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Eric Pessan

Eric Pessan
Né en 1970, Eric Pessan a déjà publié 5 romans, 3 pièces de théâtre et des fictions radiophoniques pour France Culture. Il anime des ateliers d'écriture ainsi que des renTcontres littéraires à Nantes et ailleursT. Il vit dans le vignoble nantais.

Avis sur cet auteur (41)

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    Couverture du livre « Rien dans mon enfance » de Eric Pessan aux éditions L'oeil Ebloui

    Yv Pol sur Rien dans mon enfance de Eric Pessan

    Anaphore : une figure de style par laquelle on répète un mot ou un groupe de mots en début d'une phrase, rendue populaire en 2012 par le candidat François Hollande : "Moi Président...". Eric Pessan choisit lui-aussi l'anaphore pour son livre de réflexions, celles-ci débutent par : "Rien dans mon...
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    Anaphore : une figure de style par laquelle on répète un mot ou un groupe de mots en début d'une phrase, rendue populaire en 2012 par le candidat François Hollande : "Moi Président...". Eric Pessan choisit lui-aussi l'anaphore pour son livre de réflexions, celles-ci débutent par : "Rien dans mon enfance".

    Grâce à ce procédé, l'auteur, sans être nostalgique ou passéiste du genre "c'était mieux avant", évoque son enfance dans une HLM de Bordeaux et les changements voire les bouleversements que le monde à subis ou opérés depuis cinquante ans. Et effectivement, force est de constater que rien dans notre enfance dans les années 60/70 ne nous a préparé à de telles secousses. L'Internet, les guerres incessantes partout dans le monde, le dérèglement climatique, l'extrême-droite aux deuxièmes tours des élections présidentielles, les communautarismes, les toujours-plus-riches et les toujours-plus-pauvres... Enfin, ce qui fait parfois que l'on marche sur la tête, mais aussi ce qui a progressé, avancé mais qui pose question : "Rien dans mon enfance n'annonçait que le progrès qui allongeait nos espérances de vie rallongeait également nos inquiétudes." (p.10)

    C'est aussi le moment pour l'auteur de se questionner sur l'âge qui avance, la création littéraire, la littérature, les grandes idées humanistes, la culture, le travail, la productivité...

    "Rien dans mon enfance ne m'a préparé à l'étonnement d'avoir un jour plus de cinquante ans."

    "Rien dans mon enfance ne m'a carapacé pour que j'accepte sans être affecté d'écouter chaque matin dans le poste le décompte des noyades en Méditerranée ou dans la Manche."

    "Rien dans mon enfance où l'on louait la force, la combativité et l'esprit de compétition ne m'a laissé entrevoir que j'irais puiser du côté de mes faiblesses pour devenir écrivain."

    "Rien dans mon enfance -Chut, Il nous entend, tu comprends, quoi que tu fasses, Il le sait, Il voit tout, Il sait tout de toi- ne m'a fait croire à l'existence d'un dieu espion de nos actes et nos pensées."

    "Rien dans mon enfance ne dessinait qu'il serait dans la norme de protester confortablement assis dans son salon ou sa chambre en tapant des # sur un clavier."

    Voilà pour quelques citations. Rares sont celles qui ne m'ont pas parlé ou touché, je les ai annotées, cochées, relues. Décidément, ce qu'écrit Eric Pessan me va parfaitement, en plus d'être original dans la forme. Quant au fond, je l'ai dit, c'est divers, profond, beaucoup de doutes, de questionnements, de ceux qui nous obligent à nous-mêmes nous interroger si tant est que ce ne soit pas commencé. Très bien écrit, comme d'habitude, Eric Pessan est un écrivain qui construit une œuvre littéraire variée et riche et qui raconte ses histoires, dit ses réflexions et parfois hurle ses colères, ses emportements sur ce monde qui ne va pas bien.

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    Couverture du livre « La connaissance et l'extase » de Eric Pessan aux éditions De L'attente

    Yv Pol sur La connaissance et l'extase de Eric Pessan

    Un jour, dans un café, l'écrivain attablé pense pouvoir faire abstraction de l'environnement pour travailler. C'est sans compter sur un client qui gueule sur tout le monde dont on parle à la télé allumée : David Bowie qui vient de décéder, les islamistes, les politiques... "Tous, qu'ils crèvent...
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    Un jour, dans un café, l'écrivain attablé pense pouvoir faire abstraction de l'environnement pour travailler. C'est sans compter sur un client qui gueule sur tout le monde dont on parle à la télé allumée : David Bowie qui vient de décéder, les islamistes, les politiques... "Tous, qu'ils crèvent tous !". Et le sentiment de honte de n'avoir pas réagi s'empare de l'écrivain qui sort, laissant les clients à leurs haines. Puis, la graine de la réflexion est plantée : "Comment convaincre ?" Comment combattre le racisme, l'homophobie, le sexisme, l'antisémitisme, l'intolérance, le mépris, le fanatisme... ? La lutte semble perdue d'avance, et pourtant, il faut la mener contre l'obscurantisme, les misogynies, l'endoctrinement, les préjugés, la xénophobie... Parfois c'est dur de se rendre compte que soi-même on n'est pas exempt de reproches :

    "Je me sens supérieur à celui qui trempe sa moustache dans sa bière à 8 heures du matin et crie qu'il faut tuer les Arabes à l'écran d'un téléviseur. Je méprise la haine.

    Je méprise le racisme.

    Je méprise l'inculture.

    Je méprise l'étroitesse d'esprit.

    Je n'aime pas ce sentiment de supériorité que pourtant je ressens." (p.20)

    Chaque mot qu'écrit Eric Pessan, je le ressens au plus profond, je crois m'entendre penser. Je ne renie rien de ce qu'il a écrit dans ce texte, je prends tout pour moi. Cette impuissance à convaincre les plus obtus que l'humanité est une. Et la force, la conviction qui m'empêche de baisser les bras devant tous les extrémismes. Seront-ce alors la connaissance et l'extase qui permettront d'ouvrir les esprits les plus fermés : "L'intelligence serait le résultat de la connaissance et de l'extase ? La tolérance serait au bout de la connaissance et de l'extase ? Aimer la littérature, le théâtre, l'art, c'est une affaire de connaissance ou d'extase ?" (p.43)

    Et pourquoi et comment s'ouvre-t-on alors que d'autres s'enferment : "Pourquoi êtes-vous devenu écrivain ? j'ai répondu mille fois à cette question, j'ai dit avoir voulu imiter le plaisir ressenti à lire, j'ai dit qu'écrire ne coûtait rien alors que jouer d'un instrument de musique était trop onéreux pour ma famille, j'ai dit le désir de revanche sociale, j'ai dit l'envie d'aller là où personne de ma famille ne se trouvait, j'ai dit le plaisir, j'ai dit la joie de la langue, j'ai dit la solitude..." (p.69) Je prends également à mon compte, mais pour la lecture que j'ai cherché à varier, dans laquelle j'ai cherché la découverte des thèmes, des écritures, des horizons, des messages, habitué avant au plus vendeur, comme pour la musique, j'aime quand on invente, quand on me surprend -à ce propos, p.48, je ne sais pas si c'est voulu, mais Bashung l'a dit mot quasi pour mot dans Samuel Hall : "[tu ferais] mieux de pondre un truc qui marche."

    Comment dire mieux que j'ai adoré ce bouquin et qu'il va rester longtemps à portée de main ? C'est court, c'est dense et puissant, ce sont les réflexions d'un homme devant la bêtise humaine. C'est un ouvrage indispensable, à lire et faire lire et offrir.

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    Couverture du livre « Le démon avance toujours en ligne droite » de Eric Pessan aux éditions Albin Michel

    Passemoilelivre sur Le démon avance toujours en ligne droite de Eric Pessan

    David, responsable de programme radio à Bordeaux prend un congé sabbatique pour tenter de retrouver la trace d’inconnus dont il a pourtant abondamment entendu parler par sa grand mère et sa mère, son grand père et son père. Déserteurs de la cellule familiale, ils sont vilipendés par les femmes...
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    David, responsable de programme radio à Bordeaux prend un congé sabbatique pour tenter de retrouver la trace d’inconnus dont il a pourtant abondamment entendu parler par sa grand mère et sa mère, son grand père et son père. Déserteurs de la cellule familiale, ils sont vilipendés par les femmes qui ont souffert de leur absence et David, ayant accumulé toutes ses récriminations veut enquêter pour comprendre. Ses recherches, infructueuses pour son grand-père, le conduisent à Lisbonne ou serait parti son père alors qu’il n’avait que deux ans. La probable clochardisation, souvent invoquée comme grief à la maison lui fait porter une attention particulière à cette catégorie de population et il déambule dans la ville accompagné par de nombreuses boissons alcoolisées. Une quête de ses origines, obsessionnelle lui paraît un préalable à une paternité revendiquée par sa compagne, mais pour cela, il doit régler ses comptes avec ses démons intérieurs !

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    Couverture du livre « Tenir debout dans la nuit » de Eric Pessan aux éditions Ecole Des Loisirs

    Yv Pol sur Tenir debout dans la nuit de Eric Pessan

    Lalie, 16 ans, vit avec sa maman à Nantes modestement. Un jour un de ses amis beaucoup plus aisé, Piotr, lui propose une semaine à New York ; il accompagne sa mère qui fait plusieurs allers-retours par an. Lalie réunit ses économies pour payer son voyage et se fait une joie de son...
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    Lalie, 16 ans, vit avec sa maman à Nantes modestement. Un jour un de ses amis beaucoup plus aisé, Piotr, lui propose une semaine à New York ; il accompagne sa mère qui fait plusieurs allers-retours par an. Lalie réunit ses économies pour payer son voyage et se fait une joie de son séjour.

    Mais Piotr se comporte mal avec elle à peine arrivé dans leur logement new-yorkais. Lalie s'enfuit et se retrouve seule la nuit dans la grande ville avec la seule obsession de résister.

    Éric Pessan lors d'une rencontre à laquelle j'ai assisté, avait dit qu'il n'écrivait pas différemment pour les adultes et pour la jeunesse. Cela se ressent dans ce roman qui s'adresse à un public large et les parents seraient bien mal venus de le laisser à leurs ados sans l'ouvrir. D'abord par les thèmes abordés : les violences faites aux femmes, le harcèlement de rue, le harcèlement en général et la difficulté d'être naturelle lorsqu'on est une femme et qu'on veut vivre comme on l'entend, se vêtir comme on aime court ou long sans se soucier du regard et des remarques des autres et de certains hommes en particulier... En parler et encore en parler à nos enfants pour qu'ils ne deviennent ni des proies ni des prédateurs, les livres aident à ouvrir la discussion.

    Ensuite parce qu'Éric Pessan c'est une belle plume et des textes de qualité. Il ne fait pas dans la facilité sous prétexte que le public est jeune. Par exemple, le début : "Au début, au tout début, une fois la surprise et la douleur passées, c'est la colère qui m'a fait tenir debout. J'avais beau avoir peur, être perdue, blessée, terriblement honteuse, paniquée, la colère l'a emporté sur les autres sentiments [...] une fille ne sera jamais écoutée comme un garçon est entendu [...], une femme est une proie et un homme, un prédateur [...], l'on invente mille démonstrations, mille excuses, mille causes, mille malédictions, mille prétextes, mille justifications, mille arguments, mille versets, mille sourates, mille décrets, mille lois, mille raisons médicales, mille raisons psychologiques, mille mensonges pour soumettre les femmes au bon vouloir des hommes [...], l'on invente de toutes pièces que les femmes sont plus faibles quel les hommes, qu'elles doivent être soumises, dociles, obéissantes, dominées et commandées par des hommes." (p.9/10)

    Lalie est un beau personnage de jeune femme qui ne se résigne pas. A l'image des femmes que l'on a pu voir récemment suite aux différents mouvements pour dénoncer les agressions dont elles sont victimes. Éric Pessan est juste, fin et point trop pesant ni démonstratif. Il pointe les travers de nos sociétés patriarcales, lance un pavé dans le jardin déjà bien rempli des hommes qui pensent encore que la place d'une femme est à la maison, si possible silencieuse et aux petits soins.