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Erri De Luca

Erri De Luca
Erri De Luca, né à Naples en 1950, est écrivain, poète et traducteur. Il est l'auteur d'une œuvre abondante, publiée en France par les Éditions Gallimard, dont les romans Montedidio (2002, prix Femina étranger) et Le Poids du papillon (2011), ou plus récemment Le Tour de l'oie (2019).

Avis sur cet auteur (89)

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    Couverture du livre « Le tort du soldat » de Erri De Luca aux éditions Folio

    Miss K Paris sur Le tort du soldat de Erri De Luca

    Il y a celui qui aiment une langue pour ce qu’elle représente au-delà de ce qu’elle est. Il y en a un autre qui s’en sert pour tenter d’expliquer l’inexplicable.

    Le premier narrateur est reconnu pour ses traductions yiddish, vous savez cette langue parlée par onze millions de juifs d’Europe...
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    Il y a celui qui aiment une langue pour ce qu’elle représente au-delà de ce qu’elle est. Il y en a un autre qui s’en sert pour tenter d’expliquer l’inexplicable.

    Le premier narrateur est reconnu pour ses traductions yiddish, vous savez cette langue parlée par onze millions de juifs d’Europe de l’Est et «  rendue muette par leur destruction ». Une façon pour lui de leur rendre hommage «  Une langue n’est pas morte si un seul homme au monde peut encore l’agiter entre son palais et ses dents, la lire, la marmonner, l’accompagner sur un instrument à cordes ».

    Le second, par la voix de sa fille, est un ancien criminel de guerre nazi. Après la guerre, comme beaucoup, il fuira en Amérique du Sud. La traque des anciens nazis et l’enlèvement d’Eichmann le convaincront de rejoindre l’Europe et de revenir à Vienne. Dans sa nouvelle vie d’homme discret, le hasard l’amène à découvrir un livre présenté comme détenant le secret du peuple juif. Il n’aura alors de cesse de chercher dans la kabbale juive une explication à l’échec du nazisme.

    Ces trois protagonistes se retrouvent dans une auberge des Dolomites. Le premier est silencieux, le second se sent pourchassé et la dernière semble avoir reconnu celui qui lui a appris à nager et dont elle ressent encore le contact des doigts dans son dos (quel récit ! À vous donner des frissons).

    En moins de quatre-vingt dix pages, Erri De Luca parvient une fois encore à instiller une atmosphère particulière, où la montagne (et la mer dans une moindre mesure) oblige à être soi-même, vrai. Ce texte à la fois profond, puissant et poétique, revient sur cette tragédie du XX° siècle, ses victimes, ses bourreaux. Et c’est magnifique !

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    Couverture du livre « Le poids du papillon » de Erri De Luca aux éditions Folio

    Miss K Paris sur Le poids du papillon de Erri De Luca

    Un roi et un homme se jaugent depuis des années. Le premier est un chamois hors norme, orphelin jeune qui a rapidement eu le dessus sur ses congénères. Le second est un braconnier alpiniste « hors pair » et accessoirement celui qui a tué la mère du roi.

    Durant des années, l’homme a chassé le...
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    Un roi et un homme se jaugent depuis des années. Le premier est un chamois hors norme, orphelin jeune qui a rapidement eu le dessus sur ses congénères. Le second est un braconnier alpiniste « hors pair » et accessoirement celui qui a tué la mère du roi.

    Durant des années, l’homme a chassé le roi, en vain. Le chamois, doué d’un excellent odorat et d’un sixième sens, le sent venir et l’a toujours évité. Les deux s’épient, se cherchent, se jaugent.

    De façon simultanée, les deux sentent venir la fin. Ils auront vécu seuls avec la nature comme seule amie. A l’humilité de l’un répondra la fierté de l’autre.

    Ce roman, ou plutôt cette nouvelle, est un vrai dépaysement à la fois sensitif et olfactif. C’est aussi un concentré de mots, tous choisis avec soin pour dire la beauté des paysages, les senteurs des mélèzes et des sapins et la légèreté des papillons qui viennent virevolter sur les bois du chamois ou le fusil du chasseur.

    D’abord dubitative quant à cette histoire mêlant les destins d’un chamois et d’un chasseur, Erri De Luca nous touche encore une fois par sa plume poétique, douce et pleine d’émotions.

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    Couverture du livre « Trois chevaux » de Erri De Luca aux éditions Folio

    Mumu Dans le Bocage sur Trois chevaux de Erri De Luca

    "Une vie d'homme dure autant que celle de trois chevaux et tu as déjà enterré le premier. (p115)"

    J'ai découvert Erri De Lucca avec Impossible, dont j'avais beaucoup aimé à la fois le contexte mais aussi la force mise dans les mots, tellement aimé que j'ai eu envie de découvrir un autre de...
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    "Une vie d'homme dure autant que celle de trois chevaux et tu as déjà enterré le premier. (p115)"

    J'ai découvert Erri De Lucca avec Impossible, dont j'avais beaucoup aimé à la fois le contexte mais aussi la force mise dans les mots, tellement aimé que j'ai eu envie de découvrir un autre de ses romans. 

    Ici pas d'enjolivures, pas de phrases tarabiscotées, l'auteur fait dans la mesure, va à l'essentiel, à l'image de son personnage qui revient de loin, d'un pays en guerre, l'Argentine, où il a perdu ce qu'il avait de plus cher, sa femme, dans de terribles circonstances. Mais il en dit peu, juste ce qu'il faut pour que l'on ressente la douleur qu'il porte en lui mais aussi pour ne pas la réveiller. Ses journées ne sont faites que de sa solitude et des rares échanges avec des êtres comme Selim, dont il deviendra le fournisseur pour un petit commerce ou Mimmo qui, eux aussi, ont leur passé et tentent de vivre leur présent au jour le jour. Ici il est question d'honneur, d'expatriation, de perte et de pudeur.

    "Un arbre ressemble à un peuple, plus qu'à une personne. Il s'implante avec effort, il s'enracine en secret. Sil résiste, alors commencent les générations de feuilles. (p28)"

    Sa rencontre avec Làila va lui apporter la douceur et un sentiment qu'il n'espérait plus, celle d'une femme dont le métier, après avoir été dentiste, est d'offrir son corps mais qui à lui, offrira bien plus.

    "Je t'aime par amour et par dégoût des hommes, je t'aime parce que tu es intègre même si tu es le reste d'une autre vie, je t'aime parce que le bout qui subsiste vaut la totalité et je t'aime par exclusion des autres bouts perdus. (p110)"

    Un récit d'une extrême sobriété, chaque phrase est une pensée abrupte de cet homme taiseux qui a tout perdu et ainsi appris  la cruauté et l'absurdité du monde et qui ne trouve de réconfort que dans les livres dans lesquels il plonge à la moindre occasion.

    "Je prends le livre ouvert à la pliure, je me remets à mon rythme, à la respiration d'un autre qui raconte. Si moi aussi je suis un autre, c'est parce que les livres, plus que les années et les voyages, changent les hommes. (p139)"

    Il faut s'habituer à l'écriture très épurée à la manière de réflexions jetées sur le papier, parce que plus de mots serait inutile ou superflu, parce que la vie ne fait pas toujours de cadeaux et qu'il faut en dire parfois le moins possible pour arriver à survivre. Dans ce roman, les mots sont vains mais les actes, les marques d'amitié et de reconnaissance parlent d'eux-mêmes. Fort, puissant, épuré, une écriture qui colle au personnage, à son mental, à son vécu, à ce qu'il est, à ce qu'il est devenu.

    J'ai beaucoup aimé la force des sentiments de cet homme qui n'attendait plus rien surtout pas de rencontrer, au soir de ce qu'il pense être sa vie, des personnes capables de payer des dettes à leur manière, dont il recevra la marque d'une reconnaissance qui délivrera de l'emprise celle qui lui offre un peu de chaleur et d'amour. Il y a du désespoir, de l'espérance, de la noirceur et de la beauté dans cette écriture et dans son message.

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    Couverture du livre « Pas ici, pas maintenant » de Erri De Luca aux éditions Folio

    Chantal Lafon sur Pas ici, pas maintenant de Erri De Luca

    Un homme la soixante est dans un bus à l’arrêt, derrière sa vitre il voit sa mère lorsqu’elle avait la trentaine.
    Les souvenirs affleurent.
    Lorsque l’auteur écrit ce premier livre il a 39 ans, mais qu’importe la réalité chronologique pour dire ce que sont les fondements de l’homme qu’il est...
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    Un homme la soixante est dans un bus à l’arrêt, derrière sa vitre il voit sa mère lorsqu’elle avait la trentaine.
    Les souvenirs affleurent.
    Lorsque l’auteur écrit ce premier livre il a 39 ans, mais qu’importe la réalité chronologique pour dire ce que sont les fondements de l’homme qu’il est devenu.
    « La chaise s’est faite dure et une vitre nous sépare, une vitre d’autobus. Moi, je suis assis à l’intérieur, je suis tourné vers la fenêtre et toi tu me regardes.
    Tu ne me reconnais pas. Je suis un homme entré dans la soixantaine et toi, tu as la moitié de mon âge.
    C’est possible, car le possible est la limite mouvante de ce qu’on est disposé à admettre. C’est ce qui arrive et je n’en suis pas troublé. »
    Le lecteur va suivre les souvenirs en errance de l’enfant déplacé que fut Erri de Luca.
    Ses parents se sont trouvés ruinés après la guerre, leurs biens disparus ils ont installé leur famille dans un petit logement dans un quartier pauvre de Naples, Montedidio, l’enfant se rappelle ce logement comme la maison de la ruelle. Jusqu’à ses neuf ans et les parents ayant rétabli leur situation financière ont déménagé pour un quartier pavillonnaire résidentiel. C’est la fracture pour cet enfant.
    La maison de la ruelle, ce sont les draps des voisins qui sèchent en obstruant les fenêtres et en dégageant une forte odeur de lessive, âpre qui vous prend à la gorge.
    Parlons des odeurs de l’enfance, ce sont celles des foyers, un mélange de tout. Mais il y a l’odeur du café, une vraie poésie :
    « Il manque celle du café. C’est un parfum secret, protégé : celui qui le fait ne le gaspille pas, rebouche la boîte, met son capuchon au bec de la cafetière, ferme la fenêtre de la cuisine. Celui qui le fait le respire entier, à l’abri, avant même de le boire. »
    Dans l’espace réduit de cette maison de la ruelle, malgré la promiscuité l’enfant avait de bonne note.
    Ensuite, dans le pavillon tout s’effondre, il devient bègue, les mots lui résistent, ils se sent déplacé.
    Il a déjà de l’intérêt pour « les petites gens »
    Filamena, la soixantaine passée, est au service de la famille.
    Lui sait : « Elle avait eu des temps meilleurs, une boulangerie et un mari. Elle conservait dans son corps le souvenir des deux, les mains brulées par le four et dans les os les douleurs du bâton les soirs d’ivrognerie. Ses paumes étaient si insensibles au feu qu’elle se passait de torchon pour saisir les manches des casseroles en les retirant du fourneau. »
    Erri de Luca nous promène dans ses souvenirs, il dit le père absent car absorbé par son travail, la mère omniprésente dans une éducation rigide basée sur les bons résultats scolaires et la bonne tenue pour tenir son rang.
    Une place difficile à tenir pour un « enfant plus pensif que sage ».
    Il n’était pas l’enfant des attentes de ses parents.
    Il y a des bulles d’air dans cette enfance ce sont les étés à Ischia et la liberté enfin trouvée, celle des journées au grand air, des plongées avec les copains surtout avec l’ami Massimo. Celui qui était son opposé. Mais un jour c’est le drame.
    Il va jusqu’à penser dans sa détresse d’enfant : « Mieux valaient les coups, mieux valait courir le risque de faire un peu de bruit quand un jeu me tentait. Pas les mots : contre eux on ne pouvait pleurer, on ne pouvait répondre et moi, quand tu intervenais je ne parvenais pas à en prononcer un seul, entre apnée et le bégaiement. On apprend bien tard à se défendre des mots. »
    Une promenade qui nous entraîne dans le passé de l’auteur mais également dans nos propres souvenirs, les bulles remontent à la surface.
    C’est une introspection emplie de cette poésie unique à cet écrivain majeur, il forge les mots, les images pour en faire sortir l’essence de ce qui l’a fait homme.
    Un premier livre qui dit déjà l’écrivain en devenir.
    Un flot d’émotions partagé.
    ©Chantal Lafon