Eric Chevillard

Eric Chevillard
Éric Chevillard, né en 1964 à La Roche-sur-Yon, est l'auteur de plus d'une trentaine d'ouvrages parus principalement aux Éditions de Minuit à partir de la fin des années 1980. Son roman Le Vaillant Petit Tailleur a reçu le prix Wepler en 2004. En 2014, il a été lauréat du prix Vialatte pour l'e... Voir plus
Éric Chevillard, né en 1964 à La Roche-sur-Yon, est l'auteur de plus d'une trentaine d'ouvrages parus principalement aux Éditions de Minuit à partir de la fin des années 1980. Son roman Le Vaillant Petit Tailleur a reçu le prix Wepler en 2004. En 2014, il a été lauréat du prix Vialatte pour l'ensemble de son oeuvre. Le blog qu'il tient quotidiennement, L'Autofictif, fait l'objet d'une publication annuelle aux éditions L'Arbre Vengeur depuis 2009. Son dernier roman,

Avis (19)

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    Couverture du livre « L'explosion de la tortue » de Eric Chevillard aux éditions Minuit

    Marie-Laure VANIER sur L'explosion de la tortue de Eric Chevillard

    Mon premier Chevillard : L'Explosion de la tortue. Je vous le dis tout de suite, je ne suis spécialiste ni de l'auteur, ni de l'animal (j'ai bien eu chiens, chats, hamsters, lapins et poissons rouges mais aucun n'a explosé, Dieu soit loué!)

    Donc, j'avance en terre inconnue. Les cinquante...
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    Mon premier Chevillard : L'Explosion de la tortue. Je vous le dis tout de suite, je ne suis spécialiste ni de l'auteur, ni de l'animal (j'ai bien eu chiens, chats, hamsters, lapins et poissons rouges mais aucun n'a explosé, Dieu soit loué!)

    Donc, j'avance en terre inconnue. Les cinquante premières pages me régalent : humour absurde, langue inventive, poétique, jeux de mots audacieux, phrases ciselées. Avec, en plus, un petit air de ne pas y toucher…

    De petits paragraphes relatent une histoire qui aurait pu (dû, même) ne pas être un sujet de roman. Une micro-histoire. Une absence d'histoire. Le personnage principal n'est rien, c'est-à-dire une tortue de Floride achetée quai de la Mégisserie par un narrateur dorénavant désemparé qui ne sait à qui confier sa bestiole avant de partir en vacances. « C'est à cela qu'on reconnaît que l'on n'a pas de vrais amis. » Remarque très juste s'il en est. « Nous partions sur les routes, nous voulions voyager léger. Phoebe nous aurait ralentis. Nous ne sommes déjà pas des lièvres. Phoebe et ses courtes pattes torves. Phoebe et son rocher. Phoebe et ses deux litres d'eau. » Qu'aurait écrit La Fontaine là-dessus ? On s'interroge.

    Pourquoi ce pauvre garçon, sensible à la cause animale, s'est-il lancé dans cet achat incongru ? « Ce serait un petit spectacle permanent, reposant, totalement dépourvu d'enjeux contemporains… Un élément de décoration, une présence infime, silencieuse, un détail du vaste monde qui, par métonymie, l'évoquerait tout entier sans nous encombrer de ses collines. »

    Mais l'on se lasse du néant.

    Il pouvait encore la ramener dans son milieu d'origine : les marais de Floride. C'est ce que des gens bien auraient fait. Mais pas lui. (Sans mettre en doute l'intégrité du narrateur.)

    Une autre idée lui vient : « La rendre sans exiger de remboursement. Nous n'en voulons plus. Reprenez-la. Elle n'est pas propre. Elle ne parle pas. Elle a mordu le facteur. »

    C'est malhonnête. Elle n'avait rien fait la pauvre bête, et bientôt, c'est précisément ce qu'on allait lui reprocher ! Quelle mauvaise foi !

    Il faut trouver une solution pour cet être accroché à son rocher :« on aurait dit une moule », « elle nageait sans grâce, comme un sabot… On aurait dit le dernier des cornichons. »

    Se casser la tête pour un animal qui n'y met pas un peu du sien, c'est pénible : « Phoebe ne semblait exister que pour passer le temps. Il ne lui arrivait rien. Elle ne prenait aucune initiative. On ne lui supposait aucune pensée, aucune imagination. Elle se contentait d'être, pétrifiée dans l'infinitif, ignorant toute conjugaison. » Les gens qui ne font pas d'effort, zut alors ! Pourquoi on en ferait pour eux, hein ?

    Et pourtant, notre généreux et dévoué narrateur a l'idée assez géniale de placer l'aquarium dans une baignoire pleine d'eau : moins de risque d'évaporation (il fait très chaud maintenant l'été…) Il ajoute (quel altruisme!) un canard en plastique rose, de la poudre de crevette et ne ferme pas totalement les volets, pour le jour... et au risque de se faire cambrioler (mais quand on aime…)

    ET CRAC : au retour, tandis qu'il s'empare de l'animal du bout des doigts (presque une caresse), la carapace craque sous son doigt (l'allitération laisse supposer qu'une carapace est faite pour craquer...) « Il y avait eu un petit bruit de promenade en forêt. Un bruit léger de fuite. Un bruit bref. Une courte promenade. » La carapace déshydratée, décalcifiée A CÉDÉ (misère!) La tortue n'est pas encore morte mais le sera bientôt.

    Voilà l'histoire : 53 pages sur la tortue.

    J'ai souri (sans mauvais jeu de mots, ah, ah) souvent. J'ai beaucoup admiré cette prose poétique, un brin précieuse et comme détachée, de celui qui dit des choses essentielles, existentielles même en passant. Bon, c'est bien, tu t'es bien amusée mais il te faut redescendre sur terre ma cocotte, et te creuser un peu les méninges !

    Et j'ai effectivement commencé à m'interroger.

    Sympathique et bien vue cette petite histoire de reptile, pas plus courant que ça dans la littérature... Mais de quoi me cause-t-il au fond Chevillard ? On sait bien que qui dit "tortue" dit "fable", et qui dit "fable" dit "sens" : que pouvait-il bien se cacher derrière ce petit divertissement aux allures absurdes ? Et se cachait-il même quelque chose ? Fallait-il y voir seulement une leçon de morale écologique, une dénonciation de la désinvolture avec laquelle les hommes traitent la nature ?

    Terminé l'amusement, il allait falloir que je pense un peu. Et là, franchement, je n'en menais pas large.

    Et, pour tout vous dire, ça n'allait pas vraiment s'arranger. Mais le moral était bon, je vous rassure.

    Je poursuis donc ma lecture...

    Page 54 donc, commence une nouvelle petite histoire au sujet d'un pauvre gamin de collège harcelé par d'autres - dont le narrateur - et surnommé « petit Bab », comprenez petit babouin.

    Nous passons ensuite et sans crier gare à l'évocation d'Anton, vendeur à l'Arche de Noé, (lieu où a été achetée Phoebe) où les trafics d'animaux, paraît-il, sont courants...

    Encore apparemment plus incongru, page 75, le narrateur se plaint de s'être fait voler la vedette au sujet d'un écrivain du XIXe siècle, oublié de tous : un certain Louis-Constantin Novat. En effet, un érudit du nom d'Yves Malatesta lui a piqué un travail dont il était chargé sur l'édition des œuvres posthumes de ce L-C Novat. Zut ! Et, CLAC. Le beau projet s'écroule. Ça fait mal. La tortue aussi a dû avoir mal, très mal même. Notre narrateur ne va cependant pas renoncer complètement à un projet qui lui tient à coeur : « moderniser » quelques œuvres qu'il détient dudit Novat et signer cette « nouvelle » production de son propre nom. Et nous voilà plongés dans le détail des écrits de L-C Novat, dont voici quelques titres : « Trois oeufs », « L'Anguille sous roche », « Queue coupée »… Je suis sur mes gardes… C'est quoi cet enfumage ? Je n'y vois plus rien...

    Je fais la fière, je poursuis ma lecture mais je suis larguée. Tête haute, hors de l'eau. Mais sur la pointe des pieds. C'est QUOI le rapport ??? B…..L !

    Des leurres, ces digressions à la c .. ? Des fausses pistes ? Il se fout de ma g….. ce Chevillard. Il faut que je reste vigilante, il me trimbale, c'est sûr. Je relis, fais demi-tour, compare, confronte, entoure, barre, surligne en jaune, en rose, en vert, jette le livre - qui ressemble à un perroquet des îles - rageusement, le reprends hâtivement...

    Deux nuits d'insomnie et trois jours foutus plus tard…

    J'Y SUIS !!! Enfin, je crois y être...

    (Ma grand-mère disait, de moi et d'autres aussi j'espère: elle comprend vite mais faut lui expliquer longtemps !)

    De quoi me parle Chevillard depuis le début sinon... de LITTÉRATURE ? Bah oui ! Évidemment bien sûr, grosse neuneu que je suis ! Je n'y ai vu que DU FEU. La métaphore de la tortue était là, sous mon nez ! Il fallait la réhydrater cette tortue, lui injecter un petit quelque chose pour qu'elle renaisse, modifier l'allure régulière de sa carapace pour qu'elle ne soit plus tout à fait la même…

    N'est-ce pas ce que font les auteurs, TOUS ? Ils « réhydratent » les textes anciens, dont ils sont nourris, au point de ne même plus être conscients qu'ils ne sont pas tout à fait à l'origine de « Ce fut comme une apparition... » ou de « Longtemps... » Oui, écrire, c'est insuffler du nouveau, de la modernité, ramener à la vie, varier le motif, changer l'aspect… Un sang neuf, une énergie nouvelle, une explosion qui décoiffe (pour parler d'une tortue, il y a mieux!)

    Il faut savoir tuer le père, (C'est toujours la même chose!), sortir de l'état de pierre, de l'immobilité, de la paralysie, de l'inertie, du convenu, de la platitude, du lieu commun. Agir. Réagir. Combattre même. Être violent. Donner un coup de pied dans la fourmilière. CRAC. Pour repartir vers du vivant, du mouvement, de l'air vif.

    Il fallait tordre le cou de la tortue (d'aucuns l'avaient fait avec l'alexandrin, non?), la faire péter. L'exploser. PAN !

    Et m'apparaissait clairement toute une série de réécritures du même motif, toute une série de mises en abyme de ma tortue de Floride qu'il fallait réanimer (ou faire crever) au plus vite pour passer à autre chose... Et je vis tous les jeux d'échos et de correspondances dont le texte fourmille (une illumination, ça arrive !)

    TOUS ? J'avais tout compris ? Non, loin de là, évidemment. Mais c'était déjà ça. (Il fallait que je dorme un peu maintenant!)

    J'étais bluffée.

    Le propos de Chevillard était PERFORMATIF : quand dire, c'est faire ! Ah, il m'avait bernée l'animal ! Il l'avait fait devant moi et je n'avais RIEN VU ! Bien joué !

    Il n'a pas tort Chevillard, rien ne se perd, tout se transforme…


    Finalement, cette tortue, elle est immortelle !

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    Couverture du livre « Ronce-Rose » de Eric Chevillard aux éditions Minuit

    Dominique Sudre sur Ronce-Rose de Eric Chevillard

    Ronce-Rose raconte son histoire chaque jour dans son journal. Elle écrit tout ce qu’il lui arrive dans la maison qu’elle partage avec Mâchefer, son père, et Bruce, un ami. Tous deux ont un étrange travail, en lien avec des stations-services, des bijouteries, des banques…. Ronce-Rose ne va pas à...
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    Ronce-Rose raconte son histoire chaque jour dans son journal. Elle écrit tout ce qu’il lui arrive dans la maison qu’elle partage avec Mâchefer, son père, et Bruce, un ami. Tous deux ont un étrange travail, en lien avec des stations-services, des bijouteries, des banques…. Ronce-Rose ne va pas à l’école, elle reste à la maison et cette situation lui convient, pourvu qu’elle ait chaque jour une culotte propre et son crayon pour écrire dans son journal. Jusqu’au jour où Mâchefer et Bruce ne reviennent pas, alors la vie de Ronce-Rose va changer, car comment et où peut-qui ne s’aventure jamais à l’extérieur.
    Dans ce roman, il y a cette intrigue, comme un fil rouge qui tient le lecteur en alerte, mais il y a surtout le jeu d’Éric Chevillard avec les mots, le sens qu’on leur donne et surtout celui qu’il détourne. Car le vocabulaire devient un des éléments du récit, avec cet humour totalement décalé et en même temps tellement évident qu’on ne sait plus qui ne tourne pas rond !
    Le roman est construit autour de Ronce-Rose. Et d’ailleurs, est-ce réellement une fillette ou est-ce mon interprétation ? En tout cas son univers est rempli de mésanges, d’un unijambiste à surveiller, de poissons d’or et de poésie dans un monde pourtant plutôt triste, surréaliste, désabusé. Voilà un roman qui nous fait réfléchir avec pas mal d’humour et de dérision.

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    Couverture du livre « Ronce-Rose » de Eric Chevillard aux éditions Minuit

    Coralie Freetime sur Ronce-Rose de Eric Chevillard

    Ce livre vous invite à une lecture assez étrange puisqu'il semble écrit au travers du regard d'une enfant de moins de 10 ans mais qui emploie tout de même un niveau de langage parfois bien plus élevé que son âge prétendu. Rien que ce petit détail contribue dès les premières pages à nous...
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    Ce livre vous invite à une lecture assez étrange puisqu'il semble écrit au travers du regard d'une enfant de moins de 10 ans mais qui emploie tout de même un niveau de langage parfois bien plus élevé que son âge prétendu. Rien que ce petit détail contribue dès les premières pages à nous perturber, nous lecteur. Ensuite, il y a également l'histoire de fond qui nous interpelle : une petite fille élevée avec amour par 2 truands qui lui transmettent une vision de la société un peu particulière (sûrement dans l'optique de la protéger), l'isolent des autres et la laissent souvent livrée à elle-même. Une fois cela intégré, vous pourrez peut-être vous laisser porter par ce roman même si ce n'est pas forcément évident. J'ai eu plaisir à découvrir les aventures de cette petite fille très très débrouillarde mais l'écriture un peu trop fantasque m'a assez vite lassée. J'aurai aimé que quelques parties écrites avec le regard d'un adulte se glissent dans ce roman pour faire contre-poids. Toutefois la toute dernière page est excellente puisqu'elle remet en question tout ce que le lecteur vient de lire : réalité ou imagination ? enfant ou adulte pensant comme un enfant ? A vous de faire votre propre déduction.

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    Couverture du livre « Ronce-Rose » de Eric Chevillard aux éditions Minuit

    Des livres et vous Club de Lecture sur Ronce-Rose de Eric Chevillard

    Le monde vu avec les yeux naïfs d’une enfant qui consigne tout dans son carnet. Ronce-Rose, une fillette qui vit avec Machefer et Bruce. Deux gaillards qui partent, avec voitures et déguisements, travailler avec des banques et des bijouteries.

    Histoire met mal à l’aise : Que fait cette...
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    Le monde vu avec les yeux naïfs d’une enfant qui consigne tout dans son carnet. Ronce-Rose, une fillette qui vit avec Machefer et Bruce. Deux gaillards qui partent, avec voitures et déguisements, travailler avec des banques et des bijouteries.

    Histoire met mal à l’aise : Que fait cette gamine dans cette galère !
    Écriture imaginative et poétique


    Odile du Club Lecture « Des livres et vous »

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