2. Lui qui était « entré en couple par hasard » chérissait le « juste équilibre de dissimulations et d’attentions » qui les liait. Jusqu’à ce brusque départ vers Verfeuil.
    Avec un sens de la construction diaboliquement addictif, l’auteur nous fait découvrir cette faille qui, au fil de la seconde partie, va tout faire voler en éclats. Et nous prouve une fois encore que les secrets de famille ne devraient pas rester enfouis. Car plus on les cache et plus violente est la déflagration lorsqu’ils ressurgissent.

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